‹ Les Persécuteurs Processifs: Contribution à l'Étude du Délire des Persécutions Chez les DégénérésChapitre 5 sur 25 · ESSAI DE PATHOGÉNIE · texte numérisé non relu

ESSAI DE PATHOGÉNIE

État mental chez l’hystérique et chez le dégénéré persécuté

La personnalité humaine est le résultat de deux facteurs réagissant l’un sur l’autre : l'organisme et le milieu. La doctrine de l’évolution établit nettement les transformations parallèles du milieu et de l'organisme. Dans la série des étapes parcourues par l’être vivant, le rôle du milieu fut souvent prépondérant, et à l’heure qu’il est, si ce rôle semble moins actif, sa nature même intervient encore d’une manière essentielle. « Il est évident, par exemple, que le milieu doit rester compatible avec la vie. Il ne pourrait être question de personnalité d'aucune sorte là où l’organisme ne rencontrerait pas les conditions propres à son existence. Mais, d'un autre côté, le mode d'utilisation des ressources du monde extérieur dépend de l’organisation individuelle. Et l’on sait que ce mode d'utilisation contribue largement à imprimer à la personnalité son allure, à la société son cachet. En résumé, plus le caractère, soit de l’organisme, soit du milieu, est essentiel et général, plus ce caractère est prépondérant. Mais, plus il est secondaire et indépendant des conditions indispensables à la vie, moins grande est son influence sur la nature même de la

personnalité (1). »

(1) Dallemagne, Principes de sociologie. Bruxelles, 1886.

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La personnalité humaine est donc le résultat d'un double travail d'adaptation entre l’être humain etle monde extérieur. Et, si l’on ne craignait de pousser les choses trop loin, on pourrait dire que cette personnalité humaine, ainsi comprise, peut s’examiner sous un double aspect: par le côté biologique et psychologique, quand il s’agit des modifications qu’elle recoit du milieu ; par le côté social, quand on envisage les transformations qu’elle fait subir au monde qui l'entoure.

Or la civilisation contemporaine a créé un milieu extérieur évidemment peu favorable au bon développement, soit physique, soit moral de l'organisme humain.

L'augmentation de la consommation des excitants et des narcotiques, l'accroissement énorme de la population des grandes villes, où l’on respire un air chargé de détritus organiques, où l’on mange des aliments contaminés, falsifiés, au point qu’on a pu comparer les effets du séjour des villes avec celui des maremnes, et qu’on a décrit une véritable malaria urbaine, sont évidemment des conditions contraires à la santé physique et morale. Ce quile prouve, c’est que nombre d’enfants nés et élevés dans ce milieu urbain subissent l'arrêt de développement caractéristique relevé par Morel (1) dans la population des contrées paludéennes.

Mais il est une cause beaucoup plus générale encore que la croissance des grandes villes. Cette cause est la fatigue de la génération contemporaine. Or, cette fatigue, l'humanité civilisée tout entière la supporte depuis un demi-siècle. « Toutes ses conditions vitales ont subi, en ce laps de temps, une révolution dont il n’y a pas d'exemple dans l’histoire universelle. Les statistiques indiquant dans quelle mesure la somme de travail de l’humanité civilisée s'est accrue depuis un demisiècle sont très instructives à ce point de vue. L’humanité

(1) Morel, Trailé des dégénérescences, p. 614 et 615.

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n'était pas de taille à supporter cet immense effort. Il l'a épuisée et fatiguée, et cet épuisement et cette fatigue se manifestent chez la première génération, sous forme d’hystérie acquise ; chez la seconde, d'hystérisme héréditaire (1). Hystérie et dégénérescence ont doncune cause commune, l’usure organique exagérée, la dépression des phénomènes vitaux. L'observation de chaque jour nous démontre la vérité de cette proposition pour ce qui concerne les dégénérés. Des expériences probantes de Féré l’établissent pour l’hystérique. Dans une communication à la Société de biologie, ce très distingué médecin s'exprime ainsi : « J'ai observé, récemment, un certain nombre de faits qui mettent en évidence l’analog'ie qui existe entre la fatigue et la condition permanente des hystériques. On sait que chez les hystériques la symétrie des mouvements se manifeste d'une manière très caractéristique dans de nombreuses circonstances.

» J'ai constaté que, chez les sujets normaux, cette même symétrie des mouvements se retrouvait sous l’influence de la fatisue. Un phénomène qui se montre bien marqué chez les grands hystériques, c’est cette excitabilité particulière qui fait que l’on voit, sous l'influence d’excitations périphériques ou de représentations mentales, l'énergie des mouvements volontaires subir des modifications rapides et transitoires coexistantes avec des modifications parallèles de la sensibilité et des fonctions de nutrition. Cette excitabilité peut être également mise en évidence dans la fatigue... La fatigue constitue une véritable hystérie expérimentale momentanée; elle établit une transition entre les états que nous appelons normaux et les états divers compris sous le nom d’hystérie. On peut changer en hystérique un individu normal en le fatiguant.… Tous les agents provocateurs de l’hystérie peuvent

(1) Max Nordau, Traduction Dictrich, Dégénérescence, p. 73, 1894, Berlin.

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