‹ Les persécuteurs et les martyrs aux premiers siècles de notre èreChapitre 32 sur 307 · LA RICHESSE · texte numérisé non relu

LA RICHESSE

Un pareil mal appelait un prompt remède^ et le grand docteur d'Alexandrie, Clément, voulut rassurer Tâme des riches en leur montrant que Ton pouvait gagner le ciel sans renoncer à ses biens. Le point capital, à ses yeux, c'est d'en user selon les règles de la charité. Tel fut le but de son traité célèbre : Quel riche peut être sauvé? Plusieurs causes, écritil, font croire aux heureux d'ici-bas que le salut leur est plus diilicile qu'aux pauvres; c'est une erreur et, comme les autres, ils ont droit à la récompense. Le Christ lui-même n'a-t-il pas corrigé la rigueur de ses premières paroles en nous recommandant d'espérer dans la toute-puissante bonté de Dieu? N'a-t-il pas béni les riches maisons de Matthieu et de Zacchée? Comment nourrir, vélir les indigents, comme il est ordonné, si l'on est soi-même le premier des pauvres?

L'histoire des persécutions, à laquelle j'ai hâte de revenir, nous montre un autre encouragement^ plus direct et plus considérable, donné à ceux qui, sans renoncer à leur fortune, s'attacheront à la loi du Christ. C'est dans un livre d'Origène que j'en trouve la première marque.

Un chrétien, nommé Ambroise, le bienfaiteur, l'ami du grand docteur, fut enveloppé dans la persécution de Maximin et menacé de mort. Cet homme, né avec de grands biens, les avait conservés, et ce fut au nom de ces biens mêmes qu'Origène l'exhorta au martyre. Le Christ l'a dit : <* Celui qui, pour l'amour de moi, abandonnera sa maison, sa famille, ses champs, retrouvera au centuple ce qu'il aura laissé et gagnera la vie éternelle. » Tel fut le thème que saisit Tardente éloquence d'Origùne, montrant à Ambroise que ses richesses mêmes lui vaudraient une récompense plus haute : « Que je voudrais, dit-il, si je dois mourir en martyr, avoir à laisser, moi aussi, des maisons et des champs pour recevoir le centuple promis par le Seigneur! Ceux qui n'ont point enduré l'épreuve des tourments et des supplices cèdent la place d*honneur aux saints demeurés inébranlables dans la torture et dans les flammes; de même, nous qui sommes des pauvres, devons nous, même dans le martyre, nous

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effacer devant vous ; car vous aurez foulé aux pieds la gloire trompeuse du siècle, dont tant d'autres s'éprennent, et l'attachement à vos grands biens * ».

Ainsi pouvaient se relever et monter d'un effort au premier rang les hommes qui, en entrant dans ]*Eglise^ avaient conservé cette opulence dont tant de saints docteurs condamnaient la possession; ainsi s'ouvrait plus largement pour eux cette porte du ciel que des interprètes trop sévères leur avaient voulu tenir fermée.

La voix d'Origène ne devait point demeurer isolée et sans écho. Plus de vingt ans après, bien loin des lieux où il avait écrit, en Numidie, un groupe de chrétiens fut appelé à confesser le Seigneur dans les tourments. Parmi les saints prisonniers se trouvait un fidèle nommé Emilien. Bien qu'appartenant à l'ordre équestre, disent les Actes avec cet accent de préjugé que nous trouvons ailleurs contre les riches, cet homme, dans son cachot même, s'imposait les jeûnes les plus austères. Il eut un songe : « Il me sembla, dit-il, que j'étais hors de la prison, et que je rencontrais un païen, mon frère suivant la chair. D'une voix pleine d'insulte, celui-ci me demanda ce que nous devenions, comment nous vivions, privés de nourriture et plongés dans les ténèbres. Je lui dis : « Pour les soldats du Christ, sa parole est une lumière éclatante et un aliment réparateur. » — o Vous savez, reprit-il, que la mort vous attend tous, si vous vous obstinez. » Craignant qu'il ne se jouât de moi, je voulus une confirmation de cette annonce qui comblait mes vœux. « En est-il bien ainsi pour tous? » lui dis-je. Il poursuivit : « Le glaive est sur vos têtes. Mais, dis-moi, vous tous qui renoncez à la vie, recevrez-vous au ciel des récompenses égales ou des couronnes différentes? » — « Il ne m'appartient pas, répondis-je, de dire mon sentiment sur une question si haute; cependant, lève les yeux et contemple la multitude des étoiles. Toutes ne brillent pas d'un même feu

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