De exhorlatione marlyriiy Prœfatio
temps que ses rigueurs : c'est que, parmi les Exhortations connues, une seule appartient à ces pays de langue grecque qui comptèrent tant de martyrs, et dont les saints pasteurs ne montrèrent pas, à coup sûr, moins de dévouement et de sollicitude que ne le faisaient les chefs des Églises d'Occident. Je dois le rappeler d'ailleurs : aux temps anciens, les gros livres étaient rares, sans doute, et de grand prix\ la masse des chrétiens pauvre, les illettrés nombreux. Pouvoir, savoir trouver dans les saintes Écritures les textes qui enseignaient la constance, devenait ainsi pour le plus grand nombre chose difficile, sinon impraticable. La diffusion des Exhortations faites pour la lecture privée comme pour renseignement * en était d'autant plus nécessaire, et je m'étonnerais que saint Cyprien se fût abusé en parlant des fidèles qui se proposeraient d'en écrire, et pour lesquels il se bornait, disait-il, à rassembler des matériaux '.
Quoi qu'il en soit, et devant la force indomptable que déployèrent les fidèles persécutés, il ne sera pas sans intérêt de réunir et d'indiquer, après de longs siècles, la série des commandements divins où les victimes des païens puisèrent, avec la foi, une constance qui étonne notre faiblesse. Les textes sacrés reproduits dans les paroles des martyrs, en même temps qu'ils se retrouvent dans les Exhortations parvenues jusqu'à nous, donneront l'ensemble de ces préceptes.
L'Ancien Testament n'y est représenté que par deux de ses livres. Je rencontre tout d'abord les mots de l'Exode, uniformément répétés par les saints, d'après la version antique, si différente de notre Vulgate * : « Sacrificans diis eradicabitur, c< nisi Deo soli ' . » Puis viennent plusieurs versets des
i. Au y« siècle, c'est-à-dire dans un temps où les livres chrétiens devaient être plus nombreux qu'à Tépoque des persécutions, un manuscrit contenant TAncien et le Nouveau Testament est cité comme valant 18 sous d*or. (Cotelerius, Monumenla EcclesisB grœcsBj t. 1, p. 410; Rosweyde, Vitse Patrum, p. 630).
2. Cjpr. De exh, mari, Prœfat. § 2 : « audientem et legentem. »
Z, Id. % Z : V materiam tractantibus prœbuisse. »
4. Exod, xxn, 20. La Vulgate donne ici : « Qui immolât diis occidetur, « prœterquam Domino soli. »
5. Voir pour les Exhortations, Origen. Exhort, ad marU XLV ; S. Cypr. De
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Psaumes : « Omnes dîi gentium da^monia; Dominas autem '< c«i.*lum fecit*. Quid retribuaro Domino pro omnibus qus « rctribnit mibi ? Calicem salutaris accipiam et nomen Do- « niiiii invocabo'. Dominas mihi adjutor, non timebo quîd t' fariat mihi homo '. Simulacra gentium ai^entum eiaunim, a i)[iovn manuum hominum. Os habent et non loqueoiuri « orulos habeni et non videbunt. Ncque cnîm spiritus in ore « ipsorum. Similcs liant illis qui confidunt in eis ^ » Plus souvent encore les préceptes du Christ sont opposés par les iid<>los aux magistrats païens , et alors , chose digne de nMnar(|ue, hum que tous les Evangiles contiennent des commandements relatifs aux persécutions, bien que les Exiiortalions au martyre citent indifféremment à ce sujet les (piatre évangélist<;s, un seul texte, celui de saint Matthieu, est rappelé pur les saints. Alors même que les passages allégués s(» relrouv(Mil dans plusieurs Évangiles, le livre allégué est toujours celui de TapiMre qui publia le premier les faits el les |>aroles du Sauveur ; de celui qui, selon le mot de saint Ambn)ise, Ivmiii les régies de la vie chrétienne *.
t'thori. mtirt. XLV. Piuir loa réponses de» martyrs: Acta s. Montani, § 14; Alla H. hvn. îi 2 : Aria s. l»oIli»>n. S 3 : Aola s. Phileop, § 1 ; Acta s. Quirioi, ^ 2 ; Alla ^. IVlri H.ilsami, îj l Acia sine. p. 234, 402, 403, 494, 498, 502;. Cf. Kus.l». //. t:. Mil. \. iu fine.
1. /S\ ver. :«. • Ori»:»'». t:rh, ad mari, XXXII ; cf. S. Cypr. Teslimon. III, Lix. - A«la t. 0>«»»'»»». îi - i V^*ïi* *• Patrie. § 2 [Acta sine. p. 498 et 556).
2. i'v. i\\\ 12. KJ. Oriiiiu. t:.vh. ad mart, XXVIII, XXIX. — Acta a.Balsanii. ^ 2 Acta :fttu\ p. 503
i. /N. CWti, t». t'vpruui. l>c cvhort, m«r/. X; cf. Testimon. lU, x. — S. B.i'»il. /^>"r^ A/ A. do H. ti.»rdii» martyrt», ji 5 t. II. p. 146).
». /*<. rAA'X/* . l^ tS. rvpriiii». iV erh. mart. UTestim. in,ux; Pseudo- «'..pr. /»•' ' :''-{c "l'.'i. \ , IVrlull. S.""//i'/'.tvt?. U. — Aota s. Balsaïui, § 1 ; Acta s. Fi:i-ti ; A'tvi <. VlKN»donti. ^ ^: Vota <. Bouo:û« îi l Acia sine, p. 502, 536, ■..-«.). Ki : Aot i s. Kolio, odit. de Italu^e, à U suite des œuvres de saint
; Er/yf^!'-'} Ei'it't-;*rî-' scy'u'oii'ti L-toctt, Pivlo^. § 3. Sur le point que je siyn.ii-r .'.* A-.tti if.'t'.'tf'-'i >»fml»l''iMioiit ocpouddiit pouvoir fournir une exception;
••t. i.iu* l'î p.i.ss,!^'.' .Ml -i^iiiit Phili.Mv HouMiK' par le mo^i^^trat de jurer, oppose r< f,;i." iii-* 'Il Si:iv (i:-. • Sit \c>ti'uui t^t, c:<t, ttoM, uoD, • et cela dans une :* .'Vi;.' : .i -■• ripf.p.Mrh».' tnoi»^ du toMo o^n.Mdiit de '«aiut Matthieu iV, xxxvu) . ..• : • .1 r-pr.»:. i.:''i«'ij -(ri -.mi a ftitc •uiint Jacquo:* tipUl, V, xn ; mais je dois .. • :• .-. . ..• iii.rr i.i'MMH-ir ihjm ,' lU. ^ M ; tiumii. XIX. $ 2 et saint Justin
' .', . '•; -.-. î'i.' :■• ii-'U]»: > i.iu h do^* i.Ki.<'«a^vH où iU ci teut manifestement
•:■;••■ [". '.i..!.". Mirtiii-'j. -t -j jo J ailtciii'» U's uj«iuuscrtts pri'seuteot sou-
■■■u î.jr -.f! .in-iii': poi.i". fciidUi^t' oi ciuiiusiou doi* termes employés dans
.. i.ii/.i.» tr î.m^ . Epitr».'. \oiv MatthtKi. b'iM/«v. cwc. Maith, 9x cod. Jfof-
Je transcris les passages de saint Matthieu que reproduisent en même temps les Exhortationes et les réponses des saints amenés devant le tribunal : c Beati qui persecutionem patiun- « tur propter justitiam^ quoniam ipsorum est regnum cœloc€ rum *. Quam angusta porta et arcta via est qua* ducit ad « vitam '. Cum autem persequentur vos in civitate ista, fugite « in aliam ^ Et nolite timere eos qui occidunt corpus, ani- « mam autem non possunt occidere ; sed potius timete eum « qui potest et animam et corpus perdere in gehennam *. « Omnis ergo qui confitebitur mecoram hominibus, confitebor « et ego eum coram Pâtre meo qui in cœlis est. Qui autem a negaverit me coram hominibus, negabo ef eum coram Pâtre « meo qui in cœlis est^. Qui diligit patrem autmafrem super « me non est me dignus. Et qui diligit filium aut filiam supe^ « me non est me dignus *. Si quis vult post me vcnire, abne- « get semelipsum et tollat suam crucem et sequalur me \ Qui c< reliquerit domum, vel fratres aut sorores, aut patrem, aut « matrem, aut uxorem, aut iilios, aut agros, propter nomen « meum, centuplum accipiet, et vitam aeternam possidebit ^ »
quensib, p. 76 ; Millius, Nov. Teslam. éd. de 1720, p. 550 ; Griesbach, Nov. Teslam, 1786-1800, t. H, p. 520). Rien ne dctcraiinc dooc le texte auquel se rt^férait saint Philéas ; on demeure ainsi en droit do penser qn'il a cité l'orifçinal plutôt que la reproduction et que, d'après le fait mis en lumière par i'eo.^emble des Actes, il a, comme les autres martyrs, pris sa réponse de niot Matthieu.
1. Matth. V, X. — Cf. S. Cypr. Teslim. III, xvi. — Acta s. Eupli, § 1 {Acla sine. p. 407).
2. Matth. VII, XIV. — Origen. Exh. ad mari. XLII ; cf. Cypr. Teslim. III, vi. — Acta s. Léon. § 3 [Acla sine. p. 547).
3. Matth. X, xxui. — Origen. Erh. ad mari. § 34. — Acta s. Quiriui, § 2 {Acla sine. p. 498).
4. Matth. X, xxvni. — Origen. Exkort. ad mari. § 34 ; cf. Tertull. Seorpiace^ IX ; S. Cypr. Episl. LVI, Ad Thibarit. § 7 et la lettre de saint Eugène de Carthage dans Grégoire de Tours, //. Fr. Il, m. — Acla s. Vincent. § 6 {Acla sine. p. 369).
3. Matth. X, XXXIII. — S. Cypr. De exkorl. marlyr. V ; Origen. Exhort. ad martyr. § 10, 3i, 37 ; cf. Tertull. Scorpiace^ IX ; S. Cypr. Teslimon. III, xvi ; Pseudo-Cypr. De laude marlyriiy XI. — Acta disputationis s. Achatii, § 3: Acta s.Tryphonis, § 4 ; Passio s. Iren. § 3 {Acla sineera^ p. 154, 613 et 402) ; Victor Vitensis, Passio Vil monaeh. § 5.
6. Matth. X, XXXVII. — S. Cypr. De exh. mari. § 6 ; Origen. Exh. ad mari. % 38 ; cf. S. Cypr. Teslimon. III, xviii. — Acta s. Iren. § 4 {Acla sine. p. 403).
7. Matth. xVl, XXIV. — Origen. Exh. ad mari. XII. — Acta s. Eupli, § 1 {Acta sine. p. 407).
8. Matth. XIV, XXIX. — Origen. Exh. ad mari. XIV. — S. August. Sermo CCCXXVI, Id natali martyrum, § 2.
lu LA PREPARATION
Saint Denys d'Alexandrie qui, empruntant sa réplique aux Actes des apôtres, répondit au juge : t II vaut mieux obéir à « Dieu qu'aux hommes, » racontait ensuite que ce mot lui était venu de lui-môme à la bouche*. Cent cinquante ans après, saint Quirin disait au proconsul : « Le Seigneur qui « m'assiste va te répondre par ma voix *. » C'était encore de l'Évangile que venait au martyr cette confiance dans la sûreté de sa parole. Le Seigneur avait dit à ses fidèles ^ et les saints pasteurs le répétaient quand la persécution menaçait l'Église * : « Vous serez mené3 devant les gouverneurs et « devant les rois afin de me rendre témoignage en leur pré- « sence et en face des gentils. Lorsque l'on vous remettra a entre leurs mains, ne vous inquiétez point de savoir a comment vous parlerez, ni ce que vous aurez à dire ; cela <i vous sera donné à l'heure même : car ce n'est point vous « qui parlez, mais l'Esprit de votre Père qui parle en vous. » Pour recevoir la grâce, le don précieux que lui promettait ainsi Jésus, pour que les paroles de Dieu lui vinssent aux lèvres dans le moment suprême, il importait au chrétien de bien connaître la Loi qu'il allait confesser au prix de sa vie. Dans ce savoir était la source de toute constance, a Je ne « connais point vos dieux, s'écriait saint Léon devant le ma- « gistral païen, jamais je ne consentirai à leur sacrifier, car je « sais les précieux commandements des Ecritures *. » Plus tard, alors que les Vandales ariens persécutèrent les catholiques, une femme^ puisant sa force dans la connaissance des Livres saints, encourageait, au milieu de ses tourments, les autres fidèles au martyre*.
En môme temps que les préceptes d'en haut, les