CHAPITRE III
La persécution de Néron.
De l'aveu de tous, le premier empereur qui ait inquiété les chrétiens fut Xéron : Orientcm flrlem Romae pr'nnus Xero cruentavit, ditTertullien, qui ajoute : « Nous nous glorifions d'avoir un tel monstre pour notre premier ennemi (1). »
Jusqu'à ces dernières années, l'origine de la persécution de Xéron paraissait très claire. Tacite l'indique dans un passage célèbre des Annales. Il vient de raconter — avec une vigueur et une précision qui laissent bien loin derrière elles toutes les fictions romanesques — l'incendie qui dévora plus de la moitié de Rome au mois de juillet 64, et de dire que les soupçons du peuple se portèrent sur Néron. Il ajoute que Néron essaya de rejeter ces soupçons
(1) Tertullien, ApoL, 5 : Scorpiac, 15.
22 LES PERSÉCUTTONS
sur les chrétieas. Ceux-ci étaient haïs de la foule, qui les croyait capables de tous les crimes. Les premiers qui s'avouèrent chrétiens furent arrêtés, puis, sur les indications qu'on obtint d'eux, on s'empara d'une « grande multitude » de fidèles. Mais bientôt l'accusation d'incendie fut oubliée, et la seule chose dont tous furent convaincus, ce fut de « haïr le genre humain, » c'est-à-dire apparemment de mener une existence à part, de vivre en dehors de la civilisation païenne. Alors on les condamna aux supplices divers dont Tacite, en quelques mots, nous fait sentir la théâtrale horreur : « Des hommes enveloppés de peaux de bêtes moururent déchirés par des chiens, ou furent attachés à des croix, ou furent destinés à être enflammés, et, quand le jour tombait, allumés en guise de flambeaux nocturnes. Néron avait prêté sesjardins pour ce spectacle, et y donnait des courses, mêlé à la foule en habit de cocher, ou monté sur un char. » Tacite ajoute que, malgré son horreur des chrétiens, la foule romaine ne put s'empêcher d'avoir pitié d'eux, parce qu'elle sentait que la cruauté