CHAPITRE
Les Actes de sainte Tbède
Je me suis parfois, dans ce volume, servi de passages empruntés à des Acla mêlés de vrai et de faux que Ruinart a exclus de son recueil. C'est surtout après Constantin, au quatrième et au cinquième siècles qu'ont été composés, d'après des traditions et des souvenirs, ces textes faits en partie pour remplacer ceux que la dernière persécution avait pu détruire. A côté de ces pièces de basse époque, il en est une autre de beaucoup plus ancienne et qui, dans plusieurs de ses détails, ne mérite pas plus de confiance, car^ dès avant le triomphe de la foi; il était des hommes moins soucieux de la vérité historique que de la passion d'exalter la gloire des martyrs. De ce document, comme des autres, on peut toutefois, me paralt-il, chercher à dégager quelques parties saines et provenant d'un texte original. C'est ce que je tenterai dans les pages qui vont suivre.
TertuUien nous apprend qu'un prêtre d'Asie avait composé sur sainte Thècle et saint Paul un livre attribué par lui au ' grand apôtre, mais que, convaincu d'imposture, cet homme [avait avoué sa supercherie ^ Saint
i. De baptismo, c. xvn.
Jérôme a rappelé le fait^ et un célèbre décret de saint Gélase met au nombre des livres apocryphes les Actes de saint Paul et de sainte Thècle '. La condamnation officielle de récrit publié sous ce titre, le discrédit qui dut frapper dès lors les légendes répandues dans le vulgaire pour glorifier celle que mentionnent encore à cette heure les prières de TËglise' et que les chrétiens ont nommée la première des martyres*, n'afTaiblirent en rien la vénération attachée à sa mémoire. Des sanctuaires lui furent consacrés et les Pères célébrèrent à Tenvi son sacrifice et ses combats ; saint Augustin, saint Ambroise, saint Zenon, Mcthodius, Grégoire de Nysse et Grégoire de Nazianze, saint Ëpiphane, saint Chrysostome, Sulpice Sévère, Fortunat et vingt autres encore ont nommé avec admiration la vierge dlconium et rappelé les traits principaux de sa conversion et de ses luttes ^
C^est dans leurs écrits quUl faut chercher ces renseignements épars et fragmentés, car il n'est aucun texte authentique et suivi sur cette longue histoire de sainte Thècle, dont les Bollandistes, dans leur prudence, n'ont cru devoir donner qu'une analyse. On trouve, sous le nom de Basile de Séleucie, une vie de la bienheureuse;