‹ Les Persécuteurs Processifs: Contribution à l'Étude du Délire des Persécutions Chez les DégénérésChapitre 19 sur 25 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Considérations médico-légales. — Quelques éléments de diagnostic. — Irresponsabilité absolue et responsabilité

partielle. — Les testaments des persécuteurs processifs.

Les observations qui précèdent et la description sommaire que nous avons donnée du délire des persécuteurs processifs démontrenttoute l'importance qu’il y a pour le médecin légiste à bien connaître cette catégorie de malades. Cette importance s'accroît encore, si l’on considère que les persécuteurs processifs sont, au premier chef, tout aussi bien que les paralyliques généraux, des aliénés médico-légaux, si l’on veut bien nous permettre ce barbarisme. Ils entrent pour les deux tiers dans la statistique des aliénés criminels en traitement à l'asile de Bassens, et les travaux publiés sur les aliénés criminels méconnus montrent qu'ils figurent dans cette catégorie pour un chiffre important (1).

Les persécuteurs processifs deviennent donc fréquemment des criminels, et trop souvent les médecins méconnaissent leur délire, les magistrats ne songent pas à les faire examiner, et ils vont en cour d'assises où ils se défendent comme des coupables se vantant de leur crime. Cet état de choses tient à la nature même du délire de nos malades. Chez eux, en effet, le point de départ du délire n’est pas une invention, mais un

(1) Pactet, Les aliénés méconnus et condamnés par les tribunaux. (Thèse de Paris, 1891.)

ones

fait vrai dénaturé à leur préjudice. De plus, leurs facultés syllogistiques ne sont pas atteintes : l'enchainement logique de leurs propositions demeure rigoureux, au point que, leurs prémisses supposées vraies, on est obligé d'admettre leurs conclusions comme lécitimes.

Et ici on n’a pas, comme chez les persécutés du type Lasègue, la bonne fortune de trouver, à la base de tout cet échafaudage de délire, les hallucinations et les illusions sensorielles qui mettent immédiatement sur la voie du diagnostic. En outre, autant le persécuté du type Lasègue parle peu volontiers de ses malheurs imaginaires, répondantsystématiquement à toutes les questions : « Vous le savez aussi bien que moi », autant le persécuteur processif en parle au contraire volontiers, et à l'instruction il a plutôt l'air d’un coupable qui se défend et cherche à atténuer ses actes par l’excuse de la vengeance, que d'un malade irresponsable de ses actes. C’est ce qui explique que les magistrats néglisent souvent de faire examiner, au point de vue mental, les prévenus appartenant à cette catévorie d’aliénés, et que, s’ils les font examiner, beaucoup d’entre eux ont de la peine à admettre comme démontré leur état d’aliénation mentale.

Et encore, quand parfois un magistrat, plus au courant que la généralité de ses collègues de ces questions de dégénérescence mentale, voit ses soupçons s’éveiller et les soumet à l'examen d’un spécialiste, les causes d'erreur sont si nombreuses que l’homme de l’art conclut trop souvent à de l’exaltation, mais à l'intégrité des facultés intellectuelles, et par suite, à une entière responsabilité. C’est le cas des deux sœurs R... qui font le sujet de notre quatrième observation et qui eurent le talent d’induire en erreur le médecin habituel au rapport du parquet et un directeur-médecin honoraire de l'asile de Bassens, aliéniste expérimenté cependant. Cette erreur donna un coup de fouet à leur délire et entraina avec

“pt. PA les autorités administratives et judiciaires les plus grosses complications.

Il importe donc que le médecin-expert ne néglige aucun élément d’information, quand sera soumis à son observation un de ces criminels dont les procès et la haine des juges semblent absorber toute l’activité intellectuelle. Il ne faut pas se dissimuler, en effet, qu’arriver à formuler un diagnostic sûr est chose difficile, d'autant plus délicate que nous avons, en l’espèce, affaire àdes dégénérés, c’est-à-dire que nous sommes en plein dans ce territoire vague et mal délimité qu’on a si heureusement dénommé les frontières de la folie.

Sommes-nous en decà de ces frontières ou au delà ? Telle est l’épineuse question à résoudre, et l’homme de l’art n'aura pas trop de faire appel à toute sa sagacité et à sa plus scrupuleuse attention.

Il n’oubliera pas que les dysgénésies cérébrales coïncident assez communément avec certaines malformations physiques qui sont comme la révélation extérieure du développement défectueux de l'organisme. Il se souviendra aussi que, pour être moins marquées chez les dégénérés dits supérieurs dont font partie nos processifs que chez les individus occupant les plus bas échelons de la dégénérescence, ces malformations ne se retrouvent pas moins chez eux.

L'expert recherchera donc s'il existe des vices de conformation du crâne (macrocéphalie, microcéphalie, demimicrocéphalie, acrocéphalie, platycéphalie, plagiocéphalie, scaphocéphalie). Il constatera en même temps s'il n'existe pas de vices d'implantation des cheveux (anomalies du tourbillon qui peut être double ou rejeté de côté), du vitiligo du cuir chevelu avec défaut de pigmentation de la mèche qui en émane (mèche blanche).

Passant à la face, il examinera s’il n’y a pas de l'asymétrie, du prognathisme, un développement et une implantation

vicieuse des dents (1), du strabisme, de la surdi-mutité, du bégaiement, de la blésité, et son attention se portera tout particulièrement sur le pavillon de l'oreille (2), dont les anomalies de développement figurent au premier rang des stigmates physiques de dégénérescence, et sont d'autant plus intéressantes qu'elles constituent le plus souvent chez les dégénérés supérieurs la seule malformation constatable. Les principales sont les suivantes : grandes oreilles détachées de la tête (oreilles en anse de cruche), hélix non ourlé, développement anormal du tubercule de Darwin, prolongement de la racine de l’hélix qui, rejoignant l’anthélix, sépare ainsi la conque en deux parties (Féré et Huet), atrophie ou disparition du lobule de Poreille (Morel), adhérence anormale du lobule (3).

Du côté du tronc, on examinera, chez l’homme, s'il n’existe pas de la gynécomastie, un bassin élargi à forme féminine, et on notera toutes les anomalies de développementdes organes génitaux.

Au point de vue psychique, on scrutera soigneusement l’hérédité du prévenu, et non pas seulement son hérédité neuropathologique, mais son hérédité diathésique ; on recherchera ensuite s’il n’a pas été atteint dans son enfance de maladies infectieuses, de la fièvre typhoïde en particulier. On notera toutes les anomalies de l'intelligence qu’il à pu présenter, anomalies consistant surtout en un défaut d'équilibre des facultés, toutes les tares du caractère et de la conduite, toutes celles de l’émotivité et de la volonté, et on portera son attention sur l’existence ou la non-existence chez lui de quelquesunes de ces mille « manies » connues des personnes de son

(1) Alice Sollier, De l’état dela dentition chez les enfants idiots et arriérés. (Th. de Paris, 1887-88.)

(2) Frigerio, L'oreille externe, 1888.

(3) Féré et Séglas, Revue d'anthropologie, 1886.

Neo entourage ou de son intimité, et qui dénotent le plus souvent une anomalie marquée des tendances et des goûts classant le sujet qui en est porteur dans le groupe des dégénérés.

On ne négligera pas non plus la constatation, si elle est possible, d’autres troubles mentaux dégénératifs qui peuvent exister chez le prévenu, tels que phobies, onomatomanie, graphomanie, obsessions, impulsions, etc.

De ces diverses constatations, résultera pour l'expert une première conclusion : Le prévenu est un dégénéré. Ce dégénéré est-il délirant? Telle est la seconde question qu'il doit se poser et résoudre, et c’est ici vraiment que commence la partie réellement délicate de sa tâche.

Pour arriver à un résultat sérieux, il étudiera scrupuleusement l’histoire du sujet soumis à son observation, cherchera à saisir le point précis où au fait vrai succède l'interprétation fausse, et pour cela examinera attentivement les écrits de l’inculpé et souvent même les provoquera, car il est très remarquable que les aliénés processifs écrivent avec plaisir et se livrent aisément dans leurs écrits. Nous avons eu en notre possession une autobiographie d’un malade de cette espèce qui était très instructive et aurait fait excellente figure dans une galerie des aliénés peints par eux-mêmes.

L’expert permettra donc au prévenu, s’il est en observation dans un asile, ce qui est le cas le plus fréquent, ou, dans le cas contraire, sollicitera pour lui l'autorisation d'écrire aux autorités, aux Chambres, au Président de la République, d’adresser des protestations aux journaux, tous écrits dans lesquels il racontera son histoire sous le titre de « Crime sans nom, » réclamera l'assistance judiciaire « pour suivre contre le médecin et le personnel du service », et, comme le malade de Magnan (1), fera suivre sa signature de qualifications fan-

(1) Magnan et Sérieux, Sur les aliénés persécuteurs. (Revue genérale des sciences. Paris, décembre 1891.)

SAT taisistes, telles que « attaché du ministère, » « citoyen de la République française, ou encore de lettres rangées en carré « H. W. D. R.

Et malgré tous ces éléments d'appréciation, la tâche du médecin légiste n’en sera pas moins pénible et périlleuse, tant est difficile la constatation de cette forme d’aliénation mentale.

Mais supposons le problème résolu et l’aliénation mentale du prévenu définitivement établie. Nous avons affaire à un persécuteur processif. Il faudra encore que l'expert réponde à cette question du magistrat: Quel degré de responsabilité incombe à l’aliéné dans l’acte délictueux ou criminel qu’il a commis, et c’est là un point extrêmement délicat et sur lequel Paccord n’est pas établi. Il s’agit ici, en eflet, d'un de ces délires dits partiels, dans lesquels le trouble mental porte en apparence sur un point limité et paraît laisser intactes les autres facultés. C’est pour ces délires partiels qu'on a inventé la responsabilité partielle, la responsabilité proportionnelle que Legrand du Saulle, qui en est le père, voudrait bien essayer de séparer de la responsabilité partielle, mais qui se résout au fond en cette dernière.

Nous touchons ici à un point de doctrine des plus épineux, et nous ne voudrions pas aborder ces questions d’irresponsabilité absolue et de responsabilité limitée qui ont fait couler tant d’encre et qui ne sont pas eucore résolues après les mémorables discussions sur la liberté morale dont retentit la Société de médecine légale au cours de cette fameuse séance du 14 juin 1875, où prirent la parole Brierre de Boismont, Falret, Legrand du Saulle, Morel, Dally, Jacob, Maury, Michéa et Cerise.

Cependant, il nous paraît que cette idée d’une responsabilité partielle découle d’ane fausse notion des délires qu’on a, à tort selon nous, appelés partiels, et auxquels convient bien mieux

le qualificatif de systématisés, et nous nous rallions volontiers à la manière de voir de Falret, qui, partisan convaincu de la doctrine de l’irresponsabilité absolue, la défend en ces termes : « On ne s’imagine pas assez les difficultés insurmontables qu’on rencontrerait dans la pratique, si on laissait échapper ce principe fondamental pour lui substituer celui de la responsabilité partielle; un inculpé est fou ou ne l’est pas. Si, en l’observant attentivement, on arrive à se convaincre qu'il présente les caractères de l’état de raison, quel qu'ait été d’ailleurs chez lui l'entraînement de la passion ou des circonstances, on doit admettre qu'il était libre, qu'il aurait pu résister, par conséquent qu’il est coupable et condamnable pour l'acte auquel il s’est livré. Tout ce qu’on peut demander pour lui, c'est le bénéfice des circonstances atténuantes.

» Dans le cas opposé, au contraire, si le médecin-expert arrive à constater l’état de folie du sujet confié à son examen, quels que soient la forme et le degré de cette folie, quelque apparence de liberté morale que cet individu ait conservée, il doit être considéré comme irresponsable : on l’absoudra comme malade (Falrei) (1). »

Et, en fait, la recherche de la responsabilité d’un aliéné est pour un médecin une chose vraiment étrange. En présence des modifications profondes et si complexes que subit l'organisation morale de l'individu, modifications dont il n’a même pas conscience, comment distinguer les limites dans lesquelles sa liberté morale peut être conservée ? Admettre une semblable responsabilité, ne serait-ce pas en quelque sorte reconnaitre que l'individu est libre de ne pas devenir aliéné ?

«€ En vérité, a dit Dagonet (?), toutes les questions qu’un magistrat peut poser au médecin relativement au degré de

(1) Falret, La Responsabilité pénale des aliénés. (Dictionnaire de Dechambre.)

(2) Dagonet, Annales médico-psychologiques, 1868, 4 série, t. II.

once

liberté morale, de discernement ou de responsabilité d'un prévenu, échappent à sa compétence. Le seul criterium qui soit à sa disposition est l'existence ou la non-existence de la maladie, et ce criterium ne se fractionne pas. » (Dagonet.)

Nous disions plus haut que toutes ces questions de responsabilité partielle ou proportionnelle nous paraissaient tenir à une fausse notion du délire partiel, et c'est en effet l'opinion qui vient à l’esprit à la lecture du passage suivant de Legrand du Saulle : :

» Puisque nous reconnaissons, dit-il, chez certains de nos malades, une part variable, mais non douteuse d'intelligence et de liberté, de quelque façon que ces attributs partiels se gouvernent, à quelques choses qu’ils s'appliquent, dans quelques circonstances qu'ils s’exercent, ne nous est-il pas possible d'analyser ces sortes d'états mixtes, de séparer les contrastes, d'expliquer les détails? On va m'objecter que, si des idées justes sillonnent un esprit malade, l'homme n’en est pas moins une vivante et harmonique unité ; qu’on ne peut pas morceler l’âme ; que, dans notre organisation psychique, il n’y a rien de partiel, rien de fragmentaire, et qu'entre les diverses parties il existe un principe de succession et de connexité qui ne permet pas de les isoler : qu’il est impossible de compter les degrés par lesquels la raison tombe dans le précipice, etc., etc. Je n’ignore pas de quelle valeur peuvent être ces arguments, mais je reste convaincu qu’il peut y avoir absence de raison, absence de la connaissance du bien et du mal relativement à certains objets, sans que, vis-à-vis des autres, il y ait altération évidente des facultés intellectuelles. Je crois, de plus, que le délire est quelquefois tellement circonscrit, et que l'intelligence est tellement libre sous tous les autres rapports, que le malade paraît sain d'esprit, tant que lon ne dirige pas son attention vers le point sur lequel il extravague. Je n'en citerai qu’un seul exemple : pendant six

HD semaines, j'ai accompagné un homme de quarante ans, d’une intelligence très au-dessus de la moyenne, d’une instruction solide et d’une érudition remarquable, qui, sous l'influence d'hallucinations de l’ouïe, avait employé les moyens les plus variés et les plus terribles pour s’ôter la vie. Il avait toujours guéri de ses blessures! Mon compagnon de route jouissait de tous les biens et de toutes les satisfactions qui peuvent constituer une heureuse existence ; il semblait même qu'il n’eût rien à souhaiter. Je flattai, chemin faisant, ses passions et ses goûts pour l'archéologie et la peinture, et j'écoutais même avec un grand intérêt ses démonstrations artistiques. Nous vécûmes de la même vie pendant plus de quarante jours, et, sur tous les sujets possibles, nous échangeâmes de longues conversations : souvent même, il m’attirait sur le terrain de la folie, et il s'étonnait que je voulusse toujours provoquer quelque incident capable de changer brusquement le cours de nos entretiens.

« J'ai lu, me dit-il, un ouvrage de quelques aliénistes très recommandables; eh bien! il m’a paru que ces médecins ne se faisaient pas une idée très nette de la liberté. Pour ce qui me concerne, si jinfligeais une bonne correction à l’un de ces individus qui se permettent parfois de m'insulter grossièrement dans la rue, je pourrais n’en être pas responsable, car le désir de me venger de ces outrages m'aurait aveuglé ; mais si je venais à vous prendre votre porte-monnaie, je ne serais qu'un voleur: Voilà toute la différence. »

Et Legrand du Saulle conclut, après Delasiauve, que, pour « quelques appréhensions fugitives, sans influence notable sur les déterminations ordinaires, il vaut mieux, au lieu de violenter la conscience des magistrats par des dogmes répulsifs, offrir à leurs scrupules une légitime satisfaction par de prudentes délimitations (1). »

(1) Legrand du Saulle, La folie devant les tribunaux, p. 58.

Tr

Et d’abord, malgré tout le respect que nous avons pour le grand médecin légiste que fut Legrand du Saulle, il nous paraît que l’expert doit obéir à d’autres préoccupations qu’à celle d'offrir aux scrupules des magistrats une légitime satisfaction par de prudentes délimitations. Sans compter que, en dépit de toute l'originalité qu’il peut y avoir à faire trancher par un aliéné la question de l’irresponsabilité absolue ou de la responsabilité limitée, le cas de son voyageur nous paraît être non pas celui d’un délirant partiel, mais bien le cas d’un dégénéré lypémaniaque halluciné avec idées de persécution, paroxystique à certaines époques et raisonnant dans les intervalles, ce qui ôterait beaucoup de sa force à l’argument dont Legrand du Saulle fait si grand état. Et, en somme, y a-t-il des délires vraiment partiels qui affectent certaines facultés, laissant les autres indemnes, laissant indemne en tout cas ce que Legrand du Saulle appelle le discernement du bien et du mal, que les philosophes nomment la conscience morale et dont l'intégrité est la condition sine quâ non de la responsabilité pénale, dans l’état, du moins de notre législation basée sur le principe vrai ou faux de la liberté morale.

Si l’on réfléchit d'abord que la conscience morale et celle qu’on appelle psychologique ne sont qu’un seul et même pouvoir, puisque nous ne pouvons juger nos actes sans les connaître ni les connaître sans les juger, en second lieu que, l’œuvre principale de la conscience morale étant la conception d’une loi morale, elle ne se sépare pas de la raison, qu'elle est une raison pratique, on pourra difficilement admettre que la raison ne soit faussée que sous un seul de ses aspects, qu’elle ne puisse plus sainement apercevoir, contrôler les motifs, les analyser et en déduire l’action et qu’elle conserve encore Île pouvoir de juger l'acte accompli d’après la maxime qui la inspiré.

Mais ce n’est pas le lieu de nous livrer ici à des considéra-

rare

tions philosophiques qui seraient hors de notre sujet, et nous aimons mieux dire tout de suite que, si Legrand du Saulle admet pour le persécuté la possibilité de répondre dans une mesure restreinte de ceux de ses actes qui auraient été notoirement accomplis en dehors de ses conceptions délirantes habituelles, cette interprétation peut jusqu’à un certain point s'expliquer par ce fait que Legrand du Saulle comprenait dans son délire des persécutions des formes mentales très diverses. Sa théorie de la responsabilité proportionnelle devrait, selon nous, en dehors de ces quelques appréhensions fugitives sans influence notable sur les déterminations ordinaires sur lesquelles il édifie toute sa doctrine et qui doivent beaucoup ressembler aux prétendus troubles mentaux de la grossesse, s'appliquer tout au plus aux dégénérés non délirants qui, par suite du vice de développement de leur système nerveux, n’aperçoivent plus qu’imparfaitement les motifs et sont par suite peu capables de juger l'acte accompli d’après la maxime qui l’a inspiré, à ceux, en un mot, qu'on a si heureusement appelés des imbéciles moraux.

Et encore, combien ce terrain est-il périlleux, et de quel criterium usera-t-on pour apprécier l'intensité de cette responsabilité ? Qui donc pourra jamais construire une table des degrés de la responsabilité, en variation de la fonction conscience morale? De sorte que nous sommes fatalement astreints à nous mouvoir dans le domaine du vague et de l'àpeu-près.

«Non, comme le dit fort bien le D' Campagne (1), la doctrine de la responsabilité partielle n’a pas de raison d’être dans l’état actuel de la psychiâtrie, et si, grâce à l’immense talent avec lequel on l’a soutenue, elle venait à prévaloir, les maniaques raisonnants seraient indubitablement les premiers à subir ses regrettables conséquences.

(1) Campagne, La manie raisonnante, p. 391.

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