LES ACTA MARTYRUM
Ces questions que j*ai entendu poser montrent que Thistoire des Acta martyrum n'est pas nettement connue par le détail et que plusieurs points en sont demeurés obscurs, même pour quelques-uns de ceux auxquels Tétude de, Tantiquité est familière. Je réunirai donc, sans m étendre autant que la matière y peut conduire, les traits principaux qui établissent l'existence et la pureté des sources primitives d'où proviennent les Actes des martyrs •
Une peinture vue et décrite, au quatrième siècle, par saint Astère d'Amasée, doit être rappelée tout d'abord. L'artiste, groupant dans un même tableau, suivant un usage familier aux anciens, les épisodes différents d'un fait célèbre, avait représenté sur la toile, èv dtvSdvt, la comparution de sainte Euphémie, son interrogatoire, ses tortures, sa détention et son supplice.
« Le juge, écrit le saint évéque, est assis sur un siège élevé; il regarde la vierge d'un œil farouche. Autour de lui sont ses doryphores et de nombreux soldats, puis des notarii tenant leurs tablettes et leurs stylets à écrire. L'un de ces hommes, levant la main de la planchette enduite de cire, regarde fixement la chrétienne et semble lui enjoindre de parler plus distinctement, afin d'éviter toute erreur dans la transcription des réponses*. » Voilà donc, pour ne rien négliger des premiers éléments de la question, les notarii ou exceptores^ les greflBers en un mot, remplissant leurs fonctions devant le tribunal et écrivant les procès-verbaux.
Un détail d'audience consigné dans les Actes interpolés de
saint Maxime le lecteur, détail que je n'hésite pas toutefois
à regarder comme la reproduction textuelle d'un passage de
registre du greffe, a ici sa place marquée. Il s'agit en effet,
t. endroit, d'une circonstance toute indifférente pour
re du martyr et qui ne touche qu'à la conduite raatc-
.6 Taffaire. Le proconsul, interpellant le greffier dès
it de la séance, veut s'assurer de Texactitude des notes
m Uy actio IV, a* 787 (Labbc, t. VU, p. 210).
ET LEURS SOUnCES 3
prises par cet agent. Voici, dans leur concision officielle et caractéristique, les mots échangés à ce sujet entre le scribe et le gouverneur : « Pendant que Magnilien, le notarius, écrivait les réponses des chrétiens, le proconsul Gabinius lui dit : As-tu inscrit les noms de tous? Magnilien répondit : Si ta Puissance l'ordonne, je lirai mon texte. Le proconsul Gabinius dit : Lis-le. Alors Magnilien, le notarius, dit et lut : Les noms que j'ai notés sont les suivants : Maxime, Dadas et Quintilien^ »
L'existence des archives judiciaires s'établit par des preuves nombreuses. Apulée, que je citerai seul parmi les écrivains païens, parle de V Insirumentum provinciœ auquel on joignait la sentence : « qua? scmel lecta, dit-il, neque augeri littcra una, neque aulem minui potest; sed, utcumque recitata est, ita provinciaB instrumento refertur*. » Un passage d'Apollonius, transcrit dans l'Histoire ecclésiastique d'Ëusèbe, contient ces paroles au sujet d'un personnage qui prétendait impudemment au litre de martyr : « En ce qui regarde Alexandre, il faut que la vérité soit connue; cet homme a comparu devant ^Cmilius Frontinus, proconsul d'Asie, non pas comme chrétien, mais pour des vols commis alors qu'il avait déjà apostasie . Ceux qui voudront s'instruire complètement de celte affaire, n'ont qu'à recourir à l'ip^/eTov îriixédicv, aux archives publiques de la province d'Asie '. » « Si tota gesta vis légère, écrit plus tard saint Augustin, à propos du procès relatif à Félix, évoque d'Aptonge, si tota gesta vis légère, ex Archivo proconsulis accipe; » puis il donne le texte des actes qu'il allègue*. Saint Cyprien vise des documents semblables ^ et Eusèbe transcrit le procès-verbal même de la comparution de saint Denys d'Alexandrie ^
D'autres documents dont j'ai déjà parlé montrent
1. Acta 8s. Maximi, Quintilianiy Dadct^ § 4 (Bolland., 13 april., t. II, p. 974).