LES MARTYRS DE L'EXTRÊME-ORIENT
comme partout, la foule s'émeut de l'impassible résolution des fidèles. Parmi les nombreux assistants, lisons-nous dans la vie d*un missionnaire français, quelques méchants jetaient au martyr des paroles insultantes; mais la grande majorité était frappée d*admiration. « Quel héros, disaient « les païens, il va à la mort comme à une fête ! Quel air de « bonté et de douceur ! Pourquoi le Roi égorge-t-il des hommes pareils * ? »
Semen est sanguis martyrum^ écrivait un ancien, et souvent, comme aux premiers âges, Tadmiration ouvre les cœurs aux vérités de TÉvangile.
Je n'ai guère montré jusqu'à cette heure que sous son aspect douloureux le sacrifice qu'acceptent chaque jour les chrétiens de rExtrôme-Orient. Ce n'est point là pourtant, je dois le dire, que s'est tout d'abord arrêtée ma pensée. A lire rapidement le petit livre consacré à la Salle des martyrs, une première impression m'a saisi. Chez les anciennes victimes de la foi, comme chez celles d'aujourd'hui, môme attitude, mêmes pensées, mêmes actes, mêmes réponses. Ce qu'ont fait, ce qu'oat dit saint Cyprien, sainte Perpétue, saint Tarachus, sainte Théodora et tant d'autres, les nouveaux martyrs du Seigneur l'accomplissent, le disent à leur tour, comme si une tradition pieusement établie et observée inspirait leurs paroles et leurs actes.
A quel degré l'éducation des néophytes, la connaissance sommaire qu'ils peuvent avoir de l'histoire des anciens fidèles contribuent-elles à ces rencontres? Je ne saurais le dire. Le fait existe, indubitable, comme le montreront les pages suivantes , et les missionnaires auxquels j'ai signalé ces nombreux traits de ressemblance, y voient l'effet d'un mouvement spontané plutôt que le fruit d'un
cet*' pensc'c. II n'est pas sans intén*t d'en retrouver, en d'autres temps,
ep «eux, une expre-ssion figurée dans des vers célj^bres du troubadour
f ynouard, CIwir des Troubadours, t. IV, p. 67).
des marlyrSy p. 334, 3u3, 406.
ressouvenir. La forme tout orientale que présentent d'ordi naire les paroles des martyrs de Tlndo-Chine et de la Corée, leur en parait un sûr garant. Ces réponses, que Ton croirait calquées sur celles des saints des premiers siècles, et qui rappellent à chaque instant quelques traits des combats antiques, ne sont puisées, me disent-ils, ni dans les instructions, ni dans les livres. Les nouveaux soldats de Jésus-Christ ne les ont trouvées que dans leurs cœurs. L'inspiration des saints de tous les temps est une, comme Test leur volonté de vaincre et si, des sphères célestes où elles habitent, les victimes d'autrefois abaissent leurs regards sur les dignes continuateurs de leur œuvre, elles peuvent s'écrier avecTApôtre : « Il n'est pour les chrétiens qu'un même esprit, comme il n'est qu'une même espérance. *
« Il ne saurait être donné à tous, » dit en son langage imagé, un prêtre Tong-Kinois, « il ne saurait être donné à tous » d'entrer dans la Jérusalem céleste par la porto rouge du « martyre*, » mais tous renouvellent les actes qui furent l'honneur de l'Eglise naissante. Ce que faisait, aux temps antiques, la foule chrétienne, elle le fait encore, enflammée par une même ardeur, enivrée d'un même dévoûment. Aujourd'hui, ainsi qu'autrefois, elle assiste les saints dans la prison et s'empresse au lieu du supplice, avide de porter secours à la victime que les païens accablent, la soutenant de son aide, de ses encouragements, de son admiration et de ses vœux*. « Souviens-toi de nous quand tu seras au « ciel » répète-t-on à celui qui va périr, comme on l'avait dit autrefois aux saints de la Palestine, à ceux de Tarragone^ Au Su-Tchuen, en 1815, comme à Carthage en 258, les chrétiens qu'on a cru terrifier par l'exécution de leur évêque, réclament l'honneur de mourir avec lui \