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grand débat public où il dénoncerait toutes les injustices dont on l’abreuvait.
Le juge d'instruction le fit examiner au point de vue mental, parce qu’il n'est pas habituel de voir un criminel se rendre préalablement
chez le procureur de la République pour l’informer de l'acte qu'il a l'intention de commettre.
L'expertise médico-légale déclara François B.. irresponsable, parce qu'il était atteint du délire de la persécution.
Une ordonnance de non-lieu fut rendue et une demande d'internement adressée au préfet qui y fit droit,
Dans cette observation, comme dans la précédente, on constate un début chronique, caractérisé par l'apparition d’un délire d'interprétation de faits réels, mais dénaturés par le malade à son préjudice.
Ce délire est dépourvu d'hallucinations, d’incohérence du langage et de conceptions invraisemblables : il amène une phase de querelles etde procès, dans laquelle l’aliénation mentale passe tout à fait inaperçue aux yeux de tout le monde.
Puis, le délire se systématise et devient délire de persécution. François J... et François B...se considèrent comme la victime des hommes de loi: tous sont leurs ennemis.
La troisième phase est celle des voies de fait. Ils se posent en justiciers et préméditent un crime dans le double but de se venger et d'attirer l’attention sur la persécution dont ils sont l’objet.
OBSERVATION III (Personnelle.— Recueillie à l’Asile de Bassens)
Pas d’antécédents héréditaires connus. — Bizarreries de caractère. — S’est, à l’âge de seize ans, jeté dans un puits à la suite d'observations que lui avait faites son père.— Constamment puni pendant son service militaire. — Tentative de meurtre avant son entrée à l'asile, — Pas d’hallucinations.
Pierre B..., âgé de trente-trois ans, né à St-C... (Aveyron), était gardien de la paix à Marseille depuis le mois de décembre 1887. En
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mars 1890, il fit la cour à Claudine P..., originaire de la Savoie et exerçant à Marseille la profession de femme de chambre. Les amoureux se rencontraient chez le concierge de la maison où servait Claudine : leurs relations restèrent convenables. Pendant le courant de l'été, Pierre B... fut renvoyé du service de la police : ilse plaça comme voiturier. Puis il loua un petit logement et acheta quelques meubles en vue de son mariage avec Claudine P... La sœur de Claudine, la concierge et la future épouse, visitèrent le logement et les acquisitions. Claudine P.., fit quelques observations sur les dépenses qu’elle trouvait exagérées. Pierre B... répondit d'une façon brutale. Sur les conseils de ses parents et de ses maîtres, la jeune fille fit prendre quelques renseignements sur le compte de son futur mari. Ces renseignements changèrent ses sentiments, si bien qu'à la demande de sa main que Pierre B... adressa à ses parents, en décembre 1890, elle leur conseilla de refuser leur consentement, et elle écrivit à son prétendu que, ne voulant pas désobéir à sa famille, elle l’engageait à cesser toutes relations avec elle.
Une explication eut lieu chez la concierge. Devant le refus formel de Claudine, Pierre B... lui réclama le montant des meubles achetés en vue de leur installation.
Puis, il continua à la poursuivre, mais Claudine P... refusa de le revoir. Ce fut le patron de Claudine qui le recut. Pierre B.,. s’emporta, insultant tout le monde. Il écrivit au patron de son ex-fiancée des lettres injurieuses pour cette dernière, qu’il traitait de fille publiblique, la menaçant de voies de fait, si elle ne lui remboursait pas les dépenses faites en vue de leur mariage. Le patron de Claudine jugea prudent de la renvoyer pendant quelque temps en Savoie, dans sa famille. Pierre B..., ignorant ce départ, continua son scandale sous les fenêtres, criant des propos diffamatoires. Puis, il adressa par écrit des menaces de mort à Claudine P..., des insultes par carte postale à elle et à ses parents, dans l'espoir de provoquer une plainte au parquet. Pendant une année, il continua ce système.
En mai 1892, il vint chercher du travail à Aix-les-Bains, à proximité du village où habitaient les parents de Claudine. Au bout de quelques jours, il vint dans ce village et réclama au père de son ancienne fiancée l'adresse de cette dernière. Le père refusa de lui faire connaître la résidence de sa fille. Pierre B... partit en proférant des menaces de mort contre elle.
Quelques jours après, il se représenta et ne trouva que la sœur de
Claudine ; il lui demanda, comme la première fois, l'adresse de cette dernière pour se faire rembourser, disait-il, les 2,000 francs qu'il avait dépensés en l’hébergeant pendant une année. La sœur lui répondit de s’en aller et de cesser de déshonorer la famille. Pierre B... sortit alors de sa poche un revolver et tira à bout portant sur la jeune fille. Celle-ci s'enfuit dans sa chambre. Pierre B... l'y suivit et tira sur elle cinq balles dont deux l'atteignirent, lui faisant heureusement des blessures sans gravité.
Pierre B.., fut aussitôt arrêté par les gens du village et conduit à la mairie, Marie P... s'y rendit pour faire sa déposition. Le meurtrier l’apostropha en ces termes : « Tu ne t'en tireras pas comme ça et ta sœur mourra demain. »
Devant le juge d'instruction, Pierre B... ne manifesta que le regret d'avoir manqué Marie P... et le désir de retrouver sa sœur pour la tuer. Il traita le patron de Claudine de jésuite, appela la famille de Claudine une bande de voleurs, et prétendit que, s’il avait tiré sur Marie, c’est qu’elle l'avait bousculé. Confronté avec la victime, il l’accusa d’être la cause de tous ses malheurs.
Pendant sa détention, il écrivit au père de sa victime : « Vous devez être content que vos trahisons, falsifications de religion catholique et escroqueries envers moi, m'ont amené à une colère qui m’a troublé la tête. Ce sont vos filles qui sont la cause de tout. Elles m'ont provoqué, et vous autres, race de mauvaises gens, vous êtes responsables des événements. »
Au juge d'instruction, il écrivit un récit de sa vie, et expliqua que, si son mariage avec Claudine avait échoué, c'était la faute au curé de son village à lui.
Le juge d'instruction, mis en éveil par ces écrits, le fit examiner au point de vue mental par le directeur-médecin de l’asile de Bassens, qui déclara Pierre B... irresponsable, parce qu’il était atteint du délire de la persécution.
Le juge d'instruction rendit une ordonnance de non-lieu, et demanda au préfet son internement d'office.
Ce malade diffère des deux précédents en ce qu’il n’a pas mangé son bien en procès, et que le point de départ de son délire n’est pas une contestation de propriété, mais un amour
A déçu. A part cela, il a tous les caractères des querellants.
Le début est chronique. Le premier symptôme est un chagrin sans motif. Pendant qu’il faisait la cour à Claudine, il lui a renvoyé ses lettres sans explication; puis sa brutalité aux observations de sa fiancée, qui trouvait exagérées les dépenses de mise en ménage.
Quand elle refuse de le recevoir après leur rupture, il parle d'abord de mourir ensemble, puis, sur-le-champ, il réclame l’argent dépensé en meubles. Et, séance tenante, il devient diffamateur et traite celle qu’il aimait de fille publique.
Il n’a point d’hallucinations, il interprète à son préjudice et dénature des faits vrais. Claudine, à ses yeux, devient une voleuse : elle lui doit deux mille francs. Il écrit pour se faire poursuivre en justice, dans le but de provoquer une explication de tous ses malheurs. Il est persécuté. Enfin, il se fait justice de ses ennemis, la famille de Claudine, et tire sur sa sœur, à laquelle il n’a rien à reprocher.
Comme chez les deux malades précédents, le sens moral a disparu chez lui : il n’a aucun regret de son crime.
Comme chez les autres, on ne trouve chez lui aucun antécédent héréditaire.
OBSERVATION IV (Personnelle.— Recueillie à l’Asile de Bassens)
Hérédité peu connue. — Bizarreries de caractère. — Menaces de mort. — Tentative de meurtre. — Folie à deux. — Pas d'hallucinations.
Les deux sœurs R..., Marie-Louise et Marceline, sont nées, la première en 1843, la seconde en 1849. A la mort de leurs parents, elles héritèrent d’une petite maison valant une dizaine de mille francs et entreprirent un commerce de modistes qui ne réussit pas. Elles furent obligées, pour désintéresser leurs créanciers, de contracter un emprunt hypothécaire. Elles gagnèrent, à partir de ce moment, leur vie
en copiant des rôles pour l'administration des contributions directes. Mais, obligées de payer les intérêts de leur emprunt, elles eurent chaque jour plus de peine à faire face à leurs affaires. Comme c'’étaient d'honnêtes personnes, très laborieuses, leur notaire leur prêta un millier de francs ; malgré cela, leurs créanciers firent vendre leur maison. Ce fut un grand chagrin pour elles. Ceci se passait en 1885. Leur notaire, sur le prix de la vente, se remboursa de l'argent qu'il leur avait avancé, et il en résulta un compte assez embrouillé. Elles accusèrent leur notaire d’être un voleur et portèrent plainte contre lui au procureur de la République. Mais il n’y avait pas de vol. Le procureur de la République ne sévissant pas contre le notaire, elles portèrent plainte au procureur général contre le procureur de la République, accusant ce dernier d’être l'amant de la femme du notaire. Le procureur général ne répondant pas, elles s’adressèrent au ministre de la justice. Le ministre fit faire une enquête, en suite de laquelle leur fit savoir que, si elles avaient de l'argent à réclamer à leur notaire, elles devaient l’assigner.
Dépourvues de toute fortune, elles demandent le bénéfice de l'assistance judiciaire pour faire un procès au notaire. Pour l'obtenir, elles avaient à produire les pièces établissant leur droit : elles refusèrent de confier leurs papiers au greffe, dans la crainte qu’on ne les leur il volât, et comme, dans ces conditions, elles ne pouvaient obtenir l'assistance judiciaire, elles écrivirent au ministre qu’on leur en refusait le bénéfice. Enfin on finit par assigner le notaire, Le tribunal lui donna raison, et débouta les sœurs R... de leur demande comme non fondée.
A la suite de leur échec, elles demandent au ministre de la justice de révoquer le président du tribunal, qui est, d’après elles, un juge prévaricateur.
Comme elles ne reçoivent aucune réponse, elles en concluent que ministre, procureurs, juges, avocats, avoués, tous sont d'accord avec leur notaire.
En 1887, pendant qu’elles faisaient des démarches pour en appeler àla cour du jugement qui les déboutait de leur demande, une autre affaire vint les préoccuper. Une sœur utérine, morte cinq ans auparavant, avait laissé ses biens à sa nièce. Ne pouvant pas admettre que leur sœur les eût déshéritées, elles accusent le notaire qui avait recu le testament de l'avoir falsifié à leur préjudice et lui intentent un procès.
Entre temps, il était survenu un changement de ministère. Espérant que le nouveau garde des sceaux serait étranger à la coterie de leurs persécuteurs, elles lui adressent une longue plainte, rappelant tous les faits, les dénaturant pour les présenter comme autant de dénis de justice commis à leur encontre, dénonçant les deux notaires, les membres des parquets, les juges, tous les gens de robe, comme étant d'accord pour les persécuter.
Voici un extrait de cette lettre :
«Les juges du tribunal contre qui je porte plainte sont :
» M. B..., vice-président du tribunal de première instance, l'ami intime de Mrm°..., femme du notaire. — Remerciements de services rendus.
» J'accuse M. C...,juge au tribunal, d’avoir montré une animosité sans exemple lors de la plaidoirie de notre procès; il s’est levé pour interrompre notre avocat et l'empêcher d’articuler le démenti que nous jugions urgent de donner.
» J'accuse M. $S..., juge au tribunal, d’avoir montré une grande satisfaction de notre condamnation.
» J'accuse M. P..., procureur de la République, de s'être refusé de recevoir ma plainte contre M. M..., notre notaire.
» Je répète ce que je disais à M. le Garde des sceaux dans ma plainte du 9 juillet 1886: qu’une bonne admonestation soit donnée aux avocats pour les provocations et les injures qui nous ont été faites lors du jugement de notre procès.
» Je porte plainte contre M. T..., avocat général, pour avoir annulé ma plainte contre mon avoué. M. T... est le chevalier servant de Mr M..., femme du notaire.
» Je lui reproche de nous avoir provoquées, en mars dernier, sur la promenade publique. Est-ce là la conduite d'un avocat général ? De quel droit me provoquait-il ?
» Je demande que justice soit faite, que je puisse faire éclater la vérité que l’on tient sous le boisseau, que les complices de notre dépouillement, messieurs les juges, les membres du bureau d'assistance judiciaire, messieurs les présidents du tribunal, soient rendus responsables du préjudice qu'ils nous ont causé, eux qui n'ignoraient pas dans quel guêpier ils nous plongeaient. »
Comme le garde des sceaux ne répondait pas, une des sœurs, Marie-Louise, affiche sur les murs de la ville un placard écrit de sa main pour faire connaitre à la population l'injustice dont elle et sa
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sœur sont victimes, et pour que le parquet sache bien à quoi s’en tenir, elle en adresse une copie au procureur général.
Comme cette affiche était sur papier blanc, elle fut l’objet d’un procès-verbal et d'une amende de 5 francs infligée par le juge de paix.
Marceline rédige et affiche alors un nouveau placard contenant un acte d'accusation contre les ministres et les autorités judiciaires, insultant et diffamant tous ceux à qui elles avaient eu affaire.
La loi sur la presse permettant toutes sortes de licences, elles ne furent pas poursuivies. Elles en conclurent qu'on avait peur de leur faire un procès qui leur donnerait l'occasion de dénouer au grand jour les fils de la trame qui les enserrait. Par suite, nouvelles proclamations et nouvel appel au peuple où elles annoncèrent qu’elles cravacheraient et lyncheraient des magistrats.
Le parquet les fit arrêter: elles comparurent devant le tribunal correctionnel qui les condamna à un mois de prison.
A leur sortie, nouvelles affiches, nouvelles insultes et proclamations, longues explications de toutes les injustices commises contre elles ; appel au peuple qui ne se hâta pas de répondre à leurs objurgations, ce qui les décida à écrire au Président de la République une lettre où tous leurs griefs sont longuement exposés.
Mais, comme le peuple, le chef de l'État restait sourd à leurs plaintes : l’une d’elles prévint alors le procureur général qu’elle se ferait justice elle-même sur la personne du président du tribunal, le lendemain, à midi, au palais de justice.
Marceline se rendit, en effet, au palais, dissimulant sous ses vêtements un couteau de cuisine : elle fut arrêtée ainsi que sa sœur.
Le juge d'instruction les fit examiner par trois médecins experts, le directeur-médecin de Bassens, qui conclut à la folie à deux, délire des persécutions, persécutées-persécutrices. Les deux autres, dont l’un était le médecin au rapport habituel du parquet, et l’autre, l’ancien directeur-médecin de Bassens, les déclarèrent exaltées, mais nullement folles et parfaitement responsables.
En présence de cette divergence d'opinions, le parquet les envoya à Lyon pour y être examinées par le professeur Lacassagne, qui donna raison au directeur-médecin de Bassens et conclut à la folie à deux. À la suite de ce rapport, elles furent internées à l'asile.
Pendant tout le temps de leur observation à Bassens et à Lyon, elles ne cessèrent d'adresser des protestations à toutes les autorités
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contre leur séquestration ; elles écrivirent aux députés de la région. Une fois internées d'office, leurs protestations ne tarirent plus. Un médecin, qui était député, intervint auprès du ministre pour les faire examiner à nouveau. Trois médecins rédigèrent un rapport constatant qu’elles étaient aliénées, mais qu’on pouvait leur laisser la liberté sans crainte, car elles n'étaient pas dangereuses.
A leur sortie, les placards aux électeurs pour leur annoncer leurs infortunes et les injustices commises contre elles, les réclamations, plaintes, dénonciations, recommencent de plus belle. Et, comme tous leurs écrits restaient sans réponse, elles finirent par considérer le chef de l'Etat comme le chef de la bande de leurs ennemis.
En janvier 1890, elles écrivirent au gouverneur de la Banque de France pour l’avertir que si, dans un délai déterminé, le président de la République ne leur a pas fait rendre justice, elles iraient poignarder son gendre, M. Cunisset-Carnot, procureur général à Dijon, et le complice du procureur général de Chambéry.
Cette lettre fut retournée à ce dernier, qui les fit arrêter, examiner par le directeur-médecin de Bassens et interner d'office à la suite de la production d’un certificat constatant que les sœurs L... étaient atteintes de la folie à deux, délire de la persécution des persécutéespersécutrices.
Aussitôt internées, elles invoquent la loi de 1838 et réclament au président du tribunal, en vertu de l'article 29 de cette loi. Le président les fit envoyer à l’asile Saint-Robert pour y être examinées. Le directeur-médecin de cet asile conclut à la folie à deux, délire de la persécution des persécutées-persécutrices. Le président décida, par suite, de les maintenir séquestrées, d'où appel. Mais la cour confirma la décision du président. Toutes les juridictions étant épuisées, elles n'ont pas cessé pour cela leurs protestations, qu'elles continuent encore de plus belle.
Ces malades sont le type le plus accompli de la variété des persécutés querellants ou processifs.
Jamais d'hallucinations, et toujours le délire est l’interprétation à leur préjudice d’un fait vrai.
Deux faits le prouvent surabondamment. Pendant leur séjour à l'asile, on avait donné à l’une d'elles du café au lait le
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matin à son déjeuner : dans la journée, elle eut un peu de dévoiement. Le lendemain, à la visite, elle accusa le directeur d’avoir voulu l’empoisonner et d’être d’accord avec la bande de leurs persécuteurs. Cette croyance fut aussitôt adoptée par l’autre sœur.
Une autre fois, elles réussirent à s'échapper de l'asile. Quand on les réintégra, on déposa au bureau de l’économat l'argent qu’on leur avait donné au dehors. L’une d'elles avait reçu 1 franc. Quelques mois après, elle réclama les 20 francs qu’elle avait en dépôt. On lui fit observer en vain que c’étaient 20 sous et non pas 20 francs. Elle prétendit que le directeur de l'asile l'avait volée. L'autre sœur partagea aussitôt cette croyance.
Dans cette folie à deux, une idée émise par l’une des deux sœurs est adoptée aussitôt par l’autre. La seule différence qu’il y avait entre elles, c'est que la cadette seule agissait ; l'ainée se contentait de réclamer; elle n’est jamais allée jusqu'aux voies de fait. Plus intelligente, elle concevait l'interprétation délirante et la communiquait à sa sœur. L’aînée était la tête, la seconde le bras de cette association de persécutrices.
OBSERVATION V (cASPER)
Le docteur en droit L..., âgé de quarante-deux ans, avait déjà, depuis plus de vingt ans, attiré sur lui, par sa conduite, Pattention des magistrats.
En 1819, il fut arrêté à Leipzig, parce qu'il se battait avec un tailleur ; celui-ci chantait une chanson que L... croyait à son intention.
En 1826, 1827, 1828, il avait offensé beaucoup de personnes, se croyant insulté par elles.
Én février 1828, il se produisit, dans le théâtre de Leipzig, un scan-
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dale public qui se termina par un coup de poignard qu'il donna à un inconnu, par lequel il se croyait offensé ; il fut condamné pour cela à deux mois de prison.
Outre cela, pendant ces dix années, il déposa des plaintes nombreuses contre des personnes qui l’avaient soi-disant insulté; et même, en un seul jour, le 26 janvier 1828, il fit trois plaintes ; il est remarquable que, dans ces nombreuses plaintes, il cite toujours la loi saxonne de l’an 1712 sur les vengeances personnelles.
En 1834, il fut renvoyé de Dresde, parce qu'il n'avait pas de légitimation.
En 1837, dans une plainte contre l’autorité, il employa des expressions si blessantes qu'il fut condamné à une amende. Dans la même année, à Tœplitz, L... mena une conduite si scandaleuse au théâtre et dans la rue, qu’il fut mis à la porte.
C'était surtout dans les théâtres qu'il faisait le plus d'esclandre, parce qu’il se croyait offensé par des regards, des gestes et des rires.
En 1838, il fut de nouveau renvoyé de Dresde ; il s’'éleva contre cette mesure avec mille protestaions très adroites, mais qui portaient déjà le cachet d’un dérangement mental. C’est ce qui se voit surtout dans un écrit de 1840, adressé à la police de Dresde, dans laquelle il dit que, «en 1837, à Dresde, il était le plus bel homme et le plus chéri par les dames, et qu’elles tombaient toutes en extase par amour pour lui,» Il ajoute qu'il propose de le prouver, et demande que le plus bel homme de police, M. le Directeur lui-même, vienne avec lui au théâtre, et il est certain que personne ne se tournera vers le directeur, tandis que tout le monde se tournera vers lui. »
En 1842, son état s’aggrava au point qu’il fut transporté à l’établissement des fous de Iena, d’où il sortit le 23 décembre de la même année comme « guéri ». Il retourna à Dresde, où il resta jusqu'en 1844 chez son frère, avocat; mais, ennuyant toujours les magistrats de ses plaintes, il fut de nouveau renvoyé de Dresde comme sujet prussien.
Son frère, qui tâchait de le défendre, parle « d'une fierté outrée et d'une arrogance sans limite. »
Le 19 novembre 1844, L... écrit aux magistrats d'Erfurt de lui attester officiellement que, pendant son séjour dans la maison de santé en 1844, personne n’avait touché ses organes génitaux, ni mesuré son pénis. Cette attestation, disait-il, était nécessaire, afin de donner un démenti formel à un bruit qui courait sur lui.
A cause de cette affaire, il écrivit plusieurs fois au tribunal, et re-
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