Passio ss. Jacobi et Mariani, § VII (Acta sine, p
9â LES SONGES
lumière, qui rejeta de ce blé les graines maigres et imparfaites. Il n'en resta plus qu'un petit nombre ^
L'un de ces grana electa^ l'un de ces grains passés au crible, suivant le mot du Christ *, fut Cyprien, l'évêque de Carthage '. Lorsque, déjà désigné pour le martyre, il allait se livrer au sommeil, un jeune homme de taille surhumaine, un ange sans doute, se montra devant lui : « Il me parut, dit l'illustre pasteur, que j'étais mené au prétoire et mis en présence du proconsul. Celui-ci, dès qu'il m'aperçut, prit une tablette et écrivit la sentence. Ce qu'elle était, je n'en savais rien, car on ne m'avait pas fait subir l'interrogatoire d'usage. Le jeune homme, debout derrière le juge, la lut et d'un geste rapide, il me fit savoir ce qu'elle portait : de sa main ouverte et étendue, il figura le coup du glaive. Je compris que la mort m'attendait et que mon heure était prochaine » ^.
Avec les rêves présageant aux chrétiens la tempête et le supplice , il en était qui leur montraient la récompense promise aux forts. On sait quelles furent les visions de sainte Perpétue, de tant d'autres martyrs d'Afrique dont les Actes sont venus jusqu'à nous ; comment la fièvre de leur esprit leur révéla la vue du Bon Pasteur accueillant ses fidèles dans les splendeurs du paradis ; les fraîches fontaines du jardin céloslc», ses Heurs, ses vergers, ses bois peuplés d'oiseaux morveilloux, ses murailles de pierres précieuses, ses blanches clarl(^, SOS labornacles, rêves brillants dont les fresques des calacomhos romaines perpétuent pour nous le souvenir. Je n'en rappellerai ici que quelques-uns, les moins connus, mais non les moins marqués au sceau de la poésie des anciens Ages.
Le premier récit que je rencontre est celui de la vision per(;ue dans une extase par une chrétienne clouée sur la croix. Un ange resplendissant de lumière lui montre un de
\, jDsis», Persecutio vandalicOy L. II, c. vi.
. Sermo CCCXl^ ex: « Magnum et electum granum hic
T «. Cypriam, § XII. Voir ci-dessous chapitre XUI.
ces sièges richement drapés que représentent souvent les monuments antiques \ la stola blanche des saints et la couronne. « Voilà, dit l'envoyé de Dieu, la récompense de ta « victoire; la couronne et le trône t'attendent dans le ciel » '.
C'est aussi un siège d'honneur que le Christ désigne à Polyeucte prêt à combattre pour la foi. « J'ai vu, dit le saint à Néarque, le compagnon de son prochain martyre, j'ai vu le Seigneur que tu adores avec amour et crainte. Il m'a fait lever d'un siège grossier et misérable ; puis, me dépouillant de ma vile chlamyde humaine, il m'en a donné une autre, toute de soie, éclatante de lumière, qu'il a fixée sur mon épaule avec une agrafe d'or. J'ai reçu encore de sa main un cheval ailé pour me porter dans la route que je devais parcourir. » La chlamyde rejetée pour un vêtement précieux annonçait que Polyeucte allait quitter la milice de ce monde pour celle d'en haut ; le cheval ailé figurait les mérites qui portent sur l'heure le martyr au ciel où le bon combat lui assure un trône de béatitude en échange du siège misérable et souillé d'ici bas '. Telles sont les paroles que prêtent à Polyeucte les anciennes relations de son martyre et je m'étonnerais que les idées, les représentations des païens n'aient pas eu leur part d'influence dans l'enfantement d'une telle vision. La célèbre agate de la Sainte-Chapelle où figure Tapothéose d'Auguste offre, en effet, dans son registre supérieur, une scène où se retrouve le trait principal du rêve de Polyeucte : c'est un cheval ailé qui emporte l'empereur dans l'olympe où l'accueillent ses ancêtres *.
Parmi les plus gracieuses pensées où se soit complu le christianisme naissant, figure le sens symbolique attaché aux fleurs aimées entre toutes par les anciens : la violette, le lys
1. Voir un célèbre bas-relief conservé dans l'église de saint- Vital à Raveoiie. Cf. Odyss. I, v. 130 ; Athénée, L. l, p. 17 ; Hermas, Paslor, I, 3, 1 ; Pontius, Vita s. Cypriani, § XVI.