LES SONGES
et la rose. La première était, pour les fidèles, remblème des veuves saintes *, le lys celui des vierges ; la rose pourpre que les fables païennes disaient née du sang d'Adonis' symbolisait celui des martyrs '. On raconte qu'un groupe de chrétiens mis à mort au temps de Marc Aurèle avait répandu sur son passage un parfum céleste, Todeur même du Christ, dit Ëusèbe ^ La rose était à double titre la fleur des martyrs, par sa senteur exquise, par Téclat de sa pourpre. « Flos rosae, » écrit saint Grégoire le Grand, « quia mira est fragrantia, rutilât et redolet ex cruorc martyrum » '. Textes et monuments de Tart, tout, en ces temps de foi, y montrait un clair emblème des victimes baptisées dans leur propre sang®, in fonte riibro^ comme Técrit énergiquement le poète Prudence^.
Un prêtre de TÉglise de Jérusalem qui vivait au commencement du cinquième siècle, Lucien, raconte ainsi comment Gamaliel, qui avait été le maître de saint Paul, lui révéla, dans une vision, le lieu où étaient ensevelis les restes de saint Etienne : « Au moment où, la nuit étant venue, je m'abandonnais au sommeil, un grand vieillard à longue barbe se présenta devant moi, vêtu d'une robe blanche et tenant à la main une verge d*or. Et je me disais en moi-même : Quel est cet homme? Est-ce Dieu, est-ce l'enfer qui l'envoie? Car je n'oubliais pas les paroles de l'apôtre : « Parfois Satan luimême se transforme en ange de lumière ». Et je pensai : « Si c'est un envoyé du ciel, il m'appellera trois fois par mou
1. s. Hieron. Epiai. LlVy ad Furiain, §14; Epist, CVIII^ ad Eustochium, î^ 31.