La Salle des martyrs^ p
saint Damase nous disent qu'un jeune diacre, Tharsicius, fut assailli par la foule^ alors qu*il cachait dans un pli de sa robe les espèces sacrées : on croyait à quelque amulette dont il fallait rompre le charme, et le jeune homme fut égorgé *. Même soupçon aujourd'hui, même crainte superstitieuse. Il y a près de trente ans, un prêfre français, Théophane Vénard, Tune des plus touchantes victimes de l'apostolat, avait été porté dans une cage au lieu du supplice. Une indigène perce la haie des soldats et remet au martyr, à travers les barreaux, une petite boîte contenant Teucharistie. Les soldats se jettent sur le missionnaire et lui arrachent le pain des forts. C'était là, pensaient-ils, quelque philtre préparé pour adoucir les angoisses du supplice. Le martyr s*écrie et la fidèle, courant au capitaine, réclame avec courage la restitution de rhostie. « Si vous osez, dit-elle, toucher au viatique de mon Père, vous et votre famille, vous mourrez tous de mort subite. » L'officier pâlit et obéit aux injonctions de la chrétienne '.
Devant l'attitude des saints, une crainte secrète s'agite en effet dans l'àme des idolâtres. Quels sont ces hommes au cœur impassible et dont le courage les étonne ' ? Quelles sont ces étranges victimes qui, semblables aux héros des temps antiques, chantent et enseignent au milieu des tortures *, rendent grâce au juge qui les fait supplicier et l'assignent hardiment devant le tribunal de Dieu ^? Les criminels avec lesquels on affecte de les frapper, de les confondre, comme on a fait de Jésus Christ, montrent-ils cette calme résolution, cette confiance en un Dieu vengeur? Par deux fois, au Tong-King, des mandarins, le jour même oii ils viennent