‹ Les Persécuteurs Processifs: Contribution à l'Étude du Délire des Persécutions Chez les DégénérésChapitre 13 sur 25 · TUE · texte numérisé non relu

TUE

commença à insulter publiquement des citoyens, ce qui le fit de nouveau renvoyer de la ville, malgré ses protestations. Il se plaignait un jour à un sergent de ville qu'il avait entendu sur la promenade le ministre de la justice l’accusant d’avoir un pénis trop petit et le menaçant de punition; L... voulut intenter un procès au ministre à cause de cela. À cette époque, toujours pour de prétendues offenses, il fait des plaintes contre le baron L..., le président Z..., le docteur V...,etc., dans de nombreux écrits remplis de citations des ouvrages de droit.

Le 28 août 18.., L... quitta Dresde et arriva à Berlin, où l’on fit explorer son état mental.

L... est un homme petit et maigre ; une chevelure foncée et riche couvre son front plat et petit; figure pâle, regard perçant. Dans son rire ironique qui accompagne toutes ses paroles, il y a un trait de malignité et d’astuce. La santé physique est bonne. Il habite une petite chambre dans laquelle se trouvent deux glaces, dont l’une est couverte complètement d’une toile, parce que, dit-il, elle l'éblouit, ce qui ne peut pas être vrai. La porte de la chambre à côté est garnie d’un double rideau : il a couvert ce rideau de papier, afin, dit-il, de n'être pas dérangé par les conversations dans la chambre voisine. Il a enfermé son bois à brûler dans son secrétaire ; sa table est couverte d'écriture à sa main, que je ne voulus pas examiner de près, à cause de sa grande méfiance.

Je me présentai à lui comme un médecin envoyé par une de ses connaissances de Dresde, afin de lui demander comment il se porte. Aussitôt il recula d’un pas, et me dit combien il était blessé de la conduite extraordinaire et inconvenante de ce monsieur de Dresde.

Je lui expliquai qu’une telle mission, confiée à un médecin connu, n’avait rien que de très ordinaire ; il dit qu'il regardait comme une insulte qu’on lui demandât comment il se portait. Je lui répondis que cette demande était la manière habituelle de se saluer, et que tout le monde échangeait de nombreux « comment vous portez-vous » ; il ne voulut pas être d'accord avec moi, et il dit qu'il allait se plaindre au ministre de la justice de Dresde, et faisant entendre qu’en même temps il m'en voulait: Il me dit qu’on abusait de moi « pour tirer les marrons du feu », mais qu'ilne s’y laisserait pas prendre, qu’il me prévenait qu’il avait déjà fait arrêter un médecin pour cette raison. [1 me pressa de lui dire le nom de celui qui m'avait envoyé. Alors, disant que je ne m'en souvenais plus bien, j'inventai le nom de « Bruchner »;

HIS il devint encore plus violent ; il me déclara qu'il voyait toute l'intrigue, et me pressa de lui dire si je n'étais pas envoyé pour voir s’il était fou.

Pendant l'entretien, je laissai tomber quelques noms se trouvant dans les actes, MM. de M... et de P... ; il passait légèrement sur ses rapports avec eux, et revenait toujours avec fureur sur l’offense actuelle. Comme je ne pouvais pas l'en détourner, je le quittai.

Le docteur L..., d’après ses antécédents et sa conduite actuelle, doit être regardé comme un homme chez lequel la grande différence qui existe entre la valeur qu'il croit avoir et celle que le monde lui attribue, le blesse tellement que son intelligence en est dérangée. Cette cause, l’amour-propre blessé, est, comme on le sait, très souvent celle de l’aliénation mentale.

Que cette différence existe pour le moral ou pour le physique, elle exerce la même influence funeste. Chez le docteur L..., c’est le physique qui est en jeu, comme le prouve sa lettre à la police de Dresde. Il se croit bel homme, favorisé des dames, et semble convaincu de pouvoir répondre à ces hommages avec suecès, puisqu'il est fier de ses parties génitales. Le doute offense. Dans les moments calmes, il répudie « la vengeance personnelle » et dépose des plaintes aux tribunaux ; dans les moments d’excitation, il exerce sa vengeance luimême, menace, frappe, blesse avec un poignard.

C’est un homme atteint de la manie des querelles et de manie de persécution. Chez lui, homme de droit, cette maladie mentale n’est pas étonnante ; plusieurs de ses écrits portent le cachet d'une aliénation mentale, qui ne peut être mise en doute par les quelques écrits qui sont raisonnables; car, chez lui, la manie n’a été d’abord que partielle et ne se rapporte qu'à un seul désir de conquêtes de droit prétendus volés. On ne peut constater le moment où la manie partielle est devenue générale ; il est certain que maintenant l'idée fixe persistante de l'atteinte continuelle que l’on fait à son honneur et à son droit, a amené un dérangement mental qui n’est pas resté partiel, puisque l’arrangement de sa chambre montre d'autres extravagances. [l est hors de doute que L...n'a pas une conscience bien claire de sa position vis-à-vis du monde, qu'il vit dans des erreurs continuelles, et qu'ainsi il n’a pas la faculté de réfléchir sur les conséquences de ses actions.

AO

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