‹ Les persécuteurs et les martyrs aux premiers siècles de notre èreChapitre 33 sur 307 · Exhort ad mariyrium · texte numérisé non relu

Exhort ad mariyrium

M) LA lUCIIESSK

oi pourtant toutes sont éclatantes. » La curiosité du gentil ne fut pas encore satisfaite : « Eh bien, s'il est une différence, quels sont ceux d'entre vous que préférera votre Dieu? » — « II en est deux que je n'ai pas à te dire et dont le Seigneur sait les noms. » Il insista une fois de plus et m'importuna pour obtenir une réponse. « Les préférés, dis-je, seront ceux dont le triomphe est chose rare et diiScile, ceux pour lesquels il est écrit : // est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le royaume des deux * ».

Telle dût être la persuasion qui releva plus d'un cœur ébranlé et appela dans les bras de l'Eglise ceux auxquels le sacrifice des biens de ce monde eût coûté un trop grand effort.

« Riche et noble, écrit un Père, c'est tout un, car les nobles sont riches, ou, s'il est des riches sahs noblesse, leur fortune leur en tient lieu ^ ». Un trait important manquerait donc dans cette part de mon étude si je n'empruntais aux procès de» martyrs une particularité digne de remarque et que je ne retrouve pas ailleurs.

Un rang élevé, je le répète, rendait aussi étrange qu'impardonnable, aux regards des idolâtres, l'abandon du vieux culte. Que la tourbe des déshérités suivît la loi du Crucifié, aipiràt à l'avènement de ce règne mystérieux qui devait tout transformer chez les hommes, leur abjection, les appétits qu'on leur prétait sans les connaître, pouvaient encore le faire comprendre. Mais la noblesse, comme la fortune, devait garder d'une semblable chute. Dans les centres importants, les grands étaient, devaient rester, si je puis m'exprimer ainsi, le bataillon sacré du paganisme. Aux temps antiques, alors que fut jetée à Bourges la première semence de la foi, les sénateurs et les principaux citoyens étaient attachés au culte dus idoles ; ceux qui avaient cru étaient les pauvres, selon

'acobi et Mariant^ 8 (Ruinart, Acta sincera^ p. 226-227). nubernatione Dei, III, 10 ; cf. S. Gaudcnt., Senno XV\ die -, initio.

KT LE CHRISTIANISMK 4l

cette parole du Christ aux Juifs : « Les publieains, les femmes perdues vous devanceront dans le royaume des cieux * ».

De longs siècles s'écouleront avant que tombe cette résistance. Ce seront les nobles qui combattront à Rome pour le rétablissement de Tautel de la Victoire ' ; ce seront eux qui s'élèveront, à Vienne, contre l'institution d'une fête de rÉglise ', et, en Afrique, saint Augustin s'aflQigera de trouver leurs âmes si fermées et leurs rangs si impénétrables *. Tout effort fait pour rompre un tel faisceau soulevait des clameurs furieuses, et dans une lettre même où l'empereur Julien vante sa propre tolérance il s'emporte en paroles violentes contre Athanase qui a osé, dit-il, baptiser des femmes de distinction ^

Nulle part mieux que dans les procès des martyrs ne se montre Tardeur des colères soulevées par la conversion des grands. Sous Dioctétien, en Afrique, au milieu d'un groupe de fidèles, se trouve un sénateur nommé Dativus. La torture ne lui peut arracher que des paroles entrecoupées : « Assistemoi, Christ! Aie pitié de moi ! Garde mon âme ! Soutiens mon cœur pour que je ne sois pas confondu! Donne-moi la force de supporter les tourments ! » Puis il regarde déchirer son corps, plutôt qu'il ne semble le sentir. Le proconsul s'irrite et interpelle ce transfuge de l'aristocratie : « Membre du splendide sénat de cette cité, tu étais tenu, lui dit-il, de donner le bon exemple et de ne pas désobéir à l'ordre des princes • ». Dans des Actes d'une moindre valeur, mais sou-

Page 1