ET LEURS SOURCES
sans doute, ils tentèrent d'y mettre une entrave. Saisir chez les fidèles, comme on le fit, au dire de Prudence', les Actes qu'ils avaient obtenus, n'était qu'une mesure inefficace ; si rigoureuses que fussent les recherches, pouvait-on espérer anéantir jusqu'à la dernière, les copies de pièces que la vénération publique faisait répandre à Tinfini ? Des magistrats recoururent donc à une mesure plus radicale : défense fut faite aux notarii de sténographier ces sortes de débats. Ainsi fit-on, quand fut jugé saint Vincent le lévite ; le gouverneur interdit à ses greffiers de rien écrire du procès. « Litterarum apicibus annotari judex noluit, » tels sont les mots d'une relation rédigée d'après les souvenirs de témoins oculaires et que Ruinart a jugée digne de figurer dans le volume des Acta sincera '. Un autre récit, dont toutes les parties ne commandent pas également la confiance, présente pourtant, au point de vue qui nous occupe, ce [trait digne d'attention : un magistrat païen, se défiant de la vénalité do ses agents, veilla, y lisons-nous, à ce que les Actes du procès de saint Victor ne pussent être répandus. « Il fit saisir tous les exceptores qui se trouvaient dans le palais, afin de s'assurer qu'aucun d'eux ne cacherait d'écrits ou de notes. Ces hommes jurèrent par le salut de l'empereur qu'ils ne détourneraient rien de semblable. Tous leurs papiers furent apportés et le juge les fit brûler en sa présence par la main de l'exécuteur. Le prince approuva fort cette mesure '. »
Je n'ai encore reproduit jusqu'ici que des documents relatifs à l'époque héroïque du christianisme ; mais, au moment où la foi est victorieuse, lorsque, après la défaite des gentils, le pouvoir passe aux mains chrétiennes, nous rencontrons une autre série de preuves établissant que les procès-verbaux des débats judiciaires, et, dans leur nombre, les Actes des poursuites dirigées contre les fidèles, étaient conservés et classés soigneusement.
i. Bymn, /, v. 75-78.