OBSERVATION I
(Personnelle. — Recueillie à l'Asile d’aliénés de Bassens)
Hérédité inconnue. — Signes physiques de dégénérescence. — Asymétrie faciale et crânienne avec microcéphalie. — A toujours été grand plaideur. — Une tentative de meurtre avant son entrée à l’asile. — Pas d’hallucinations.
. Persécuteur processif.
François J..., cultivateur, illettré, âgé de soixante-six ans, fut arrêté le 22 juillet 1890 en flagrant délit d’assassinat sur la personne du juge de paix de Lamothe-Servolex (Savoie), dans la salle même de la justice de paix.
Au moment où le juge de paix entrait dans le vestibule, il vit un individu placé derrière, la porte qu'il prit pour un plaideur. A ce même instant, il reconnut François J... qui dirigeait sur lui un revolver à bout portant. Le coup rata. Francois J... chercha à faire feu de nouveau, mais deux personnes le désarmèrent et le remirent au gendarme de service. Interrogé séance tenante par ce dernier, il raconta que tous les gens de justice, avoués, avocats, étaient d'accord avec le juge de paix pour lui faire perdre ses procès, que, dès lors, il avait résolu de se venger.
« Depuis plus d’un an, dit-il, je médite ma vengeance. J'avais décidé de tuer un de ces messieurs, afin de pouvoir ensuite m'expliquer publiquement. J'ai choisi le juge de paix, parce que c'est le meneur de la bande, Je suis venu plusieurs fois à l'audience dans l'intention de le tuer, mais soit que l'occasion n'ait pas été favorable, soit que
le courage m'ait manqué, je n'ai pas exécuté mon projet. Aujourd’hui, je l’ai fait : le coup a raté: c’est malheureux, car je ne regrette pas ce que j'ai fait. »
Devant le juge d'instruction, il expliqua que, si le coup n'était pas parti, c'est qu’il s'était arrangé pour cela, sans pouvoir ni vouloir expliquer cette assertion.
Le juge d'instruction le fit examiner au point de vue mental par le directeur-médecin dè l'asile de Bassens, qui déclara François J... irresponsable, parce qu’il était atteint du délire de la persécution. Ce délire avait pour point de départ un fait vrai qu’il interprétait à son préjudice. Ce fait était le suivant : un voisin avait pratiqué un chemin dans un pré que François J... revendiquait pour sa propriété. De là, contestation et une série de procès que François J... avait perdus naturellement, puisque le pré ne lui appartenait pas.
D'où il a conclu que juge de paix, huissiers, avoués, avocats, tout le monde était ligué contre lui. Et chaque fois qu'il soulevait un nouveau litige devant le juge de paix, toujours à propos de ce pré soidisant à lui, c'était une rancune de plus qui s’ajoutait aux précédentes. ;
Ce délire remontait à plusieurs années, et François J... s'était ruiné en procès; mais à chaque contestation le délire reparaissait en ce qu’il dénaturait des faits vrais en les interprétant systématiquement à son préjudice. C'était, à vrai dire, le délire des querelles.
Le juge d'instruction renditune ordonnance de non-lieu et demanda le placement d'office de François J... à l'asile des aliénés de Bassens.
OBSERVATION II (Personnelle. — Recueillie à l’Asile de Bassens)
Hérédité inconnue. — Stigmates de dégénérescence. — Plagiocéphalie. — Asymétrie faciale et crânienne. — Lobule de l'oreille non détaché. — Tubercule de Darwin développé. — A toujours été brouillon et grand discuteur. — Menaces de mort avant son entrée à l'asile. — Pas d’hallucirations.
Francois B..., âgé de soixante et un ans, gendarme en retraite, raconte que le géomètre M... avait déclaré devant le notaire et l'agent d’affaires que lui, François B..., possédait 4 mètres de terrain devant
— UE sa maison, mais que son voisin P... conservait le droit de passage. Lorsque lui, François B... eut fait voir au géomètre un acte par lequel P... lui avait vendu ce droit de passage, ledit géomètre est venu déplacer les bornes indiquant les limites pour diminuer la contenance de son terrain, et ensuite il a fait un plan pour lui voler le seuil de sa porte.
Tel est le point de départ du délire des querelles de François LOT point de départ d'où sortirent de nombreux procès, tous perdus. François B... en conclut que géomètre, notaire, agent d'affaires, avocat, avoué, tribunaux, gendarmes et huissiers étaient ligués contre lui. Et comme son fils ne partageait pas sa manière de voir, qu'il avait vendu les biens de sa mère pour payer les frais des procès de son père, il erut que son fils était d'accord avec tous ses ennemis. IL écrivit à tous les journaux de la localité, à toutes les autorités, préfet, ministres, députés, pour leur raconter la persécution dont il était victime.
Un jour il menaca avec un fusil son voisin P..…., qui lui avait soidisant vendu le fameux droit de passage. P... porta plainte et Francois B... expliqua que le fusil n’était pas chargé.
Enfin, son fils ayant désintéressé le dernier créancier de son père, ce fait mit le comble à l’exaspération de Francois B.... Il vint chez le président du tribunal, lui raconta tous ses malheurs, et, lui montrant un revolver chargé, il lui annonça qu'il se rendait chez son fils pour lui demander des explications.
Le magistrat, en présence d'un danger possible, invita Francois B... à se rendre au parquet, mais il refusa de voir le procureur de la République, parce qu'il faisait partie de la bande de «Mandrins » ligués contre lui. Il préféra aller chez un journaliste. Celui-ci lui conseilla d'aller trouver le procureur de la République pour se faire rendre justice. Le lendemain matin, Francois B... se présenta chez le procureur de la République et lui exposa toute son affaire, ses procès perdus, la connivence de son fils avec ses ennemis et son intention de demander des explications à son fils le revolver à la main. Le procureur de la République le fit arrêter pour menaces de mort.
À l'instruction, François B... déclara que, puisque tout le monde était d'accord pour refuser de lui rendre justice, il avait résolu de faire un scandale, que, s’il s'était muni d’un revolver chargé, c'était pour menacer et non pour tuer son fils. Il voulait provoquer ainsi un