LES SONGES
qui émue par un r^ve, conjure son mari de ne pas co udamner le Christ *, rêve envoyé, disaient quelques-uns, par le diable, jaloux d'entraver ainsi Tœuvre de la rédemption '.
Pour les hommes d'autrefois, de quelque temps, de quelque race qu'ils puissent être, hébreux, idolâtres ou chrétiens, la conception d'une vision est la même. Le mort, l'être infernal ou divin qui s'y montre est d'une taille surhumaine. Tels sont Fombre de Creuse ', les spectres que virent Curtius Rufus et Claude \ celui qui, au dire de Tacite, s'élança d'un sanctuaire de Junon % la divinité vengeresse dont Juvénal menaçait les hommes sans foi *. A cette première merveille, une autre vient se joindre. Toute apparition divine est lumineuse : c'est dans une flamme que se manifeste le Dieu d'Israël ^ ; Vénus, Minerve, Iris, lorsqu'elles se montrent aux hommes rayonnent de la clarté divine dont le nimbe de leur tète n'est qu'une pâle image ' ; c'est un brillant fantôme qui visite l'empereur Julien sur sa couche •.
Chez les chrétiens des premiers siècles, les visions du sommeil ou de l'extase revêtent les mêmes formes. Trait inconnu à l'art moderne, pour eux le Christ est un géant : c'est ainsi que le nomme saint Damase '® et que le peint l'auteur du quatrième livre d'Esdras ** ; c'est ainsi que le voient des martyrs illustres, sainte Perpétue, saint Montanus *^ ; c'est ainsi qu'il se montre à un prêtre dont saint Cyprien raconte la mort *^ Dans le rêve d'un saint d'Afrique,
1. Matth. I, 20 ; II, 13 ; XXVII, 19 ; Acla Aposl. XXIIÏ, 11 ; XXVU. 23.
2. Eoangelium Nicomedi, c. U ; S. Ignat. Epist, ad Philipp, c. IV etc.