LA PERSÉCUTION DE NERON
temps après 71, dans son Histoire naturelle , à propos de la longévité de certains arbres: «Ils durèrent cent quatre-vingts ans, jus(iu'à l'incendie par lequel l'empereur Néron l)rrila Rome », ad Neronis principis incendia, quibus cremavit urhera (1).
Il y a un demi-siècle, une autre question aurait probablement été soulevée à propos de la persécution de Néron. La presque unanimité de la critique protestante contestait encore, à cette époque, la venue de saint Pierre à Rome, par conséquent son martyre dans cette ville. Bien que cette négation, présentée pour la première fois par Ulric Volsène en 1520, n'ait pas reçu l'approbation de Luther, elle avait fini, grâce surtout aux travaux des centuriateurs de Magdeboug, de Saumaise, de Spanheim, par devenir classique dans l'école protestante. Au xix" siècle, elle forma l'une des parties constitutives du système historique de Baur ; dans la seconde moitié de ce siècle, Lipsius la soutenait encore par des arguments
torùjues, avril 19U3, p. 3ll-3iS.
apparentés à ceux des critiques de Tubingue (1). Depuis lors, une heureuse évolution s'est faite. Les préoccupations confessionnelles, les tendances controversistes, qui avaient obscurci, en cette matière, le point de vue purement scientifique^ ont perdu leur vivacité ; l'ensemble des historiens protestants, et parmi eux les plus considérables, reconnaît la valeur des témoignages anciens et l'importance des données archéologiques qui établissent la présence indéniable de saint Pierre sur le sol de Rome(2). Les seules questions qui demeurent controversées, sans que nulle vue confessionnelle se mêle ici à la controverse, sont celle de la durée du séjour de saint Pierre à Ptome et celle de la date de son martyre : beaucoup d'érudits, catholiques aussi bien que protestants, le font mourir dans le grand massacre de 64, parmi les « crucifiés » dont parle Tacite ; d'autres
(1) Lipsi'is. Clironoloqie des romischen Blschofe bis zur Mitte (1er vierlen Jahrandev'ts U'^6-*)- I^ic Q"eUen der rumischen Petrussage (1872;.
(2; Une exception récente est M. Erbes, qui, dans un écrit intitulé : Petrus nicht m Rom, sondem in Jérusalem gestorben (dans Zeitsclirij't fiir Kirchengeschichte, t. XXU, p. I Vô, 161-224, Gotlia, r.)0.), soutient que saiiu Pierre a été martyrisé non à Rome, mais â Jérusalem. Voir la critifjue de son mémoire dans Heoue d'histoire ecclésiastique, t. IV, p. 251-261, Louvaiii, 1903.
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retardent son martyre et le placent, avec celui de saint Paul, à la fin du règne de Néron (1).
Cette dernière opinion se rattache à un point également controversé. Pour les uns, la persécution de Néron fut un fait purement local, étroitement lié à l'incendie: elle ne dépassa, par conséquent, ni la ville de Rome, ni l'année 64, lieu et date de cet incendie. Pour les autres, la répression qui suivit l'incendie ne fut au contraire que le premier incident d'une persécution générale. Elle s'étendit aux provinces, et dura pendant les trois dernières années du règne de Néron (2;. C'est contre elle que saint Pierre, échappé à la tuerie de 64, prémunit, dans sa première épître, les chrétientés d'Asie. C'estau cours de cette persécution qu'il mourra. Cette persécution suppose un édit, Vinsiituttini neronianum, dont parle Tertullien. Ceci nous amène à l'une des plus intéressantes questions débattues entre les critiques au sujet de l'histoire des persécutions. Quel fut, pendant le i^'' et le 11° siècles, leur fondement juridique?
(1) Voir mon IIi<ttoi/'e de^ persécutions pendant les '''■'"■ /" ''niiers siéclea, 3' éd., p. 7'.
(2) JbùL, p. 00-80.
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