La Salle des martyrs^ p
i. S. Ambros., Exhort. virr/init.^ 1. I, c. ii, n« 9 ; Bosio, Roma soUerranea^ p. 2! ; Elisée Vartabcd, Soulèvement de l'Arménie chrétienne^ p. 221 ; La Salle des martyrs^ p. 54, 58.
5. S. Aug., De verbis Apostoli^ Sermo 159 ; Tract, 84 in Joh, ; La SalU -des martyrs, p. 358.
grande victoire, il court sans s^arréter. Cinq jours et cinq nuits, il poursuit sa route, arrive exténué de fatigue et de faim auprès de Mgr Faurie et, se jetant à genoux devant lui :
(' Gloire à Dieu, Evêque, s'écrie-t-il, gloire à Dieu; encore « des martyrs ! »
L'antiquité nous a souvent transmis des marques d'une pareille allégresse et aujourd'hui comme autrefois, les persécuteurs étonnés se demandent quel peut être le secret de cette joie devant la mort et de ces prodigieux élans.
Se retirer devant la poursuite, ne pas trop présumer de ses forces en s'offrant de soi-même aux bourreaux, tels sont les commandements du Christ et de TEglise. Comme leurs saints prédécesseurs, les chrétiens de rExtrôme-Orient obéissent à ces règles sacrées ; comme eux, ils se montrent indomptables quand le Seigneur les a choisis pour le confesser aux yeux de tous.
Aussi bien que celle des temps passés, leur histoire parle à chaque instant d'exils acceptés volontairement, de retraites cherchées sur des barques, dans les bois, les montagnes inaccessibles, au milieu des hôtes sauvages moins furieuses que les idolâtres*. Cette fuite aussi a ses martyrs. « Nos « pauvres chrétiens, écrivait un missionnaire mort pour la foi, « nos pauvres chrétiens sont toujours sur le qui-vive ; ils « ne veulent pas fouler aux pieds la croix, et, pour éviter ce '« malheur, ils préfèrent s'enfuir, hommes, femmes, enfants, « se cachant dans les rizières et demeurant des journées, des « nuits entières à demi-couchés dans Teau et dans la boue. « Parfois on en a rapporté quelques-uns à demi-morts de
1. \ie de Th. Vénard, p. 293 ; Vie de P. Dumoulin Borîe^ p. 240 ; Acla M. Agapes, Chioniœ. § 5. (Ruinurt^ Acla sincei^a, p. 394).
36i LES MARTYRS DE L'EXTRÊME-ORIENT
« froid et de faim. » Les fatigues, Tinsalubrité ont amené le trépas de beaucoup d'autres *.
Les enseignements des pasteurs ont donné la force de subir ces épouvantables misères. Comme aux temps anciens, les prêtres, quand la persécution s'est annoncée ardente et prochaine, ont parcouru la contrée, portant aux chrétiens Teucharistie pour les munir contre la souffrance et les préparer au martyre. Ainsi s'arme le cœur des forts, ainsi se relève l'âme des faibles. Apostats d'un moment devenus bientôt de saints martyrs, Castus^ Jîlmilius, Biblias, chrétiens de Lyon, qui, vaincus par la torture, courûtes vous jeter dans les bras de vos prêtres et leur demander la force de confesser le Christ', vous avez un frère dans l'Indo-Chine. Là aussi, un jeune indigène, enfant de quatorze ans à peine, s'était senti défaillir dans les tourments. Il vint pleurer auprès d'un missionnaire et, plein d'une force nouvelle, se présenta devant le mandarin : « Tu as, dit-il, abusé de ma faiblesse, mais mon c< cœur s'est relevé par la prière ; je suis chrétien et je te « défie. » La mort ne se fit pas attendre ; le néophyte péril broyé sous les pieds des éléphants ^.
TertuUien écrit dans l'un de ses livres que, pour ne pas faiblir à l'heure suprême, le chrétien doit à l'avance s'accoutumer, par ses austérités, aux privations, aux épreuves du martyre*. Une jeune femme japonaise dont parle Charlevoix sut pousser jusqu'à l'héroïsme l'endurance des plus horribles angoisses, a Sa sœur l'ayant un jour apperçue qui prenoit (c entre ses mains un fer tout rouge de feu, et lui en ayant « demandé la raison, elle répondit qu'elle se disposoil au « martyre ; qu'elle étoit déjà venue à bout de vaincre la faim « et qu'elle espéroit en faire autant du feu . *»
Souvent les vieux textes nous montrent les chrétiens sollicités de réfléchir. Le juge sait que la vue de leur supplice