‹ Les persécutions et la critique moderneChapitre 9 sur 22 · LA PERSÉCUTION DE NKRON · texte numérisé non relu

LA PERSÉCUTION DE NKRON

de Néron avait été dictée par l'intérêt personnel^ non par la justice et le bien public (1).

Avanilaseconde moitié du xix^ siècle, ce récit du plus grand des historiens de Rome avait été considéré de tous comme un témoignage incontestable. On y voyait à bon droit le premier des Actes des martyrs. Mais il semble que l'atmosphère scientifique un peu surchauflee des universités allemandes ait fait éclore des critiques dontle raffinement va parfois jusqu'au paradoxe, et qui, par peur des solutions simples, ont une tendance à se jeter dans les hypothèses les plus compliquées. Tel me paraît s'être montré M. Hermann Schiller, dans un mémoire publié en 1877. Ce mémoire a pour titre : Un problème cVexplication de Tacite, et fait partie d'un gros volume composé par soixante-dix-huit érudits de divers pays en l'honneur du soixantième anniversaire de Mommsen (2). M. Schiller y déclare erroné ce que Tacite écrit des martyrs chrétiens.

D'après lui les chrétiens ne pouvaient être

H) Tacite, Afin., XV, 14.

{2) Fin Problem des Tacitusenklarung. Hans CojnmenKitiones pliilologae in lionorem T. Mommsenii, Berlin, 18,"7, |>. 1I-1!>.

connus à l'époque de Néron. On ne les distinguait pas encore des Juifs. Cette distinction ne commence à se faire jour que sous Trajan. En parlant, à propos d'un fait de 64, comme on parlera cinquante ans plus tard, et en transportant dans la narration d'un épisode du règne de Xéron les idées et le langage d'un contemporain de Trajan, Tacite commet donc un anachronisme. Il nous montre les chrétiens poursuivis et châtiés comme tels, à une époque où personne, à Rome, ne savait encore qu'il existât des chrétiens. Donc, tout le passage que nous venons de résumer porte à faux, et ne mérite aucune créance.

On pensera sans doute que cette critique est peu vraisemblable. Car elle suppose d'abord que Tacite était un bien médiocre historien. Il aurait eu tout juste l'intelligence de celui qui, chez nous, peindrait les institutions et les mœurs du commencement du second Empire d'après les institutions et les mœurs que nous ont faites trente-deux ans de République. La supposition se réfute d'elle-même. Non seulement Tacite était incapable d'une telle naïveté,

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