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LA FERSÉCUTION DE NERON

mais encore il eut, certes, au moineut où il écrivait le xv^ livre de ses Annales, les moyens d'être bien renseigné sur le régne de Néron. D'abord, il connut les contemporains des événements de 64, on peut dire qu'il grandit et vécut avec eux, puisque lui-même avait dix ans à cette époque. Mais, de plus, sa situation personnelle lui rendit facile l'accès des documents les plus précis et les plus sûrs. Tacite, ne l'oublions pas, n'était pas seulement un écrivain: c'était un personnage officiel, l'ami et le collègue des hommes les plus considérables de Rome. Quoiqu'il fût d'une noblesse récente, il avait parcouru toute la carrière des honneurs : questeur, édile, préteur, consul, peut-être gouverneur de province. Quand il composa les Annales, sous les règnes réparateurs de Nerva et de Trajan, il jouissait des loisirs d'une opulente et glorieuse vieillesse. C'était l'époque où être loué par Tacite paraissait, pour les morts illustres, la suprême récompense (1). Prêter à un tel homme, soucieux de la vérité historique, nanti de souvenirs et de documents, et natu-

(1) Pline le J^-uno, Iip.. II, 1 : VI, 1(3.

rellement soucieux de sa' renommée, des ignorances ou des anachronismes que l'on admettrait difficilement d'un débutant, n'est-ce pas le comble du paradoxe (1) ?

Un mot, d'ailleurs, suffit à ruiner toute l'argumentation de M. Schiller. Les Actes des apôtres montrent saint Paul prêchant à Césarée, en 60, devant le roi Agrippa, et celui-ci lui disant : « Peu s'en faut que tu ne me persuades de me faire chrétien (2). » Les chrétiens étaient donc connus comme tels avant 64. Il est vrai que M. Schiller accuse f^3) l'auteur des Actes des apôtres de faire ici un anachronisme semblable à celui dont Tacite se serait rendu coupable (4). Mais on me permettra de dire que cela n'est pas très sérieux.

Bien moins sérieuses encore sont d'autres critiques du célèbre passage de Tacite. On a vu, chose rare, des Français, que le bon sens natif retient ordinairement sur les pentes trop glissantes, se montrer, pour une fois, plus dé-

(1) Sur la valeur d(i Tacite comme iiistm-ien, consulter le récent livre (le M. Hoissier. Tacite, Paris, V.Wi.

(2) Ad. anost. XXVJ, 28.

(Ij « Ein aîinliches Anaclironismus. »

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