LES FILS DE DOON
De même qu'ils avaient créé, avec certains héros plus ou moins heureusement choisis, une famille narbonnaise, les trouvères s'appliquèrent à former, de personnages qui s'étaient en général signalés par leur hostilité à la monarchie cariingienne, une famille qui fut appelé mayençaise. Pour ancêtre on leur donna un personnage assez mal famé, Doon, meurtrier en 708 du saint évêque de Liège Lambert. Autour de lui se groupèrent tout naturellement le roi Odon, Otou ou Yon d'Aquitaine, mort en 735, parfois confondu avec le bavarois Odilon (737-748), Hunaud fils d'Yon qui, plus connu sous le nom de Huon, a fourni une bonne part des traits de notre Huon de Bordeaux, représenté comme l'ennemi du comte de Nantes Amauri (850), personnage fort dévoué à Charles le Chauve, Crifon, fils do Charles Martel qui ne cessa de 741 à 753, époque de sa mort, de susciter des embarras à ses frères, les rois Pépin et Garloman, Ogier, qui fit campagne dans l'armée lombarde contre les Français du roi Charles en 773-774, le roi danois Godefrid, appelé Gaufrei par nos trouvères, mort en 810, le roi breton Guiomar, appelé ici Guiou de Nanteuil comme ailleurs Guion d3 Bourgogne, parfois Guineman ou Guinemer, mort en 825, et dont on fit l'adversaire du comte Hervé tué en 844 en défendant Nantes contre les Bretons, Garnier, mort en 852, frère de Lambert, le fidèle allié de Nominoë. le roi breton Erispoé (851-857), appelé Ripes, parfois Reinbaud et alors confondu avec Radbod ou Rabel, roi de Frise ,qui battit en 715 Charles Martel, Seguin, comte de Bordeaux, mort en 845, créature
de Pépin II, Bovon qui insurgea la Lorraine en 840, Girard qui en 870 se mit en travers des desseins de Charles le Chauve sur le royaume de Provence. Ou y ajouta Renaud, comte de Poitiers et de Nantes, fidèle royaliste tué en 843, que l'on transforma en rebelle lorsqu'on s'imagina que le pays au sud de la Loire avait toujours été hostile à nos rois, l'évêquede Rennes Moran (vers 720), que l'on s'était habitué, je ne sais trop pourquoi, à regarder comme un personnage divin, un protecteur surnaturel du jeune Charles ; enfin trois divinités celtiques, Gwyn, Beli et Ivor, que l'on appela Queues ou Ganelon, Elias on Elinant et Ivoire.
Aimon, le père légendaire de Renaud, Perron, le prétendu grand-père d'Elias, Gaufre!, Grifon, Girard, Bovon. Ripe-, Seguin, Moran, Oton, furent donc représentés comme les fils de Doon. On dédoubla celui-ci en Doon de Nanteuil, et on lui donna ainsi un fils du même nom que lui ; et comme Girard de Vienne avait dans la famille narbonnoise deux frères, Ernaud et Renier, on donna au Girard mayençais un frère qui, au début du poùme de Gaufrei, auquel j'emprunte cette généalogie, porte le nom d'Ernaud et qui, dans le cours du récit s'appelle Renier. Gaufrei fut père d'Ogier, Grifon, de Guer.es, Seguin, de Huon, Oton, d'Ivoire. Doon de Nanteuil fut le père de Garnier et le grand-père de Guion. Enfin le ûls prétendu de Raimon de S. Gilles, Hugon, héros d'un pur roman d'aventures, fut considéré comme le petitfils de Moran.
Telle est la généalogie que contient le poème de Gaufrei. Jean des Preis en a recueilli une autre. Il remplace Oton d'Aquitaine par Odilon de Bavière, le roi breton Ripes par son successeur Salomon, il suppiimc Grifon, Perron, Moran, Ernaud et leur lignée, et les remplace : 1° par deux grands seigneurs féodaux, Baudoiu de Flandre (862-879) et Richard de Normandie (94H-996) qu'il a misdà plutôt à cause delà situation géographique de leurs domaines dans la
France du nord qu'à cause de la mauvaise réputation que divers événements avaient pu leur donner ; 2° un personnage mal famé, Erchenbaud, qui a entraîné après lui son fils légendaire Basin et son petit-fils Auberi ; 3» un personnage fabuleux, Garneis (lisez Garoeis), le héros éponyme de la ville bretonne de Garhaix, père d'Agart, à l'origine héros épique, devenu de bonne heure [.ar l'influence d'Aquin un personnage de la mythologie germanique ; ils figurent là tous deux à titre de rois d'Angleterre(l). 11 reste maintenant à étudier les légendes qui se sont formées autour de ces divers personnages.
Doon est le protagoniste do trois poèmes.
Dans Bovon de Hanstonne, pur roman d'aventures dont la scène se passe sur les bords du Rhin, il a conservé son caractère. Il assassine le père du héros et finit, après de longues péripéties, par expier son crime sous la main du fils vengeur.
Dans Z)oon rfe i/a/ence nous assistons à sa réhabilitation. Ici encore rien de légendaire, rien de primitif. Un pur roman raconte la jeunesse malheureuse do Doon, persécuté par le traître Erchenbaud. Sauf ce dernier nom, sur lequel je reviendrai tout à 1 heure, aucun des personnages n'a une couleur légendaire. Quelques individualités antipathiques portent des noms classiques de traîtres ; et c'est tout. Les
(1) Richard et Salomon ne figurent qu'à titre de petits-fils ; mais, comme les noms de leurs pères, Bernard et Garin, me paraissent empruntés au cycle narbonnois, il n'y a pas lieu, je crois, d'y attacher de l'importance. Ici, comme pour Garnier et Renaud, c'est la seconde génération qui est importante. Le ms, Bibl. nat. fr. 12.558 f° 100 appelle d'aUleurs Richard fils de Doon.
autres ont été pris, sans propos délibéié, dans l'onomastique courante de nos romans.
La seconde partie entreprend de raconter comment Doon, père d'une famille d3 rebelles, se battit contre le roi. Dans Doon de Nanteuil il s'agit d'une guerre ; ici d'un combat singulier, dont certaines paroles méprisantes tombées de la bouche royale sont le motif. Un ange les réconcilie, et ils vont de concert conquérir la Saxe ; Monder ou Vauclère, ville éminemment fabuleuse, dont Doon porte parfois le nom, en est la capitale Les Saxons sont ici appelés Aubigantsou Albigeois, ce qui prouve que notre poème, imité d'ailleurs de Garin de Montglane, est postérieur au premier quart du XIII* siècle. Ils ont pour voisins et ici pour ennemis les Danois, dont le roi Danemond vient en droite ligne des poème» sur Ogier. On y voit figurer tous les personnages qui d'habitude se meuvent autour de Gharlemagne : l'archevêque Turpiii y est gonfalonier (v. 8934), mais cet office est attribué (v. 10.690) au duc de Normandie (Richard) qui dans les poèmes récents obtient fréquemmeui cet honneur. Le comte de Poitiers y joue un grand rôle : la féodalité territoriale tend manifestement à remplacer autour du roi les anciens compagnons de ses guerres.
Une nous reste que des fragments de Doon de Nanteuil^ poème en vers alexandrins avec l'hexasyllabe final, particularité qui ne se rencontre que dans les deux Garin de Montglane et le Siège de Barbaslre. Ce que nous en avons conservé suffit à nous faire voir que ce récit s'inspirait largement des poèmes sur les guerres du roi Charles contre ses barons. Bovon et Girard y figuraient, Bcrtran allait en ambassade comme dans Ogier, Richard de Normandie y portait le gon fanon royal (v. 154), on y voyait paraître le roi Canut d'Angleterre. Là encore, rien de primitif.
A plus foi'te raison nc(;uil-il attacher aucune importance aux d.'vers Doon que l'on rencontre (jà et là dans nclrc
épopée, qu'il s'agisse de remplir un hémistiche, ou de pourvoir d'un nom quelque nouveau personnage dont a besoin le trouvère. Parfois même certains manuscrits donnent Droon, certains autres Doon , et comme les deux personnages ont une physionomie eu beaucoup de points analogue, on est embarrassé lequel choisir, on léserait du moins, si l'un des deux était réellement un personnage épique ; mais on verra qu'il n'en est probablement rien (1).
J'ai dit que parmi les personnages de Doon de Maience un seul méritait de relenir l'atontion, Erchenbaud, le principal traître du roman. Y a-t-il eu un personnage historique de ce nom qui, par suite de quelque trait de sa vie réelle, a mérité de figurer avec cette physionomie dans notre épopée ; a-til été inventé comme personnage par un trouvère qui avait besoin d'un traîtie de roman et qui a pris ce nom dans l'onomastique courante ? Je ne sais, et ce que je djs ici d'Erchenbaud, je !e r.dirai par exemple d Erlaud ou de Manes-
(1) Tels sont : Doon de Vaucler, Aimeri, v. 549 ; Doon lAleman, Otincl, V. 1192, et Gaufrei, v. 6113 ; Doon de Maience, Foiicon, p. 59 ; Doon de Nanteuil, Ogier, laisse lo, etc. (ce personnage manque dans les Enfances Ogiér du trouvère Adenes), la Reine Sibile, î° 280, Gidien, p. 118 ; Dos de Monloon, Girard de Vienne, p. 29 et 63 ; Dos de S. Denis, Raoul de Cambrai, v. 6198, etc. ; Dos de Boulogne, Girbert de Metz, v. 3, etc. ; Do le veneur, les Lorrains, p. 169, etc. ; Dos de CouTlTHï,Auberi, éd.Tobler, p. 31 ; Doon, Renaud, laisse 109 ; la porte Doon, Gaidon, v. 9628. Ce dernier poème, en faisant d'un Huon né à Bordeaux le fils de Doon, v. 8686, semble faire de Huon de Bordeaux le fils et non le petit-fils de Doon. Enfin l'auteur du poème français sur les aventures de Landri, faisant de ce personnage un Allemand, lui a donné tout naturellement pour père un Doon, qu'il appelle pour changer Doon de la Roche.
sier. Toujours est-il qu'il joue en général un rôle antipathique, dans /ean c?e Lanson, dans Raoul de Cambrai, dans Godin, dans Oaidon (v. 4296, 4345, 9275), un rôle ridicule dans ^/w7 en (v. 2447). Charlemagne ea fait un personnage sympathique (f"25), mais ce n'est là qu'une mention jetée en passant, il y est d'ailleurs associé au sarrasin Fourré et Girard d'Amiens a fréquemment fait jouer k ses personnages un rôle différent de celui qu'ils jouent partout ailleurs. Certains manuscrits d'Aubei^i (éd. Tarbé, p. 67) et le chroniqueur Jean des Preis en font le père de Basin, mais d'autres donnent à ce père le nom de Guillaume. Souvent ce n'est qu'un nom qui figure dans une liste de personnages, avec une de ces seigneuries dont tout le monde porte le litre : Blois [Foucon f° 88), Moriene (Aspretnont f°57), du pont de Mine (^n^m v. 2430), de Monflor (Aimeri), de Montblois [Doon), de Ponlieu [Auberl, Jean de Lanson, Raoul). Engelier, Foucon, Gautier, Huoa lui sont associes; cela ne nous renseigne guère. Le mieux est de le tenir pour un personnage inventé par les romanciers.[l).
Le roman de Gaufrel est une œuvre de pure fantaisie. L'auteur avait b prétention de raconter comment les douze fils de Doon furent pourvus de seigneuries : en réalité il expédie en quelques lignes la conquête du Danemark par Gaufrei, ne souffle mot de quatre des frères, parle peu d'Aimon, de Renier, de Moi an, et de telle manière qu'on peut considérer comme interpolés les passages qui s'y rapportent, et
(1) Ajoutez Galien, p. 363, Ogier, laisse 34, Auberi (éd. Tobler, p. 1^0), Aimeri, V. 1495. Foucon et Aspretnont écrivent Archcnbaud et non Erchenbuud. L'Ernebaud de Jean des Preis est une erreur certaine de scribe.
ne parle guère que du second Doon, de Bovon, de Girard et surtout de Grifou(l). Il a corsé son poème en y faisant entrer plusieurs des héros de Garin de Montglane, notamment le fameux charretier Robastre, et il y a joint un morceau sur le mariage de Bérard, un des héios du roman des Saisnes. Il paraît s'être largement inspiré A'Elie de S. Gilles : il lui a emprunté le nom do Machabré, donné au père de la princesse sarrasine, la rencontre du chevalier blessé qui raconte le combat, le rembarquement des musulmans emmenant leurs prisonniers qu'ils font bâtonner, l'évasion à cheval du héros chrétien prisonnier. Pour le reste, il a peu inventé. Son roi do Hongrie, Gloriant, qui dirige la campagne contre les chrétiens, est une variante du nom de Glovis que, souf des formes diverses, nos trouvères appliquaient, à litre d'ancien roi, à tous les personnages un peu exotiques qu'ils élaient en peine de dénommer. Maprin, le prétendant sarrasin ji la main de la princesse est, sous des formes aussi varices (2), un personnage courant de nos romans : c'est
(1) On retrouve Grifon ou Grifonnet avec sa figure antipathique dans Gaidon, v. r3042, !îi65, 5950, 7432, 7575, 8453, 10.757, dans Bovon d'AigrciHont, dans Theseus. Ce n'est guère qu'un nom probablement interpolé dans des énumérations à' Aspremont (f" 57), tVAubcri (éd. Tarbé, p. 127), de Doon de Nanteuil (v. 58). On rappelle Grifon d'Autcfeuille.
(2) Ce sont : Amabrun dans Aimeri, v. 3606, Ogier, p. 272, Gilbert, Foucon, le Siège de Darbastre, Mabrian dans la version Scandinave du Roland et un roman en prose qui en fait le fils de Renaud de Montauban, Mambrin dans Aimcri, v. 3606, Membre dans Cfiarlemagne-, f° 30, Malpriant ou Maupriam dans Floovant, v. 598, Aliscans, v. 5447, Aaprcmont, f» 20, Elias, v. 5860, le Siège de Barbastre,; f» 150, Aiiberi, éd. Tobler, p. 205, Anséix, v. 2468, Elie, Maprin ou Marprin dans Gaufrei,\. 1110, etc., Malpris dans E/ie, Mauprin dans A ns&is, v.2459, etc. et dans Galien, p. 253, Malprime ou Mauprime, Roland, v. 889, etc., 3176, Galien p. 347, Anséis,
sans doute comme Brunamond, Danemon, Valebron, etc., uu de ces noms propres d'origine germanique que l'on donne aux musulmans, sansqu'ily ait à y chercher des adversaires historiques, saxons ou Scandinaves, des Français. Le roi sarrasin Quinard est, comme Guenes et Guinan, une des formes que prend chez nous le nom du dieu celtique Gw^yn. Lion, le bon chambellan qui se convertit, comme Malaquin dans le Siège de Barbastre, pourrait bien appartenir à la même catégorie. On le trouve en effet plutôt dans le cycle d'Artus que dans not"e épopée (\).
Si par une confusion des formes Galfrid et Godfrid, le roi danois qui portait ce dernier nom est devenu chez nous Gaufrei de Danemark (2), ce n'est pas qu'il manque dans notre épopée de Godefroi, de Jofroi, de Joifroi, de Joffrès, de Guiffroi, de Gioffroi, de Giffroi, de Gifroi, de Jeffroi. Les uns ont été purement et simplement inventés par les trou-
V. 10.468, etc., Mauprison, Anseï-s, v. 2889, Malgré, Malferé, Mabré, Malvé, Marbré, Maugré, Marmé, Mauve dans Aliscans, v. 4393, 4394, 4395, 6866.
(1) On ne le trouve que dans Gaufrei sous les formes Lionchel et Liônnel, v. 1699, 9070. Dans le poème anglais du Siège de Milan, dont il est un des héros, Lionel est duc de Bretagne et reçoit du roi la Bourgogne. Lion est le fils de Harpin de Bourges et le héros d'un roman récent qui porte son nom. Dans la version italienne de Floovant Lion et Lionel sont les fils du roi Flore. Lione ou Lyoncs est Fécuyer de Richard le beau, v. 861. Dans les romans du cycle d'Artus, Lionel est le cousin germain de Lancelot. Comme dans Gaufrei, il est question dans la chronique de Baudoin d'Avesnes (ch. 49) de la conversion des saxons Guitequin et Lion.
On remarquera que Lion est k la fois breton, bourguignon et berrichon.
(2) A part Doon de Maience, Gaufrei, Ogier et les Enfances Ogier, le nom ne se retrouve que dans Aimcri, v. l.'ill, et dans Simon de Fouille fo 142.
vères : tel est le marchand Godefroi, qui recueille et élève le petit Vivien (Enfances Vivien)^ tel le sénéchal Godefroi d'Aioul et d'Elie ; c'est un simple messager dans Roncevaux^ Raoul, Aimeri, Guibert, les Lorrains, la Prise de Rome. Dans Auberi, dans la Mort Aimeri, dans Clovis, dai;s le comte de Poitiers, c'e^^l wTidixwenlion du poêle (1). Parfois même il ne faut pas lire Godefroi, mais Godebeuf.
Sous la forme Jaufre, notre Gaufrei fils de Doou est le héros d'un roman arturien provençal, où rien ne subsiste plus du roi danois Godfrid.
(1) La forme Godefroi se trouve dans les Enfances Vivien, v. 802, etc., Huon Capet, v. 4949, F/oouant, v. 2160, Girbert, v. 156, Guidon, v. 2729, 8654, Aimeri, v. 473 c et 1513, Elie, v. 2452, etc., Aioul, V. 9025, Berte, v. 588,1501, 1524, les Lorrains, p. 100, Ogier, p. 275, Renaud, laisses 58 et 108, Auberi, éd. Tobler, p. 153 et 196, fo» 55, 68, 77, 79, 81, 85, Faucon, p. 88, Aspremo7it, f* 24, Simon de Pouille, {° 142, Girard de Roussillon, par. 86, 104, 143. Il faut y ajouter les deux Godefroi de Bouillon, le croisé, Doon de Maience, v. 8010, Gaufrei, v. 109, et son grand oncle, Elias, V. 3018. La forme Gieffroi se trouve dans Raoul,\. 871, dans Auberi, f" 69, 85, 97, 98, éd. Tobler, p. 153, 208, 227, éd. Tarbé, p. 127 ; la forme Geoffroi dans Faucon, p. 133; la forme Gefroi dans Renaud, laisse 17, Auberi, éd. Tobler, p. 29 ; la forme Guifroi dans Auberi, éd. Tobler, p. 27, Doon de Maience, v. 7355 ; la forme Gerfroi dans Auberi, éd. Tobler, p. 57 ; la forme Gefrei ou Jeffrei dans Roland, V. 106, etc.. Prise de Rome, v. 1122,1a Reine Sibile, f" 362; Geufroi ou Jeufroi dans Aimeri, v. 1522, 1545, 1647, 2782, 4100, 4200, la Reine Sibile, f"« 313, 315, 373 ; la forme Guieffroi dans Galien, p. 195; la forme Joifroi dans Auberi, éd. Tobler, p. 131, Elioxe, v. 875, 934, Elias, v, 4858, Godefroi, v. 194, 2600, Raoul, V. 754, 760, 864, 871, 886, 892, 1693, 4187, 5056, 5115 ; la forme Gufrei dans Faucon, p. 146 ; la forme Joffrès dans les Lorrains, p. 224; la forme Geoffroi ou Jofroi dans Galien, t^. 193, huon Capet, V. 3504, Aioîd, v. 4748, 4753, 6977, 7195, 7855, 8360, 9505, les Enfances Ogier, v. 515, etc., les Lorrains, p. 20, 29, 42, 46, 107,
C'est selon toute probabilité à Saint-Faron de Meaux, où ou disait qu'il était mort sous l'habit monastique, en un pays où nous savons par la cantilène de Saint-Faron que les esprits avaient le goût de l'épop'^e, que la légende d'Ogier a dû prendre sa première forme, et ceci explique comment, dans toute la seconde partie, au rebours de la première (les Enfances] , déialcsilion. faite de certains passages interpolés ou inspirés d'autres sources, Laon reste d'une manière continue la capitale de la France. \
Un premier récit, dont il semble bien être re-té des traces dans l'épisode de Bréhier (tliènu du géant gardien du bois), apparenté de très près an récit du Montage Ilsan dans la saga de Théodoric, racontait qu'il était sorti de son couvent pour combattre un géant qui désolait le pays.
Un autre récit, analogue au Moniage Guillaume, racontait comment il en était sorti pour délivrer la France des envahisseurs païens Bréhier et Isoré, dont l'un devait être l'adversaire d'Anséis et l'autre celui do Guillaume.
Enfin, un troisième récit, fondé sur une vague connaissance
300, etc., Otinel, v 1851, Ogier, p. 100, etc., Girard de Viane, p. 31 et 33, Aiiséis, v. 9612, etc., Foiicon, p. 73, f° 102, p. 8, 13, 63, 76, 96, f°* 14, 75, 98, 102, les Saisnes, laisse 86, Guibert, f» 160, le C" de Poitiers, v. 375, Roncevaux, laisse 337, Renaud, Simon, Gui de Bourgogne, Fierabras, les Narboti7wis,]e Siège de Barbastre, la Violette.
La Reine Sibilc connaît Guifroi le danois, chargé de la garde du chien d'Auberi, GeofTroi d'Anjou, et le traître Gefîroi de Clarvent.
La saga de Charlemagne cite (I, 37) Gautier fils Jofroi de Torlin ou Corlin et Godefroi, fils du comte de Bruxelles.
des démêlés de Charlemagae et d'Ogier, lui avait attribué le meurtre de Chariot, fils de Charles le Chauve, avait fait entrer dans la famille de cet assassin les deux meurtriers de l'évéque Foucou de Reims en 900, Baudfdn et Guinemer, et avait substitué au moulage une prison à Reims, où la charité de l'évoque Turpin avait seule empêché le héros de trouver la mort.
Peut-être racontait-on déjà une prétendue guerre contre le roi, dont le Beauvaisis aurait été le théâtre, et à laquelle il est fait des allusions dans le poème que nous possédons, ainsi qu'à une lutte autour de Gaillardon, en Beauce, dont Ogier semble être regardé comme le seigneur (1).
Le remanieur a peu modifié cette partie, que j'appelle la Prison d'Ogier. Peut-être est-ce lui qui a ajouté Doon de Nanteuil, Naimon, Salomon, les seuls personnages dont le nom figure assez souvent pour valoir la peine d'être cités.
A côté de ces poèmes, il en existait un autre, composé très probablement sur la frontière bretonne, relatif aux exploits d'Ogier sous les murs de Rome. La légende d'Ogier et celle de Guillaume ont suivi le même développement. Toutes deux font lutter leur héros à la fin de sa vie, et originairement après son entrée au couvent, contre un personnage appelé Isoré. Toutes deux le font auparavant lutter contre un adversaire qui porte le nom d'une ville bretonne. Guillaume contre Corsolt, le géant éponyme de Corseul, Ogier contre Carabes, le géant éponyme de Garhaix.
Cette légende est encore bretonne par le rôle considérable qu'elle fait jouer à Salomon, et si l'on admet l'origine bretonne de celui-ci, à Naimon. Près de lui, on ne peut
(1) La présence dans la légende d'Ogier de noms tels que ceux de Benoît, son ccuyer, d'Oncstuis (Anastasius), qui signale sa présence à Turpin, noms dont la physionomie n'est point germanique, mais latine, semble indiquer que les moines ont collaboré à sa rédaction.
guère signaler que Doon ou Droon, Jofroi, Sanson et Odon ou Huoii, qne la saga a eu, je crois, le toi t de changer en Bovon. Les autres, comme Hoël, sont certainement interpolés. Encore Doon n'esl-il pas certain, je crois qu'il ne figure pas dans la saga ; il peut avoir été introduit par l'auteur qui souda les Enfances et la Prison.
Bretonne ou non, la légende es', certainement distincte de celle delà Prison ; la capitale du roi, qui était Laon dans le second cas, étant généralement Paris dans le premier.
Le traître Alori fait ici l'office du personnage antipathique, transformé en Lombard. Les principaux Sarrasins sont à côté de Carahès, Sadoine, et dans notre version, Danemond et Brunamond. Le chef est, comme dans les poèmes francobretons, un nom forgé sur Gorsolt, Gorsuble. La version italienne, désirant se rapprocher du texte de la Prison^ ou reproduisant un original distinct du nôtre, l'appelle Isoré, son Ogier n'ayant à la fin à combattre que Bréhier.
Enfin le poème des Enfances rattache Ogier le rebelle à la famille d'un des grands adversaires de Gharlemagne, le roi danois Godfrid f 810, que par confusion des noms Godfrid et Galfrid, il appelle Gaufrei. La version italienne des Enfances semble ignorer ce fait ; mais, en appelant Ogier le danois^ ce qui sans cette filiation épique devient incompréhensible, elle semble attester qu'elle s'est préoccupée d'abréger le texte qu'elle avait sous les yeux. L'esprit qui l'anime, très nettement hostile au loi et à son fils, tranche d'ailleurs avec celui de notre auteur, pour qui Gharlot est un présomptueux, mais non pas un lâche. Tant que cette version ne sera pas publiée, il sera d'ailleurs difficile de rien affirmer de bien absolu à cet égard.
Entre ces deux poèmes des Enfances et de la Prison qui sont seuls connus des Italiens, un remanieur entreprit d'intercaler le récit de la guerre de Gharles contre Désier, à laquelle il savait que son héros avait été mêlé, peut-être
par la légende d'Amile, peut-être par quelque récit annalistique, car il semble bien avoir ou connaissance du fait qu'Ogier avait accompagné en Italie les fils de Garloman (p. 181). Il est vrai qu'en les appelant Lohier et Louis et en parlant d'eux (laisse 42) comme des frères de Chariot, il semble bien confondre ce fait avec les luttes que Charles, fils de Louis, eut à soutenir contre ses.frères Louis et Lohier, du vivant de son père, qui fui plusieurs fois obligé de le déshériter, comme dans la chanson Charles en menace Chariot. Quoiqu'il en soit, la précision des itinéraires, le remplacement de Pavie par le vogue Châteaufort,les interpolations évidentes de l'épisode de Guion, de celui des traîtres, le pêle-mêle de héros empruntés un peu partout : Tiéri, Bérard, Naimon, Salomon, Guion, Hoèl de Nantes, Reinbaud de Frise, Richard de Normandie, Moran de Rivier, la présence des quatre fils de Garin de Montglane, sans parler de certaines interpolations dues à un scribe qui connaissait les Lorrains, tous ces traits, joints à la longueur du morceau, sont des indices évidents de sa date récente.
On serait tenté de considérer l'auteur comme un Breton. Il est un personnage qui semble bien inventé par lui, Bertran, qu'il fait fils de Naimon, neveu de Lambert et parent de Salomon. C'est bien un Breton, il est signalé comme tel et je ne comprends pas qu'il s'en défende, si toutefois le vers où il déclare qu'il n'est ni Allemand ni Breton n'est pas une cheville, fort mal placée ici. Quant au ridicule que les Lombards veulent jeter sur les Bretons, il ne prouve pas plus contre ma thèse que les railleries du même genre adressées dans la seconde partie d'Aiout par un autre Lombard à un autre Breton, et qui sont si bien réfutées d'un beau coup de lance.
Il a emprunté au cycle naéridional les noms de ses Lombards, Gériu, Aïmer, Ernaud.
Deux interpolations enfin, ou plutôt deux séries d'inter-
polalions, les unes relatives àSaint-Omer (dont ne parle pas la saga), les autres destinées à mettre Ogier en rapport avec le Brabant, le Hainau, le pays de Liège, sont à signaler ici. Le remanieur n'a d'ailleurs pas réussi à donner à son poème l'unité qui lui manquait ; tantôt son héros s'est couvert de gloire contre les Sarrasins, tantôt il n'a rien fait devant Rome ; tantôt il a beaucoup de parents à la cour, tantôt il n'en a pas un seul ; tantôt son écuyer meurt avant lui, tantôt il repose dans le même monastère, lia du moins su modifier ses sources de manière à ne pas contredire les données d'autres poèmes, il ne fait mourir ni Garahès, sans doute à cause à'Aspremo)it, ni Chariot, auquel il est très sympathique, à cause de Huon de Bordeaux, et qu'il remplace par le Lohier de Bovon d'Aigremont, de Jourdain, et de certaines versions de Renaud. Le meurtre de Lohier est parfois même oublié, comme l'insulte aux ambassadeurs, et le seul grief semble être qu'Ogier refuse ie payer le chevage qu'il doit, comme dans la légende de Girard où l'on ne sait jamais au fond s'il est question d'une rivalité d'amour ou d'une question d'hommage (l.)
Huon de Bordeaux est un roman très intéressant, mais singulièrement complexe. Le nom du héros lui-même n'est pas assuré, car, ainsi qu'on le verra plus loin, il y a identité légendaire entre Hunaud d'Aquitaine, personnage du VHP siècle, et Huon, duc de France et marquis de Neustrie au IX" siècle, à ce point que Huon joue parfois le rôle de
(1) Le chroniqueur Auberi, parlant d'Ogier (ann. 7b3) l'appelle Ogier ou Lohier ; (ann. 805) il l'appelle Ogier ou Rogier.
Hunaud et réciproquement. Joignez à cela que là où le scribe actuel écrit Huon, le tiouvère primitif avait peuL-étre mis l'initiale indicative de Huedon (ou Odon) ou de Hoël.
Ici le caractère du personnage est assez bien marqué. Il ne peut s'agir que des rois Huedon ou Hunaud d'Aquitaine, probablement du dernier. On se souvient qu'il a eu maille à partir avec Charles Martel et avec Charlcmagne : cela suffit pour en faire un rebelle.
Pour expliquer cette animosité,on suppose que Huon a tué le fils de Charles. Pareille histoire se retrouve avec des variantos dans Ogier ,. Renaud, Bovon , Jordain^ Gui de Nanteuil. C'est ici qu'elle est le moins altérée ; et, sauf le remplacement du meurtrier historique par notre Huon, les circonstances du récit se rapportent fort bien, comme l'a démontré JM. Longnon, à celles dans lesquelles le jeune roi Charles, fils de Charles le Chauve, reçut en 864 la grave blessure dont il mourut deux ans après.
Près du jeune Charles, on a placé un mauvais conseiller, Amauri. Le roman d'Ernéis donnait le même caractère à Aïmer. Les deux noms commencent par la même initiale. Y a-t-il confusion ? Je ne le crois pas. Amauri est pour moi le fidèle soldat de Charles le Chauve, investi du comté de Nantes en 850 au lieu et place de Lambert, et dont celuici le dépouilla avec l'aide de Nominoë. Aux yeux des trouvères bretons, c'était donc, comme Hervé, Renaud, Maugis, Sanson, un adversaire, donc un personnage à peindre sous les plus noires couleurs ; mais, comme à Hervé, au rebours des autres, on lui conserva son caractère royaliste.
On donna à Huon pour frère Girard, rebelle notoire et tout désigné pour être le proche parent d'un rebelle ; on donna à Girard pour beau-père et pour conseiller un personnage mal famé, Gibouard, ailleurs appelé Giboé ou Giboïn, peut-être historique, peut-être mythologique, peutêtre imaginaire. On lui donna pour père Seguin, comte de
Bordeaux tué en 845 (c'était indiqué pour Hunaud qui, comme Yon et Gaifîer, devait être, en sa qualité de roi ou duc d'Aquitaine, essentiellement le roi de Bordeaux) ; de plus Seguin, créature de Pépin II roi d'Aquitaine, était tout naturellement le père d'un rebelle (1).
Son principal appui lui est fourni par trois personnages, le nain Oberon, qui appartient à la mythologie germanique, et sous la forme Albéric, joue dans les Nibelungen et VOrtnit un rôle très impoitaut ; le prévôt Guirré, que l'on retrouve dans le cycle d'Artus sous les traits du petit roi Guivié (2j ;
(1) La saga de Charlemagne (I, 37) cite Tibaud, fils Segun ou Segni d'Aspremont, et Segun de Vegia ou de Pria. Gaitfrei, qui l'appelle Sevin, v. 102, en fait le fils de Doon- Il figure dans le roi Louis (y. 450) où il est cousin germain du roi et tué par Isenbard, soit à cause de sa mort historique sous les coups des Normands, soit parce qu'il figure dans le camp opposé à celui du royaliste Isenbard. Il était tout indiqué comme bordelais et comme rebelle pour jouer un grand rôle dans Givart de Roussillon. Dans Girart de Viane il annonce tout naturellement au roi l'invasion sarrasine de 732 qui sur son passage prit Bordeaux. Il est resté l'ennemi des royalistes dans les Lorrains, p. 76 et 2o9, dans Gaidon, v. 2145, 2171, 2540, 2550, 2559, 2570, 2571, 2606 (le V. 3599 qui est en sens contraire est certainement interpolé). Dans Aquin, v. 1021, etc. c'est un sarrasin : peut-être a-t-il été entraîné là par Clarion, compagnon comme lui du rebelle Girard ; peut-être faut-il, comme dans Anséis, lire Sanguin, de même que dans Aspremont au lieu de Sanguin il faut lire Seguin dans une énumération absolument dénuée d'intérêt d'ailleurs.
(2) Guirré est presque toujours l'ennemi des héros, il n'appartient pas plus qu'Elinan, cette autre divinité celtique, à un camp, rebelle ou royaliste. Dans les Enfances Vivien, il est fils de Desramé ; dans Gaidon, v. 3640, 6433, 8419, c'est un royaliste, donc un ennemi ; de même dans Renaud, laisse 26, où il est associé au breton Guineman, lisez Guiomar ; dans Ogier, p. 548, il figure pour la rime, c'est un chrétien tué parles musulmans. De même qu'Alberic
et S. Jérôme, dont on a fait un compagnon féodal du héros, de môme qu'on a donné S. Richier pour séide au fils de Clovis, S. Hilaire à Aioul, S Moran à Mainet, et qu'on a habillé .'i la mode chevaleresque S. Julien et S. Vivien (1). Sa femme Esclarmonde est sortie, elle aussi, de l'imagination d'un romancier, qui sur le nom de Glaire ou Clarion, déjà transformé en Glargis, a forgé ce nom, comme d'autres forgeaient Glaramonde ou Clarimondet, comme on fabriquait, peut-être sous l'influence du nom commun Escler, Esclaudie sur Claude, Escanor sur Ganor, etc.
Je ne veux point parler longuement des suites de Huon. Elles ne mettent pour !a plupart en scène que des personnages déjà connus. Une seule est en dehors de ce jugement, malheureusement elle est inédile, et je ne la connais que par le sommaire de M. Guessard en son édition de Huon de Bordeaux : elle concerne Godin, représenté comme étant fils de Huon.
Tout enfant, il est volé par un aumaçour (c'est le mot sarrasin Almansoi) qui l'emporte à Hoches, Rochel Ou Roal, nom de lieu où l'on peut supposer, soit le nom commun les Roches, soit la ville de la Hochelle, soit lîle de Roas ou
garde le trésor de Sigfrid dans les Nibelungen, Guirré garde la forteresse du héros, il est dans Huon et dans les Lorrains prévôt de Gironville, et sénéchal de Guillaume d'Orange dans le Moniage Renoart, laisse 53.
(1) Ce qui prouve qu'il faut lire Jérôme et non Géreaume, c'est qu'à part un vers interpolé d'Aitberi, f".101, une mention d'Anséis, V. 3320, qui a pris des noms partout au hasard, et un vers de Guillaume de Palerne (v. 6599), qui est un roman d'aventures, on ne le trouve que dans Aioul, v. 6441, etc. avec Hilaire, un autre saint de l'Eglise latine, et dans Girart de Roussillon, se mesurant avec Pons (par 146), autre nom d'origine latine, ou (par. 331) père d'un certain David, dont le nom n'a certes point lui non plus une origine germanique.
Rohès dont parle Gaufrei. Ses ennemis sont Eichenbaud, l'adversaire de Basin, un nom classique de traître, Seguin, que l'on est tout étonné de voir là, Régnier dont on ne s'explique pas la présence, Giboin qui a déjà sous la forme Gibouard persécuté Huon, Ftohard, fréquemment associé à Erchenbaud, notamment dans Z)oo?i c/d Maience, Trompart, sans doute analogue à un personnage de Cléomadès, l'enchanteur Cromparl. Ses partisans sont complètement inconnus des autres romans, comme Sarsapon, Dinos, où je vois un reflet du Dinas des romans sur Trislan, Bondifer qui ne figure, comme émir deCordoue et envahisseur de la France, que dans le très moderne Charles Marlel ; Brunos et Gornant, que je lis Gorhant, sont un peu , lus connu-, mais encore assez rares et presque toujours considérés coUiUie sarrasins (1). Tout cela sent donc profondément la fantaisie.
Godin est le héros d'un autre poème, mais nous n'en ' connaissons qu'une version allemande, le Charles Mainet. C'est le neveu de Gerfin de Termes, personnage assez difficile à identifier ; il est un des soutiens du jeune roi, et cela concorde assez bien avec sa qualité de flls d'un rebelle, car da^ns, Mainet, comme dans .4?e et dans Renaud, ce sont en général les lebclles de l'histoire (jui sont représentés comme des royaliste-, et vice versa. Plus tat-d, il triomphe du païen Orias : c'est encore un nom mythologique, Orian, père du dieu celtique Beli ou Elias ; il enlève sa sœur Orie, et son château, Orietle, l'Orion ou fOiidon do maint roman .
(1) Le roi Burnos est f échanson do Charles dans Aspremont (Bibl. nat. ms. fr. 2495, f" 711 ; le ms 1598 l'appelle Brunor et en fait fécLiyer tranchant ; le ins 25.529 n'en parle pas). Burnor est un des cinq rois tués par Baudoin dans les Saisnes. On trouve Brunart dans Bovon de Cornarcis, v. 1280, et Brunolt dans Pdrtcnopeiis, v. 2183, C'est sans doute un nom du cycle d'Artus.
D'ailleurs Godin n'est, je crois, qu'un diminutif, et je serais tenté d'y voir un doublet de GoJcbouf.
Revenons maintenant à Huon ou Tlunaud (I).
(1) Hunaud figure dans Ogier, laisses 3 et 7, Aliscans, v. 8, Foucon, f° 103 et p. 73, Siège de Darbastre, f° 4 etc., Bovon de Comarcis, v. 163, etc., Anséis, v. 6797, Renaud.
Pour Huon du Mans, v. les Saisnes, Maugis, v. 8595, Anséis, v. 2447 (écrit à tort le dansel pour le mansel), les Lorrains, p. 20, Ogier, p. 2, etc., Renaud, laisses 87 et 142, Roncevaux, 1. 351, Bovon de Comarcis, v. 983, Enf. Ogier, v. 511 etc., Moniage Guillaume, f" 272, Aspremont, î° 18, etc., Simon de Pouille (version a, écrit à tort Huon duc Nayme).
Huon de Nantes, Ogier, laisse 3, Aspremont, f° 24.
Huon de Mantes, Simon de Poîui/e (version b.)
Huon de Melan, Anséis, v. 1033, Fierabras, v. 5714, Aliscans, v. 237, Maugis, v. 6968.
Huon del Blanc, Ogier.
Huon qui tint Chartres et Tours, Aspremont, f° 24, lisez Heudon.
Huon de Troies, Gui de ISanteuil, v. 1483 (c'est là certainement Heudon de Troies fils de Tibaud H et frère d'Etienne de Blois), Ogier, laisse 3, etc., Moniage Guillaume, f" 272, Gaidon, v. 7967, les Lorrains, p. 39, etc., Maugis, v. 4650, Foucon, Enf. Ogier, v. 509 etc., Auberi, éd. Tobler, p. 153, f°^ 68, 81, 89, 91, 97 (Auberi écrit tantôt Huon, tantôt Huedon de Troies ; de même Ogier).
Huon de Bourges, Orso7i de Beauvais, passim, Foucon, p. 73, Guillaume en prose.
Huon d'Auvergne, Gaidon, v. 5255, etc., Anséis, v. 2889, etc., Charlemagne, Garin de Montglane b.
Hunaud de Saintes, Alisca^is, v. 18.
Huon de Pierelée, Gui de Nanteuil, v. 521, etc., le comte de Poitiers, v. 1006.
Huon de Blois, Auberi, î°^ 89 et 104.
Huon deBargelone,/4men^ v.1353, etc.. Siège de Barbastre, f?Hl.
Huon d'Orléans, Anséis, v. 7794.
Huon de Clarvent, Gaidon, v. 4392, Otinel, v. 1226.
Il faut laisser de côté Huon do Bourges, auquel le roî Eudes concéda le comté d'Auvergne et qui se fît luer en es-
Le normand Huon, Siège de Baibatitre, i" 149.
Le breton Huon, Auberi, éd. Tarbé, p. 127.
Huon le poitevin, Siège de Barbastre, f» 152.
Huon de Paris, Elie, v. 1477.
Huon de S. Orner, Enf. Ogiér, v. 264, Gui de ^anteuil, v. 1255, Auberi^ f° 74.
Huon d'Etampes, Moniage Guillaume, f" 272, Maugis, v. 6080.
Huon de S Lis, Fierabras, v. 5792.
Huon d'Artois, Gui de Nanteuil, v. 758.
Huon de Besançon, Huon Capet, p. 50.
Hugon de Vauvenice, roi de Frise, Huon Capet, v 303, etc.
Hue de Loon, Aimeri, v. 1541.
Huon de Verberie, Guidon, v. 2202.
Huon de Toart, Guidon, v. 2329.
Huon de Bonivent, Gaidon, v. 6852.
H est interpolé v. 7433 de Gaidon, v. 6797 d'Anséis, f" 239 de Galien, v. 3075 d'Aie. C'est un simple nom dans iîaoM/, v.2684 etc.. les Lorrains, p 12, Aimeri, v. 1497, 1800, les Enf. Ogier, v. 115, Godefroi,\. 195 et 323, Aioul, v. 7580, Auberi, éd. Tobler, p. 09, 78, 83, Elias, v. 2160, 5150, Doon de Maience, v. 2601, 5573, Gaufrei, v. 2378, Esclarmonde, v. 699, etc.
L'auteur du Pè/ermag'e a donné ce nom à son empereur grec, l'auteur du Landri Scandinave au père de son héros, l'auteur de Parise au fils de son héroïne et au roi de Hongrie qui lui sert de parrain.
Son rôle dans Auberi est nul. Gaidon emploie ce nom à tort et à travers, pour des rebelles, v. 2202, 2329, 5255, 7764, 8685, etc., pour des royalistes, v. 2143, 4392 (il faut lire Henri), 2907, 6852, 7282, 7433, 7582, 8453. 9435. Parfois au lieu de Huon on trouve Huidelon.
La saga de Charlemagne cite (I,ch. 37) Huon et son frère Gautier^ fils Gautier de Termes, Huon et son frère Renier, fils Huon de Venise, Benzelin et son frère Todbert, fils Huon de Ponti.
sayaiil de renlevcf an comte Guillaume : il n'est pas certain que ce soit lui que l'auteur d'Orson de Beauvais eût en vue, et les auties Huon de Bourges, fort peu nombreux, s'expliquent fort bien sans sou intervention, l'Avergne et le Berri s'appliquanL lotit aussi naluiellemenl que la Bourgogne ou la Gascogne à n'importe quel persoun;ige épique. Huou Capet n'est pas seulement le héros du poème qui porte son nom : c'est lui qu'il faut selon toute apparence reconnaître dans le HiiOn ou Iluelin qui joue uu si grand rôle dans le roi Louis ; c'est la tradition recueillie par Guillaume de Malmesbury qui confond d'ailleurs le roi-de France avec son père, le duc de France du même nom, et le fait ainsi fils d'un Robert qu'il appelle de Montdidicr, vague surnom épique qu'ont porté Auberi, Béiard, Droon.
Le véritable Huon épique me paraît être celui des Saisnes : c'est Huon, duc de France et marquis de Neustrie (866- 886), tout indiqué pour êire le chef des barons et des héros de l'ouest. De là il a pas-Fé dans Aspremont et dans Ogier, empruntant oans doute son suru'.m de maucoau à Huon du Mans, personnage du X* siècle. On s'est habitué à le consisidérer comme l'ami des Bretons ; de là son rôle dans MaineU d'où il a passé dans Anséis et dans Gaidon, son rôle dans Gui de Nanteuil, dans Maugis, dans Renaud qui l'associe à Araaufroi et le voit d'un mauvais oeil, dans Girart de Roussillon. son double rôle dans Aioul, où il figure, tantôt conmie rebelle, tr.nlôt associé au breton Nevelon comme royaliste, son double rôle dans les Lorrains, où il est royaliste comme frère du franco-breton Gainier, et rebelh dans tous ceu.x de ses rôles qui, comme Huon de Cambrai ou Huon de S. Mihiel, ne sont pas purement imaginaires ; de là son étroite association au rebelle Foucon qui l'entraîne dans la geste narbonnoise, soit comme père de Foucon de Candie (c'est alors Huon de Florenville dans Foucon et les Narbonnois), soit comme son contemporain d'âge dans
Aliscans et le Siège de Barbastre, à moins qu'ici, comme pour Hunaud, on ne suppose que le véritable prototype du personnage soit le roi d' Aquitaine Hunaud, louL indiqué pour jouer un rôle dans le cycle méridional ou pour conseiller le roi Yon.
Le douzièniefils de Doon [Gaufrei, v. 115) fut ce comte Girard, qui, après avoir soutenu en 840 la cause de Lothaire contre Charles le Chauve, est surtout resté célèbre aux yeux des trouvères pour avoir gouverné le royaume do Provence au nom du roi Charles, fils de Lothaire, et avoir essayé en 870 d'arrêter devant Vienne la marche offensive de Charles le Chauve pour s'emparer de l'héritage de son neveu décédé, Lothaire, frère et successeur du roi Charles.
Trois poèmes ont été consacrés à cet épisode : Girart de Roussilion, Girart de Via7ie et un Girart de Frète dont il ne nous est resté qu'une version italienne, un résumé dans la compilation de Jean des Preis et le prologue, je veux parler du roman d'Aspremont. Ces trois poèmes out bien conservé quelques traces de celte idée que Girard prétend ne pas relever du roi de France; mais sur les raisons de celte indépendance, comme sur les motifs de la rupture, ils ont donné libre carrière à leur imagination.
Dans Girart de Frète, il est resté des traces d'un refus de Girard d'aider le roi contre les musulmans maîtres de l'Italie, assez analogue au refus de Bovon de faite la guerre de Saxe. Mais, quand Bovon et Girard sont devenus des personnages sympathiques, les poètes n'ont pu se résigner à les laisser trahir ainsi la cause de la chréiienté. Sous sa forme actuelle, Aspremont nous montre Girard se ravisant, accompagnant le roi, non comme vassal il est vrai, mais comme allié et se couvrant de gloire sur le champ de bataille.
Parfois le thème est renversé, et il reste dans Oirart de Viane et Girart de Frette des traces d'une version où, le roi ayaot refusé de secourir son vassal attaqué par le sarrasin Sinagon, Girard a pu légitimement renier une suzeraineté inefficace. De même, Charles refuse d'aller délivrer Bovon et Vivien son fils également réduits à la plus complète détresse par les sectateurs de Mahomet.
D'autres ont cru que Girard tenait sa terre en alleu, et que c'était une concession du roi, qui voulait ainsi dédomager Girard du tort qu'il lui avait fait, en épousant dans Girart de Viane et dans Girart de Roussillon une femme primitivement destinée à Girard. Plus tard la rupture aurait éclaté, soit à cause d'une tentative du roi pour revenir sur sa concessioo, soit à cause d'une injure faite à Girard par la femme du roi.
Des L-ois poèmes, Girart de Viane es*, celui qui a le moins altéré les faits. Le comte Girard y possède Vienne, Valence et Lyon ; il n'a aucun droit sur la Bourgogne française, puisqu'il commence les hostilités en s'emparant de Mâcon. Il est donc réduit aux territoires lotharingiens. Le poème se termine d'ailleurs par deux faits historiques, mélangés à tort il est vrai; l°le roi Yon de Bordeaux, menacé en 732 dans sa capitale parles musulmans d'Abdérame (1) fait appel à Charles Martel (confondu ici avec Cliarlemagne, 2» le roi Charles de Provence (853-863), confondu lui aussi avec Charlemagne, confère au comte Girard la régence de ses Etats reculés à tort plus à l'est, et transformés en Alemagne et Bavière.
Pour corser le récit, on y a introduit un duel de Roland et d'Olivier. J'ai déjà fait allusion à ce vieux thème épique en vertu duquel le héros avait dû se mesurer d'abord avec
(1) Il est également fait allusion à la prise de Carcassonne (écrit Terrascone) en 12r> par les musulmans.
son plus intime ami, avant de l'attacher indissolublement à sa fortune. On rattacha le duel de Roland et d'Olivier à la guerre de Charles contre Girard, Olivier devint le neveu de Girard comme Roland était celui de Charles, son père Renier devint frère du comte rebelle, et le trouvère en profita pour raconter les exploits de Renier contre l'allemand Jofroi qui n'était pas distinct duGodefroi ou Gonbaud contre lequel s'était mesuré Milon ; celui-ci, royaliste comme Renier, et souvent son camarade, devint lui aussi frère du rebelle Girard sous le nom de Milon de Fouille.
Pour rattacher Girard à la famille narbonnoise, on imagina de lui donner pour troisième frère Ernaud, père d'Aimeri.
A l'ambassade des fils de Girard de Frète, menacé par Sinagon, on substitua le voyage à la cour des jeunes gens dont le père a été ruiné par les courses de Sinagos.
Enfin l'on plaça près de Roland un autre marquis de Bretagne, Lambert, celui sans doute qui mourut en 836 et vainquit Guiomar en 825, et on l'habilla en comte de Berri, comme on faisait les bretons Amile et Arnaud, et en filleul du roi.
Quant aux allusions communes à Girart de Viane ei à Fierabras sur la famille d'Olivier, la prétendue ingratitude de Garin à l'égard du roi Pépin s'explique par ce fait que ce fidèle serviteur de Pépia I d'Aquitaine fut l'adversaire de son fils Pépin II et l'animosilé de Renier à l'égard de Renaud de Poitiers (1) n'est exacte qu'en tant que Renier est supposé frère d'un rebelle, car Renaud se fit tuer en
(1) Renaud de Poitiers étant le fils légendaire d'Aimon et le grandpère historique de Bernard d'Auvergne, confondu par l'épopée avec les deux Bernard de Septimanie père et fils qui se trouvaient dans l'autre camp, ou s'explique que l'allusion aux démêles de Bernard et d'Aimon d'Autemure ne soit pas très claire.
843 en défendant les intérêts de Charles le Chauve ; il appartenait donc au même camp que Garin.
Girart de Frète est déjà beaucoup* moins historique. Il est bien question d'un siège de Vienne dans la version italienne, mais la version française parle surtout de batailles livrées sous les murs de Paris et de Laon.
On a cherché Frêle dans le comté d'Arles ; on l'a même identifié au moyen-âge avec S. Rémi, où je vois plutôt le Montglane de notre épopée. Peut-être s'agit-il d'une localité provençale qui aurait changé de nom.
Il y a de nombreuses analogies entre Girart de Viane et Girart de Frète. Les deu.x poèmes se passent sous Charlemagne, le roi païen Sinagon y figure, il y a un voyage ou une ambassade à la cour du roi. Ogicr y joue un rôle prépondérant avec ses trois chambellans, Benoît, qui vient de sa légende latino, Bareil qui est l'arbalétrier Baire du récit sur sa captivité, elle dieu celtique Elinan, sans doute amené par la rime. L'auteur a emprunté à /îenawo^ l'épisode du traître Hervi et non Henri, il fait d'Otinel le gonfalonier royal, parle de Tiéri qui vient de la légende de Girard de Roussillon, comme Bos, Claire et Escorpion, tandis que le quatrième fils de Girard, Reni^:r, est calqué sur Renier frère de Girard de Vienne. Galeran de Montmure, Gui de Dordonne et Richard de Normandie, un royaliste du IX* siècle, un rebelle de la même époque et un baron du X* siècle commandent les royalistes (1).
Trois sarrasins figurent dans la légende de Girard de Frète : l'un, Anthenoir, est le chef des auxiliaires musulmans appelés parle rebelle. C'est un nom qui vient directement de l'épopée antique ; on le retrouve dans la légende de Maugis et dans Gaufrei (Atenor, v, 665). Les deu.x autres,
(i) Les principales places de Girard sont Montfort, livré par le traître Henri, et Orbendas.
Sinagon et Agramar, fils d'Agoland l'un et l'autre, sont représentés comme ses adversaires, et ainsi localisés dans la vallée du Rhône ; ils ont tout naturellement passé dans la légende de Guillaume, lorsque celle-ci se cristallisa autour de la ville d'Orange. Sinagon est sans doute un nom celtique, Agramar l'est certainement, car je ne le distingue pas du personnage dont le cycle d'Artus a fait deux héros distincts sous les noms de Sagremor et d'Agravain, dont il ne faut peut-être pas séparer non plus Agloval. On le trouve sous la forme Agrapar dans le Charroi de Nîmes, v. 1299, ce qui indique qu'il y avait une version où il possédait Nîmes, dans Aliscans, où il est l'adversaire de Renoard, dans la Bataille Loquifer, laisse 51, dans le Moniage Renoart, laisse 29 (o^i il est écrit Agravain), dans Huon de Bordeaux (v. 6269 etc ), dans Esdarmonde (v. 1963 et 1985, où il est écrit Agrapin et Agripan).
J'arrive à Girart de Roussillon, mais avant d'eu détailler les nombreux épisodes, il faut étudier la famille de Girard d'après nos différents poèmes (1).
Le père du Girard de l'histoire s'appelait Liutard ; peutêtre était-ce lui que l'Astronome fait en 801 couite de Fézensac. Dans Girart de Frète il est fils de Bovoti, qui fut comme lui en 840 l'ennemi de Charles le Chauve. Ce Bovon, que les scribes ont parfois écrit Boson, est dans Girart de Viane le père de sa femm;\ dans Girart de Roussillon son cousin-germain (sous la forme Bos). Girart de Frète dislingue, d'ailleurs à tort, Bovon, père de Girard, et Boson son neveu, comme Doon de Nanteuil distingue Bovon, fils de Girard, et Boson son beau-père. Dans différents récits, Girard de Roussillon est encore le frère de Bovon d'Aigremont. Enfin, lorsqu'on les a transportés dans la famille narbon-
(i) Le vers 1653 d'Anséis fait allusion à l'Anténor antique.
noise ea les faisant seigneurs de Gomarcis, on a appelé le père Bovon et le fils Girard.
Daus Girart de Viane Girard est le fils de Garin, seigneur de Montglane, aujourd'hui S. Rémi, qui fut un défenseur et non un adversaire de Charles le Chauve, mais qui commandait daus la vallée du Rhône où plus tard Girard exerça son autorité.
Gendre du rebelle Bovon dans Doon de Nanteuil et Girart de Viane, il l'est du roi Oton de Hongrie (lisez du roi Yoii d'Aquitaine, ennemi de Charles Martel en 720) dans Charles Martel, beau-frère du roi Oton dans Girart de Viane, lequel a été transformé en empereur grec par Girart de Roussillon (et en un certain comte Hugon de Sens (1) dans la légende latine de ce même Girard de Roussillon^, mais Odou, appelé ici Odilon par confusion avec le duc de Bavière ennemi lui aussi des Carlingiens, ne disparaît pas pour cela : il est seulement l'oncle du héros.
Les deux versions latine et française de Girart de Roussillon donnent à son père le nom de Drogon. C'est le Rogon de Doon de Nanteuil : seulement là il est le frère du héros.
Les noms des quatre fils de Girard de Frète dan? Aspremont et des quatre fils de Garin de Montglane dans Girart de Viane sont absolument identiques ; ce sont de part et d'autre Ernaud, Girard, Milon et Renier (et non Richier, comme on trouve de temps en temps dans Aspreinonl]. Girard de Frète a encoie deux neveux, Claire et Boson (lis. Bovon) et dans Jean des E^reis, où les neveux ont disparu, Ernaud, Girard et Milon ses fils sont remplacés par Claire,
(1) Gela provient du mélange de deux idées : le nom de Hugon donné fréquemment à l'empereur grec (le Pèlerinage) et la résidence légendaire de certains rois de France à Sens (il y a des chroni ques qui font Faramond duc de Sens).
Bos (lis. Bovon) et Escovpion. Le rôle des deux fils de Girard de Vienne, Olon et Savari, est absolument nul.
Enfin Girart de Roussillon qui ne fait jouer non plus aucun rôle aux fils du héros, lui donne pour cousins germains Bos d'Escorpion (lis. Bovon et Escorpion), auquel il ajoute les rebelks Bernard, Gilbert, Seguin et Foucon.
Il faut revenir maintenant sur quatre de ces personnages.
Je suis très porté à voir dans Escorpion le résultat de l'influence du nom commun scorpion sur un nom propre tel qu'Escorfaut. On trouve d'ailleurs dans le Siège de Barbastre, f* 153, les deux formes Escorfaut et Escorpon. Corpion ou Scorpion ne figure en dehors de ces textes que dans Floovant, v. 1716, et dans Foucon, f 19.
De même que Glovis donne Flore, Floris, Florent, Florien, de même Clargis est Glaire, Giaris, Glarin, Glarel, Glariel, Glarion, Clarien, sur lequel on a créé Esclariel, Clarifan, {Roland, v. 2670), Esclaribon ou Esclarimon {Enfances Vivien, v. 4215 et 4-239 b.). Glarimondès ; mal écrit, c'est Glagis, Gcriel, Gherion, et parfois même Gabriel.
Son rôle est important dans Otinel (v. 1766 et seq.), c'est un des principaux chefs des sarrasins, comme Adragant et Sinagon. Gomme ceux-ci, il est transporté dans la vallée du Rhône et mis en rapports avec Guillaume d'Orange. Dans les Narhonnois il est pris par les chrétiens et se convertit. Dans le Siège de Barbastre et dans Bovon de Comarcis (v. 800 et suiv.) il délivre les chrétiens prisonniers et les aide à s'emparer de Barbastre. Dans les Enfances Guillaume il est le frère d'Orable, la future épouse de Guillaume, et se montre assez favorable aux chrétiens. Dans le Guillaume en prose il remplace Aragon comme lieutenant de Tibaud à Orange. Gomme Agramar et Escanor, il est devenu, dédoublé en Giaris et Laris, le héros d'un roman de la Table Ronde, et je ne serais pas étonné que les noms d'Esclarmonde et de Claramonde aient été forgés sur le même radical.
Qu'il faille identifier l'Adragant d'Otinel (v. 1779), l'Arrogeant ou Arrotanl du C/mrroi<i(? iVime^ (v. 519) et l'Aragon de la Prise d'Orange, c'est ce qui ne me semble pas douteux. Que Rogon et Rogier soient deux tormes du même nom, c'est certain. Que Drogon et Rogon soient souvent pris l'un pour l'autre, c'est encore vrai. Faut-il cependant assimiler Adrogant, Drogon et Rogier, en ce sens que ce dernier aurait été pour la rime une modification du premier, et parce qu'il y a des Droard, y rattacher dans la même mesure le nom de Roard ?
Je ne le crois pas. Roard et Rogier me paraissent, comme Flohard et Frohard, provenir d'un aulre radical, et n'avoir pas plus d'historicité que le marchand Godefroi des Enfances Vivien ou le voyer Simon de Berle. Ce sont d'ailleurs des noms mal famés (3).
(1) V. Roland: Glarin, v. 03, Clarien v. 2670 ; Anséis, Clarion, V. 2979, Clarin, v. 5684, Glargis, v. 10.279 ; Fierabras, v. 1656, 1899, 3269, Glargis, Glaris et Glarien ; Vivien de Monbran, Glargis, V. 762, Clarion, v. 816 ; V. encore Roncevaux, laisse 361 ; Charroi de Nîmes, v. 517 ; Prise d'Orange, v. 596 et 1881 ; Ali;,cans, v. 372, etc. ; Enfances Vivien, v. 4739 a ; Covenant Vivien, v. 819, etc. ; Bataille Loquifer, laisses 1 et 50 ; Moniage Renoart, laisse 120 ; Foucon, p. 73 et 117 ; Gaufrei, v. 9444 ; Elias, v. 5221 ; Aquin, V. 117 ; Partenopeus, v. 7346. Huon Capet, v. 4390, appelle le soudan Clarvus.
(2) Les formes Maragon d'Aspremont (f*"* 22 et 39), Maragonde de la Prise de Rome (v. 370), Sarragonde de Fierabras (v. 2175 c), sans avoir été faites sur Aragon, mais plutôt sur Malagon, ont été influencés par lui.
(3) Roart ou Rohart, Parise, v. 2677 et 2730, Godin, Renaud, p 420, Richard le Beau, v. 3466, Bovon de Hanstonne, vas. fr. 12.548, f° 137, 141, 152, et ms fr. 22.516, f"^ 46 et 47, Covenant Vivien, v. 1581. Rochart, Galien, p. 37. Frohart, les Sept Sages, p.
51. Floard, Aioul, v. 6669, Foucon, p. 101, Gaidon, v. 4056, Aie,
Quant à Drogon ou Rogon, nous trouvons la première forme indiquée comme étant celle du père de Girard de Roussillon, la seconde comme étant celle du frère de 3irard de Vienne dans Dooii de Nanteuil. Gomme Bovon, Gi'-ard et Gilbert, Drogon ou Rogon est passé dans la famille narbonnoise, il est représenté comme un fils d'Aïmer par Huo7i Capet sous la forme Drogon et par le chroniqueur Auberi sous la forme Rogon ; Maurin imitant Girart de
V. 3911, Richard le Beau, v. 3263, Covenant Vivien, v. 263. Rogier, Parise, v. 18 et 2730, Esclarmonde, v. 644 et 7369, les Lorrains, p. 61, Gairfoji, V. 2689, 4299, 4336, 7285, Doon de Maience, v. 3778. Auberi, éd. Tarbé, p. 103, appelle son nécromancien Rogier. Je crois qu'il faut lire Rogier et non Ogier dans Gui de Nanteuil, v. 999 et 1093, Roard et non Roers dans Parise, v. 19. Droart est donc une erreur pour Frohard, malgré la variante Droon, Doon de Maience, V. 1028. Déjà le mytliographe danois Saxo (liv. IV) faisait de Frogier un géant vaincu par le dieu Frotho. J'hésite entre Rogier que donne le v. 4300 de Doon de Maience etRichier que donne Jean des Preis, car il s'agit d'un ami du héros. Rogier figure d'ailleurs sans physionomie défavorable dans Girart de Roussillon (par. 146, avec la variante Roge), dans Gaufrei, v. 6179, dans Foucon, f°^ 90 et 102 et p. 73. Le Rogier du Rosoi de Godefroi, p. 276, est un personnage à part. Le Rogonas d^ Esclarmonde, v. 839, chevalier méridional, a été forgé sur Rogon, et le Rogoniant d' Auberi, éd. Tobler, p. 147, me paraît un Rodoant mol écrit par un scribe qui avait dans l'oreille le nom de Rogon.
Cependant la saga de Charlemagne, à côté du bon archevêque de Trêves Rogier (Rozer), mentionne, liv. I, ch. 2, 4 et 16, parmi les amis de Reinfroi, un Rozer d'Orlenois et un Rozer d'Iricun ou de Ricon qui peuvent donner à réfléchir.
Le traître Rogon et Ragon de Gaidon,\. 2G85 et 7283, et le traître Rogon de Parise, v. 1987, sont sans doute des formes hypocoristiques de Rogier. Il faut enfin en rapprocher la géante Flohot d\iliscans, le Flohier de Galeran, le Clohier des Enfances y,ivien, v. 4221 b., devenu Glohier, v. 4262 b., et Collier {Covenant Vivien,\. 820).
Roussillon le place dans l'aimée rebelle, et certains manuscrits d'Auberi en font le père da rebelle Lambert. C'est donc un aquitain : Roland dit que Gautier était son neveu (v. 2048), et Aimeri (v. 4628), lui donne pour fils Gaudin, Engelier, Sanson et Hichier. Dès lors on l'appelle Droon de Poitiers et sous ce nom, il figure comme chef des Poitevins dans Aspremont et dans Anséis (v. 9489, etc.), il est un des onze compagnons de Simon, et figure dans Ogier (laisses 3, etc.). C'est encore Droon de Barcelone {Siège de Barbastre,i° 154), Drogon de Mont-Didior {Aimeri, v. 329, etc.), Droon le Tiois {Faucon, f 75), Droon de Normandie (Faucon, f° 88), Droon de Laon (Aube7'i, éd. Tarbè, p. 127 et 136), Drevon de Guincent (Renaud, laisse 30), Droon le veneur {Girart de Roussillon, par. 553 etc.), Drevon le maire {Auberi, éd. Tobler, p. 169 et 206). Confondu avec Droon d'Amiens qui mourut en 1035, il figure à un double titre dans les rangs des rebelles dans les Lorraiiis, p. 54, et liirbert, v. 188, etc. (1). Souvent ce n'est qu'un simple nom, qui vient là pour la rime, écrit parfois Droant {Raoul, v. 4047), remplacé dans certains manuscrits par Doon, qui est peutêtre la véritable forme [Girart de Viane, p. 20).
(1) Il reparait sous ce nom dans Foucon, p. 89 et 143 et f"» 88.
V. encore Drevon de Monchi, croisé en 1096 (Michaud l'appelle Drogon de Monzey), Elias, v. 4859, Godefroi, p. 276 ; Dreves de S. Ligier, Auberi, éd. Tobler, p. 186 ; Droon de Miax, Raoul, v. 787.
La saga de Charlemagne, I, 37, cite Guillaume, fils du roi Dreu de Poitiers.
Beaucoup moins historique que Girard de Vienne et Girard de Frète, Girard de Roussillon emprunte son surnom féodal à une commune de l'arrondissement de Vienne où se trouvait peut-être un château habité jadis par les seigneurs du Viennois. Mais doux auteurs ont travaillé à déplacer le théâtre de l'action. L'un, entendant appeler Girard un seigneur de Bourgogne, a pris la Bourgogne impériale pour la Bourgogne française, et a transporté le lieu de la scène près de Ghâtillon-sur-Seine et d'Avallon. Il a identifié Roussillou avec le mont Laçois, situé près de la première ville, et sachant que Girard était le fondateur des monastères de Polhiéres et de Vèzelai dans l'Avalonnois, il a placé le théâtre de la grande bataille au lieu de Vauboaton en S. Père sous Vézelai, où la présence de nombreux cercueils gallo romains faisait croire, comme pour Aliscans, à la rencontre de deux armées.
Un remanieur du sud-ouest entreprit de transporter dans sa région la scène du combat, et trouvant à Givaux, dans l'arrondissement de Montmorillon^ les mêmes apparences de bataille qu'à Vaubouton, il ajouta bravement ce nouveau récit à tant d'autres et allongea d'autant le poème primitif.
Parmi les personnages spéciaux qui y figurent, notons du côté de Girard : Amédée de Savoie, qui figure là à titre de seigneur du royaume de Bourgogne, Senebrun, qui fut le héros d'une chanson de geste perdue et après avoir été célébré par les jongleur.-- viennois fut localisé dans le Bordelais, Goiue, où je suis assez porté à voir une variante d'Antoine, Eble, sans doute un des deux comtes de Poitiers de ce nom au IX* siècle ; puis- des rebelles de l'ouest, Landri, comte de Saintes pour Pépin II, identifié à
Landri de Ndvers (qui mourut en 1028), Guillaume transformé en seigneur d'Autun, des divinités païennes comme Anchier et Guinard, des saints, comme Antoine et non Anteaume, qui dans Aspremont joue un si grand rôle près de Girard de Frète, enfin le traître Ertaud. Je reviendrai tout à l'heure sur Landri et sur Ertaud.
Le roi Charles a toujours près de lui ses barons fidèles. Galeran, Alon, Gace, Tiéri, Tibart, Garin, puis les Hérupés habillés encore une fois en défenseurs de sa couronne, Huon, devenu Hugues de Broyés, Lambert, devenu Albert, Aubert ou Arbert de Troies, Godefroi ou Jofroi qui n'est pas, je l'ai dit, distinct de Godebeuf, Henri, Salomon, Guiomar et Gui, habillé en comte de Poitiers, Bérard, Hoël de Nanle?, Richard de Normandie, Auberi et la trilogie Ainion, Aimeri et Aimenon, celui-ci spécial à notre poème et qui semble amené par l'allitération et quelque vague souvenir de l'Amauri et de l'Aimenon historiques, enfin Pierre et son père Gautier, qui sont des personnages de pure imagination.
Ajoutons enfin un récit sur la querelle d'Oudin et de Foucon, où celui-ci a pour appui Bertran fils d'Aimon (lisez Naimon et non Begon), les comtes Baudoin etOdon.
Quelques noms ont fait ici leur apparition que je n'avais pas encore ôtndié. C'est d'abord Evroïn de Cambrai, conseiller de Charles (par. 123, etc.) où je vois Ebroïn, évéque de Poitiers qui en 839 soutint le roi Charles contre Pépin II d'Aquitaine, noni très rare dans l'épopée : Girart de Viane dit qu'Aude avait été promise au lombard Evroïn (p. 123), Charles le Chauve (f 35) parle du rebelle Evroïn, Elloœe cite une boquillonne nommée Evroïne, v. 2343, etc., et ia chronique de WauUort, le faisant fils de Bovon et père d'Herbert de Vermandois, rattache ainsi la geste de Naibonne et la geste de Cambrai.
Eliazar, par. 451, est un nom juif : la tirade est interpolée.
Isenbaid, fils do Garin, qui fit campagne contre Tortose
en 810 et 811, et guerroya en 850 contre le rebelle Guillaume dans la marche d'LCspagne (1), figure tout na'urellement paraii les royalistes (par. 36, 109, 229). Anséis a recueilli ce nom (v. 4328) qui était destiné à une singulière fortune.
Soit qu'il ait existé un Isenbacd qui ait vécu eu fort mauvais termes avec les moines de S Riquier, soit que le tumulus, voisin de cette abbaye, où S3 tenait une foire très importante, ait reçu indépendamm ;nt de ce fait le nom de tombe Isenbard (2), toujours est-il qu'on alla chercher ce nom pour en faire un allié du roi pirate Gormon, battu àSaucourt en Viraeu en 881 par le roi Louis III, un chrétien d'origine qui, ayant eu à se plaindre du roi, aurait pour se venger renoncé à sa foi. Isenbard, que les uns firent fils de Bernard (le roi Louis), les autres fils de Garin (Philippe Mousket, v. 14.070) devint ainsi un type de rebelle. Une version du Pèlerinage (Bibl. Ars. m?,, fr. 3351, P 195) nous montre Isenbard de Bordeaux, banni également de France, et se retirant, non pas en Angleterre, comme dans le roi Louis, mais àConstantinople, où il excite l'empereur grec contre les Français. Les En,fances Vivien (v. 4280 b), les Narbonnois (f*72), la. Bataille Loquifer (laisse 2) donnent ce nom à un sarrasin (3).
Herluin de Boulogne est un comte de Pontieu du X" siècle, introduit dans l'épopée par la poussée qui y plaça
(1) Peut-être est-ce Flsenbard qui, d'après le moine de S. Gall, aurait sauvé les jours du roi dans une partie de chasse.
l2) On sait que les tombeaux des grands chefs païens ont été le théâtre de jeux funèbres sur lesquels se sont greffées des foires.
(3) On trouve une allusion à Isenbard dans Euon Capet, v. 489 et 496.
Je serais assez porté à croire que l'Isacar de Renaud n'est pas distinct d'Isenbard. En tout cas l'Isacar de Charles le Chauve (f" 35) n'est qu'une erreur pour Aquard ou Achard.
La saga de Charlemagne (I, 2) met Isenbard parmi les alliés de Reinfroi et de Heudri.
Baudoin de Flandre. Le sénéchal Arluin de Vallandesc du par. 158 est Ei-naud de Beaulandois dont le petit-fils épique, Kraaud de Gironde, est parfois représenté comme sénéchal.
Artaud trahit Girard (par. 496). Ce nom se retrouve dans des énumérations, donc sans signification précise, par. 22, \ [3, 1^3. Dans Charles Marteliez ivèves Guion et Hurtault de Monpensier reçoivent du roi le château de Roussillon enlevé à Girard, qui le leur reprend plus tard avec l'aide de Bérard. M. Suchier a publié un fragment de la belle Hélène qui raconte comment le roi sarrasin Hertaut fut assiégé daus Castres par les rois Henri et Anteaume. Renaud (laisse 109), Ga/rfon (v. 41G9, 4219, 42^7, 4232, 4249. etc.), Charles le Chauve (f"' 54 et 55), Bovon de Hanslonne (ms. fr. 22.516, f° 46 et ms, cité par Rajna, f° 141) s'accordent à en faire un personnage mal famé (1).
Audefroi est un frère d'Aimou et d'Aimeri. Ce caractère lui est maintenu par Gaidon (v. 5243) qui l'utihse pour la rime. Au f° 31 à'Aspj'emont le ms. fr. 1598 remplace également à la rime Godefroi par Andefroi.
Oudin pourrait bien être un personnage imaginaire. Par. 133 il est associé au dieu celtique Elin, par. 164 il est dit frère de l'ardenois Renier, par. 551 et suiv. neveu de Tiéri etenhemi de Foucon (Oidin et Oudin) ; dans les Lorrains, le prévôt Oudin de Beliu (p. 256), le maire Oudin de Bordeaux (p. 30!), le duc Odin de Luxembourg et Odin de Strasbourg ip. 88 et 125) (lorrain lui aussi) sont des royalistes. Anséis connaît le sénéchal Odin, v. 8133, et cite, v. 5254, Garin d'Ângau et de Poitiers Hordin (2).
(1) On trouve dans Godefroi, p. 244, et Fochier de Milan et Hertaus de Pavie. Le sarrasin Héraut de Gaufrei, sur lequel est conquis Boussillon, est évidemment Hertaud (v. 2992).
(2) La var. Harduin doit être inexacte.
Gaiifrei de Monraouth, IX, 12 et X, 9, en fait un roi des Ruteni qui dans son esprit sont les Rouennais. Le roi Oudard d'Ecosse de Bovon de Hanstonne est égileiaent un personnage mal famé.
On trouve à chaque instant Pons, Ponçon, Ponches, Ponchon, Poinson et même Poinsart (Gaidon, v. 2329, 5166, 5148, 5403), c'est là un nom qui n'a pas plus de valeur qu'Antoine, Richier, Hilaire, Félix : c'est un nom de saint du midi dont on a fait un compagnon de Bertran dans Ogier, d'Elias, très souvent de Iluon, nullement un breton, comme le dit Girart de Roussillon, ou un nantais, comme le prétend Qaidon (1).
Quant à Manesier. il ne figure guère que pour la rime, parfois désigné comme chambellan {Girart de Roussillon, Raoul), deux fois dans Gaidon au cours du vers (v. 2320 et 2330), mais dans des énumérations. Dans les Lorrains, p. 357 et seq., il est fils d'Ernaud et tue son oncle Girbert. Dans Aioul, c'est un fils du héros (v. 9258, etc.), ou un frère du rebelle Bovon, (v. 8379, etc.). La Mort Aimeri en fait un sarrasin, Ofjier, Renaud, Gaidon (à quatre reprises sur cinq) lui font jouer un vilain rôle. Gaidon, v. 2320, l'associe à Bérard et à Nevelon, Girart de Roussillon (ça.i'. 66) en fait le fils Raimou, que je lis Naimon.
Landri est certainement un personnage historique, comte de Saintes pour Pépin II d'Aquitaine. Et de fait son ca-
(1) Aioul, V. 4648 ; Foucon, p. 61 ; Siège de Darbastre, f" 111 ; Bovon de Comarcis, v. 370 et 377 ; Og-ter, p 154, etc., 287; Aimeri, V. 5830 ; Girart de Roussillon, par. 47, etc ; Esclarmonde, v. 839 ; Elias, V. 4797 ; les Lorrains, p. 169 et 301 ; Raoïd, v. 766 ; Anseis, V. 4547. Gaidon, v. 5148, appelle Farmée des traîtres la mesniô Poinsart. Ille place Ponçon dans le camp d'Hoël (v. 756) et Poinçon de Nantes (v. 5892) dans le camp d'Ille. Bovon dWiyremont (p. 32) dit Ponçon de Glarvent neveu de Girard.
ractère lui est conservé. Rebelle au roi dans Girart de Roussillon (par. 98, etc. par. 451), dans les Lorrains (p. 57, 126, 207, 332), transformé en royaliste dans Maugis comme tous les autres rebelles (v. 6072, etc.), puis comme Drogon. Girard, Gilebert, Bovoa. transplanté dans la famille de Guillaume, dont il est le neveu dans le Motiiage Guillaume, cité par le Couronnement de Louis (v. 566), il est le héros d'un roman d'aventures dont il nous est parvenu deux versions, une Scandinave qui lui donne pour père le rebelle Huon, une française qui le dit fils du rebelle Doon. Dans les deux versions, sa mère, tantôt fille, tantôt sœur de Fépin, s'appelle Olive, et son ennemi est tout naturellement le royaliste Milon ou Tomille, tandis que son ami s'appelle tantôt Eiiglebert, tantôt Gonteaume, et sa marâtre Aglavia ou Audegour. Le rom:in Scandinave est d'ailleurs chargé d'incidents mythologiques : il va consulter sa nourrice Silivin, il dérobe aux nains une coupe merveilleuse, etc.
Pour achever ce qui concerne le comte Girard, il ne reste plus qu'à passer en revue les différents textes qui le concernent et à dire quelques mots de son frère légendaire Renier.Girard do Roussillon figure dans Rolan i.Ogier ^Olinel , Simon, Maugis, Bovon d' Aigremont et Gaidon. Si l'on donne au frère d'Isenbard le nom de Girard, c'est parce qu'lsenbard est considéré comme un rebelle. Le régent dont parlent la saga de Charlemagne et Roncevanx, laisse 354, est noire
(1) Monicier de Valée expose les enfants-cygnes, Elioxe, v. 1302. V. pour la rime Gaufrei, v. 647, Raoul, v, 1229, 5115, 5613, Girart de Vianc, p. 102, Auberi, f" 68 (je lis Manecier et non Guinecier), Ogier, laisses 3 et 9 et p. 329, la Mort Aimeri, v. 949, le Couronnement de Louis, v. 566, Enfances Ogier, ^ . 507. les Lorrains, p. 169 et 248, Galien, p. 125, Girart de Roussillon, par. 117, 348 et 621, Gaidon, v. 7383, 2690, 4167, Renaud, laisses 55 et 83.
La saga de Charlemagne (I, 37) cite Manasès, fils du comte de Clermont.
Girard. Ogier eu fait un lombard. Aioul{\\ 1616, 3302, 3360, V. 9162, 10.370), comme Renaud et Gaidon, s'en sert à tort et à travers. Doon de Maience appelle Girard (v. 3999) le frère du héros et (v. 4300) un de ses adversaires. Les Lorrains (p. 12 etc.) voient en lui avec raison un rebelle, sai:f (p. 109) un frère d'Amauri de Neveis dû à l'influence de la Violette. Le neveu de Garnier dans Aie e?i le véritable Girard rebelle Gérard de Poitiers et Gérard de Nevers ont été inventés par les auteurs du Comte dii Poitiers et de la Violette ; il a existé des Girard de Blaie [Amis, Jordain], mais Girard de Blois est copié sur Girard de Blaie. Girard le cygne de la saga est encore le gendre d'un rebelle (Garuier) et le beau-frère du roi Charles (seulement ici il épouse non plus la sœur de la reine, mais celle du roi). Son rôle près de Basirr dans la saga est absolument imaginaire, et dans les énuméiations à!Auberi il est constamment interpolé.
Quant au Giraud qui figure à deux reprises dans Girart de Roussillon, c'est un très historique vicomte de Limoges (970-988). L'autre Giraud, adversaire de Girard, est une
(1) Anséis, v. 4548, et Aimeri., v. 1546, citent Landri de Maçon. Maiigis appelle Landri un maître du héros appelé plus loin Baudri. Dans les Saisnes on peut hésiter entre Landri et Amauri. On retrouve encore Landri dans les Lorrains, p. 12, 20 (frère Hoël de Nantes), 44, 169 (avec Doon le veneur, ce qui explique qu'on l'a mis à tort parmi les royalistes), 173 (avec le traître Pinel), 113, 181,313 (avec Gui, ce qui explique son changement de camp). Dans Gaufrei, v. 9396, c'est un païen.
Quant à Baudri, il est généralement mal famé, Gaidon, v. 4296 et 4367 (avec Erchenbaud), Auberi, f° 69 (avec Bovon), Esclarmonde (v. 3756), moine défroqué dans la Violette, v. 510. V. en sens contraire le bon sergent Vuaudri dans Doon de Maience, v. 5566, et le Baudri insignifiant des Lorrains (p. 301). Un messager païen dans Gaufrei sappelle Baudré (v. 4041;.
tautologie, car Girard combat en réalité (par. 506) des rebelles, Huon et Guinemer (1).
(1) Pour Girard, v. Elie, v. 168, etc., Raoul, v. 753, etc., Aimeri, V. 1496, Auberi, passim, Girbert, v. 159, Elias, v. 5667, Godefroi, V. 2736, Galien, p. 125, Elioxe, v. 385, Parise, v. 489.
Girard d'Aminois, le Siège de Barbastre, f" 152 ; Girard d'Aubespin, Auberi, f" 77 ; Girard d'Aunoi, Auberi, éd. Tobler, p. 240 ; Girard d'Avalois^ Aimeri, v. 1510 ; Girard de Bavier, Doo7i de Maietice, v. 6709 ; Girard de Blaie, Gaidon, Renaud, Roncevaux, laisse 337, Prise de Cordres, v. 173, etc., Guibert, f°« 158 et 164, Amis, V. 2230, Ogier, Aliscans, v. 7 ; Girard de Biois, Roncevaux, laisse 337, Auberi, f° 89 ; Girard de Coriieillon, Girart de Roussillon, par. 347 ; Girard de Comarcis, Aliscans, v. 236, Siège de Barbastre, f° 111, Bovon de Comarcis, v. 59, Aimeri, v. 4585, Foucon, f" 6 ; Girard de Danemarche, Foucon, f« 6 ; Girard de Dijon, Moniage Guillaume,^. 274, Auberi, f°98 ; Girard du Donjon, Godefroi, t^. 276 ; Girard de Dures, Galien ; Girard d'Espagne, Raoul, v. 3453, Renaud, laisse 126 ; Girard de Gascogne, Aiol, v. 9162 ; Girard de Gornai, Godefroi, p. 117; Girard de Laon, Gaidon, v. 3489, Aimeri, v. 9341, Moniage Guillaume, f" 272, les Saisnes, laisse 21 ; Girard de Liège, les Lorrains, p 20, Girbert, v. 442 ; Giraud de Limoges, Girard de Roussillon, par. 218 ; Girard de Montdidier, les Lorrains, p. 126 ; Girard de Monder, Otinel, v. 1612 ; Girard de Montrevel, Girard de Roussillon, par. 336, Gaidon, v. 7968 ; Girard de Mâcon, Auberi, éd. Tobler, p. 227 ; Girard de Milan, le Comte de Poitiers, v. 1299 ; Girard de Nevers, la Violette, passim, Gaidon, v. 4850, Doon de Maience, v. 7360; Girard de Nivier, Gaidon, \. 5361 ; Girard d'Orliens, Ro7icevaux, laisse 337, Otinel, v. 1173 ; Girard de Pavie, Auberi, f" 91 ; Girard de Péroné, Girbert v. 526 ; Girard de Poitiers, Girbert, V 611 ; Girard le Pohier, Raoul, v. 2130 ; Girard de Rivier, Aie, V. 297 ; Girard de S. Orner, Doon, v. 10.598, Roncevaux, laisse 394; Girard de S. Lis, Gui de Nanteuil, v. 2864 ; Girard de S. Florent, Auberijî" 97 ; Girard de Sancerrois, Auberi, f- 69 ; Girard de Spolète, Amis, V. 633 ; Girard de Sezile, Galien, p. 36 ; G'rard de Troies, Anséis, v. 2583 ; Girard deTolose, Moniage Guillaume, f" 274 ; Girard de Valsilance, Aimeri, v. 1839 ; Girard de Valseri, Elie, v. 8552 ;
Renier, qui n'est parfois qu'un simple nom de comte, de chambellan, d'abbé, d'hôte, de charbonnier (1), est généralement un royaliste : tel est le sens de son association à Milon, tel est sou rôle daus Maurin, v. 68, dans un passage de Girart de Roussillon, par. 67, dans le Mainet italien en vei s, ainsi que dans celui auquel fait allusion le chroniqueur Aubri, et j'y verrais volontiers le Renier qui figurait en 876 dans l'armée du roi Charles avec Âlard et Aleran. Le Renier de Trémoigne de Gaidon (v. 4849, etc ) , étant frère de Milon et de Girard, n'est qu'un doublet du frère de Girard devienne généralement appelé Re; ier Je Genves, i. e. de Gei.ève, et que déjà Roland (sans lui donner, il est vrai, de qualiûcatioa seigneuriale) faisait père d'Olivier. Si dans Aie, v. 1844 et
Girard de Valcorant, Renaud, laisse 112, Aie, v. 1313 ; Girard de Vaucler, Ogier. La saga de Charlemagne (I, ch. 37) cite les deux frères Girard et Teorfi (Tiéri ou Hervi), puis Ernoul fils Girard de Defa.
La Reine Sibile, f»^ 280 et 282, distingue Gérard de Roussillon et Gérard de Vienne : le premier est le chef de l'ambassade envoyée à Constantinople pour demander la main de la princesse
(1) Renier, Otinel, v. 250 ; Ogier, laisses 3, 20 b., p. 329; Renaud, laisse 12 ; Elioxe, v. 3208 ; Bovon de Comarcis, v. 369 les Lorrains, p. 247 ; Elias, v. 4296 ; Rainier, Girard de Roussillon par. 531, Elias, v. 5667, Aioul, v. 1398, etc, ; Raignier, Elias V. 3053 et 4078 ; Renier, Anséis, v. 8265 ; Auberi, éd. Tobler, p 13!, 153, 196, 240, 249 et f"^ 55, 68, 84, 85 ; Berte, v. 588 ; Aimeri V. 1498; Grt/jen,p. 237; Aie, v. 4014 ; Raoul, v. 1493, etc. ; Prise de Cordres, v. 89 ; Girart de Roussillon, par 67 ; Foucon, p. 73.
Le bon charbonnier Régnier élève les enfants de Gadifer (Theseus). En deux passages de la saga de Charles (liv. I, cb. 2 et 37), où la var. Renard me parait fautive, on voit apparaître probablement pour la rime Isenbard et son compain Renier, Huon de Venise et son frère Renier. La Reine Sihile (f»** 280, 28-2) mentionne. Renier de Gennes, au même titre qu'Aimeri et Gérard de Vienne.
suiv., Renier figure dans le même camp que Garnier (et c'est là sans doute ce qui a produit chez le chroniqueur Aubri une erreur identique), c'est qu'il a été entraîné là par son père Garin de Maçon, autrement dit Garin de Montglane, père de Renier de Genève, et que Garin et Tibaud sont représentés à tort dans ce poème comme les alliés de Garnier. Si Girart de Roussillon fait de Renier d'Ardenne un ennemi du roi, c'est qu'il y a dans ce poème une tendance à ranger dans ce parti les barons de l'est, Gei-manie et Lotharingie : Auberi a d'ailleurs recueillli ce nom, tan'ôt pour en faire un des fils du traîtie Henri, tanlôl dans certains manuscrits pour en faire le grand-père du rebelle Lambert. Renier remplace Raoul dans Girbert de Metz comme père du cambraisin Raoul, et Renier de Dijon remplace Garnier dans Tristan de Nanteuil comme père de Parise. Le prétendu petit fils de Renoard, Renier, héros d'un poème qui porte son nom, est absolument imiginaire, comme le bon vassal Renier de Jordain, où il possède Vanlamise, comme le duc Renier qui persécute la duchesse de Bouillon et est tué par Elias, v. 2908 etc. Gaufrei s'est trouvé fort embarrassé : il connaissait au moins deux frères légendaires au Girard épique, Ernaud et Renier, et il ne lui restait qu'une place parmi les douze fils deDoon : il s'est tiré d'affaire en mettant dans la liste Ernaud (qu'il appelle de Gironde alors qu'il devrait l'appeler de Beaulande) ,et en le remplaçant au cours du poème par Renier (qu'il appelle de Vantamise, v. 4440 etc., afin de le distinguer de Renier de Genève, v. 504, etc.). Roncevaux (laisse 2*4) fait allusion à un récit que nous n'avons plus, où Renier, captif chez Noiiier ou Notier, se S'^rait échappé grâce à sa femme Brehas (I).
(1) Ajoutez Rainier de Besançon, Girart de Viane, p. 33 ; Renier d'Auvilars, les Lorrains, p. 77 ; Renier le tiois, Foucon,
Eli 840 au moment où le comte Girard abandonnait le parti de Charles le Ch;iuve pour passer à celui de Lothaire, les comtes Bovon, Gilebert et Ermanfroi en faisaient autant daus la région située au-delà de l'Ardenoe. Voilà le fait historique qui a servi de base à un épisode des Saisnes, et au poème de Bovon d'Aigremont.
Dans ce dernier récit, Bovon et Girard sont associés, et c'est pour délivrer Troies que le roi Charles vient leur livrer bataille. De fait cette ville joua un grand rôle dans les événements militaires de 840, notamment dans la campagne dirigée par Charles contre Girard, et il peut y avoir là un souvenir historique. En tout cas le poème s'inspire de Girart de Roussillon, car il fait figurer dans l'armée de celui-ci des personnages qui ont été introduits par ce roman dans la légende du comte (lirai d, comme Foucon, Coine, Amédée. Il s'inspire également des plus récentes traditions sur Doon, car il y fait figurer Doon de Nanteuil. Dans l'armée royale, avec Naimon et Ogier, il met un Galeran qui combattit en efïet pour le roi sur la frontière pyrénéenne en 850 et sur la frontière de l'est en 876, puis, suivant l'usage des romanciers franco-bretons, Salomon de Bretagne et Richard de Normandie.
Notre épopée ayant perdu tout souvenir du caractère réel des événements historiques qu'elle racontait, il a fallu expliquer pourquoi le roi avait fait la guerre à Bovon, C'était, discit-on, parce que celui-ci ne voulait pas se reconnaître
p 66 ; Renier de Rolcler, id. p. îiO ; Renier le Normand, id.,f'' 34 ; Renier de la Gaudine, id., f» 71 ; Renier de Siilie, Enfances Vivien, V. 3481, etc..
son vassal : c'était eacore parce qa'il avait affirmé son indépendance dans une circonstance parliculièrement grave, en refusant de fournir son contingent pour une guerre que certains manuscrits disent être la guerre d'Espagne, et d'autres la guerre do Saxe, de même que Girard passait pour avoir refusé de marcher avec Charles contre Agoland. Pour corser la chose, ou supposa qu'il avait tué les messagers de l'empereur, d'abord Engeran de Spolète qui ne diffère pas plus d'Engelier de Bordeaux qu'Oton de Spolète ne diffère d'Yon de Bordeaux, mais qu'il n'était peut-être pas beaucoup plus logique de placer dans le camp royaliste que d'y mettre plus loin Savari de Toulouse, puis le propre fils du roi, le jeune Lohier.
On reconnaît là un épisode familier à nos trouvères, et dont la blessure mortelle que reçut par mégarde de la main de l'un do ses comtes en 864 le jeune roi Gharle?, fils du roi Charles le Chiuve, a donné la première idée. Haon de Bordeaux est celui qui se rapproche le plus de la vérité : le prince tué s'appelle Charles. Dans l'Obier italien, c'était également un Charles que tuait le grand lebelle : dans le poème français, Charles échappe au courroux d'Ogier. mais celuici a préalablement tué le neveu du roi, Lohier. Dans Bovon, comme je viens de le dire, et dans Jordain qui l'a imité, la victime s'appelle également Lohier, et est fils du roi. Dans Renaud son nom varie : c'est tantôt Lohier, tantôt Louis, tous deux fils du roi Charles, tantôt son neveu Bertolai. Dans Gui de Nanteuil , c'est un petit-neveu du roi Charles, qui porte le nom de Florian. Enfin diins Aspremont, il est fait allusion au meurtre de Lohier, qui n'est ici qu'un duc, par un Boson, neveu de Girard, qui joue dans ce poème le rôle de Bovon. De fait Charles le Chauve eut. un neveu appelé Lohier ; de fait encore Louis, Lohier et Cliarle? furent trois frères, fils, non pas, il est vrai, de l'empereur Charles, mais de l'empereur Louis.
La fin du roman est de pure fantaisie et varie d'ailleurs beauôoup selon les manuscrits. Bovon y est attaqué par Grifon, personnage mis au rang des traîtres par ses révoltes continuelles contre ses frères les rois Pépin et Garloman de 744 à 753 ; c'est, on le voit, une pure fantaisie de jongleur, puisque le rebelle Bovon succombe sous les coups du rebelle Grifon.
Dans lesSaisnes il n'est plus question de Girard, et Bovon a pour auxiliaire Gilebert que l'influence des romans arturiens a fait ti-ansformer en Gilemer d'Ecosse. Eux non plus Be veulent pas aller à la guerre de Saxe, alléguant que les barons de l'Ouest n'y vont pas : mais quand ceux-ci arrivent, ils ne marcheni pas davantage, et il faut les y contraindre par la force. Salomon de Bretagne et Ricliard de Normandie sont, comm 3 on le voit, en mauvais termes avec eux dans les deux poèmes. Tel qu'il nous est parvenu, le roman des Saisnes nous les montre d'ailleurs (peut-être sous l'influence du récit que nous ne connaissons que par la version Scandinave) rachetant leur hésitation première par leur bravoure sur le chdmp de bataille. Il en est de même dans la version actuelle à'Aspremont, où Girard finit par se décider à prendre part à la guerre contre Agoland. Ce changement de front a cependant paru un peu bizarre à nos trouvères : aussi se sont-ils généralement tirés d'affaire en distinguant Bovon d'Aigremontle rebelle et Bovon sans barbe, le vainqueur des païens (1).
(1) Ce personnage qui, comme on le voit, n'a aucune existence réelle, figure près du roi dans Guidon, dans Bovon dWigremont, p. 22, dans Aioul (v. 9305, 10.708, etc.). Une allusion y est faite dans Aie (v. 2729). On trouve dans Aimeri (v. 1499) un Bovon le guerrier, dans Roncevaux, laisse 361, Bovon le preux et Gui de Montanis, dans Auberi, éd. Tobler , p. 216, Bovon de Sorrel, chevalier bavarois, dans Eoland Bovon, seigneur deBeaune et de Dijon.
Doon de Nanteuil counaît également un Bovon, fils de Girard et de Guibo ir, pctit-fîls par sa mère du duc Bueson (lis. Bovon), neveu de Rogon et d'Ernaud, v. 55 etc. Il joue tout naturellement son rôle dans le camp des rebelles ; seulement on a modifié sa parenté par rapport à Girard.
Gauprei (v. 93) fait tout naturellement de Buef d'Aigreraout le fils de Doon de Maience ; Maugis, pour les raisons que j'ai développées, lui donne pour fils Maugis et Vivien.
Il a été transporté dans la famille narbonnoise : il y est devenu fils d'Aimeri, mais il a conserve pour parent Gilebert et Girard pour fils. On lui a également donné pour fils un Guion, qui est sans doute Guichard, et outre diverses mentions à'Aimeri, v. 4576, à'Elie, v. 249 etc., de Foucon, il \o\ie ddiiis le Siège de Barbastre et dans Bovon de Comarcis (v. 30 et suiv ) un rôle prépondérant.
Aioul, qui avait mis à tort parmi les royalistes Bovon sans barbe, a mis très logiquement Bovon de Viane parmi les rebelles (v. 8374) ; de même Auberi (f" 69). Mais il était beaucoup moins logique à Parise, qui n'aime que les adversaires de la monarchie, de faire jouer un vilain rôle à l'évêque Buevon fils de Girat (lis. Girard), v. 660.
Enfin Bovon de Hanstonne est un roman d'aventures où le héros porte sans doute ce nom parce que l'auteur voulait que la scène se passât sur les bords du Rhin, et qu'il avait gardé quelque vague souvenir de la nationalité lotharingienne du Bovon historique (1).
Bovon ne figure pas seulement dans notre épopée sons celte forme ; partout où se rencontre la forme Boson, c'est
(1) Le Bovon, frère du duc Raimond dans Parise, v. 99, est purement imaginaire. Galien associe, p. 293, Beuves et Savari : il pense sans doute au Bovon narbonnois. Le Bovon de Doon de Maience, v. 6658, est Bovon de Hanstone. Enfin Auberi appelle un endroit la Roche-Bovon, f» 80.
Bûvon qu'il faut lire. Il n'y a pas de Bovon près de Girard de Frète, ni près de Girard de Roussillon, mais il y a un Boson neveu du premier, un Boson cousiu-germaiu du second, et justement le neveu de Girard de Frète a, tout comme Bovon d'Aigremont, le meurtre d'un Lohier sur la conscience. On trouve d'ailleurs dans certains manuscrits à! Aspremont la variante Beuvon, de même que dans Girart de Viane l'ancêtre dont Girard prétend tenir son alleu et qui est Boson dans Doon de DIanteuil, porte le nom de Bovon. Le Bovon qui avec Gui (le Guielin de la famille narbonnoise) figure près de Girard dans la laisse de Roncevaux que j'ai citèo, est appelé dans une variante Bos du Lion, et c'est à Girart de Roussillon que Maurin a pris son Bos del Lans et son messager Boson. Quant au poème de Gaidon, il a agi là avec son étourderie habituelle, il a pris Bozon ou Bûuzon pour un royaliste (v. 2934, 4647, 4662, 4621), tout bonnement parce que c'était un personnage mal famé, l'associant v. g. à Gonbaud qui fut certainement un rebelle (1).
Puisque j'ai parlé de Gilebert, je veux rapidement achever la biographie do ce personnage.
Je l'ai montré figurant à côté de Bovon dans les Saisnes ; on le retrouve dans Girart de Roussillon, qui l'appelle Gilbert de Senesgard et en fait le frère de Boson, forme qui, comme je l'ai dit, recouvre dans ce roman la forme réelle Bovon. De même que Bovon et Girard passaient, comme seigneurs de Gomarcis, dans la famille narbonnoise, Gilbert y entra, d'abord comme Gilebert de Léon ou de Flandre dans la Prise d'Orange (v. 111, etc.), comme Gilebert de Faloise dans le Charroi de Nîmes, comme Girbert dans la Prise de Cordres, v. 1G7I. comme Gilbert de Besançon et Gilebert l'anglais de Montloon dans Foucon [i° 14 et p. 60),
(Ij Partenopeus, v. 8788, fait figurer un Boson.
comme Gilbert ou Girbert de Tarragoiie (écrit souvent Tarascon) dans Guibert, f°» 158, 159, 170, Aimeri, v. 1551, Esclarmonde, v. 5379, Gtrart de Roussillon, par. 319, comme Guibert d'Aiidrenas enfin que les romans postérieurs eurent le tort de distinguer de Gilbert de Tarragone, deux personnages qui à l'origine n'en faisaient qu'un, comme le prouve entre autres ce passage du Siè/e de Barbasîre qui place à Tarragone la célébration dos noces de Guibert d'Andrenas.
La mauvaise réputation que les Saisnes avaient faite à Gilebert fut cause qu'O^^er fit de Gilebert de Bonivent (laisse 13 et Enfances Oijier, v, 816) le compagnon du couard Alori, q\ïEsclarmonde appela Guillebert un des adversaires du héros Croissant (v. 7372), et que Gaidon, le sachant mal famé, le plaça dans le camp royaliste avec aussi peu de raison que Boson ou Honbaud (v. 2871). On alla jusqu'à faire un poème qui le représentait guerroyant contre Dieu {Gaidon, v. 612 ; Elias, v. 3695), et les rouans italiens, confondant sans doute Gilbert et Dagobert, le placèrent dans la dynastie mérovingienne, comme petit-fils de Glovis, jouant le rôle de frère d'Oclavien que l'épopée française fait jouer à Florent.
Anséis l'a naturellement recueilli ; on y trouve un Gerbert l'angevin très naturellement associé au rebelle Yves de Bascle (v. 5280) et un Gilebert de Mâcon (v. 10.473) ; il y a dans les Enfances Ogier, v. 508, un Gibert de Moutwimer ; je crois que dans Galien, p. 338, il vaut mieux lire Gilbert que Guimer le seigneur d'Ardenne ou de Dordon représenté comme le neveu de Tièri. Quant à Girbert de Metz, fils de Garin le Lorrain, il doit peut-être son surnom au duc de Lorraine Gilbeit (916-939) (encore celui-ci éLail-il duc de la basse et non de la haute Lorraine), et me parait être pour tout le reste un personnage imaginaire.
Il est tout naturel (\\iAioul, poème royaliste, fasse ôgu-
rerle rebelle Girbert parmi les sauveurs du traître (v, 8441). Quant' au personnage qui réduit le roi Louis aune si fâcheuse détresse, c'est, je crois, Guiomar, mais le poème l'appelle Gilemer, v. 1399, et (îilebert, v. 33 i.
Dans le cycle méridional où il est le plus jeune des fils d'Aimeri, sous le nom de Guibert, sa légende paraît très riche. A l'origine, et il y a là peut être un irait celtique, c'était à ce dernier né que son père réservait son héritage. Un autre poème, voulant expliquer pourquoi il était mis en possession de domaines en Espagne, le fil extiéréder par son père au profit d'un filleul, Aimeriet, et il me semble que dans la Mon Aimeri, où Guibert Joue un grand rôle, où son absence décide les Sarrasins à venir assiéger Narbonne, où il délivre son père prisonnier, il est fait allusion à une querelle qui aurait éclaté entre le père et le fils. Dans les Narbonnois, où il est le seul qui soit resté près de son père, son crucifiement et sa délivrance par Aimeri constituent l'épisode le plus dramatique du roman. Dans Guibert d'Andrenas, il conquiert Balaguer sur Baudus et Andrenas sur le roi Judas, dont il épouse la fille Agaie ou Agaiete. Dans la Prise de Cordres, qui est la suite d'un Guibert plus ancien, où Judas n'a pas trouvé la mort. dans Andrenas, où d'ailleurs cette ville qui paraît fabuleuse était, l'cmplacée par la ville historique de Salerie ou Lérida, Guibert est fait prisonnier le jour de ses noces, mais sa victoire dans un duel en champ clos avec le sarrasin Butor lui rend la liberté, et il finit par conquérir loule l'Espagne avec le litre royal. Ce poème a d'ailleurs ceci de curieux qu'il est le seul où les héros compagnons de Gharlemagne, Turpin et Naimon, soient représentés comme les conlempoi'ains des fils d'Aimeri ; il ignore d'ailleurs deux de ceux-ci, Bovon et Gorin. Le Siège de Barbastre, dans la version qui nous est parvenue, mélange deux poèmes : dans l'un Bovon et Girard sont les héros, l'autre ctt consacré aux exploits de Guiberl ;
celui-ci nous est montré comme occupant près du roi Louis la t-lace généralement assignée h Guillaume, exceptionnellement à Ernaud, et lorsque le roi rechigne à aller secourir Bovon assiégé dans la ville qu'il a conquise, Guibert tombe dans la révolte ouveite. Réconci.Ué avec le roi, il se couvre de gloire en Espagne, fait avec ses neveux Giraid et Guion la cour à trois princesses sarrasines, dont à l'origine il en épousait probablement une, Alfanie, délivre Barbastre, conquiert Lérida, Sevane (qui est probablement Séville) et Cordoue, c'est-à-dire les trois villes dont parle la Prise de Cordres. L'auteur connaissait d'ailleurs ce dernier poème, car il parle de la capture de Guibert par les Sarrasins le jour de ses noces. Seulementil place celles-ci àTarragone (1). Lfi malheur est que Guibert n'existe pas. C'est sous la forme Gilebort, nom d'un complice de la révolte de Bovon en 840, qu'il a été introduit avec celui-ci dans la famille narbonnoise, où se trouvaient déjà les deux rebelles Bernard et Guillaume. Le Siège de Barbaslrelnx a conservé cette physionomie, car tout en nous le montrant sous les traits d'un rebcll(\ il est viai. momeniané, il lui donne le nom de Guibert, transformation probable deGuilbert, forme dure de Gilbert ou Gilebert. Ce dernier nom n'a persisté que pour désigner un neveu ou un parent de Guillaume, appelé Gilbert ou Girbert de Tarragone. Toute sa légende est donc purement imaginaire. Il laut remarquer que le Pèlerinage, qui connaît Guillaume, Berlran, Ernaud et Aimer (je ne crois pas que Bernard y soit primitif, et je pense qu'il a remplacé Gauelou qui s'y trouvait au début), nele mentionne pas. Je n'ai pas retrouvé son nom dans l'histoire. Ses adversaires portent, soit des noms de fantaisie, comme Judas, soit des noms de personnages de poèmes plus anciens,
(1) Andrenas n'est peut-être, comme Mirmande ou Gloriette, que le nom d'une tour de Lérida.
à'Aliscans v. g., comme Baudus et Butor. Quant à son titre de roi, il le doit à une confusion avec le roi breton Guiomar tué en 825 (c'est notre roi Guion de Bourgogne épique), et la confusion de Guibert et de Gilbert fera que nous retrouverons plus loin le roi Girbert : ce n'est peut-être pas le seul trait de physionomie qu'il ait emprunté à Guiomar (1).
Puisqu'à propos de Bovon, j'ai prononcé le nom de Galeran, je vais achever sa biographie épique.
Galeran ou Galon, Aleran ou Alon est l'ennemi de Garnier dans Aie, de Girard de Frète, de Girard de Roussillon. de Renaud(ce qui ne devrait p as être, laisses 87, 144, et p. 420), de Gaidoii (v. 2900, 5073, 0917, 7074). de Maugis (v. 87561, de Mauri7i (v. 716). de Huon dans Esclar monde (v. 385), de Girard de Nevers, qui n'est ici qu'une variante du rebelle Girard, dans la Violette ; c'est al rs Aleran de Troiesin, Aies de Dijon, Galeran de Moulauban, Alon de Vaubeton, Galeran de Senlis, Galeran de Tors.
Sous le nom de Galeran de Provence, il prolà.q:e le jeune Charles Martel. Cepeudant, tandis qu'il figurait parmi les adversaires des musulmans dans Anséis (Galeran d'Aubespine, v, 2429 ; Galeian Je Savoie ou de Pavie, v. 6404), dixns Auberi (Galeran de Bouillon, éd. Tobler, p. 136), dans A s pre mont (ms. fr. 1598), dans Renaud (ins. fr. 705), dans Foucon (Galeran de Meulan, ainsi appelé par suite d'une confusion avec l'un des seigneurs de ce nom qui vécurent au XPetauXIP.s., Galon de Bavière, f'' 17 et p. 23 et 59, Galon [lôre Droon (f" 88), tandis qu.' Esclar inonde fait de Galeran d'Aubespine (v. 6968) un adversaire des Espagnols, tandis que Maugis (v. 5886) et la Reine Sibile (f**' 314, 317) se rappelant son véritable caractère, placent, Galeran de Bacaire dans le même camp que Maugis, son hostilité à l'égard
(1) Auberi cite (éd. Tobler, p. 142 et 146) parmi les chevaliers bavarois un Gaubert ou Guibert et un Guibert de Valbetun.
du héros Garnier a jeté sur lui une vilaiae nuance aux yeux de trouvères généralement mieux disposés en faveur des royalistes {Aioul, v. 8506, elc ; Elias, v. 5997), à ce point qu'on voit Aleran figurer dans les Enfances Guillaume (nis. fr. 2 i. 369, f 46) parmi les musulmans et le Galeran qui donne son nom à l'une des portes de Cambrai dans Raoul porter le surnom espagnol de ïudele (v. 1177) (2).
Galeran est devenu plus lard le héros d'un roman d'aventures composé au XIII' s. sous le nom de Galeran de Bretagne. Pour l'auteur, le héros est un breton qui habite Nantes et va faire hommage à Londres au roi d'Angleterre des fiefs qu'il lient do lui : c'est une allusion évidente au comté de Richemont. Mais c'est là tout ce qu'il y a de breton dans le récit ; car je n'appelle pas bretonnes les infiltrations celtiques qui viennent à noire poète des romans français du cycle d'Artus. Qnand je le vois d'ailleurs épouser la fille du sire delà Roche Guyon qui possède Mantes, Vernon, Gisors, le val de Rueil, bref tout le pays jusqu'à Rouen^ où vit réfugiée sa bien-aimée, je me demande si Galeran de Nan-
(1) Dans Raoul (v. 757), il figure dans une simple énumération. On voit dans Girart de Roiissilion Gale de Niort donner des conseils au héros rebelle (par. 178) ; ce qui est contradictoire à son attitude générale : ce n'est peut-être qu'une interpolation. Le plus difficile à expliquer est Aleran le bavier d'Ilefée. gonfalonier du rebelle Maurin, tué par le fils du roi (v. 630, etc.). Heureusement Maurin n'est pas un poème ancien. Il y a un Galeran dans Huon Capet, V. 3922, parmi les rebelles.
(2) Il faut dire toutefois que Tudele est pour la rime, et que le vers ne se retrouve pas dans les meilleurs manuscrits. A côté du traître Galeran de Beaucaire, la reine Sibille (f» 280) cite d'ailleurs le conseiller du roi Galeran de Buillon.
Faiit-il lire Galon ou Nalon (ou Ganelon), le Valam, Valalin, Vadalin, Vazalin de Breteuil, partisan de Reinfroidans la saga de Charlemagne (I, 2, 4 et 10).
tes est distinct de Galeran de Mantes, et si ce dernier uevient pas directement de Galeran de Meulan. Né en Bretagne d'un certain comte Alibran et d'une comtesse Idain , parfaitement imaginaires , notre héros est élevé à Metz en Lorraine, pays tout indiqué pour Galeran de Bouillon. Il y a là un thème mythologique : pendant son enfance le jeune héros voit le dieu des Ténèbres (Brun de Glarent) régner sur ses Etats de l'ouest, au pays où le soleil se couclie, tandis qu'il s'apprête à reparaître à l'est, à la cour du duc Elinan, le dieu solaire Belinus delà mythologie celtique. Sou beau pèie porte le nom de Brundoré, qui n'est qu'une variante de iirun de Clarenl, à moins que ce nom s'inspire du sarrasin Brandoine Ses ennemis sont Guinan d'Autriche, le dieu celtique de la mort Gwynwas, le roi Flochier de Danemnrk, variante du Lohier épique qui régnait à l'est de la Franco, le duc Herman, chef naturel des Allemands depuis sa campagne de 946 eu France, mais que l'on appelle ici, à cause de personnages des X* et XP siècles, duc de Souabe et non duc de Saxe, qui traîne d'ailleurs après lui le duc de Ramborc ou d'Alamborc (i. e. de Limbourg), le comte Palais (lisez d'Alsace) et lé duc de Saxe. Ses compagnons portent des noms celtiques : Blandin delaForêt obscure est sous le nom de Blandin deCornouaille, le héros d'un roman provençal du cycle d'Anus ; Gorneman de la Maie lice, autre forme du dieu Gwynwas, figure dans la légende de Perceval ; Tallas de la Landeronde paraît dans Jaufre, dans Ider, dans Durmart, dans le Chevalier aux deux épées et sous les formes Dalus et Salot dans notre épopée carlingienne ; Rigal, fils du forestier Blon, pourrait être le Rigaud des chansons de geste comme Baudon le fils au duc d'Angay, lisez Ausai, pourrait être une forme hypocoristique de Baudoin ; Porfilion du Gué tranchant se retrouve sous la forme Profilias dans Tépopée issue des légendes antiques ; Nathanahors d'Esquanaron ne doit guère
différer du Nathanael, Nalhaniel ou Nathaniau de Guillaume de Palerne (v. 1191, 2888, 3512) calqué lui-même sur le Mathamas carlirigieii. Le Blond des lies d'aventures enfin n'a pas besoin d'explication.
Si l'on essaie, avec les deux versions française et Scandinave des 6'aî5«w, de reconstituer ce poème dans son état primitif, on est frappé des analogies qu'il présente avec celui (VAspremont. Dans l'un et l'autre, le roi Gharle?, ayant à faire nue guerre à l'est de ses Etats, est abandonné par les barons de la frontière, ici par les rebelles Bovon et Gilebert, au nord-est ; là, par lo reb.ilc Girard, au sud-est. L'un est le prélude de Bovon d'Aigremont , l'autre de Girart de Frêle, quoique dans les deux cas un remanieur sympathique aux féodaux ait modifié au cou* s du récit la résolution des rebelles et les ait fait combattre, quoique un peu tard, aux rôtt^s du roi. Dans les deux cas, ce sont les gens de l'ouest et particulièrement les Bretons du roi Salomon qui décident la victoire. Dans les deux cas enfin (quoique cet épisode ait disparu de la version française, qui ignore Roland), il s'agit pour Roland de la conquête, ici de son olifant, là de son épéo. Je n'ai donc pas besoin d'insister pour montrer coaibien à l'origine les Saisnes étoient un poème francobreton.
Le héros des 5a w;ie5, c'est Baudoin, le frère de Roland. A ce propos je crois la version française, qui s'ouvre au lendemain de Roncevaux, très supérieure à la version Scandinave qui fait jouer un rôle à Roland, afin de lui permettre de conquérir l'olifant : car notre Aspremont lui fait enlever l'olifant à Eanmond on même temps qu.3 l'épée Durandal. C'est lui qui tient principalement tcte à Guitequin, le
Witikind de l'histoire. C'est lui qui, après avoir vengé son frèreen tuant dans certaines versions de Roland le clianipion de Ganelon, le continue et le remplace.
Qu'est-ce que ce Baudoin ?J'ai supposé que le meurtre de l'évêque de Reims Foucon (900) par Guinemer à l'instigation de Baudoin de Flandre l'avait introduit dans la légende latine d'Ogier et de là dans celle de Ganelon. Floova7it (v. 1430), Huon de Bordeaux (v. 9944), Doo7i de Maience (v. 8006), Gaufrei (v. 2549), Auberi (éd. Tobler, p. 8), les Lorrains (p. 40 etc.), lo Basin Scandinave, Girarl de Boussillon (par 155 etc.), Foucon (p. 143;, Ogier (p. 286 et 303), le Moniage Guillaume (1° 272) ont en vue le comte de Flandre ou plutôt la série des comtes de Flandre qui ont porté ce nom. J'ajoute que l'hoanète Baudoin de Doon de Maience (v. 805) est imaginaire, comme le Baudoin de Girart de Boussillon (par. 047), qu'au lieu de Baudoin dans Aspremont (f° 15 et 17) il faut peut-être lire Auboin, et qu'il ne faut pas attacher grande importance aux énumérations où Baudoin n'est qu'un nom (1), ou ne figure que pour la rime [Aioul, v. 5887), Auberi (f"89), et peut-être Galien (f* 187).
Mais il y a un autre Baudoin, celui de Turpin, du Siège de Milan, des Saisnes, le Baudoin de Vannes ou de Nantes à'Aquin, le Baudoin de Villers ou d'Auvilers d'Ogier, le Baudoin de Blois de Maugis (v. 6081 c), le Baudoin le bavier de Bovon d'Aigremonty le Baudoin de Biez ou de Glarvent de Fowcon (p. 29, 1°^ 65, 76, 92, avec Beraud, 102. avec Gaudin), le Baudoin associé à Lambert par Olinel (v. 1742), celui qui avec Odon {Girarl de Roussillo?i, par. 566, etc.) fait campagne en faveur de Foucon contre Oudin. Dira-t-on que
(1) Ainsi dans Ogier (p. 109) et dans Auberi (f" 77) avec Girard, dms Girart de Viane (p. 69) avec Huon, dans Auberi (éd. Tobler, p. 140) avec Gautier ou Gontier, (p. 69) avec Richier et Oton, (p. 76) avec Fouques et Isoré, dans Gaidon (v. 5874) avec Auloriet et Gui.
c'est toujours Baudoiu de Flandre, puisque dans Aquin^ on le trouve associé à Ernoul ? Comment alors expliquerat-ou que la réputation de Baudoin de Bretagne ail été telle qu'il ait dans certains romans du cycle d'Artus, notamment dans ceux qui ont été écrits en anglais, remplacé Beduer. J'en dirai autant du second héros des Saisnes, Bérard, quoiqu'on lui ait donné le surnom de Montdidier et que je n'ai pas plus réussi quj pour Baudoin, pour Estoul et pour Olivier, à retrouver sa trace daiis l'histoire. Turpin le cite et l'appelle Bérard de Nobles, Fierabras, Galien (p. 125 etc ), un vers interpolé de Renaud (p. 369), Doon de Maience V. 7352), Gaufrci(v. 1683) le font figurer parmi les douze pairs. Fierabras, la Reine Sibile (1° 180), Gaufrei, Elle (v. lis?) en font le fils de Tiéri d'Ardenne, mais est-ce que Roland n'est pas dans certains poèmes le fils de Tiéri, estce que Salomon n'est pas appelé le neveu de ce même personnage ? Amis nous donne la même indication en le montrant luilanl (v. 22-4) contre le comte de Nantes avec le breton Nevelon qui est Nominoë : Gaidon (v. 2320 et 9360) reproduit la même association, et peu m'importe qu'il y joigne
(1) Dans la saga de Chaiicmagne (I, 37) on trouve Baudoin et Ernoul, neveux du roi, puis Baudoin de Blois. Le Baudoin de Beauvais des Chctifs, frère lui aussi d'un Ernoul, n'est autre que Baudoin du Bourg, fait prisonnier par les musulmans, confondu avec un Baudoin de Beauvais qui d'après M. Pigeonneau (le cycle de la Croisade, p. 148)^ signa en 1111 une charte du comte Eudes de Corbeil. Baudoin de Beauvais et son prétendu neveu Baudoin de Seboure, héros d'un poème qui porte son nom, ne sont donc qu'un seul et mêe personnage. Deux Baudoin de Flandre ont eu pour père un Ernoul ; un Baudoin de Hainau fut d'autre part frère d'Ernoul de Flandre.
Baudoin de Faukemberges est un de<î héros de la croisade dans le mf. Bibl. nat. fr, 12.o69.
Mauesier ou Sanson, quoiqu'on retrouve dans Aie Bérard ou Béraud (v. 2108, 2156, 2255) en compagnie d'Amaugis et de Sanson. Que le breton Béraud (lis. Bérard) soit dans Mainet et dans Charlemagne (P 24, 30, 62, 65) un des compagnons du jeune Charles, c'est encore tout naturel, comme de voir Foucon (f" 92) associer comme les Saisnes Béraud (lis. Bérard) et Baudoin. Gui de Bourgogne en fait un des fils qui vont au-devant de leurs pères et cela explique le rôle que fait jouer Gaidon à son Bérard de Montdidier (1) Le Bérard de Vaucomble qui aide si puissamment Garin de Monlglane et auquel Gaufrei fait allusion (v. 5779) est un personnage imaginaire , peut-être aussi le Bérard de Goblentz qui dans Charles Martel aide Girard à reprendre son château de Ho'issillon à Guionet à Hurtaud (lis. Ertaud) (2) Son père Tiéri qui sous les formes Tiori et Tuérin (nom qui compte pour trois syllabes tandis que Tiéri ne compte
11) Dans Ogier (laisses 29 et 34) on peut hésiter entre Bernard et Bérard pour le nom du jeune bachelier qui accompagne Chariot : de même dans Raoul (où d'ailleurs cela n'a aucune importance) on peut hésiter (v. 609, 613, 758, 86o, avec Sanson de Troies, 3203 avec Harduin, où il faut lire probablement Bernard de Senlis, etc.) entre Bérard, Béraud et Bernard. Dans Gaufrei, v. 4707, il faut, étant donné ce que nous savons du poème de Doon de Nanteuil, lire Bovon plutôt que Bérard. L'abbé Béraud ou Bérard rebelle dans Maurin (v. 631, 881, etc.), les traîtres Béraud et Anschier de Doon de Maience V, 4299), le chcimbellan Bérard et le Béraud, frère ou parent de Rigaud dans les Lorraim (p. 299, 3ii2, 311, 312), le .sarrasin Béraud de Valodru d'E/j'e (v. 2075), n'ont pas grande signification.
(i) Les poèmes anglais qui lui font jouer un grand rôle, comme le Siège de Milan et le Soudan de Babylone, le subdivisent parfois en différents héros ; ainsi ce dernier poème connaît Bérard de Fouille, Bérard de Montlcpair (lis. Montdidier) et Bérard de Bretagne, (v. 886 et 3203) trésorier du roi et chargé de conduire à Paris les reliques de la Passion.
que pour deux) figure dausAgwm, où il trouve la mort, comme pèro de Roland et oncle de Salomon, dans Aspremont comme oncle do Salomon, dans Gaidon (v. 5181, 5189, 5232) comme neveu d'Esloul.
Il a existé un chambrier Tiéri, très bleu vu de Charles le Chauve dans les dernières années de son règne, comte de Vermaudois, ayant peut-être contribué à la prise de Vienne sur Girard. De là le rôle important qu'il joue dans Gzmr^ de Roussillon où il est le plus terrible adversaire du rebelle. Bien vite il est devenu un simple nom, Tiéri de Lorraine ou Tiéri d'Alsace, en souvenir de deux comtes de ce nom, l'un de 984 à 1026, l'autre de 1128 à 1168, Tiéri d'Ardenne, parce que c'était un baron de l'est, ou parce que, confondu peut-être avec le roi golh Théodoric, si longtemps banni de son pays, dit l'épopée germanique, on le représentait comme ayant beaucoup vécu dans les bois {Girart de Roussillon)] on en fit donc tout uaturellemeul le chef du contingent lotharingien [Roland, Anséls, Foucon). Dans les Saisnes , Naimon et lui sont les deux vieux conseillers de l'empereur ; Naimon l'accompagno à la guerre, Tiéri garde le pays en son absence. Dans Ogier il joue le même rôle ; il est resté à Cologne pendant la campagne d'Italie , et c'est là qu'il adoube le jeune roi Charles avant de l'envoyer à son père Dans les versions française, allemande et Scandinave de Mainet, il joue un rôle plus ou moins important, et se montre toujours fidèle royaliste.
On retrouve comme l'un dos douz3 pairs, ou comme un des chefs importants, Tiéri d'Ardenne d ins Fierabras, la Reine Sibile (f"* 280 et 282), Gui de Bourgogne, Doon de Maience (v. 7351), Anséis (v. 9351, etc.), Gaufrei (v. 6111), Ogie7\ les Enfances Ogier (v. 1380, 1562, 5716), Gaidon (v.6588, 7593, 7596, Mùl], Simon de Fouille, Renaud (laisses 15, 19, 61, 83, 87 et p. 369), Maugis (v. 6968, cic.J. Voici encore Tiéri de Lorraine dans Aimeri (v. 1524), Tiéri de
Lovaiii dans Jï/jas (v. 4859), Tiéri de Losane (Godefroi, v. 3754)' leprésenlé lui aussi comme uii banni. Les poèmes qui placent dans la Gaule orientale le théâtre de leur action alfoclionnent naturellement ce nom. Bovon de Hanstonne en fait le fidèle compagnon du héros, Parise le comte de Cologne qui donne asile à l'héroïne (v. 929) ; Tiéri dans Florence joue le même rôle ; Guillaume de Palerme ayant à nommer deux saxons, les appelle l'un et l'autre Terri (v. 2055 et 2099). Il est tout naturel que Garin le lorrain hérite ses biens de son beau-père Tiéri, appelé ici roi de Maurienne (les Lorrains, p. 29), diversifié sous les noms de Tiéri d'Alsace (p. 37), de Vienne (p. 207), de Toul (p. 300), de Neuveville (p. 187) [2]. Il l'est de même que Tiéri de Termes
(1) V. aussi Galien, p. 338, Auberi, f° 64.
(2) Les autres Tiéri des Lorrains (Tiéri de Nesle, p. 61, Tiéri de Lusignan, p. 300, Tiéri, p. 369), sont- absolument fantaisistes et interpolés, comme le Tiéri de Vermandois des Saisnes (laisse 21), ou celui de Roncevaux.
Joignez-y le sénéchal Tiéri (Rao»/,v. 1991, Elias,v. 5947), le chambellan Tiéri {Berte, v. 3131), le forestier Tiéri (Aioul, v. 1727, etc.), le bon Terri, qui, dans ce dernier poème, sauve les enfants du héros (v. 9202, etc.), le valet et le chambellan Tiéri {Huon Capet, v. 1345, 5912), Tiéri, chevalier de Julien {Blie, v. 167, etc.), chevalier d'Elias (v. 2159), le chapelain Tiéri (les Lorrains, p. 256), le messager Thériet de l'Aunoi [Girbcrt, v. 157), Tiorin ou Tionel, fils d'Orri l'alemand (id., v. 431, etc.), Tion, frère de Rigaud [les Lorrains, p. 256), le châtelain Tieri [Aimeri v. 1524 b.j, Tieri, fils de Letise (. 4 «se is, v. 11.241), le messager Tieri(Gc«i/'rei v. 3751), le traître Tiéri [Doon de Maience, v. 5581 ; Charles le Chauve, f" 34), le traître Tiéri de Poitiers (Bovon de Hanstone, ms. fr. 22.516, f° 43), Tiéri, frère de Sanson (bovon de Comarci?, v. 1816), Tiéri frère d'Odilon (Enfances Ogier, v. 1110), Tieri, guide de Chariot (Ogier, laisse 29), Tiéri, compagnon d'Ogier (p. 275, etc ). V. encore Gaidon [v, 5077, 5612), Aimeri, V. l^Oi,Auberi, f" 97.
combattre aux côtés du roi Louis les bandes du roi pirate Gormon (v. 45).
Le moment est venu de dire un mot de Naimou, ce fidèle conseiller du roi Charles, qui figure sous cette forme dans Roland, Otincl (v. 1590, 1900), Gui de Bourgogne, Oalien (p. 77, etc ), Aspremont, la reine Sibile {i°^ 280, eic), Aquin, Gui de Nanteuil, Gaidon, Auberi, le Couronnement de Louis, Aimeri(v. 143, etc.), les Enfances Vivien, la, Prise de Cordres, Maugis, Doon de Maience (v. 7349 etc), Gaufrei (v. 4647 etc.). sous la forme Namlon dans Renaud, Ogier et les Enfances Ogier (v. 99, etc.), Fierabras, Anséis [\. 9419, etc.), Berte (v. 237), Esclarmonde (v. 6821), enfin sous la forme Nalon dans Huon de Bordeaux. Naimou pour moi n'est pas autre chose que le roi breton Nominoé (mort en 851), ou pour parler plus exactement, Nominoé paraît deux fois dans notre épopée, sans que les trouvères s'aperçoivent davantage de ce dédoublement qu'ils ne le font quand ilâ placent côte à côte Girard do Vienne et Girard de Roussillon ; car il y est à la fois le prototype de Nevelon et de Naimon.
Pour Nevelon, nulle incertitude. Il est dans Roland (v. 3057) le chef du contingent breton : dans Amis (v. 224), le chef des rebelles bretons. Ce dernier poème l'associe à Bérard, et cela nous vaut deux vers de Gaidon, probablement interpolés, en tout cas contradictoires, où ils figurent de concert (v. •:32li, 9360) ; Galien (p. 247) charge Nevelon (var. Nemelon et Amelou) da Vannes de la gc'.rdc de Ganelon, et ou le retrouve comme messager du roi dans Roncevaux (laisse 337). Nevelon est associé au breton Lambert dans Ogier (p. 548) ; c'est très exactement un rebelle, associé au breton Guiomar et en tant seulement que breton à Béreu gier dans loo Lorrains (p. 57 et 158, où il est renversé par Moran). Girart de Roussillon, qui met les Bretons dans le camp royal, en fait un chevalier du roi sous le surnon» de Soissons (par. 241) tandis que Girart de Viane (p. 116) en
fait un neveu du rebelle. Foucon l'associe à Milon dans le commandement d'un corps d'armée sans doute composé de Bretons. Le traître Novelier, dans le Bovon de Hanstonne dont M. Rajna cite un fragment (f" 141), étant neveu du duc breton, pourrait bien être forgé sur Nevelon. Maurin connaît un abbé Nevelon (v. 715), Anséis cite Nevelon (Menelon ou Novillon, v. 3595), et Aioul place un peu à tort et contre ses habitudes dans le camp royaliste Nevelon (v. 3303, 3361, 3440, 7195) ; il est vrai qu'il l'associe dans un cas au rebelle 'Hugon et dans l'autre au breton Bérengier (i). C'est enfin Nevelon (Malon ou Namelon) qui est chargé dans les Saisnes (laisse 45) de la construction du perron commémoratif de l'indépendance des barons de l'ouest.
Rien de pareil malheureusement pour Naimon, et le v. 4547 de Maugis^ qui l'associe à Salomon et à Hoel est, dans un poème aussi récent, un trop faible argument pour que j'y insiste. Il est toutefois certain que le plus breton de nos romans, Aquin, a pour Naimon une sympathie toute particulière. De plus Lambert est représenté dans Ogiei' et dans le Mainet italien comme parent de Naimon, ce qui semble bien se rapporter à l'alliance historique de Lambert et de Nominoë. Quel serait d'ailleurs, en dehors de Nominoé, le prototype historique de Naimon ? Je ne sache pas qu'on l'ait encore trouvé (2). On m'objectera peut-être que le rebelle Nominoé
(i) Dans les fragments de Doon de Nanteiiil se trouve une note fort obscure de Fauchet, d'où il semble qu'on peut conclure qu'il existait une légende où Nevelon tuait le saxon Justamond. Il y est également question d'un Gautier^ fils de Bertran, sans doute identique au Gautier, fils de Bérard de Gaufrei, et que Fauchet semble indiquer comme son père.
Le rebelle Mvelart de Losane, fils de Goubaud {Charles le Chauve, fo* 34 et 35, appelé une fois Nivart) me parait avoir été forgé sur Nevelon.
^2) Le Nemelon qui figure dans Maugis est en réalité Amilon.
n'a pas pu devenir le fidèle Naimon, comme s'il n'était pas flanqué la plupart du temps d'Ogier, qui dans l'histoire ne nous est connu que comme un rebelle. Mais, dira-t-on, c'est un bavarois? Oui, comme Ogier est un danois, Lambert un berrichon , Sanson un bourguignon , c'est-à-dire en aucune manière. Roland d'ailleurs ignore tout à fait cette nationalité.
J'arrive aux chefs des barons de l'ouest, des Hérupès. comme dit le poème. C'est d'abord Huon, duc de France et marquis de Neustrie de 866 à 886, quelque peu confondu d'ailleurs avec Huon, comte du Mans en 955 ; ce sont Jofroi d'Anjou et Richard de Norn;ar:die, qui ne faisaient pas partie du poème primitif, mais que la situation géographique de leurs possessions a naturellement ameués là, Gui (var. Agis) de Maanles ou de Maiance, qui est noire Guiomar, Lambert (var. Haubert, Herbert ou Auberi) d'Etampes, qui est le Lambert (1) allié de Nominoé, Foucou de Droies, l'ennemi de Renaud. Gacelin, que nous retrouverons en parlant d'Auberi, et que je crois être Gauzbert, comte du Mans en 852, Anquetin (2), Amaufroi , (.3),
(1} Il y a un autre Lambert, celui de Berri. qui est chargé d'aller porter aux Hérupés les ordres du roi. II s'agit du premier Lambert, marquis de Bretagne, qui mourut en 836.
(2) Je ne sais quel est le prototype historique d'Anquetin ou Anquetil, surnommé dans Ogier {l. 15), Anséts (v. 2758, etc.) et Aimeri (v. 4639), qui en fait un fils du manceau Rioul, Anquetin le normand. Mais sa nationalité bretonne me parait incontestable. Le poème royaliste dWuberi ^éd. Tobler, p. 137, 140, 148) fait Anquetin ou Antequin sarrasin et ennemi de son héros, d"où le sarrasin Anquetin du Covenant Vivien (v. 1732), et le très inexact royaliste Anquetin de Gaiclon (v. 9181). Aspremont qui lui donne pour père Elie, le dieu celtique Belinus, fait allusion à un Mainet, sans doute analogue à celui qui a servi de base à la compilation italienne des Reali, où il avait été l'un des plus actifs protecteurs
Ernéis, Huon de Gatinois, Olran ou Doitraa le raanceau, Ligier'do Touraine (1) et surtout Salomon, Soibaud et Goudebeuf.
Le roi de Bretagne Salomon (S57-874) est uu des personnages les plus importants de notre épopée. Sans parler ici des romans franco-italiens qui lui font tous jouer un rôle, des chroniques espagnoles [Cronica gênerai, geste de Feruan Gouzalez) qui le mentionnent, de TurpLn qui en fait le
du jeune Charles. Ogier (1. 15) et les Enfances Ogier (v. 5077, 5087, 5948) le connaissent. Le chroniqueur liégeois Jean des Preis fait jouer à Vauquetin un grand rôle dans la jeunesse d'Ogier. V. encore le sergent Antequin (Doon de Maience, v. 7857 etc.).
(3) Faut-il lire Amaufroi ou Ermenfroi ? Dans les Saisnes (laisse 108) on trouve suivant les manuscrits Amaufroi, Ercenfroi et Erenfroi. Aie (v. 1312) appelle Amaufroi le personnage que Renaud (laisses 30 et 31) appelle Ermenfroi. Gaidon (v. 786), Girart de Roussillon (par. i2o), Bovonde Hanstone (nis. fr. 22 515, f" 40), connaissent un Amaufroi ou Aumenfroi ; Girart de Roussillon (par. 242), Aspremont f° 52, et Huon Capet, v. 992, connaissent un Mafroi, Mainfroi ou Maufroi ; Renaud (1. 93), Godefroi (v. 2908), Ogier (p. 275), Gaidon (v. 7013) un Ermenfroi ; Aioul (v. 9429J un Ermenfroi de Losanne. Dans Aie et dans Renaud c'est un rebelle, puisque c'est un ennemi de Renaud ; dans Aioul, c'est un rebelle ; dans Gaidon, c'est un neveu du héros, donc un rebelle (v. 786, etc.) ; dans Girart de Roussillon, et, à ce qu'il me semble, dans A sp remont, c'est un homme de Girard, donc un rebelle ; Ogier le dit parent de Reinbaud de Frise, c'est-à-dire encore d'un rebelle, quel qu'il soit. Faut-il y voir Ermenfroi, qui fut le compagnon de Bovon et de Gilebert dans leur révolte de 840-841 contre le roi Charles ? Celui d'Aspremont n'est d'ailleurs pas certain : ce pourrait être comme au f° 31 Audefroi ; de même dans Gaidon (v. 7013) où il est associé à Tibaud et représenté comme un royaliste, il faut sans doute lire Erchenbaud du Mez. Bovon d'Aigremont (p. 5) associe Dreves et Ermenfroi comme Aspremont.
(1) En dehors des Saisnes, Ligier écrit Tigier de Sarmois ne se retrouve que dans Anséis (v. 4514 a.)
compagnon d'Estoul, il est peu de poèmes français qui l'ignorent. Chef des Bretons dans Aspremont, dans Fowcon, dans Girart de Roussillon, dans Gui de Nanteuil, des Anglais et des Gallois dans Anséis (v. 9349 etc.), il refuse Narboune (Aimeri, v. 452), accourt délivrer la ville assiégée (les Narbonnois) , combat les rebelles vrais ou faux dans les Lorrains (p. 20, etc.), dans Guide Nanteuil (v. 23(j0, où l'on place d'ailleurs dans l'autre camp, ce qui est logique, puisque Gui est un breton, un Salomon que l'on appelle pour la rime de Besançon, v. 2132), dans Renaud^ où il est un des douze pairs, dans Bovon d' Aigremont, (.]a.ns Maugis, dans Gaidon \ on le voit lutter contre les païens dans Gaufrei (v. 1766, etc.), dans Ogier et les Enfances Ogier (v, 506, etc.), dans Roncevaux, dans Galien (p. 118, etc.), dans Simon de Fouille (f° 140). Dans la Reine Sibile (f° 365, 367) il se joint à Naimon et à Ogier pour empêcher l'exécution de Varochier. Jean des Preis en fait le petit-fils de Doon de Maience, le fils du rebelle Bernard, le frère du rebelle Huon (I).
Sorbues ou Soibaud (que l'on a parfois remplacé à lort par duc Bues), à moins qu'on ne ridentifie avec le Sces ou Soihier du Plessis d'Aimeri et du Couronnement de Louis,
(1) Foucon (f" 13) en fait un chevalier de Guillaume ; Doon de Maience (v. 236, etc.) appelle Salomon le méchant précepteur de son héros. Elias (v. 7077) parle du chapelain Salomon. Vivien de Monbran cite un Salemon d'Egypte (v. 707). Il est souvent question dans notre épopée du roi juif Salomon, de ses infortunes conjugales, Gaidon, v. 8825, Elie, v. 1793, le comte de Poitiers, v. 368, la Violette, p. 67, de sa science militaire, Raoul, v. 6206, de son habileté comme artiste, de sonœuvre, comme Ton dit, Elias, v. 1777, Aie, v. 2511, Gaufrei, v. 8549, Gaidon, v. 409, Foucon, f" 2, Blanchandin, v. 4096, de sa richesse, Aimeri, v. 419, du temps reculé où il vivait, Auberi, fo 9, Elias, v. 2368. Elioxe, v. 581, Roland, v. 1524 et Huon Capet, v. 4674, parlent du temple de Salomon.
ou avec le Tibaud du Plessis des Lorrains, ne se trouve que dans Bovon de Hanstonne. Je ne sais s'il faut le distinguer du personnage que l'on appelle tantôt Godebeuf, Gondebeuf, Godebues et par erreur Godefroi, quand on a besoin d'un nom de trois syllabes, et Gombaud, Goubaud, Hombaud, Joibert, etc., quand deux syllabes suffisent aux besoins du vers.
J'ai dit que Gondebeuf jouait dans certaines versions du Roland (Roncevaux, Galien, p. 77, etc., Gaidon, laisse 2 1)] le rôle de vengeur que d'autres récils attribuaient à Baudoin, à Olon et à Tiéri. Le roman franco-breton ù' Aspremonl lui fait jouer un très grand rôle, mais il le considère comme un étranger, un frison (t° 27, etc.) et il lui donne le commandement de la dernière bataille, celle qui réunit les barons de l'est. luQ.?, Saisneslui donnent un commandemer.t identique, mais Salomon de Bretagne l'appelle son frère (1). Pour Anséis Gondebeuf le frison est le fière d'Erispoé, il règne à Nantes et comm.ande les Bretons (v. 8985, etc.), Turpin connaît Gondebeuf de Fiise, le chroniqueur Aubri cite Gondebeuf de Vendeuil, un m?.nuscrit de Bovon dWigremont fait allusion à ses exploits dans la guerre de Saxe. Aimeri, v. 473, parle de Godebeuf ou de Godefroi ralcman,et je me demande si Jofroi l'aleman de Girart de Yiane (p. 31) ne lui est pas identique. Un manuscrit de Simon de Fouille place parmi les douze compagnons Gieffroi de Frise, un autre Reinbaud le frison. Girart de Roussi l Ion {pav. 84, etc ), Maugis (v. ^088], Renaud (laisses 83, avec Tiéri, 91, avec
(1) Cf. laisse 194. Mais (1. 169j duc Bues (lis. Sorbues) est appelé le frère de Salomon. On voit encore Gondebeuf (1. 78, avec Garin, 162, 169, 18a , avec Jofroi d'Anjou) appelé par une variante erronée Englebeuf. Il y commande les Alemans, mais avec Ripes, i. e. avec le breton Erispoé. Remarquons cet Englebeuf. ,11 se pourrait que certains Englebert (celui du Landri Scandinave v. g.) en dérivassent.
Milon, 144, avec Hue de Dancler) le placent dans le camp royaliste.
Gondebeiif est encore Goubaut de Lorraine avec lequel se mesure le royaliste Amile dans Amis et Amiles (v. 285), le Goubaud de Lausanne qui avec le rebelle Guillaume s'insurge contre Charles le Chauve, l'Humbaut de Liège assassiné par le royaliste Aloii dans Jean de Lanson. Serait-ce le Guntbùld qui en 840 luttait avec le comte Girard contre le roi Charles, et que les Bretons auraient ainsi considéré comme un allié ? Toujours est-il que le nom devint vite mal famé, et, si cela est tout naturel dans Aioul, poème royaliste (le voleur Goubaud, v. 0605, etc., le traître Hunbaud, v. 7002, etc.), cela est absolument inexact dans Gaidon (Gombaud, V. 2934, 4;'98, 4345, 7888, Ambaud, v. 4434, Hunbaut, v. 0919, etc., 8062, Rombaud, v. G974, Gombert, v. 8058, Gobert, V. 2519, Joihert, v. 68L8, 7064, 7.80). (2) Dans la Reine Sibile [{" 291), Gonibert de Pierelée est un traître. Goubaud est l'cnnomi de Florence.
Je n'insiste pas sur Lohot de Frise. Ce personnage ne figure que dans les 5ai>/7e5, car le manusciil de Renaud qui en parle coinmel une erreur^ et la bonne leçon Reinbaud nous est fouinie pai' uu autre manuscrit. C'est d'ailleurs le héros
(i) Goubaud ne me parait pas distinct de Godefroi qui parait au V. 529. Mdinet cite, p. 324, le marinier Gonbaud.
(2) Ce qui prouve que le nom n'a plus aucune signification, c'est que Jobert est dans Aioul (v. 4512, etc.) le compagnon du héros. Plus réel et sans doute analogue au Soibaud ou Gombaud dont je viens de parler est le Jobard de Jean des Preis, fils de Hugon et neveu de Salomon. On trouve encore un Goberl de Troies dans le Guillaume en prose, où il conseille de faire chercher le héros pour l'opposer à Isoré, et dans le Châtelain de Couci. Gaufroi de Monmouth a recueilli ce nom pour en faire l'adversaire constant de ses héros : Imbert est vaincu par Brutus, Imbaud par Conan, Gombert par Trahern, Godbold par Cadwallo.
d'une historiette peu épique, d'une sorte de fahleau : aussi serai-je porté à y voir le Lohot fils d'Artus dos romans celtiques.
Laissons de côté Tiéri de Vermandois, un doublet de Tiéri d'Ardenne, et Girard de Loon, le rebelle Girard, tous deux interpolés par conséquent, et venons en aux compagnons du très historique Guitequin.
La saga a tellement défiguré les noms qu'il est assez difficile de ks reconnaître, je crois cependant qu'on peut identifier Murgalant ef. Murgafi^r qui le doub'e comme Turfier double Turles avec Margamar, Escorfaut avec Dorgant et Estorgaut, Eschmard (lis. Quinard) avec Claudar et Esclaudard. Cahanin avec Quinquennas, Antipatin (lis. Alifantin) avec Alinbrandin (1). Le poème français mentionne encore Adam, Daire, Aufart, .Justamocd, Arpin, Boidant, Brunamond, Bruncosté, Baudamas, Caloré (ou Gasoré), Fierabras, Fieraraor, Dialas. La plupart de ces noms nous sont déjà connus : Daire vient du roman d'Alexandre; Cahanin se retrouve dans Ipomédon et dans le Caenon d'Aliscans (v. 4737) ; Bruncosté, nom commun inventé par le trouvère, ne figure que dans les Enfances Ogier (v. 594) ; Aiam vient de la Bible, et, à part deux personnages insignifiants d'Elias (v. 2570) et de la Violette (v. 2511), est restreint à notre roman. Fieramor est encore un nom commun, forgé sur Fierabras. Baudamas est à rapprocher de Baudemond [Doon de Maience, V. 8508), de Gaudemer (id., v. 9220), d'Audemer [Bovon de Hanstonne, Bibl. nat. ms. fr. 22.516. f» 34, écrit Huidemer
(1) Ce n'est pas qu'Estorgant, Quinquinant, Alibran n'existent dans notre épopée et qu'ils n'aient influencé le scribe sur lu copie duquel a été faite la version Scandinave ; mais il vaut mieux croire qu'il a modifié des noms qu'il lisait mal pour les rapprocher d'autres qu'il connaissait mieux que de les considérer comme distincts dans les deux versions.
dans ms. 12.5i8, P 132 ; Vivien de Monbran, v. 714, écrit à tort Audeir.er pour Guiemer). Alifanlin est également un nom commun forgé sur le latin elephas et le français olifant. Justamond et Murgalaut sont des noms geimaniques, peutêtre réellement portés par des adversaires des chrétiens. Le sens de Galoré et d'Escorfaut reste douteux (1).
(1) On retrouve Alifuntin ou Alipatrin dans AUscans, v. 1365 ; Alepantin dans Foucon^ p. 102, les Narbonnois, î° 67, Ogier, p. 544 ; Alinpantin dans Fierabras, v. 1650 ; Antipatin dans Aliscans , v. 5153 d. Celui des Saimes figure à la laisse 185. Gaufroi de Monmouth IX, 1 et 9, met le roi Alifanlinam parmi les ennemis du roi Artus. Justamond est généralement représenté dans les Saisnes, laisse 3, Mainet, p. 329^ Foiicon, f» H, comme le père de Guitequin, tué par Pépin. Cependant il reparait ici, dans les poèmes et dans la prose de David Aubert. Bertc, v. 1510, raconte comment il enleva la Saxe au gendre du roi Flore qui fut le beau-père de Pépin. Une note de Fauchet sur un fragment de Doon de Nantenil semble dire qu'il fut tué par Nevelon. V. encore Anséis, v. 2545 et 3870^ Galien en prose^ Siège de Barbastrc.
Sur Murgafier, v. Bataille Loquifcr, laisse 16 ; Ogier, p. 133 ; Godefroi, v. 4808 ; Tristan deNanteuil. Sur Murgale, Godefroi, p. 207, Charroi de Nîmes, v. 521, Gin de Bourgogne, v. 3574, Elie (simple allusion, v. 1656, 2074), Esclarmonde (comme nom de femme, V. 8111), Enfances Guillaume. Sur Murgalant, Gui de Bourgogne, V. 3354, Anséis, v. 3484, Mort Aimeri, v. 1284, Galien, p. 119 (où il faut lire Baligant), Maugis, Huon de Bordeaux.
Sur ce nom ont été forgés le Sorgaland de Maugis, le Sorgalé à'Ogier (p. 90) et de la Prise d'Orange (v. 597).
Aliscans (v. 1018) donne Codroé ou Qualoré : Maloré figure dans le Covenant Vivien, v. 475, la Bataille Loquifer, laisse 64, le Moniage Renoart, laisse 144 ; Doon de Maience, v. 11.162, parle des monts Maloré.
Pour Aufart, outre les Saisnes (laisse 7), v. Maugis (v. 8556, var. Oufer), Ogier, p. 544, Anséis, v. 6542, Prise d'Orange, v. 972. On trouve dans Gaufrei la roche Aufart, v. 3337, et le sarrasin Aufour,
Erispoé, roi de Bretagne de 851 à 857, est représenté sous le nom de Ripeus ou Ripes {Gaufrez, v. 100) comme fils de Doon de Maience. Anséis lui a été rattaché par un lien de filiation tout à fait imaginaire (/l/i5â'5, V. 84 ; Gaufrei, v. 101). Il fut, nous dit Anséis (v. 85), occis en l'herbage sous S. Fagon. Renaud, faisant allusion à la victoire de Mcssac remportée en 843 par Renaud de Poitiers sur Erispoé, a fait de Ripes de Ribemontun des plus acharnés ennemis de son héros. Dans les Saisnes (laisse 162), Ripes se plaint que ses
V. 1804. Il ne faut pas le confondre avec Aufos ou Amphons,quiest Alfonse, et figure dans Maurin et Guillaume de Palerne. Les Italiens l'écrivent Alepardo^ et je suis porté à croire que leur Alfari, père de Berte, est une autre forme d'Aufart ; quant au nom que perte dans l'épopée germanique le père de Gautier, Alpker, j'hésite entre Aufar et Auquaire ou Anchier. Sur ce nom ont été forgés l'Aufares (var. Auferrant, Auburran de Maugis , v. 1900), l'Alfaïen de Roland (v. 1511), l'Aufarien des Saisnes (laisse 190), l'AfFaron et TAfFaronde du Guillaume en prose, FAufirone du Guillaume italien, peut-être FAlfaraion à' Aie, v. 1526, etc., à moins qu'il ne soit forgé sur Alfanie. Pour Escorfaut, outre les Saisnes, laisse 6, voir encore Renaud, laisse 67 ; le Siàge de Barhastre, f° 153 ; Foucon, p. 66, Gui de Bourgogne, V. 405 et 3209, où il est tantôt seigneur de Garsaude, tantôt seigneur d'Augorie ; Floovant, v. 484, 595, 666, 1379, 1429, où il est tantôt sarrasin tantôt duc de Bretagne et pair de France ; Gaidon, v. 5728 ; Gaufrei, v. 438, 513 ; Galien, p. 240 ; Maugis, V..4059 etc. ; Bovon de Comarcis, v. 2180 ; Covenant Vivien, v. 259 ; Enfances Ogier, v. 1080 ; Otinel (v. 764, erreur de scribe pour Ascanard) ; Bovon de Hànstonne, où il menace la dame de Séville et est vaincu par le héros (Bibl. nat. ms fr. â2.516).
gens sont employés aux plus pénibles besognes. Il n'en était pas ainsi, dit-il, du temps de Roland et d'Olivier. Gela indique bien que, malgré son surnom d'Alcman, il se considère comme le chef des Bretons, Dans Main et , p. 316, pour qui les barons de l'ouest et du midi sont les défenseurs de la royauté, Ribeuf de Bretagne et Guimer sont la terreur des ennemis de Charles. Dans Aie (v. 3269), Ripeus qui tint Rennes et Nantes se montre tout prêt à appuyer Garnier, ce qui est tout naturel, puisque Garuier fut en 851 son allié. On trouve Rispeu de Nantes parmi les alliés du duc angevin Gaidon (v. 646 et 2589), mais étant donné la présence de Jofroi, je crois qu'il vaut mieux lire avec le v. 1237 v. g. Hoël de Nantes.
Ce n'est pas tout. Soit qu'il existât des récils épiques sur Radbod de Fiise,qui fui l'ennemi de Pépin d'Héristal et de Charles Mai tel, soit que, dans les régions où tut transportée l'épopée française, ce personnage fut plus connu que Ripes de Bretagne, toujours est-il que Rabes ou Rabel lendit à remplacer Ripes, et ainsi, dans la ver-^ion actuelle de Roland, ce sontlRabel et Guineman, au lieu de Ripes et de Guiomar qui commandent le premier corps de l'armée fiançaise (v. 3C14, etc.). Dans le Charles du poète alleman le Stricker, Rapot et Guineman (Ripes et Guiomar) font la guerre au roi Charles. Au lieu de Radbod, par suite d'une confusion des deux radicaux geimaniques rad et rod d'une part, bod et bald de l'autre, on eut paifois Robaud, que l'on ne larda pas à remplacer par les noms plus connus en certains pays de Robert et de Rotrou. Par la même confusion de bald et de bod, Racbod se trouvait avoir donné Reibaud, d'où par confusion de ce nom avec le Reinbaud issu du germanique Reginbald, un Reinbaud de Frise épique, d'où cncora par confusion avec Raimon certains personnages de Ce nom dans noire épopée. Ma:s la plupart du temps, il ne faut lire ui Rabes, ni Robaud, ni Robert, ni Rotrou, ni
Raibaud, ni Reinbaud, mais bien Ripes, et, dans Roncevaux, laisse' 351, la véritable leçon est bien Ripes le breton, et non Robert de Brebon, Rambert de Bencon, Herbert de Bordon. Dans Auberi par exemple, poème très hostile au comte Lambert, l'allié historique de Ripes, c'est Ripes qu'il faut lire au lieu de Robert de Biaune (éd. Tobler, p. 169, 181), de Miaune (p. 175), de Troies (p. 227). (1) Certains manuscrits de Renaud qui l'appellent Rohaus ou Lohaus, disent qu'il ne voulut pas plus aider le roi dans la guerre de Saxe que Lambert. Aspremont en fait sous les noms de Ruban de Nivelle (f 29) (2) le chef du 20 corps (3).
(1) Il n'y a aucune signification à donner aux énumérations où figure Robert de Troies, f°^ 97, 98, 99, 100, 101, 104, 106, ni au Robert de S. Louvain du f" 69, ni au Robert des f"^ 77 et 81, ni au Robert ou Obert de Féd. Tobler, p. 138.
(2) Le Rotrou de Niele de Girard de Rou>:sillon est sans doute encore notre Ripes (par. 159).
(3) Sur Reinbaud de Frise, considéré comme un homme des anciens temps, v. Gui de Nanteuil (v. 2689). Aie (v. 361), Foiicon (f° 26), Ogier (p. 225, où je lis à cause de Roland, Reibaud et Guineman, et non Raimond et Guineman) ; sur ses luttes contre Charles Martel, voir le résumé de Doon de Maience dans le chroniqueur Jean desPreis (qui l'appelle Ralmon), où il est vaincu par Doon, et dans Girart de Roussillon (par. 199, Rabeu ou Robrieu), où il est vaincu par Girard ; sur son association à Aimon ou Aimar de Gahce, Roland (v. 3073) et la saga de Charlemagne (liv. !)• Le rôle de Reinbaud de Frise dans Ogier est purement imaginaire. Gaufrei (v. 2552, 2820) le place dans la famille des barons du nord.
Sur Rabel, v. Auberi, (f» 68), Aimcri (v. 4653) qui le fait fils d'un Anglais, frère d'Estourmi, petit-fils d'Aimeri, Bovon de Ilanstonne, où la version anglaise appelle Aroboun, Raban ou Riboun le Gebitus du V. 3414.
Sur Robert, quia pu être confondu avec le roi Robert, l'ennemi de Charles le Simple en 923 (je ne parle pas du Robert de Doves
Qu'est-ce maintenant que ce S. Fagon, où fut occis Erispoé, au dire à'Aiiséis ? Ce poème, qui y place le parlement où fui couronné Anscis, semble le mettre près de Lioo, i. e. de Léon en E^pagno, entre A^tovga et Castrogeriz près
des Lorrains, p. 61 et 300, qui est un personnage réel du X1I« siècle) et identifié à Robert duc de Bourgogne ■{- 1075 ou a Robert duc de Normandie f 1035, voir l'empoisonneur Robert {Ciperis), Robert de Valbeton, Robert de S. Florent (Gaidon,v. 7281, 8061), Robert de Blois et Ernéis (les Saisîtes, laisse 22 a), Robert de Dijon (Renaud, laisse 112) : cf. Rabaus de Dijon du Bovon de Hanstonne (f» 14-1) cité par Rajna dans ses recherches sur les Reali (Bologne, 1871), Robert de Clermont {Gaufrei, v. 648), Robert (lis. Richard] de Normandie (Doon de Maience, v. 6709), Robert de Membis {Foiicon, p. 55), le héros de Robert le Diable, le bâtard Robert [Hiion Capet, v. 6356), Robert de Ham {Ogier, p. 542), Robert de Troies (Otinel, v. 1595), Robert fils Guion {Foucon, f» 13), Robert de Sicile (Enfances Vivien, v. 3375), Robert de Marmonde {Bovon de hanstonne, Bibl. nat ms. fr. 22 516, f" 47). V. encore dans Girart de Roiissillon, Robert, Guillaume et Aimcnon (par. 252), places à tort tous trois dans le camp rebelle La saga de Charlemagne cite (I, 37) Robert, fils Robert d'Anjou et Pierre fils Robert de Seruni. Faut-il lire au même passage Robert ou Tibert le Todbert, frère Benzelin et fils Huon de Ponti? Richard le Dean (v. 3845) fait jouer au comte Robiers un rôle défavorable.
Aie, T. 1783, parle de Robert l'écuyer et de sa femme Enguelas, qui guérirent de mal leur seigneur Olivier. L'écuyer Robert est dans la belle Jeanne le premier mari de l'héroïne.
Robaud est dans Aioul (v. 5734, etc.) le maître voleur, dans Doon de M«je?ice, V. 485, etc., un traître. Dans la Chronique de Novalèse, les comtes Robaud et Arduin, guidés par le transfuge Aimon (cf. l'association de Reinbaud de Frise et d'Aimon de Galice dans Roland et la saga de Charlemagne) s'emparent du poste sarrasin de Fraxinetum. Sur Rabel et Robert ont été formés Raboan, Roboan, Roboïn, Robean dans Bovon de Hanstonne, v. 3386, etc. (la mesure exige cette forme, et non la variante Robaut ou Rodbert)
Burgos. Mais tous les autres textes le considèrent comme un personnage ou une localité de France. Le roman francobreton d'ilgwm en fait l'ami intime de Naimon, le roman franco-breton d'Àspremont (var. Flameng, Flagon) en fait le gonfalonnier du roi, son sénéchal, son cousin, le neveu de la reine, duc de Normandie, seigneur de Bordeaux, oncle de Raimon. Maugis (v. 8668) qui le dit fils Otré, en fait le gonfalonier du roi. Les Enfances Ogier (v. 515, 4565, 6068) le font seigneurs de Tours. 11 est inconnu des autres poèmes (1).
Quant à S. Fagon, qu'invoquent Auberi (éd. Tobler, p. 19 et 93), Anséis et Esclarmonde \v . 4223, etc.) c'est une localité qui dans les autres passages où nous rencontions son nom est associée à des héros bretons. C'est au moutier S. Fagon {Elioxe, V. 6) qu'aurait été tiouvée l'histoire du dieu celtique Beli ou Elias. L'église dédiée aux SS. Facundus et Primitivus fut bâtie, dit Turpin, à l'endroit où périt Milon (évêque de Nantes), sur le champ de bataille où le roi Charles, venant de Bayonne, avait vaincu Agoland et l'avait rejeté vers le Léon. Dans Renaud (p. 120). Roland, qui se dit fils de Milon, raconte qu'il est né à S. Fagon en Bretagne. Giiart de Boussillon (par. 554) place S. Fagon près de Roussillon.
Ogier, p. 90, Girart de Viane, ^. I2d, Gaufrei, v. 4478, Anséis, V. 2716, Moniage lienoart, laisse 180. De l'influence du nom Rodoan, émir d'Alep de 109o à 1113, dérivent Rodoant et Rodoé dans certains manuscrits d'Ogier, dans Elie, v. 254, etc., dans Aiiséis, v. 3964, dans Auberi, éd. ïobler, p. 137, dans Aspremont, f" 17 ; mais ils ont pu être forgés sur le Rodant de Foucon, f» 19, et de Maurin,' V. 402,leRodain d'Elioxe, v. 36.3, le Rodul de Foucon (f° 78). Il y a entre ces noms le même rapport qu'entre Gibon, Giboé et Giboïn.
(1) Je lis en effet Begon et non Fcgon le père de la duchesse de Bouillon, parent de l'empereur Oton (Bibl. nat. ,ms. fr. 12.558, f° 100).
Quel est le personnage qui se cache sous ce nom probablebleraent altéré ? Voilà ce que je n'ai encore pu arriver à découvrir (l).
Le poème de Renaud de Montaubaji, consacré lui aussi à célébrer un prétendu petll-fils de Doon, nous offre l'exemple d'une singulière confusion. Le héros en était ce Renaud, comte de Poitiers, chargé de défendre contre les Bretons le comté de Nantes et qui, après avoir battu Erispoé (le Ripes de Ribemont de notre poème) à Messac en 843, fut quelques jours après battu et tué à Blain par Lambert. Ce qui parfait • ncore son caractère, c'est qu'il est dans le poème l'ennemi de Guimar, dont j'ai déjà maintes fois signalé l'identité avec le roi breton Guiomar, tué en 825.
Mais Renaud, qui devrait être un loyali te, est ici représenté comme un rebelle. Cela tient sans doute à ce qu'aux yeux de nos trouvères, qui confondaient Charles Martel et Charles le Chauve, tout le pays situé au sud de la Loire avait dû être hostile au second comme au premier, et cela explique comment Renaud, comte de Poitiers, considéré comme vassal du roi Yon d'Aquitaine, fut englrbé dans la rébellion de celui-ci et amena par contre la transfoimation des Bretons ses adversaires de rebelles en royalistes.
Sous le nom de Renaud d'Aubespin, que l'on trouve dans Turpin, Gaidon lui restitue son véritable caractère de royaliste ennemi des rebelles. Renaud de Montainier figure parmi les croisés du Siège de Barbasirc (f° 111) et de Bovon de Comarcis [\- . 36.), Renaud de Montdidier parmi
(1) Ne serait-ce pas le S. Fagan ou Maugan, dont parle Gaufroi de Monmovth, et qui étuit honoré en Galles dans le voisinage de Landaf ?
ceux de Faucon, p. 73. Dans les énumérations ôJAuberi, Renaud de Boissele (C 69), d'Aubespin (f 89), de Poitiers (id.). de Dijon (f* 104) est interpolé (1). Auberi,\à Siège de Barbastre (f* 153). Girart de Viane (p. 22), connaissent Renaud de Poitiers, mais ce ; oème qui fait à tort de Garin de Moutglane et de ses fils des rebelles, oublie tout à fait que Garin et Renaud appartenaient au même parti, tout en signalant avec raison les liens de parente qui unissaient Renaud à Bernard d'Auvergne. Une autre erreur s'est glissée dans les Lorrains, qui à côté du royaliste Renaud de Toul (p. 125) ont placé le rebelle Renaud de Chatel Bagé (p. 72) ; c'est que Gui de Nanteuil avait terni la mémoire d'Hervi ; d'où les Lorrains l'ont placé à tort parmi les rebelles, et Renaud a suivi le parti de son fils historique Hervi. Peutêtre le Renaud de Maçon de Girart de Roussillon (par. 141 et suiv.) tienl-ii également à ce que, plaçant les Bretons dans le camp royaliste, on a voulu mettre Renaud dans celui des révoltés. Dans Aie enfin (v, 90) il faut je crois lire Renais et non Renais le nom du personnage associé aux trois royalistes Sanson, Amaugis et Gontier, et qui figure là dans la compagnie où l'on s'attend à trouver notre Renaud.
(1) Le vers de Gaidon et Grifonnet et Renaud et Huon est dans
le même cas. Renaud de Poitiers figure dans le conseU royal, la Reine Sibile, f» 280.
Renard de Paris figure dans la saga de Charlemagne (I, 37).
(1) Outre les allusions à notre Renaud dans Gaufrei (v. 91) et Elias (v. 3017) etTexiftence d'une chanson de toile sur Renaud, on retrouve ce nom à deux reprises dans Aioul, v. 4727 et 4648, dans Huû7i Capet, v. 5073, dans le Comte de Poitiers, v. 1319. L'épopée germanique a recueilli notre Renaud, et la saga de Théodoric nous le montre gonfalonicr du roi du midi : il joue donc près d'Ermanaric le rôle qu'il joue chez nous près d'Yon.
Renaud a pour auxiliaires ses trois frères, Alard, Richard et Guichard et son parent Maugis. Alard ou Aélard figure parmi les partisans du roi Charles en 840, 841, 842, 861, 876, et cela conviendiait très bien au frère de Renaud. Son association à Bérengier et à Sanson dans Auberi (éd. Tobler, p. 153) en fait un royaliste ; mais notons que ce n'est là qu'une énumération el sans doute une interpolation, que sa présence dans Girart de Roussillon (par, 146) au milieu d'une mêlée confuse de noms propres, son association dans les Lorrains à Bancelin de Nevers (p. 44), sa mention dans la saga de Charlemagne comme fils et frère d'Evrard, sa transformation en sarrasin dans Aquin (v. 1209), sou rôle dans Ciperis, sa mention dans Huon Capet (v. 3738) ne nous apprennent rien. Aussi peu démonstratif est l'arbalétrier Alardin, favori du roi Louis et ennemi d'Isenbard. Esclarmonde (v. 0975) est un poème trop récent pour qu'on tire un argument quelconque de la présence d'Alard de Logrono à la tête des Espagnols envahisseurs de l'Italie dont tiiomphe la petitefille de Huon de Bordeaux.
11 y a dans notre épopée un Richard très célèbre, c'ist Richard de Normandie, introduit en même temps que ses contemporains Hoël de Nantes et Jofroi d'Anjou. Mais il est certain qu'il n'a pas servi de prototype au frère de Renaud. Faut-il voir en celui-ci un personnage réel du IX" siècle ? Il y a en 834, 836 et 839 un cornle Richard qui joue un rôle important dans les démêlés des fils de l'empereur Louis, mais il paraît attaché à Lothaire. Est-ce une variante dj nom de Richier ?
Quoiqu'il en soit, les quatre frères sont représentés comme les fils d'un personnage appelé Aimon, qui figure dans le camp opposé. Pas plus qu'Elinan ou Ganelon, sauf les cas très rares où il serait une forme hypocoristique cl' Aimer ou d'Aimcii, il ne doit être historique. Gomme l'Hama, Hanio ou Ueimi de l'épopée germanique, protecteur de Théodoric
dans la saga de ce prince, ennemi du diea Frotho et du pirate Régner dans Saxo, c'est une divinité généralement hostile au héros (et l'on sait que c'est souvent le caractère des dieux par rapport à leurs fils). Rebelle dans les Lorrains (v. 35, etc.) et l'un des plus importants membres de la geste, puisqu'il est un des cinq ou six dont fait mention le chroniqueur Aubri, il est doublement royaliste comme Aimon d'Autemure (v. 1434) et Aimon le normand (v. iiôTS) dans Gui de Nanleuil.
Son caractère surnaturel explique tout. Aimon montre dans certains manuscrits du Charroi (v. 679) à l'égard de la famille de Guillaume la même hostilité qu'Elias dans les Enfances Vivien ; son rôle énigmalique dans la saga de Charlemagne (s'il faut lire non pas Aïmer, mais Aimon de Galice avce Roland, y. 3073, QiAimeri, v. 1544) à l'égard de Reinbaud (lis. de Ripes) dont il est successivement l'adversaire et l'ami, est celui d'un personnage mythologique, comme l'Aimon qui dans Jacques d'Acqui délivre Charles captif à Montmélian , grâce à la connivence d'un prétendu comte Anselme, qui recouvre en réalité S. Antoine, comme le transfuge Aimon .(sarrasin converti comme l'était tout à l'heure Anselme, lisez personnage mythologique généralement hostile et parfois sympathique) qui
(1) La querelle de Bernard et d'Aimon d'Autemure (Girart de Viane, p. 23) a peut-être un fondement historique dans les événements de l'an 878. Il est fait allusion au père de Renaud dans Girart de Roussillon, par. 48 (lire Aimon et non Eion ou Yo), dans Maugis, dans Jordain, dans Gaufrei (v. 88 et suiv.) qui, ne lui faisant jouer aucun rôle, semble bien attester son caractère mythologique; V. encore Guidon, v. 262 (avec Gui de Beaufort), Emon d'Averse dans certains mss. d'Aliscans, v. 5155, Aimes {Aimeri, v. 4197), Gui de Nanteuil, v.io94 où il faut lire Tibaud ; Maurin, v. 19 et 20, où le passage est obscur. Ains de Bordele dans Ogier, p. 105, doit être lu Gui. La saga de Charlemagne, I, 37, cite Eimun de Bordeaux.
d'après la chronique de Novalèse guide vers le repaire sarrasin de Fraxinelura les comtes Arduin et Robaud, auquel l'associent les Lorrains et Roland. Voyez Aimon ou Aimenon dans Girart de Roussillon ; c'est avant tout le personnage qui dans les deux camps héberge les messagers ; si on l'appelle Aimenon, c'est comme pour Ganelon, pour allonger le vers et lui donner un nom réel. S'il figure dans les combats où d'ailleurs il ne trouve pas la mort, c'est soit qu'Aimeri et Audefroi l'ont entraîne pour achever la trilogie dos noms commençant par A, soit qu'il faut opposer un rival de même nature aux dieux Anchier et Guinard.
Le seul des adversaires de Renaud dont je veuille ici parler, le plus acharné, puisque ses fils continuent la lullc contre les fils du héros, c'est le personnage identique au fond, quoique avec des surnoms différents, de Foucon de Morillon (laisses 15, 19, 1 12, etc.) et de Faus ou Faucon de Monjençon (laisses 114 et 117), identique lui-même au comte Maenços ou Majencort (lis. cil de Majençoii) des laisses 112 et 116. Ajoutons qu'il ne paraît pas être distinct de celui que pour la rime on appelle Fouchier (laisse 12) et Foukeran (laisse 28).
Or ce personnage, dont je n'ai pas retrouvé trace dans l'histoire, a une physionomie assez flottante.
Son animosité à l'égard de Renaud a tout naturellement fait placer FoucorJ»de Morillon dans Parise (v. 1906) au rang des ennemis de l'héroïne, et d uis Gaufrei (v. 2555) au rang des traîtres : Fouchfird ou Fourcon est un traîlic dans la /?e/ne 5î6z7(? (f"' 291 et 367) et Foucon un liaître rebelle dans Charles le Chauve ({» 54).
Est-ce la uiômc raison qui fait placer par Gaidon dans le camp royaliste, parmi les advoisaires du héros Foiqueré, (v. 2690, 4066, 5799, 7574), Forcon (v. 2952, 350;, 3:^98, 3815, 4112, 4701, 4736, 4739, 490?, .504?, 5626, 5703, 687?), Fouchier (v. 3831, 4967, 7432), Foucard (v. 3832, 6L50), par-
fois dédôublc' dans le même vers (3559 et 4195) en Forcon et Fouchier. L'ennemi de Tibaud qui porte dans Foucon de Candie le nom de Foucon et dans Guibert d'Andrenas (f"' 158, 161, 167, 170) le nom de Fouqueré, est aussi naturellement l'ennemi du royaliste Tibaud que celui du royaliste Renaud et l'on s'explique qu'il soit entré dans la famille narbonnoise comme fils du rebelle Huon. Maugis reste fidèle à la donnée de Renaud en plaçant son Forcon ou Foucon de Cambrai ou de Gambes parmi les ennemis de son héros. Les Lorrains conservent ce caractère au fils du rebelle Bernard (Faucon, Fauconnet, Foucon, Foucard, Fourcon, etc., p. 61, etc.) à l'espion Foucard (p. 114), à Foucon d'Aunis (p. 207), à Fouchier le normand (p. 300), et il est bien évident que, malgré les apparences contraires, il faut en dire autant de FoUqueré de Pierrelate (p. 44, etc.) tué par Amauri qui est un royaliste, de Fouqueré de Bourges (p. 94) qui est le frère du rebelle Garnier ; et si nous laissons de côté Fouchier de Nantes (p. 13), Fouquier, conseiller du roi (p. 30), Fouchier le fils Tiéri (p. 216) qui ne sont classés dans aucun camp, il n'y a parmi les royalistes que le Foucon de la p. 258, appelé par la rime, le Foucard de Strasbourg (p. 125) et le maire Fouché, Fouquier ou Fouqueré (p. 319, etc.) qui sont l'un et l'autre imaginaires. Le seul personnage d'Aimeri qui ne soit pas l'objet d'une simple mention (comme Fauques de Mongençon ou Fouques de Ivlonloon, V. 1550, Fouchier, v. 1501, Fouques de Fors, v. 1492, Fou-
(1) V. 5072 et 5234 de Guidon il faut lire Ferrans et non Foucon. V. 7940 il est question d'un épieu qui fut au roi Forcaire. Dans Renaud, p. 109, une des portes de Montauban est appelée la porte Foucon ou Fouchier ; une des portes d'Oridon est de même appelée la porte Fouchier dans Auberi (f° 76). V. Otinel, Foques, v. 1741, Foucon, Falques le normand, f» 34, le gonfalonier Fouchier de Besançon, p. 60 ; la nef Foucon ou Fouchier, Ahséis, v. 569, Siège de Barbastre, f<» 119.
ques de Morillou, v. 1548, Fouques de Poitiers, v. 1852), le messager Fouques, Fourques, Fouquin, Fouqueré (v. 3716, etc ) étant représenté comme le fils da rebelle Garnier, rentre dans la même catégorie. De même Foucon dédoublé en Foucon et Fouchier (ou Foucard et Foucheran) joue le rôle d'un rebelle dans Girart de Roussillon et Maurin (v. 15, etc., 1251). Le traître Foucon de Bar de Bovon de Uansfojine (ms. fr. 22.51o,f'33) a été, comme le traître Foucon de Morillon de Parise, copié sur l'ennemi de Renaud, mais on s'expliqueplus difficilement, sinon par une interpolation, le Fouchier de Vermandois (v. 1480) fait prisonnier par Guide Nanteuil. Comme dans Bovon de Hanstonne et dans Parise^c est de Renaud qu'a dû s'inspirer Aioul pour prendre en mauvaise part le nom de Foucon, Foucart et Fouchié (v. 2359, etc., 7200, etc.), quoique Aioul, poème loyaliste, fut d'ailleurs tout naturellement antipathique aux rebelles. Mais c'est le roman û'Auberi qui embrouille le problème: au début, quand le héros lutte contre le rebelle Odon, Foucard, Fouchier, Foucon ou Fouqueré est son adversaire, puis il se rallie au héros et le seconde contre le rebelle Lambert : ce serait donc plulôt un royi.lisle ; et les Saisnes,qm rangent (1. 37 et 181, etc.) Foicon de Djoies parmi les barons de l'ouest, nous renseignent médiocremenl à son sujet (1) puis-
(1) La saga de Charlemagne (I, 37) cite Foucon, fils du roi de Spolile. Fouchard figure dans ce même document parmi les partisans de Reinfroi (ch. 2, 4 et 16) comme seigneur de Pierrepont.
Il est tout naturel que Foucon de Candie, fils de Huon, ait donné Foucon, défenseur de Huon dans Esclarmonde, v. 797, etc. ; le Foucon mal famé se retrouve dans le saxon Fochard de Rivier d'Elias, V. 4299, dans le Fochier de Milan associé à Ertaud de Pavie par Godefroi,p. 244, dans le Fouchier le barbé du Gui de bourgogne remanié, p 136. Le Fouques de Toi d'Ogier, p. 189 et 302, est emprunte aux Lorrains, comme le montre le contexte. Aquilon de
qu'une laisse lui donne pour frère (laisse 21 a) le rebelle Landri, el une autre le royaliste Amauri (laisse 181) (I).
Je voudrais en terminant dire quelques mots de la manière dont a été composé le poème que nous possédons aujourd'hui. Il en faut d'abord éliminer tout ce qui se rattache à Bovon d'Aigremont, lécic tout à fait indépendant et que les trouvères ont très faussement soudé au reste. Si la mort de Renaud à Cologne et son culle à Ti émoigne sont authentiques, ils se rattachent à un autre Renaud tout différent do l'adversaire de Ripes. Le siège de Trémoigne, la croisade en Terre Sainte, dont il nous est parvenu deux récits fort différents dans les manuscrits 775 de Paris (celui qu'a suivi l'éditeur) et de Montpellier, enfin la lutte des fils de Renaud
Bavière fait allusion ru duel de Roland et de Foulques de Lille, ce qui rapprocherait celui-ci d'Estoul, d'Olivier, d'Otinel. Enfin le Foucon de Milan d'Aliscans, v. 8, etc., le Fouchier des Enfances yivien b, le Forqueré du Siège de Barbastre (f" 3, etc.; et le Fouchier de Chartres de Bovon de Comarcis {\ . 3bl8) sont des variantes de Foucon de Candie.
(i) Dans Floovant, Forqueré de Troies figure parmi les douze pairs (v. 1460); et Forqueré de Tudele (v. 1767) est le sobriquet que Ton donne à Maugalie habillée en homme. Le Fochier de Vilance de Roncevaux, laisse 323, l'amorois Foucon et le comte Faucon de Faoul (v. 769 et 3350), le Fouques de St-Quentin d'Auberi (fo 89) et le Fouques interpolé avec Lsoré (id., f" 76), le Fouchier d'Ogier (laisse 3), le Fouques de Galien (p. 237 et 363, qui fait, p. 258, de Foucon de Candie par son père Milon de Fouille le cousin-germain et non plus le petit-fils d'Aimeri), le Foucherée et le Fouchier de Pierelée des Enfances Ogier (v. 1274, 2292, 5157), l'ingénieur Fouchier de Doon de Maience ^v. 3769), l'ambassadeur Fouquier dans Gaufrei (v. 10. 642) et le Foucon du même poème (v. 1763), le Guion fils Foucier d'Aliscans (v. 3960) et le marchand Fouchier des Enfances Vivien (v. 1160 d.) n'ont aucune signification.
(1) Cf. encore laisse 37, 114 et 237.
contre les fils de Foucon, sout dûs uniquement à l'imaginalion des trouvères. Aussi peu réelle est la cause de la rébellion de Renaud, qui elle-même n'existe pas, imitée du meurtre du fils du roi dont la mort de Chariot (866) avait fourni le prototype. La victime est ici un certain Bertelai, neveu du roi (1), mais il a subsisté des traces d'un état antérieur de la légende où elle s'appelait Louis (laisses 12, 31, 35), ou Lohier (laisse 20), comme dans Aspremont, Ogier, Jordain, Bovon d' A igremont, était fils du roi, comme dans Bovon,Jordain, et tombait non sous les coups de Renaud, mais sous ceux de Guichard ou plutôt de Richard son frère. Enfin le récit du siège de Montessor, où Maugis ne figure pas, n'est qu'une répétition du siège de Moniauban, que l'on a transporté du midi dans l'est de la France, après avoir transporté la scène des événements de la Loire sur la Garonne. Ainsi de la fronlièie bretonne les exploits de Garnier avaient été reportes dans l'Ardenne. La laisse 54 et tout le poème de Béton placent la forêt d'Ardennc sur les rives de la Gai onne (2). ?^an? doute quoique jongleur pérégrinant à Trémoigue m aura lappoilé des notions sur un S. Renaud qu'il aura confondu avec le comte de Poitiers, et de là sera venue toute la jartie orientale du pcèmo (•2), sans parler des allusions à uue guei re que l'on ne nous raconte pap, et qui se serait passée tantôt en Tiéiache (laisse 65), tantôt dans les limites du petit royaume capéien du XP siècle, entre Orléans et Senlis (laisse 34).
(1) Outre Otinel, où il faut lire, v. 698,Bérengier et non Bertolai, et RaoulyOii ce nom est à la fois celui du trouvère auquel est attribuée la chanson (v. 2242) et celui d'un parent de Bernier (v. 2762J, ce nom ne se retrouve que dans Girart de Roussillon, d'ailleurs sans physionomie bien marquée (par. 37, etc.^
(2) V.g, le fait que le cheval Bayard est jeté dans la Meuse près de Liège.
Uue dernière confusion qui n'est pas la moins bizarre, provient de ce fait que Renaud a été changé de camp par les trouvères. Begon était historiquement son lieutenant : il périt comme lui et la même année ious les coups de Lambert ; il était donc tout naturel d'en faire l'ennemi du roi Yon et de son lieutenant Segard (lisez Seguin de Bordeaux), mais, lorsque Renaud fut devenu le général du roi Yon, les trouvères, ignorants de l'histoire, le firent lutter contre son lieutenant, habillé par eux en sarrasin, sans se douter de l'erreur qu'ils commettaient et qui nous stupéfie aujourd'hui.
Quoique cela lut en contradiction formelle avec les données de Doon de Maience et de Jean de Lanson, le chroniqueur Jean des Preis se décida à faii-e d'Erchenbaud le fils de Doon et le père de Basin. Cette dernière donnée fut reproduite par certains manuscrits dMti^er^, tandis que d'autres appelaient Guillaume le père du célèbre roi de Bourgogne.
Boson, que notre épopée appelle Basin, est- un personnage historique. Le roi Charles le Chauve avait épousé sa sœur : lui-même se maria deux fois, comme dans Auberi, à la QUe du comte Matfrid, puis à la fille de l'empereur Louis IIj Ermenjart (i'Ilermesent de Torin épique). 11 se fît attribuer les dépouilles du comte Girard, Bouiges, Mâcon et tout le royaume de Provence. L'oigueil de sa seconde femme (et non, comme le dit Auberi, sa trahison) fut cause de sa ruine. Il se fit proclan.er le 15 octobre 879 roi de Bourgogne ou de Provence (pays qui comprenait Genève, d'où son surnom de Basin de Genves, et que l'on a confondu à Ion avec la Bourgogne française, d'où son surnom de Basin de Dijon). Cela attira sur lui les armes dn roi de Lombardie (Charles, fils du roi Louis de Germanie, et non Dé-
sier, comme le dit le poème) qui vint assiéger Vienne (880) et fit prisonnière la comles^o Ermenjart (et non comrr.e dans le roman Basin). Basin rentré à Vienne y mourut le 1 1 janvier 887.
Le roman d'Aaberi, lorsque, soit tendance générale, soit influence de l'Alberic et des Burgondes de la légende germanique, il transforma son Auberi en Bourguignon, lui donna pour père Basin ; et de là vient, au début de celte œuvre, le récit a^scz hiFtorique que j'ai résumé. Son dévouement à Charles le Chauve l'a fait introduire dans la légende des luttes de Charles Martel contre le maire du palais Reinfroi (saga de Charlemagjie), qui fut à tort, comme je l'ai dit, remplacé par le Gérin auquel font allusion Elie (v. 1980), Godefroi (v. 1592) et Renaud. Il combat le rebelle Jean de Lanson. et, sous le nom de Basin d'ivorie, le rebelle Gui de Nanteuil (v. 2824). Cité par Aimeri (v. 1549), par Roncevaux (laisse 338), pair de France dans Fierabras qui, comme les Lorrains (p. 20). en fait le père d' Auberi, il fut, avec son doublet Basilic, considéré par i?o/an(i (v. 208) et par Oalic.n (1° 189) comme réj^ent d'Espagne, messager de paix à Marsile et assassine par celui-ci.
Le roman ô.' Auberi n'a pas scukmeiil reçu ce prologue : il a été jiro fondement remanié. Le fondement réel en élait, je crois, l'hosLiIilé de ses deux neveux épiques, Amauri et Gacelin, contre Lambert ; Amauri fut en effet chassé eu 850 par Lambert Ju comté de Nantes, et Gauzbert, comte du Mans, réussit en 852 à se défaiie de la personne du terrible allié de Nominoc (I). Auberi. dont l'histoire ne pnrle
(1) Je ne veux pas dire que Gacelin soit phonétiquement issu de Gauzbert : je veux dire que le Gacelin épique en tient la place, de même que le Gaufrei épique, qui n'est pas Godfrid mais Galfrid, joue cependant le rôle historique de Godfrid.
pas (I), appaiteDait sans doute au même parti, et Henri, le prétendu frère de son père et son ennemi, doit être l'Herric que l'on trouvé en 840 faisant campagne avec Lambert contre le roi dans cette même région.
Dans le poème qui nous a été conservé, le théâtre des événements a été modifié. Auberi est devenu bourguignon, et le repaire de Lambert a été placé dans la forêt d'Ardenne. On a fait du prè Lambert sous Paris le théâtre du dernier combat qu'il ait livré. Le royaliste bouiguignon Auberi, ayant pour adversaire le rebelle Hoedon, autre personnification du roi Yon d'Aquitaine, celui-ci, que l'on considérait comme le frère de sa mère, fut placé à Langres, sur les confins de la Bourgogne ; et il reçut pour allié un Tiébelin ou Tiécelin qui n'est autre que le royaliste Tibaud dont j'ai déjà signalé le rôle important eu 840 et 84 1 . Puis on transporta Auberi en Bavière, sans doute par le motif qui y avait fait transférer Naimon, car je crois que c'est parce qu'Auberi était bavarois qu'on a fait de Naimon le petit-fils de sa sœur. Son oncle Henri vint alors occuper sur les frontières de la Bavière, en Osteriche, i. e. en Autriche (éd. Tobler, p. 17) et non à Autun (comme Tarb^, p. 5, comprend Ostenne), la position que Yon occupait à Langres sur les frontières de la Bourgogne. Il existait un saint bavarois du nom d'Odalric, Ouri, Orri ou Ulrich, évoque d'Augsbourg au X* siècle ; on en fit un roi martyrisé par les païens comme Vivien, et prédécesseur d'Auberi. On fit jouer à Auberi près de Baudoin de Flandie le rôle libérateur qu'il jouait près d'Orri, on fit lutter Gacelin contre le dieu celtique Elinau, prétendu fils de Lambert, on accumula les meurtres, en mettant sur la conscience d'Auberi la mort des deux fils d'Heuii, des deux fils d'Ouri, puis on lui attribua dos aventures galantes, eu
(1) Le nom fut porté au IX" et au X*= s. par plusieurs vicomtes vassaux du duc de France.
Flandre notamment, on raconta qu'il avaii dû fuir son pays parce que son inconduile l'avait rendu odieux à tous ses vassaux (éd. Tobler, p, 186) ou pour échapper à la colère du roi de France (p. 17), toutes allusions absolument contradictoires au reste du récit, et qui montre avec quel mauqiie de soin ces allongements de vieux poèmes étaient communément pratiqués.
Dans sa lutte contre Lambert, Auberi a pour auxiliaires ses deux neveux Gasselin ou Garselin et Amauri, fils de Rioul (et non, comme récrivent les manuscrits, de Haoul), puis Gautier, fils d'Anséis ; les autres, parmi lesquels figurent beaucoup de rebelles, sont généralement interpolés. Je n'ose en dire autant de Foncon, qui, après l'avoir combattu sous les ordres d'Hoedon, finit par se rallier à lui, et qui dans notre épopée doit ôtre considéré comme un rebelle ; car il paraît bien être un des personnages principaux du récit. Les noms des partisans de Lambert n'offreat aucun intérêt.
Il n'en est pas de môme de ceu.v des partisans d'Odon. On y trouve Robert (lis. Ripes, la variante Raoul étant fautive) qui est tout naturellement, en sa qualité d'Erispoé, l'ennemi de l'ennemi de Laniberi, le rebelle Huon, l'ami de Fouqueré, Gui, analogue à l'ami de Foucon Guiomar, enfin les rebelles Joceran et Banselin. Le chef des païens ennemis du roi Ouri, Anquetin et non Aniequin, est encore un personnage cher aux romans haiïico-hveions, As pre mont, les Saisnes . etc. : c'est donc lui aussi un rebelle authentique.
En dehors de notre roman et des Lorrains, où il ]OJe le même rôle d'ennemi des rebelles, et où il figure également comme duc de la Bourgogne française, ayant Dijon pour capitale, Auberi ne paraît que dans la Reine Sibile, où, chargé de reconduire à son père la femrne du roi Charles, il est assassiné par Macaire et vengé par son lévrier. Girart de Viane a conservé de lui un souvenir vague en faisant de sa duchesse de Bourgogne la veuve d'Auberi II figure encore
avec Bérengier et Foucon, parmi les barons décèdes dont le roi Louis offre les terres à Guillaume dans le Charroi de Nîmes. Ailleurs, défalcation faite de l'Alberic mythologique, Auberon ou Oberon, qui joue un si grand rôle dans Huon de fiorc/eai<^ et auquel fait allusion Gaufrei (v. 103), ce n'est qu'un nom dans Aimeri (v. 1528 c), dans Anséis (v. 6861 a) dans Elias (v. 6210), dans Richard le Beau (v. 860), dans le Bovon de Hanstonnehal'ien, dans Foucon (Auberi le tiois, f" 79, Auberi le pouhier et non le porchier, p. 73), dans les Saisnes (laisse 22 a) .
Gacelin de Droies (ou de Brèves) figure dans les Saisnes (laisses 36 et 86), Gace de Dreux combat aux côtés du roi dans Girart de Roussillon (par. 25, etc.) et Anséis cite un Gaselin (ou Giselin) de Ginois, v. 4513. Quant au Jakelin de Blois qui joue un grand rôle dans Anséis (v. 4531, 5285, etc.), c'est certainement un baron héiupé, mais j'y verrais plutôt Jocelin.
J'ai déjà montré Amauri, conseiller du roi Charles et ennemi du rebelle Huon dans Huon de Bordeaux. Cela a suffi pour en faire un perfonnage mal famé et si Gaidon (v. 5041, 5165, 5'ii02, 10. 74'i) no l'a pas changé de parti, il n'en a pas toujours été ainsi : car Charles le Chauve fait d'Amauri de Bretagne un ennemi du roi. Ce surnom de breton n'a été conservé à Amau:i que dans Raoul (v. 3352) ; ailleurs, dans le chioniqueur Mousket, dans Aspremont {[" 24), dans les Lorrains, on l'a transformé en berrichon. Il n'y a naturellement rien à tirer du traître Amauri de Bovon de Hanstonne (ms. fr. 12.54f, 1° 137), du voleur Amauri du Moniage Renoart (laisse 21), du vague Esmau:i à' Aimeri (v. 1519), du lombard Amauri d'Esclar monde (v. 5838), associé à Droon comme dans Raoul (v 76'J), du fils de Ciperis, de l'Amauri d'Ogier (laisse 20), des Enfances Ogier (v. 1 1 11), de l'Amauri de Sassoignc et de Senlis 'v. 324, etc.) de Bovon de Comarcis. Dans Galien (f 239) et dans Aioul
(v. 4393) il faut sans doule lire Aulori et non Amorri ou Amori.
D'aulres sont un peu plus intéressants, et, négligeant ceux qui viennent simplement pour la rime, comme dans Raoul (v. 3521), les LojTains (p. 21 et 30), Ogier (p. 302, où il est à juste litre dans le camp royaliste, mais où son association à Girard indique bien que l'auteur avait perdu tout souveuir de Éou rôle véritable), et le comte du Perche de Huon Capet (v, 3024), il existe une tendance assez curieuse à en faire en même temps le fils ou le frère du héros dont on parle, et qui est souvent un rebelle (Ga^/en, les Saisnes, Maugis, v. 6073, floncerawa; , laisse 12, Elie, v. 198, Gui de Nanteuil, v. 325, Ogier, p. 275). Amauri, associé il est vrai à Hugon, est fils du breton Milon dans les Saisiies, Amauri do Chartres, pair de Franco dans Flojva?it (v. 1428), est le fièrc du breton Moran, le royaliste Amauri, qui tint Auvergne et Berri, dit le chroniqueur AJouekel qui en iait le gendre de Floovaut par allusion à un récit que nous avons perdu mais dont on retrouverait sans doule des traces dans Charles le Chauve, est fils du royaliste Alori, le royaliste Amauri tue le breton Guinemer (lis. Guiomar) dans Maugis, v. 6032, et est tué dans Girberl (v. 690) par le même personnage, appelé ici Guineman. Roland habille en sarrasin son Almari de Belferne que la saga appelle Amalri et un des manuscrits du Roncevaux Amimvï (ou Aumalri) et l'envoie combatlreGautier (v. 812). Esmari ou Almeri refuse dans Aspremont (f° 24) d'aller chercher du secours, et je crois bien qu'il faut lire Amauri, et non Aimeri ou Henri, le nom de celui qui plus loin refuse de porter la vraie croix (1).
(1) En revanche il faut lire Aimeri de Thouars et non Amauri le personnage qui figure dans Gaidon : les Lorrains, p. 126, donnent correctement Aimeri de Thouars, et incorrectement, p. 207, Amauri de Thouars. Quant à TAimeri de Girard de Roussillon (par. 107), ce
Amauri de Roie de Girbert se rapproche d'Amauri, frère de Foucon de Droies dans les 5a25;ie5 (laisse 181 où il est tué par les païens).
Les Lorrains se sont trouvés fort embarrassés ; ils auraient dû mettre Amauri dans le camp royaliste, et tel est eu effet l'attitude d" Amauri de Nevers (p. 15, '?09 et 207) ; mais ils ont pris au sérieux l'existence d'Amauri de Bourges (p. 173) et force leur a bien été de mettre ce i-ersonnage avec ses voisins. Dès lois ils n'ont pas hésité à créer un Amauri d'Amiens, qu'ils opposent à Fouqueré et à Auberi (p. 120, 213) et qui est absolument de leur invention.
J'ai dit que le père de Gasselin et d'Amauii, le gendre de Basin, le beau-frère d'Auberi. devait être appelé Rioul et non Raoul, comme l'a imprimé M. Tarbé. Je considère en effet que Raoul, pèie légendaire de Gauzbert du Mans, doit être le Rioul du Mans qui joue un si grand rôle dans Gaidon. On m'objectera peut-être que Rioul du Mans est un rebelle et Raoul le père de deux royalistes, mais rien dans Auberi ne nous indique que le père et les fils aient embrassé le même parti. Sous ce même nom de Raoul du Mans, et comme gendre non plus de Basin, mais d'iù^eri (v. 4637), il est le père d'un autre héros franco-breton, aux allures de rebelle
n'est pas un Amauri, mais plutôt un Auberi ou un Henri ; les comtes Auberi et Henri, Aimer et Henri, Aimon et Aimeri jouent en effet assez exactement le même rôle.
La saga de Charlemagne (I, 37) cite Anherri de Bourgogne, puis Aumeri de Berri et son frère Lambert. Dans l'un et l'autre cas il faut sans doute lire Amauri.
Dans Charles le Chauve Amauri paraît d'abord (f° 54) parmi les rebelles de l'armée de >'ivelard ; puis, sous le nom d'Amauri de Bretagne, comte de Lyon (toujours la même confusion entre les vallées de la Loire et du Rhône), il devient le principal ennemi du roi Philippe. On lui impute môme la mort du jeune Charles, fils de Charles le Chauve, tué en un pré sous Paris,
celui là, Anquelin le normand. C'est encore Rioul du Mans qui, dans la version, originale de Fierabras, était associé à Hoël de Nantes (v. 4602, 4732, 4802). Le Charroi de Nîmes contient un vers (1349) où Guillaume déclare, je ne sais avec quel sous entendu, qu'il ne s'appelle pas Raoul de Macre (lis. du Mans). Dans Auberi même, le personnage généraralement appelé Robert de Biaune figure une fois (éd. Tobler, p. 173) sous le nom de Raoul de Miaune (lisez encore du Mans), comme un ennemi du héros.
Seulement il est arrivé pour ce personnage ce qui s'est produit pour tant d'autres ; pour Ripes par exemple dont le nom peu connu en dehors de Bretagne, a été remplacé par les formes Reinbaud, Rabel et Robert. Le nom de Raoul était beaucoup plus connu que celui de Rioul, c'était celui du héros d'une chanson de geste, tué en 943 dans une bataille livrée aux fils d'Herbert de Vermandois, c'était celui d'un cousin germain du roi Louis VI, sénéchal du royaume de France, comte d'Amiens et de Veimandois, mort en 1152, qui nous a donné le Rioul de Vermandois de Gui de Nari' teuil (v. 758) et le Raoul d'Amiens qui dans Fierabras remplace l'ancien Rioul du Mans ; c'était celui d'un comte de Soissons, mort en 1237, et qu'on retrouve dans Raoul^y. 2036. Dès lors Rioul a été oublié, et l'on a écrit Raoul le nom de l'hôte d'yl/oii^v. 1369), du messager d'i4tw6n (v. 1494), du tentateur de la belle Jeanne, du oeveu de l'empereur tué à Cologne par Huon dans Esclarmonde (v. 52, etc ), de l'oncle de Doon tué par le père de Bovon de Hanstonne (ms. fr. 12.548, C°82).
J'ai déjà, au cours de ces études, signalé presque tous les passages où figure Lambert, qui, comme Naimon et Ripes, a été transformé en général du roi Charles contre les rebelles, son rôle impoitant dans Girart de Viane , dans Maugis (v 5849), dans le jï/amé"/' italien en prose, dans Gl7'art de Boussillon sous la forme Arberl, dans les Saisnes, tantôt
comme messager (Lambert de Berri), tan lot comme seigneurd'Etampes sous les formes Lambert, Aubert, Htrbert (laisses 47, 86, 112), dans Gui de Nanteuil (tanlôt comme duc de Berri, v. 334, tantôt comme Haubers de Nivelé, v. 1481), dans Ogier{p. 259 et 548), dans Otinel (v. 1742), dans Gaidon, comme Lambert de Montferrand (v. 9280). Le rebelle Lambert ne conserve son caractère que dans Auberi, dans les Lorrains (p. 61, etc.), qui l'appellent Lanselin de Verdun et dans le Guillaume qxï prose qui faii de Lambert de Montfort un des ennemis du roi Louis. Ajoulons-y le traître Lambert de Doon de Maience (v, 3383), et rappelons-nous que Turpin connaît déjà Lambert de Bourges, et sa biographie épique sera terminée (I).
Le Rancelin,dont Girbert (v.60, etc.) fait un dts principaux rebelles, n'est sans doute qu'une forme imitée de Laucelin, mais faut-il en dire autant du Benselin, oncle des fils Ouri et du Benselin allié à Odon dans Auberi (éd. Tobler, p. 3, 169, 173, 175, 186, cf. î" 11 où Gautier et Benselin sont interpolés), des difFérenis Bancelia très peu caractérisés dans les Lorrains (abbé de Gorze, p. 298, chambellan du roi, p. 306, 308 et sans doute 161, seigneur de Nevers avec Alard, p. 44, rebelle avec Hatton, p 126), qui auraient produit le royaliste mal lamé Bancelin de Gaidon (v. 7068), très mal placé dans ce camp, où d'ailleurs se trouve déjà Lambert, le Buezelin (lis. Benzelin) d'Esclarmonde, v. 800, associé comme celui de la p. 126 des Lorrains à des chevaliers bordelais ? Faut-il croire que le Baucelin de Girbert (v. 463 etc.), fils de Huon de Cambrai, lequel est un personnage imaginaire et mal nommé, puisque c'est un nom de rebelle appliqué à un personnage de la farriille fidèle des
(1) Aumeri de Berri et Lambert son frère figurent dans la saga de Charlemagne, I, 37 ; Ille place Lanselin de Poitiers (v. 5897) parmi les auxiliaires de son héros.
Lorrains, est une eneur pour Bancelin, ou un diminutif de Bauce, forme hypocoristique de Baudoin, qui désigne un personnage historique d'Anséis, fils de Glrberi (I).
Joceran a pour diminutifs Josse, Jocel et Josselin, et Joceaume n'en est qu'une variante (v. g. Mort Aimeri, v. 300, etc., Maugis, v. 8596), ou un doublet (flo/anc/, v. 3065), quand ce n'est pas un nom de pure fantaisie, amené par le caprice d'un jongleur (Ogier, p. 217 ; Renaud, laisse 19 ; Aimeri, v. 1505 ; Raoul, v. 753 ; Elias, v. 3024 ; Auberi, éd. Tarbé, p. 127 et 136) (2). Il faut ajouter de plus que, soit à cause de la nationalité méridionale qu'on lui prête, soit à cause de l'influence de Josué, on le voit parfois travesti en sarrasin (Goncelin, Enfances Vivien, v. 503; Gonselin, Aioul, v. 6668 ; Josselin de Cologne, Charles le Chauve; JossersiU, Aspi'emont, ms. fr. 25.529, f 34 ; Joce de Tudele, f» 1 ; Covenant Vivien, V. 1592 ; Joseié, Anséis, v. 2862 ; Joce, Floovant, v. 1492). Ce n'est d'ailleurs pas le cas le plus fréquent. Dans Roland (v. 3007, etc.) il est chaigé avec Naimon de l'organisation des batailles et commande les barons du sud-ouest ; il figure dans Ga//en, p. 241, dans le Montage Guillaume (fo' 272 et 274, sous les formes Jocelan de Verdon et Jocelin le comte) avec Huon ou Gautier de Troies, dans Foucon (f^ 65, 90 et p. 89, comme Joces de Glarvent, P 103, comme Joseran de Berri), dansiiiwm, (v. 1547 et 2783), dans Anséis (v. 4796, Joseran de Rousie), dans Foucon (p. 55), Anséis (v. 691) et Aioul{v. 8371, etc.) comme Joseran de
(1) La saga de Charlemagne cite 'I, 37) un Benzelin et son frère Todbert fils Huon de Ponti.
(2) Dans ce dernier poème on l'appelle de Rouen ; f° 100, on trouve un Joceaume de Dijon qui est encore le même, et f° 104 un Joceaume d'Avignon qui doit sans doute être lu Anteaume d'Avignon. Il ne faut pas le confondre avec S. Josse, invoqué dans iîJc/ia/'d le Beau, v. 584. *
[""aris, dans Gaufrei (v. 6115, Joseran de Valence), dans Ogier\'o. 209, Josien de Pierrelée). Souvent, lorsque nos manuscrits portent Jofroi de Glarvant ou de Paris, c'est Josse qu'il faut lire. Certains manuscrits à.'Aliscans mettent Josseran et Guineman parmi les sept cousins, neveux de Guillaume ; Josselin et Guineman se retrouvent parmi les chevaliers d'Aimeri dans la Mort Aimeri, v. 300, etc., et Josseran, l'un des douze pairs de B'rance dans Floovant, y est le père de Guineman et de Richier (v. 1426, etc.), ce qui tend à le rendre identique au Giovambarone des récits italiens sur la dynastie mérovingienne. C'est sans doute comme parent ou ami des Narbonnois que Jocel de Verdun paraît dans Girart de Rovssillon (par. 319) avec un surnom que lui donnait déjà le Montage Guillaume. Rien à conclure naturellement du bon hôte Jossiel de Richard le Beau (v. 1643), du sobriquet de Jocel Maunas de Girart de Roussillon (par. 526), du Joseran d'Albigeois de Girart de Viane (p. 66), du Joseran d'Ogier (p. 224 et 404), de l'hôte de la Reine Sibille (f" 327), du bon sarrasin à'Aioul (v. 9973), du bon hôte de Charles le Chauve, du Josselin deHuon Capet, v. 3923.
Le plus intéressant est naturellement celui qui figure dans les poèmes relatifs à nos guerres civiles. Auberi le met parmi les rebelles (éd. Tobler, p. 169, 173, 175, 186 ; f° 97) et donne son nom à l'un des fils de Heudon (éd. Tobler p. 196 et 197): il ne faut donc pas faire attention au Joseran de Biauvès du 1° 83. Maugis est hésitant ; il met Jocelin (avec Béi'aud, v. 6247) daus le camp royaliste, comme Joceran de Blois (ou Joccaume de Troies, v. 8596), mais il met Joceran d'Orbeudele (v. 0266) dans le camp rebelle. Ce Joceran de Blois, qui n'est s:ins doute pas différent du Jakelin de Blois qui se couvre de gloire dans Anséis, v. 4531 , etc., réparait sous la forme Jos-ian de Blois et dans le camp rebelle dans le Bovon d'Aigremont de Montpellier. Chçrlemagne (f 25) compte Jocerin de Monteil parmi les amis de M ai net, ce
qui, étant donné les procédés habituels à ce roman, tendrait à le ranger parmi les rebelles. Elias, qui est hostile à ceuxci, le met avec Garnier, parmi les Saxons (v. 4927)- Son attitude dans les Lorrains est fort difficile à ôuicidor. Je lis Jocclin et non Rocelin le fils de Bernard (p. 109 et 126), et je le trouve dans le même camp que Jocelin,fils de Fromond (p. 140), que le cbàtelain de Ghàteau-Tiéri (p. 292), que Jocelin de Mcntdidier (associé à Girard, p 206). Je le trouve encore associé à Fromond et à Guillaume (p. 31), au rebelle Garnier (transformé à tort en royaliste, p. 40), à Hardré et à Landri (p. 44), à un berrichon et à un limousin qui sont géographiquement des rebelles (p. 207); je crois que le Jocelin de Salebruge (p. 125) n'a pas de valeur épique, que l'écuyer Jocelin (p. 212) n'en a pas davantage, et je suis tenté de dire la même chose en ce qui regarde Hatte et Jocelin de Besançon (p. 126). Mais que dire de Jocclin de Maçon (p.72), de Jocelin d'Avignon (p. 74), de Jocelin de Glermont (p 79) ou d'Auvergne (p. 176) ? Jocelin de Mâcon est un rebelle, mais on le voit plus tard s'emparer de Mâcon au nom du roi et dans sa rébellion il a pour prétendus complices de véritables royalistes, Hervé et Renaud; que Jocelin d'Auvergne soit une faute pour Anteaume, et qu'il ne faille pas en tenir compte, c'est possible, mais on le trouve associé tantôt à Gui de Biais, tantôt à Guichard, et ces deux personnages peuvent être identiques, et ils peuvent être différents, et Guichard peut ne pas être à sa place. Ce qui fait que tout en penchant à voir en lui un rebelle, je n'oserais pas l'affirmer (2).
(1) Dans Aie, v. 2809, au lieu de Joserau, lire Fouqueran.
(2) La saga de Charlemagne (I, 37) cite Josselin de Provence, puis Joceran fils de Ralf d'Utrefs. Le nom appartient à une famille mancelle ; il y a un Gozlin ou Josselin, fils de Rogier comte du Mans, qui fut évêque de cette ville, se montra prélat fort belliqueux, fut
J'ai assimilé l'oncle et l'ennemi d'Auberi, Henri, à cet Herric qui prit en 840 avec Lambert les armes contre le roi Charles. Le rebelle Enri de S. Daire de Maurin et le rebelle Henri de Grandpré des Lorrains (p. 61, etc.) sont assez conformes à celte donnée, cl, d'après ce que j'ai dit du renversement des rôles dans la légende de Mainet, on ne s'étonnera pas de trouver dans les deux versions françaises de la légende Henri et Henri de Bourges parmi les défenseurs du jeune roi. Ailleurs les choses sont moins claires. Dans Gaidon je relève trois mentions relatives au rebelle Henri (v. 2145, 2171, 2507), mais j'en trouve onze (v. 4207, 5042, 5164, 5625, 5799, 5902, 5949, 6915, 7576, 7729, 7918. 9256, plus au V. 4392 où il faut lire Henri et non Huon, et au v. 2142 où il faut lire Henri et non Guerri). Dans Girart de Roussillon il y a un Henri rebolle (par. 174, 175 et 323, associé à Landri et comme dans Mainet à un Guigon qu'il faut sans doute lire Hugon) et un Henri royaliste (par 310, 380, 389, 546, associé à Auberi ou Aimar). Il ne faut pas évidemment se préoccuper de l'Henri de Champagne du Moniage Guillaume (1° 272), personnage du XIP siècle, de l'écuyer Henri et du bâtard Henri de Huon Capel (v. 1581, v. 2139, etc.), de l'hôte Henri de Creil, de Charlemagne (f° 26), des évoques (les Lorrains, p. 25 et 128), chapelains (les Lorrains^ p. 12t et 180, Aioul, v. 10.393), sergents {Berte, v. 3130), sénéchaux {Godefroi^ v. 1888), châtelains [Auberi, i° 105, .4mm, v. 1521), gaiçons [Auberi, 1°93), comtes ou chevaliers [Auberi, i" 64, Ciperis, Elias, v. 2168) qui portent ce nom. Souvent d'ailleurs (Galien, p. 125, Enfances Vivien, v. 124), on peut hésiter entre Henri ou Tiéri qui donnent la même rime, ou se dire que la formule et Henri remplace quelque adjectif,
chassé puis rétabli par le roi Pépin et mourut en 770. Un autre, fils de Roricon, frère de Gauzbert, comte du Mans, fut évêque de Paris et mourut en 886.
comme le hardi, ou quelque nom de terre qui ferait le même effet (Naimou el Henri, /?e/i«urf, laisse 15, Jofroi et Henri, les Saisnes, laisse 22). Notons cependant que dans Esclarmonde (v. 3762), dans le Montage Renoart (laisse 21), dans Aioul (v. 5808). dans Galien (p. 33) qui imite sans doute Auberi, puisqu'il fait de Henri l'oncle de son héros, dans Huon de Bordeaux, le nom a tendance, comme dans Gaidon, à être pris surtout en mauvaise part. Cependant, lorsque Girberl (v. 441, etc.) donne pour fils à Girard de Liège (c'est un lorrain, mais le nom indique un rebelle) Hanri et Guineman (lis. Guiomar), il ne s'écarte pas de la réalité. Trois énuméralions de Raoul (v. 755, 864, 3450, la seconde pour la rime) rattachent encore à Girard un Honii de Troies, Henri ou Henri de Cenlis, une quatrième (v. 6287) fait figurer ensemble Pierron le preux et Henri d'Aminois, ce qui n'a pas plus de sens que de donner à un des prétendus fils de Dernier le nom d'Henri (v. 7615, etc.) ou de faire pour la rime de Gantelet (v. 3604) le fils d'Henri. Il est de même évident que l'Henri de S. Orner de Huon de Bordeaux (v. 9924), un des douze pairs, est de pure fantaisie, comme Henri, fils de Huon de Bordeaux et père, je crois, de Hervi dans les Lorrains (I).
(1) Dans les Lorrains, nous trouvons en face de Henri de Grandpré, dans le camp opposé, Henri de Bar (p. 104) et Henri de Toulouse (p. 126). Le Henri de Gaiifrei (v. 4646), cousin germain du breton Naimon et beau-père des rebelles Doon et Girard, pourrait bien être l'Herric historique, mais ce peut être aussi le châtelain Henri.
Ou plutôt dans une version des Lorrains, car à côté de cette légende qui paraît le rattacher surtout à S. Berlin, bisaïeul maternel de son père, il en est une autre qui appelle son père Tiéri et fait de S. Séverin son bisaïeul maternel.
Quest ce que l'Henri d'Olenois ou de Linois qui dans Girart de Viane, p. 31, rappelle au roi les services de Renier ? Quelque chose çans doute d'analogue à l'Henri de S. Omer de Huon de Bordeaux.
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/l/c csl un poèmo 1res coni['lii]<i '' on plusieurs intrigues s'enlrecroisonl ot s'enchcvêtient.
Pour moi, le hcros du poème osL Garnier, frère de Lambert, qui suivit Fon fièrcdans Fa l'ébelliou contre Ghailes le Chauve, fut pris [ar les royalisles et mis à mort en 852. Les (^vènemcnls se passaient <à l'origine sur la frontière bretonne ; on les a Ir.msporlés de la Loire snr le Rhône : la Fcène se passe à Avignon ; la guerre a ponr bul la possession de la main d'Aio, fille d'Anloine ei héritière de la seigneurie.
L'autenr était nn royaliste ; il hii a (h'plu qne son héros eut encouru la disgrâce royale, il le montre bien un moment dans celte situation, mais ren?emble du poème nous donne l'impression cciit-aire. Donc, il a interverti les rôles de Bérengier, de Milon, d'Auboïn, d"An)augis, de Sauson, et, de ces personnages qui fnrent des royalistes, il a fait plutôt des contempteurs de l'auloriié royale; l'imleuv do Renaud el celin de Maugis ont commis la même erreur, dans laquelle ne sont tombés, d'une manière; générale, ni l'auteur de Gui de ^anteuil, ni celui des Lorrains, ni celui à.' Auberi.
Malheureusement pour la elaité, l'auteur n'est pas resté fidèle à son sys^lèmc. Au rebelle Garnier il a tout naturellement donné comme neveu le rebelle Giiard et fait de l'un et de l'autre, également à tort, des royalistes : mais Tibaud et Achard, Guichard et Alori ou Aulori (!). iju'on lui donne
yl) Guichard et Alori reparaissent dans Gaidon sous la fnrme Guion et Alori, v. 704, et cette fois dans le camp royaliste. Le chroniqueur Mousket fait Alori père d'Aniauri, rpii est un royaliste. Guion de Ijourgoi/nc, v. 1US7, ll.'JO, et Aiibcri, éd. Tarbc, p. 134, rasseoient à Tibaud, qui est encore un royahste. Les poèmes sym-
également pour défeuseurs, sont, selon toute vraisemblance, des royalistes, qui sont là parce qu'on le croit royaliste. ]l est de même inexact défaire d'Auboïn et de Milon les ennemis de Renaud et de ses frères ; ce sont gens du même parti (1).
Que Ton trouve près de Garnier les bretons Guiomar(v.820, etc.) et Ripes, c'est tout naturel : il l'est tout autant de voir dans le camp adverse Aleran ou Aie qui, soit en 850, soit en 876, combattit pour le roi Charles, llaguenon, le ministre fidèle et détesté des grands sous Charles le Simple, Otou l'aleman qui n'est aulic que le roi de Germanie qui vint aider hi roi Louis IV contre ses vassaux rebelles, Gonlier, personnage mal famé. Renard qui est le traître Rohard ou le royaliste Renaud de Poitiers, Achard qui, v. 635 et 636, \ient reprendre sa place dans son véritable camp, Ilondré ou Hondrion, personnage mal famé, forgé comme Gontier
pathiqics aux Bretons en sont arrivés à le considérer comme un lâche [Ocjier, laisses 7, etc., les Enfances Ogier, v- 678), comme un traître {Parise, v. 17, Gaufrei, v. 2209), d'où Fexpression « le lignage Alori » {Gaido7i, v. 763, Aie, v. 1112, le Couronnement, v. 14991 pour désigner la geste des traîtres. Il est même arrivé, étant donné sa mauvaise réputation, que les Lorrains, poème royaliste, l'ont fait figurer parmi les rebelles, p. 41, 256, etc. Maurin se borne à faire allusion à l'orgueil et à la triste fin d'Alaric le roux (v. 773). Charles le Chauve (f" 34) met Aleri parmi les rebelles ; Alori de Màcon est un traître dans la reine Sibile (ï°^ 291, 314, 364, 367).
(1) Non seulement la scène a été transportée sur le Rhône, mais elle a été encore rejetée sur la Meuse et dans l'Ardenne, vers le nord-est. De là vient qu'on voit Charles marcher au secours de Cologne qu'attaquent les Saxons et revenir, ayant pris Tarragone en Espagne. De même au début, il semble qu'on ait mélangé deux poèmes, l'un où Bérengier est le principal adversaire de Garnier, et dont la scène se passe à Laon, l'autre, où il a affaire à Auboïn, et dont la scène se passe à Soissons.
sur le royaliste Gontard, qui fit eu 844 avec Achard campagne co.Ure Pépin II. D'auLres sont interpolés, Ânséis, V. 1301, dont on a pris le nom dans b stock des vocables épiques, avec Gaifier et Seguin, v. 2782. Il n'y a pas plus à se préoccuper dans l'autre camp de Gautier d'Avalon, V. 1845, 1883, 204, Anséis et Droon , v. 951, Savari et H non, v. 2075, etc. ; Fouqueran ou Foucon et Renier, fils Gariu do Mâ:on, v. 820, etc., méritent plus d'attention. Il est tout naturel que Foucon figure dans le camp de Garnier ; c'est généralement dans notre légende un rebelle, et comme Huon et Savari ont souvent cette physionomie, qu'ils sont d'ailleurs devenus, comme Foucon, des membres de la famille narbonnoise, leur place est là tout indiquée. Aie emploie d'ailleurs beaucoup de personnages de cette geste, Bernard, Bertran, Einaud de Gironde, Garin d'Anséune, et fait allusion à la mort d'Aimer le cbétif. Garin de Mâcon peut figurer là comme royaliste, avec Tibaud et Achard ; il aura entraîné son fils Renier, fils légendaire d'un autre 3arin, celui de Montglane Comment Fouqueran est-il fils de Garin ? Peut-être, parce qii'Auberi et Guidon le représentaient comme royaliste, et qu'on a cru devoir le distinguer du rebelle Foucon de Renaud et de Girard de Roussillon, très logiquement associé ici an rebelle Guiemer ()).
Négligeant les chefs sarrasins Marsile, qui vient du R'jland, Baudus et Ganor que Jai rencontrés et étudiés dans
(1) C'est parce qu'on les rattache à la famille des traîtres que Bérenger est fils de Ganelon, Achard et Hondré deMacaire, Amaugis d'AIori, Auboïii et Milon fils Pinabel et neveux Ganelon.
Si le Garnier frère de Lambert est identique au Garnier qui en 841 avec Girard, Gondcbaud et Ernoul insurgea contre le roi Charles le Chauve le pays entre Seine-et-Mcusc, on s'expliquerait la localisation dans le nord-est d'une partie du récit.
la légende de GuiUaame, reprenons la biographie des principaux personnages du roman.
Garnier de Quoqnùnio ou QaoqU'îngne est un des principaux personnages à'Aquin : voilà qui atteste son caractère breton. 11 est dans les Lorrains avec Salomon, Hoël, Jcfroi, Richard, un des principau,\ chefs entre Seine-el-Loire, et on l'appelle Ganiier de Droux, sobriquet atlribuc à Foucon et à lluon, ou Garnier de Paris, peut-être par suite d'une confusion avec un personnage de ce nom qui vivait en 1067. Etant donné sou surnom de Qiioquenio, je serais porté à croire que le pas ag ^ de Girard de Roussilton oii il est dit que Milon tua sous Quinqu^nie le père d'Amaile ou Eracle de Ranchopie se rapporte au meurtre de Garnier par Milon. Garnier n'est souvent qu'un simple nom de bourgeois, de vielleur (I), de chevalier ou de seigneur sans importance (2).
(1) Berte, v. 29o, Aiutil, v. C270, Auberi, f" 76 (Garnier et Salaire), Otinel, V. 252.
(2) Prince de Tarente ou Corinthe, Galien, p. 279 ; comte de Grée, Elias, 6484 ; Garnier ou Garnelin et Renier fds de Guerri, Raoul, V. 2409, etc. ; chevalier b; rdelois, Esclarmonde, v. 797, etc. ; Garnier, qui l'ut né de Cornar, otage du roi, Bovon de Haîistoiine, liibl. n;it. nis. fr. 22.:jl6, f° 47; Garnier, le seigneur de Valcaire, Gaidun. v, 7397 ; Garnier de Pontelie ou de Valserie, Anscis ; Garnier de Valence ou de Valenlin, les Lorrains, p. 81 ; Garnier de Loinbardie, un des douze dans Simon de Pouille ; Garnier de Vavenice, père de Parisc (appelé Renier de Dijon dans Iristan de Nànteuil) ; Garnier, soudoyer de Loon {Ogicrj.
Savari et Garnier, Foucon, f" 17 ; compagnons de Bernier, Raoul, V 7563, etc. ; Foucon, Guillaume et de Valois Garnier (lire l'Avalois ou d'Avalonj, Foucoti, p. 132 ; le jeune Garnier, Ogicr, laisse 29 ; Garnier de Danemarche, Foucon, f° 90 (il y a dans ce poème un Girard de Danemarche) ; Garnier d'Angers et Huon son parent, Otmel h, V. 1226 ; Hue du Mans et Garnier de Paris, Ogier b, p. 298 ; Uichard du Mans et lAvalois Garnier, Ogier a, laisse 3 ; Amauri et
Parfois c'est une variante de Garin [Ogier] , de Girard {OWncl), de (niuiier [O'jicr, Anséis) ou de Renier [Ogier]. La saga de Charlemagne parle d'un Garnier de Montsaragia qui fut le beau-père du rebelle Girard. Garnier de Blaie, fils d'Araive ou d'Aimon, est, dit Girard de Roussillo?i, un parent du héros, mais il figure dans le camp royal ; c'est toujours le même procédé qui place les Bretons dans le camp royaliste, etqui fait de Garnier de Dijon (l),de Garnier et de son fils Milon dans <7aidon, v. 3502, 5366, 5482, comtn(3 de Garnier dans le Mainet dont le chroniqueur Aubri nous donne l'analyse, un défenseur du roi contre les rebelles. Aspremont, f' 27 et 31, introduit Garnier par une série d'allusions assez obscures ; on le dit gendre d'Antoine, ce qui concorde avec notre récit, pèie de Richier (dans notre poème il est le premier mari do la mère de Richiei) petit-fils ou neveu de Bércngier, ce qui ne va plus du tout ; mais il ne joue aucun rôle. Elias, qui n'aime pas les héios bretons, en lail un saxon, adversaire de son héros (v. 4296, etc.) (2).
Enfin la saga de Charlemagne nous parle d'un Garnier de Pierrepont ou de Pierrefond, qui se révolte contre le roi Charles. C'est fort bien. Il enlève à Aimer 1" fief que celuici a reçu du roi. Cet Aimer est sans doute identique à celui qui pousse Chariot à déposséder Ernéis dans le roman dont le manuscrit 5003 nous a conservé l'analyse. Mais quel est l'adversaire qui triomphe de Garnier ? Reinbaud de Frise, c'est-à-dire un rebelle, qu'il faille y voir Radbodou Erispoé, assisté d'un personnage mythologique, Aimon de Galice,
Garnier, Of/ter b, laisse 20. Dans //((o?j C«;)e^ il y a un Gainier, V. 1644, et un Garnier de Roussillon qui joue un grand r('ile dans le camp rebelle, v. 4635, 4655, 4705, 5941., 6041.
(1) Au V. 3488, il faut lire Garnier et non Oajulier de Dijon.
(2) 11 faut partout lire Garnier et non Renier.
nppîlé ici Aimer par confusion avec le héros narbonnois. Auboïn fat en 879 chargé pur le roi Loais II sur son lit de mort de remettre à son fils Louis IK les insignes de la royauté. Gaidon est avec ^ie le beul poème qui le connaisse, car je ne compte pas la mention, très douteuse par le nombre des variantes, qui figure dans Aspremont, f"' 17 et 27. Il est vr.ii que Gaidon lui lait jouer dans le camp royaliste un rôle prcpond.Mant. J'ai relevé vingt fois son nom, v. 572, 3513, 3560, etc., presque toujours sous la forme Amboïn. Gaufrei [V. 2554) lui donne place dans la famille des traîtres. (J'est tout (!).
Ilnguenon, le minisire de Charles le Simple, contre lequel se produisit la révolte des seigneurs en 920, figure également dans Gaidon, v. 2142 (avec Guerri), et dans Girari de Viane, p. C4. De bonne heure d'ailleurs il perdit sa signification ; il en vint à désigner un personnage anlipalhique, un bourgeois moqueur, un voleur, un traître dans Aioul (v. 2587, etc., 6669, 4746, etc., associé à Feran), un traître associé à Hardré dans Doo7i de Nanteuil, v. 59, un mauvais conseiller du roi Yon dans le Renaud du ms. fr. Bibl. nat. 775, un des Bretons rebelles qui s'emparent du mont S. Michel dans 6f^Varf^ cZe /Î0î«5.9i7 /on (par. 550) ou le chef d'une des batailles du rebelle Girard (par. 381, etc.).
Le chef gascon Sanson, qui est sans doute le même que Sanche, comte de Navarre de 837 a 857, livra en 852 au roi Charles le Chauve la personne de son compétiteur le roi Pépin II d'Aquitaine. Le Sanson royaliste et traître a passé dans Parise, v. 19, dans Gaidon, v. 6872, 7433. 7674, 8322, 8452; dans Renaud, 1. 130, Maugis se donne tout naturellement le pseudonyme de Sanson, et le ms. Bibl. nat. fr. 763, laisses 14 et 17, appelle Sanson un ami de Renaud
(1) Il est fort probable que le sarrasin Amboire d'Oluferne, Roland, v. 3297, doit être lu Amboïn.
que le texte imprimé appelle Soin. Le Sansoii royaliste figure aussi dcns Girbert, v. 156 etc. Son rôle fut vite oublié, et il n'en resta que sa mauvaise réputation, ou sa nationalité mériiionale ; c'est sans doute à ce dernier titre qu'il figure parmi les rebelles dans Maurin, v. 716, c'est sans doute au premier qu'il paraît dans le même camp dans les Lorrains (p. 258).
Souvent d'ailleurs il figure dans les deux camps : ainsi, d.ui? Aioul, V. 2359 et 4390 ; dans ce dernier cas d'ailleurs, quoique royaliste, il protège le traître Macaire.
Dans Renaud, nous ne trouvons pas seulement les Sanson dont j'ai parlé, mais encore Sanson, laisse 142 (il est vrai que c'est pour la rime), Sanson et le comte Otoé (laisses 61 et 72), tous deux dans le camp royaliste, puis un Sanson et un Engelier interpolés, laisse 83.
C'est qu'en effet Sanson. par suite d'un vague souvenir de celui qu'Ermold le noir nous montre prenant part au siège de Barcelone en 801 ou 803, est devenu l'un des douze pairs et figure sous le pseudonyme de Bourgogne (Anséis, Bovon de Comarcis, Turpin, Gui de Bourgogne, où il est le père de Gui), et sous divers autres que je retrouverai plus loin, dans la plupart des poèmes qui racontent des guerres en Espagne ou en Italie : Roland, Gui de Bourgogne, Otinel, qui en fait même à tort, v. 1084, le gonfalonier de l'armée royale, Anséis, v. 2669, Siège de Barhastre, [" 1, Aimeri, v. 1542, 1838, 4197 et 4631, où, en sa qualité de méridional, on en fait le petil-fils du héros, Aspremont f" 15, etc., Ogier, laisse 14 et 15, Enfances Ogier, v. 509, etc., où il est frère de Huon de Troies, v. 5837, où c'est une victime de Danemon, Bovon de Comarcis, où il y a un Sanson de Bourges frère de Tiéri, v. 361, etc. et un Sanson de Bourgogne, frère de Navari, v. 165, etc., Galien, p. 126 et 338 (1).
(1) On trouvfe Sanson de 13ourges dans Bovon de Comarcis et
De là le duc Saiison csl entre dans Gaidon où il ne se conrond l'as avec le traître Sanson, quoiqu ils soient du r7:êine camp et issus d'une uîême oi'igine (■?). Maugis le range à tort parmi les royalistes, il Ta d'ailleurs emprunté aux poèmes sur les guerres d'Espagne.
L'auteur du roman pejdu d'Ernéis, dont nous connaissons les grandes ligues par le chroniqueur Aubri et par le ms. fr. Bibl. nat. 5! 03, paraît en avoir fait un rebelle. Le chambellan Sapson d'Aliscans (v. 2230, etc.), le défenseur de la mère du héro.s dans Z)oon de Maicnce, v. 1101 le seigneur de Rochcbrune. oncle de Naimon, et b:au-pè.c de Gaufrei. V. 7325, le comte de Flandre dans Cipcris, le co:np:i,^non do Fiovo sont des personnages de pure invention, comme le sont dans Raoul :
Sanson de ïroies et Bernard le fleuri (v. 805)
W. de Roie, Loéis et Sanson (v. 2914),
Et Loé:s alla fcrir Sai son ^v. 3351).
C'est un nom amené là par la r'me, ou [lOur grossir une
Maur/is, de Bordelois dans Uenaiii, lai-sse 14, do Troies dans Raoul (v. 86 , de l'ierrefrete et de Màcon dans Renaud (laisse 142), de Senlis diuis Aiis^is, de Beaufort dai!S Galicn, de Clarveut dans D)on de Maiencc, d'Orion dans Parisc, d'Orléans dans Aimeri, de Valence dans Gaidon (v. 7584) et dans le chrouiqueur Aubri qui en p irle à propos de son analyse de Mainel et lui donne pour fils Renier, qui est un royaliste, et Garnier, qui est un rebelle Elias (v. 5682) mentioiHie Saison et Engelier. Huon Capet (v. 3594) cite un Sanson.
Il ne f lut pas le confo idre avec le Sanson biblique, à l'histoire duquel on trouvj des allusions dans Aubcri, éd. Tobler, (p 8 et p. 159', la Mort Aimeri (y. 3298;, Doon de Maience [v. 3240 , le Comte de Poitieri;, passim, la Violdte, p. 67.
(2) Outre ces dou\ Sanson, il y en a un troisième dans Gaidon, V. 1)360, associé à Ncvelon, qui est en réalité un rebelle ; le vers doit être interpolé.
énuméralion. On ne eo préoccu{-e même pas de lo placer exclusivement dans un camp (I).
Achard est sans doute Je comte Eckart qui fut baltu et pris en 844 i)ar Prpin II d'Aquitaine, conlro lequel il combattait dans les rangs de rara:;ée de Charles le Chauve. Son nom n'est pas très commun dans notre épo,ée ; il a conservé sa physionomie royaliste dans les Lorrai7is, p. 125, et Gaidon, v. 2)51 ; il fi-ure dans Foucon, p. 117, Roncevavx, laisse 12, Ogier, p. 323, 5i8, ^hï, \c Siège de Rarbaslre, f* 150, Aimeri, v. Ii02, dans de vagues énumorations do héros chrétiens. Dans le Siège de Barhaslre je me demande s'il ne faut pas hre Richard le norn.and, au lieu d'Achard le normand. Richard dans Ogier (laisse ^0), Garin, dans Girart de Viane (ç. 103) sont dits lils d'Acart, Achard ou Agart (On trouve aussi la forme Ang;irl). Son suriiom habituel est Achard de Rivier (les Lorrains, Ogier, Aimeri, Girard de Viane), écrit de Mievis dans Fovcon ; Roncevauœ l'appîlle Achard le mor et l'associe correctement au royaliste Amauri. Seul Girard de linussillon, par. 275 et 398 (car je ne compte pas la mention iVOgier, p. 323, qui est une inlerpolalio 1 évidente) en fait un reb?lle ; mais il faut remanjuer en [iremier lieu qu'il figure là dans une simple énumiralion, en second lieu qu'il est associé à Armand, loyalislc on réalité et transforme à tort par le trouvère en rebelle.
(1) Nulle attention à faire non plus au Sanson des Enfances Vivien h v 124.
V. Auhcri, éd. Tobler, p. 15.3, 227, Raoul, v. 770, le Siège de liarhastrc, f" 1 (Sanson et li.'fcngier, formule qui vient dWie), Ronccvaux, 1. 341 (Isoré et Sanson, compagnons d'Oton). Le Sanson de Fierabran est interpolé. Le bordelois Sanson d'Esclaimonde, V. 798, est là comme méridional, car il ne devrait pas figurer dans le mê.r;e camp que Huon. Le traître Sanson figure dans la Reine Sibile, f" 291, et dans C/tar/e.s le Chauve, f" 54.
Nous savons par l'historien danois Saxo que le dieu de la mort, que l'épopée allemande appelait Hagen, pienait dans les transcriptions latines de la légende les formes Hacon. Aquin, Unguin ; d'autre part ce nom avait été porté par un chef Scandinave, Ingco, qui avait conquis un moment la Bretagne au X* siècle et qui est le héros du roman à' Aquin. Aquard, ennemi des Bretons, prit donc naturellement cette couleur mythologique ; ainsi s'explique l'afsociation d'Achard et du dieu celtique Gwynwas ou Guinan dans Guibert (i).
A'nsi s'explique 1 • rôle du sarrasin Achard dans Aspremonl ; ainsi s'explique, lorsque pour la rime on crée le personnage d'Anchier, qui n'est pas plus distinct d'Achard qui! Fouchicr de Fouchard, et dont Girard de Roussillon (par. 246) fait tout naturellement le père du royaliste Asselin, qu'Anchier r.itété associé àGuinard, autre forme de Guinan dans maint passage de ce même poème (par. 30, etc.), qu'il figure dans Aicul comme un per.snnnage mal famé (v. 9428, 10.753), et que sous la forme Anquaire ou Auoaire qui est à Anchier ce que Forcaire est à Fouchier, on le retrouve sous des vêtements sarrasins dans les Lorrains^ p. 12, et dans la Mort Almeri(2).
Entre une divinité qui habite l'autre monde et un Anglais
(1) Acarii!,qui est un diminutif, se retrouve dans Ille, v. 5299, où il est fils du héros, dans Elias, v. 5974, où il est fils de Mirabel, dans Guillaume de Palerne, v. 597, où il est le compagnon du héros, dans VOctavien en alexandrins où c'est le nom du Soudan qui assiège Paris
(2) Dans la version deHuon de Bordeaux que nous a consersée le chroniqueur Aubri, nous savons qu'Anchier était l'un des oncles du héros ; mais nous ignorons quel rôle il y jouait.
Dans Charles le Chauoe, f" S.'j, AkarJ o.ît un traître rebelle, cousin germain de Nivelard.
qui règne au-Jelà de la mer, il n'y a pas grande différence. Achard devinl donc un roi étranger, anglais et beau-père à'Ogiei^ anglais et fils du sarrasin Garoeis dans le chroniqueur liégeois Jean des Preis, anglais, et sinon auxiliaire du roi Charles, du moins exposé aux révoltes des mômes personnages dans Maurin (v. 9, etc.), à la fois roi de Saxe et de homba^vàie ù-diH^ Auberi (éd. Tobler, p. 143), qui pense un moment à aller prendre chez lui du service. Agard devint alors Aigar el EJgard, comme Aquiu devenait Aiquin. La transformation était complète. Elle n'avait pourtant pas cessé d'être logique.
Dans la bataille où fut pris Achard périt un autre général de Charles le Chauve, Gontard, plus connu sous les formes Gontier et Gondré ou Gondri qui n'en différent pas plus que Fouchier ou Fouqueré ne différent de Fouchard.
Seulement Gontard est assez rare dans notre épopée, c'est simplement un nom mal famé, et si on le donne très logiquement à un royaliste dans Gaidon, v. 4,388, il n'a aucune signification dans Ogier (p. 212 et p. 329), dans Renaud, où il est le chapelain du roi Yon, dans Aioul, v. 4748, où il est frère d-i rebelle Jofroi, dans les Enfances Vivien^ v. 500, où if est un valet de bourreau sarrasin, dans Esclarnionde. v. 375G, où c'est un voleur, dans Aimeri, v. 1838, où c'ett un allemand, dans la Violette^ v. 2693, où c'est un saxon (quoiqu'il soit là l'adversaire de Girard), dans E^lias, v. 5659, cù il est dû à une erreur de scribe.
Gontier n'est pas beaucoup plus important. Le roi Louis y. 323 (au v. 54211 est appelé Gonl'er Guèdon) qui en fait le neveu et l'écuyer de Huon, y voit probablement un personnage imaginaire. Le Gontier de Monniiral (ÏOgier, le Gontier de Louvaigne d'Auberi. éd. Toblor, p. 140. doivent être probablement lus Ga'itier.Le duc Gonlier 'VAionl, v.8015, est là pour la rime. Le Gontier d'Aspremont, f° 1 S, figure pour la rime dans une énumération. Dans Ogier, p. 330,
c'est un traître, dans Charles le Chauve, f" 54, c'est un rebelle, dans Gaidoîi, v. 4297 (où il est écrit Huilier) et v. 4436, c'est uu personnage antipathique et un royaliste, dans Doon de Maience, v. 6366, Gonlierou Gonteron est un sarrasin, comme le Gonlier à: Elle, v. 1007, etc. Celui ù.'Aie^ v. 90, ne figure que pour la rime et dans une énumération ; il est vrai qu'il est là, comme dans Gaidon, dans 1 1 compagnie où le met l'histoire.
Gondré ou Gondr; figui-e dans Aie, v. 3911, où il est associé à Acard, Parise, v. 2677 et 2730, Renaud, laisse 15, Gaufrci, v. 4lOO, Aubcri, f" 76. Ce n'est plus qu'un nom mal famé comme le sarrasin G)ndé (lis. Gondré) de Fierabras, v. 1548, le sarrasin Gondré Ju Charroi de Nimes, v. 520, de la Prise d'Orange, v. 1S85, le sarrasin Gondri dans le Moniage Benoart, laisse 143, le Gondré de Parienopeus, v. 7357, un nom qui sert à désigner Lne localité en pays étranger, la Roche Gondréj Elias, v. 4283, un nom insignifiant amené lui aussi par la r.mo ((hn de Bourgogne, v. 720). 11 devient lîondré tlans Aie, v. 63b, dans Aioul, v. 2683, dans Doon de Maience, v. 1008, dans Huon de Bordeaux ; dans le premier cas, c'est un traître, dans le second, un bourgeois moqueur, dans lo troisième, une victime d'Erchenbaud, dans le quatrième, un honnête prévôt, nulle part au demeurant un personnage d'impoilance. Il devient le sarrasin Gondru (la saga écrit Gundiun), dans Aspremont, ms. fr. Bibl. nat. 25.529, P7G, et, quand on a besoin d'un nom de trois syllabes, Hondrion dans Aie (v. 696), Gondoin dans Gaidon (v. 7351), Gondafre dans Aspremont (f* 77) ; Gon table est dans Elie (v. 2207) un nom de sarrasin, Gontacle est un nom de voleur dans la Violette, v. 503, Pontacle est un traître dans Gaidon (v. 2218), comme dans Par/sd Gontacle de Losanne (v. 989) (1).
(i) Dans Auberi, éd. Toljler, p. 4, un peut hésiter entre Congre et Gondré comme nom d'un de? fils du roi Orri. Gondrée est un
Le personnage de Bérengier est très difficile à élucider. Sans doute il y a un Bérengier, royaliste de fait dans Renaud, où il fait campagne à côté du héros (laisse 12) et dans Gaidon, où il est toujours représenté comme un ennemi des rebelles (v. 3Ô97, 4171, 4625, 5166, 5873, 5935, G002, 6012, 6872, 7431, 7573) ; sans doute le rôle antipathique qu'il joue dans Aie a amené le liaîtie Béi'engier de Parise, v. 25, de Gaufvci, V. 2208, da Renaud, p. 420, et aussi il me semble d'Ogier, p. 329 ; dans Afiberi, éd. Tobler, p. 153, 169, 227, le trouvèie a par là étô cnti'ainé à le [jlacer dans un ; utre camp que le sien. Sans doute il n'a pas toujours revêtu ce caractère, ce n'est qu'un nom dans Turpin, un des douze pairs dans le Pèlerinage, Rolani, Otinel, Renaud, le Couronnement, d'où il passe, comme un simple nom, associé lanlôt h Sanson, ta ilôt à Haston dans Raoul de Cambrai, v. 770, Faucon, f° 14, le S'ège de Barbastre, f° 1 10, Rovon de Comarcis, v. 370, Aim^ri, v. 1496, fils du bou Géreaume et frère de Haston dans Aioul, v. 7195, voire mémo sim[de nom de forgeron dans Doon de Maience, v. 5852 et dans Bovon de Hanstonne, ms. fr. 22.516, f° 41, de précepteur (les Lorrains., p. 24) ou de bourgeois (id., p. 236).
Déjà dans plusieurs de ces passages , Bérengier est associé à des rebelles authentiques, à Landri dans Anséis, V. 4548, à Drevon et Guibert daus Auberi (p. 169). Dans Aioul il n'est pas seulement le frère de Haston, ill'est aussi du rebelle Nevelon. Je sais bien que Guion et Seguin, Poin-
nom de femme également mal famé dans la Violette, v. 502, et sans doute dans Gaidon, v. 6918.
Le Gontastre (ÏElias, v. 5073, doit être un nom sans importance. Le Gonteaume de Doon de la Roche (f» 30), de Foucon {i" 18) et de Girard de Roussillon (par. 534) n'est jamais pris en mauvaise part ; mais c'est soit une variante de Joceaume, soit un nom imaginaire, de nulle importance dans les deux cas.
sart, Fuuqiio, auquel il est associé dans Gaidon, v, 3599, 5166, 6872, ne sont jas toujours des rebelles ; que dans Auberi^ f» 80, il esl plutôt royaliste en compagnie de Fouqueré, Droon pouvant bion être pour la rime. Les Lorrains font absolument en sens contraire ; Bérengier y est toujours un rebelle (p. 55, 57, 166. 290, 30!, avec Aleaunie de Ribemont, avec Foucarl, avec Nevelon, Guimar et Eslourmi), eu figure (p. 12) en compagnie des rebelles Hugon, Givaid, Landri.
Surtout je ne m'explique pas son grand rôle dans Aspremont et dans la version italienne en prose de Mainet, auquel il est fait allusion dans le Charroi de Nîmes. Pour Aspremont notamment, il est évident quo Bérengier est un héros breton Faut-il donc admettre qu'il y ait eu deux Bérengier, que l'un, fils du comte de Tours qui mourut en 837, après avoir été comte de Toulouse, avoir battu les Gascons en 819, soutenu le roi Louis contre son fils Lothaire et lutté en Seplimanie contre Bernard, a servi de modèle au Bérengier à'Aie, taudis que l'autre, celui qui en 865 eut maille à partir avec Charles le Chauve, aurait été l'ami de Salomon et le héros à.' Aspremont ? Faut-il croire qu'il doit son surnom de breton à l'identification que l'on en aurait fait avec Bérengier, comte de Rennes e!i890? Faut-il croire que Bérengier, étroitement lié à Milon, lequel appartient certainement au VIII^ siècle, a suivi les mêmes destinées, que c'est à l'origine un croisé et non un rebelle, qu'il est divenu chez les Bretons ses compatriotes un protecteur du roi, et que les sentiments royalistes de ceux-ci, contrariés par leur sympathie pour les héros de leurs guerres d'indépendance, ont amené la création des deux Bérengier et des deux Milon ? C'est en dernière analyse ce qui me paraît le plus probable. Le véritable Bérengier
(1) Je ne compte pas en effet le Bérengier précepteur des enfants d'Herut.
serait, donc le vainqueur des pirales Scandinaves de 890 (1).
Je laisse de côté pour un moment Amaugis el Milon que je retrouverai tout à l'heure. Pour terminer ce que j'avais à dire des personnages d'Aie, il ne me restj plus à parler que d'Antoine, le père de l'héroïne.
Ce qui s'est passé pour Jérôme, pour Hilaire, pour Julien, pour Richier, pour Vivien, me paraît s'être passé pour Antoine. Le culte de ce saint était très répandu dans la vallée du Rhône, la célèbre abbaye de S. Antoine en Viennois avait même une succursale dans la ville d'Avignon. On n'éprouva donc aucun scrupule à le faire entrer dans l'épopée, surtout comme protecteur des héros do la vallée du Rhône, de Girard par exemple, ou do Garnier, lorsqu'on y transporta ce dernier. Toutefois, de même que l'on avait remplacé Jérôme par Géreaume, on remplaça fort souvent Antoine par le nom d'allure plus germanique, plus répandu dans le nord, d'Anteaume. Leur identité est certaine ; ils se servent réciproquement de variante suivant les manuscrits. Toutefois , Antoine me paraît le plus ancien, si l'on admet qu'Au^toire du Roland est une bévue de scribe et qu'à cause des manuscrits qui portent Anteaume comme variante, la bonne lecture doit être Antoine.
Antoine figure donc déjà dans Roland (v. 1582), qui connaît aussi un seigneur de S. Antoine (v. 1581) et qui a certainement été interpolé en Burgondie, étant donné le rôle qu'il fait jouer à Girard de Roussillon, l'attribution de Beaune et de Dijon à un obscur seigneur qu'il mentionne ; cet Antoine est d'ailleurs lié à la vallée du Rhône, car il y possède Valence (v. 1583). Soii rôle dans Aspremont est considérable, d'ailleurs d'invention très récente, puisqu'il est toujours lié
(i) II faut cependant remarquer que dans le Charroi de Nîmes, Bérengier est mis sur le même pied que Foucon' et Auberi, deux personnages royalistes du romdiid'' Auberi.
h Girard qui, à Torigino, ne prenaic aucune part à la guerre conlro Agoland. Parise nous dit que l'Antoine épique fit de grands miracles ; c'osl bien encore l'aUeslalion de sa priniitive saiiileté. Il n'est pas soulemcnt dans Aie beau-père de rh'^roïne ; un des fils du second mariage de la dame d'Avignon avec le sai-rasin converti, Ganor, porte le nom d'Antoine et joue un grand rôle dans Gui de Nantcuil. Dans les Enfances Guillaiime, Antoine ou Anteaume (et non Aimeri, comme le po:le le manuscrit suivi par M. Jonckbloei) est un chevali'M- narbonnois ; de même dans la }fort Aimeri, \. 1220, a b. Dans Girarl de Roussillon, Antoine ou Antolme de Verdun figure tout nalureliemenl près de ce doublet de Girard de Frète, Antoine de Rivier est tué dans les Saisnes ; cela vient du début â'Aic. Lecbroniqucur italien Jacques d'Acqui rapporte que le roi Charles, ayant été fait prisonnier par le roi Marcus qui est notre Marsile et enfermé à Montmélian, fut délivré grâce à la défection d'un païen nommé Anselme de Mullo qui fit connaître aux douze pairs sa triste situation. Anselme de Mullo est un personnage historique du XIl" siècle qui a remplacé \h S. Antoine, à l'intercession duquel, dans la légend.-" primitive, le roi Charles devait sans doute son salut.
Anteaume élant devenu un héros méridional, Renaud le choisit pour eu faire un des conseillers du roi Yon ; les Enfances Garin, un duc d'Aquitaine, frère du héros ; la version remaniée (VAmile un comte d'Auvergne, père du héros. Floovanf en fait un des douze pairs (v. 1426), Gaidon (v. 4977) un neveu de Hardré. Roland, v. 30U7, Ogier, p. 261, 302, 323, 329, Aioul, V. 7072, etc., Auberi, ["' 69, 83, 97 et éd. Tabler, p. 227 et 240, Bovon de Comarcis, v. 1878, le Mojiiage Guillaume, ("27! (le ms. fr. Bibl. nat. 79j écrit Anteaume le breton prur le baron), les Lorrains, p. 332, Girbert,]j. 160,
(1) Galien, p. 336 et 338^ écrit d'ailleurs Antoine ou Anteaume.
Hiion Capet, v. 3923, Raoul, v. 4209, 8331, 8i20, citent divers Anleaume ou Anseaiimc ; un Antoine de S. Lis figure dans Girart de Viane (p. 87) ; un Antoine figure dans Doon de Nanleuil, v. 193 ; un Anlialme de Roussie et un Antoine figui-ent parmi les auxiliaires de Charles le Chauve (f°34); le chroniqueur Mousket traduit Adelslan par Anteaume.
Ce n'est pas tout. On trouve dans notre épopée des Aleaume qu'il faut parfois corriger en Anteaume (I). De plus Ansel ou Anseau et Anselin peuvent être souvent des diminutifs d'Anteaume tout aussi bien que des variantes de Gace et de Gasselin (2).
(1) Aleaume ne joue guère de rôle que dans la version du Couronnement (le Louis où il est le neveu du héros et son auxiliaire dans sa guerre contre Asselin. Le chroniqueur Aubri, résumant un Huon de Bordeaux différent du nôtre, dit qu'Aleaunie était l'oncle du héros, mais c'est tout ce que nous en savons. Aleaume de Chartres {Aimeri, v. lo39). Gui et Aleaume (id v. 4196), Aleaume de Pavie (Anséis, v. 2504), l'écuycr Aleaume {Gaufrei, v. 5352), Aleaume le membre [Ganfrei, v. 8GO0), Aleaume de Berri (Doon de Maiehce, v. 10.599), Aleaume de Namur, neveu de Dernier [Raoul, V. 4365, 4401) n'ont aucune signification, Aleaume dans Aioul (v. 2359, 3168, 3191, etc.), Aleaume de Vergis, le bourgeois Aleaume, Aleaume de Montnu {Gaidon, v. 2154, 2626, 9643) sont dos personnages également mal famés ; mais l'un est hostile aux rebelles et l'autre aux royalistes. Il n'y a donc rien à en tirer. Aleaume de Pontieu dans les Lorrains (p. 15) est également insignifiant ; p. 44, 126, 207, il s'agit évidemment d'Anteaume et non d'Aleaume, puisqu'il est seigneur d'Avignon ; p. 55, il faut lire Anseaume de Ribemont, personnage historiqne du XI" s. et non Aleaume ; p. 126, je lirais plutôt Anteaume de Chauni (comme p. 332) qu'Aleaume, enfin le vieil Aleaume de la Roche, p. 207, porte un nom de terre généralement réservé à Simon, et on l'appelle le vieil Aleaume, comme les seigneurs d'Avignon et de Chauni.
(2) Je fais exception pour Asselin, écrit à tort parfois Ancelin, auxiliaire d'Ernéis dans le roman perdu de ce nom, et dans le
Le prototype àa personnage qui porte dans noire épopée les noms d'Âmile; et de Milon est, ai-je dit, Amélo, comte évoque de Nanle.i au commeacement du VHP siècle. Par ses attach-^s ecclésiastiques, on s'explique que ce soit sou-
Couronnement, d"où il a fourni le traître Asselin de Hiion Capet, et peut-être les royalistes Asselin de Troies (v. 2498) et Anselin de Rinel (v. 7985) de Guidon, le rebelle Asselin de Charles le Chauve (fo 34), le traître Asselin prévôt de Coblentz d'Elias, v. 4311, le royaliste Acelin de Girart de Houssillon (par. 230 et 246). Tous ceuxlà sont des variantes de Gacelin, comme Ace dans Girart, par. 259, dans Aioul, v. 8541, dans Aimeri, v. 2468, est une variante de Gace. L'Asselin du Moniage Guillaume, f" 212, est copié sur celui-là ; TAce de Girart, par. 239, est interpolé, car il est associé au royaliste Tibaud, il ne doit donc pas figurer parmi les amis de Girard. Acelin, qui figure deux fois dans Roland, v. 172 et 2882, est une pure cheville ; de même celui d'Auberi, f" 68, éd. Tobler, p. 169, le médecin Asselin des Lorrains, v. 172, le prieur Ascelin de Maurin, v. 399, l'Acelin de Raoul, v. 49, TAnselet de Partenopeiis, v. 5661,1e traître Anselot de Doon de Maience, v. 6494.
Ansel, Ensel, Ansiau est une pure cheville ; Ensel d'Orlenois, Aimeri, v. 1508, Ansiax le bavier, Elias, v. 6494, Ansel le pouhier, Anséis, V. 2583, Ansiau de Chartres, les Saisnes, laisse 22, le royaliste Ansel (pour la rime), qui tint Ham, Maugis, v. 6136, et les royalistes Ansel de Dijon et Ansel de Tubie, Gaidon, v. 7987 et 8221, Alon le fils Aasel dans Girart de Roussillon, par. 336, où la rime appelle, par. 223, Girard et Ancel (écrit à tort Amel). Le seul Ansel de Gonesse dans Huon Capot, v. 946, etc. a de l'importance ; mais c'est un poème tout récent, et le personnage est sans doute imaginaire. La saga de Charlemagne [l, 2) cite parmi les alliés de Reinfroi et de Heudri Annzeal ou Andeal deHoenborgen compagnie de rovalistos comme hcnbard et de rebelles comme Guiomar.
vent un nom d'évêqae {Foucon, p. 46 ; Fierahras, v. 1837), de pape [Mainet, p. 337, ÏAimer résumé par lo chroniqueur Aubri, Ogier, Aspremont, ["^i, Godefroi, v. 2533, rersion Scandinave des Saisncs] ou de père d'un pape {Couronnement, V. 2705 c) ; par l'époque reculée où il vivait, on s'cApliquo qu'on en parle comme d'un personnage riche et important d'autrefois [Foucon, ["' 7 et 15, Girard de RoussiUon, par. 65 et 336.)
Gomme breton il a tout naturellement élé représenté comme le père de Roland, comme le grand-père maternel do Guion [Fierahras, v. 278S, 3i07), encore plus naturellement dans les /.orram.ç (p. IG1) comme le bean-père do Bpgon, défenseur do Nantes contic le rebelle Lambert (I).
Do la Loire les Saisiies et la Violette l'ont transporté sur le Rhiu ; il ne défend plus Nantes coulre les Bretons, mais Cologne contre les Saxons, et dans les Siisnes il y périt.
D'après Turpin etrle chronicjueur Aubri il périt dans la guerre contre Agoland (l'ien n'est cependant moins assuré que les menlions ù.' Asprovonl sur le duc Milon). Girard d'Amiens lo fait enterrer à Vannes. Turpin h S. Fagon.
Confondant le Milon de l'épopée avec le ma lyr autunois Emilien, les habitants do S. Einiland p-ès Autun, après avoir invenlé, comme ceux d'Arles, de Yauboulon et de Civaux, à cause de la présence de nombreux sarcophages gidlo-romains sur leur territoire, le récit d'une g:andé bataille qui s'y serait liviée, y ont fait mouiir l'évèque de Nantes AJilon.
Comme contemporain do Charles Martel, et sans doute au même titre que l'évoque de Rennes Moran, l'auteur de Mainet
(1) De même dans Foucon, p. 00, le duc Milon commande avec Nevelon le 5*= corps ; Nevelon est Nominoë ; les surnoms de Milon, Provence ou Bourgogne, sont sans signification.
(p. 316 et 333), suivi en cela par presque tous ses copistes, BJi a fait un auxiliaire du jeune Mainet.
Dès lors il est devenu l'ennemi des ennemis de Charles le Chauve, deGoubaud ou Godefroi (lis. Godebues), de Bérard et de Nevelon dans Amile, de Garnier dans Aie, du père d'Araaile ou Eracle dans Girard de Roussillon (par. 47), de Huou dans Orsoii de Beauvais, de Landri (sous les formes Milon dans le récit Scandinave et Tomile dans le poème français) dans Doon de la Roche, de Gaidon (v, 572, 2111, 2143, 2194, 2202, 2231, etc.) (1), de Maurin (v. 96), de Girart de Roussillon (par. 129, 421, 422, 429), de Girart de Viane (version Scandinave) (2) ; Roland (v. 173, etc ) l'associe au royaliste Tibaud, Roncevaux (laisse 338) au royaliste Garin.
Il est le gendre du roi Pépin dans Série, v. 3472, dans Gui de Nanteuil, v. 1212, et dans Mainet, le gendre du roi Charles, dans Aioul et dans Amis.
Galien, qui est un héros royaliste, est» tout naturellement représenté comme son fils dans Elias, v. 4334 ; en revanche c'est tout à fait oublier le caractère primitif des deux personnages que de l'associer à Gondebeuf, comme le font le chroniqueur Aubri et Renaud (laisses 91 et 144).
C'est sans doute parce que l' un et l'autre étaient considérés à l'origine comme des royalistes que Milon et Renier ont été représentés comme frères. Par là Milon est devenu un tout autre personnage. Son surnom habituel dans l'épopée était Milon d'Aiglent [Berte, Aioul, Ogier, Parise, Mainet, Foucon, Renaud, Couronnement, Maugis, Maurin, Bovon d'Aigi-emont, Gui de Nanteuil], d'Angler [Fierabras, Renaud),
(1) Comme dans Gaidon, Milon et Guion, représentés comme lombards, figurent associés dans £5c/armonrfe, v. 5838, 5848.
(2) Il figure comme royaliste dans la seconde rédaction de Garin de Montglane, f« 98, dans Ogier, p. 404; Aioul le fait assassiner par le rebelle Macaire, v. 2287, Bovon d'Aigremont le montre près du roi.
d'Aigline, d'Aliii et d'Urgel (Girart de Roussillon]^ d'Auros [Maurin), d'Angiersoud'Anglens [Anséis], d'A nglicrs (rur/?m et chroniqueur Aubri). Cet autre Milon fui appelé Milon de Fouille et devint un rebelle dans Girart de Viane (i), Milon fut un des quatre fils de Girard de Frète, et un autre Milon dit l'Allemand, le père do ses neveux Bos et Clarion ; Milon de Trémoigne, frère d'un autre Renier et d'un autre Girard, devint rebelle dans Gaidon, v. 48^9. Déjàle rôle qu'il jouait dans Aie en avait fait un personnage mal famé, et c'est la physionomie qu'il revêt dans Parise, v. 41 et 2235, dans Elias, V. 2077, dans Gaufrai, v. 2554, etc., dans Florence (2), dans liichard le Beau (v. 3301). Je ne sais pourquoi le chroniqueur Aubri distingue deux Milon, dont l'un (c'est une idée reproduite dans Gaî(i?on,'V. 3502, et dans Ainicri, V. 3344) aurait été le fils du rebelle Garnier.
C'est comme défenseur de la chrétienté qu'il figure dans le roi Louis (v. 551) (3), dans Foucon, p. 21, dans Aliscaiis, V. 4294, où il est dit seigneur de S. Aostin ou do Monmorenlin, dans A7iséis qui connaît non seulement Milon de Fouille (v. 10.077) et Milon d'Anglens (v. 6797), mais encore Milon de Laon ou de Lion, v. 2963, Milon de Mirabel, v. 2446,
(1) Milon de Fouille figure dans Renaud, laisse 144, dans Orjier, p. 224, dans Anséia, v. 10.077, dans Gaufrei, v. 506, etc. Il est père de Simon de Pouillc, et dans Galicn, p. 258, de Foiicon et de Savari. On retrouve Milon et Renier associés dans Aimeri, v'. 1498.
(2) Je parle de la version qui nous est parvenue ; car dans celle dont Elioxe, v. 3101, nous offre le résumé, il est le mari et non le beau-frère de Florence.
(3) Joignons-y, comme tout à fait insignifiant*, Mdon de Nobloi, Gaidon, v. 8G;j4, Milon qui figure pour la rime dans Auberi, éd. Tobler, p. 227 et Foucon, f° 98, Milon de Lavardin, gendre de Huon de Cambrai et père de Raoul de Cambrai dans les Lorrain-^, p. .333.
Dans Auberi, f" 83, il ne faut pas lire Milon, mais Mabrin l'ingénieur.
Milon de Valtorblée, v. 2379, Milon de Valgensor, Milon le palasin ou le poitevin, v. 518J, dans Galien, p. 125, comme Milon de Pavie, dans Elias, v. 5517, poème d'ailleurs hostile aux rebelles, comme Milon de la Tornele.
Dans Maugis il y a deux Milon. Le seul logique est Ame- Ion ou Amiles (v. 5886, 6267, 6405j, comte de Morele ou sire de Galos, qui figure dans le même camp que Maugis, puisque ce sont tous deux des royalistes transformés à tort en rebelles ; mais l'idée que Milon était le conseiller du roi a conduit à le placer, v. 5728, dans l'autre camp ; il est vrai qu'on l'y asfocie <à Sanson, qui est lui aussi un royaliste et qui, étant donnée l'allure générale du roman, ne devrait pas figurer là. Il est tout naturel au coniiaire qu'on le trouve dans Gui de Nantcuil, mais il ne devrait pas y être associé à Naimon. Cela prouve qu'eu beaucoup de cas ce n'est plus guère qu'un nom qui vient remplir un hémistiche.
Amile est de plus le héros d'un poème, qui, sauf le bref récif de ses luttes contre Gombaud, Bérard et Nevelon, auquel j'ai déjà fait allusion, n'a pas le caractère épique et se compose en réalité de deux contes populaires joints ensemble.
Le premier est celui dont on trouve la forme mythologique dans le mabinogi gallois de PiuylL Un dieu a une mauvaise querelle avec un dieu voisin ; il lui faut, pour triompher, se faire remplacer par un autre. Il prend donc les traits de cet autre, pendant que celui-ci, sous les traits du dieu, gagne pour lui la \ictoire.
Ici Amile est accusé par le traître Hardré, personnage épique mal famé pour avoir conspiré en 785 contre le roi Charles (I), d'avoir séduit la ^ille du roi. Il ne peut nier
(1) Hardré reparaît comme l'ancêtre des rebelles dans les Lorrains, p. 21 et soq. On dit le lignage Hardré pour la geste des traîtres et on retrouve le personnage dans Oyier, p. 3'29, Guidon, v. 1263, le
avoir eu des rapports avec elle ; il succombjra donc en champ clos s'il ent'eprend de faire l'épée au poing la preuve du contraire. Dans sa détresse, il a recours à un ami (comme notre poème est sans doute calqué sur un texte latin, il a pris le mot amicus pour un nom propre, et il dit au comte Ami) Qui lui ressemble tellement qu'on les prend toujours l'un pour l'autre. Naturellement celui-ci est faussement accusé ; aussi Hardré succombe.
Il y a là pourtant un subterfuge, et Dieu l'en punit en lui iLfligeant une lèpre. Ici se place le second conte. Pour guérir son ami, Amile égorge ses deux enfants et le baigne dans leur sang ; la lèpre disparaît, et Dieu, pour récompenser cette amitié héroïque, ressuscite les deux enfants.
Amile, qui était à l'origine comte de Nantes, a subi ici une double transformation. Il est devenu auvergnat, et son ami berrichon, soit à cause de l'habitude de nos trouvères de transformer l'Anjou et la Bretagne en Auvergne et Be:ri, soit parce qu'au vague surnom de Moucler, que portait peut-être Amile dans un poème que nous n'avons pas, on a cru devoir substituer Clermont en Auvergne. Parfois d'ailleurs la chose est renversée, c'est Amile qui devient berrichon et l'ami qui est auvergnat. Certaines versions font d^ l'ami un allemand ; c'est une manière ri'.tionalisie d'expliquer qu'il apparlieni à l'autre monde. Il est né, disentelles, au château de Berican. Esl-ce là que le poème français a pris l'idée d'en faire un bei'i'ichon ; Berican au contraire a-l-il été calqué par l'auteur latin sur Berri ? Ce château est situé, dit un autre, en Bourgogne près de Cluni ; la Boui'gogne est là, comme en beaucoup d'endroits, pour la
Moniagc Renoart, laisse 21, Gui de Boiirgogne,\. 1063, 1086, etc., y4îo«i, V. 4439, E,sc/«?'mo?u/e, V. 0823, Doon de Nanteuil, v. 'iO, Doon de Maiencc, v. 5773, 10.903, Gaufrei, v. 2208, Pariae, v. 17.
Bretagne, etCluni figure à tort pour donner de la précision au récit.
Les deux personnages ne conservent pas d'ailleurs longtemps celte nalionalilé. Amile reçoit la terre de Rivier, pays vague qui désigne à la fois les pays frontières, comme la marche franco-bretonne, ou ceux qui sont situés aux limites de noire monde. Il reçoit, dit une variante, la Normandie, c'est-à-dire le pays du nord, la Bourgogne (lisez encore une fois la Bretagne). L'ami habile le pays mystérieux au-delà des flots, la région située au-delà de la mer, puisqu'il s'embarque pour aller rejoindre Amile, la contrée au-delà du flîuve Océan, remplacé par un de nos grands fleuves, la Garonne, limite do la France et de la Gascogne ; ainsi est il seigneur de Blaie, et, rattaché à la famille de ce nom, devient il père de Girard de Blaie. Le pays d'Amile, Rivier, en ce cas, devrait être Bordeaux. Point. Le poème a ici la même idée que la légende laline. C'est un pays voisin de la Bretagne. 11 serait dans le vrai s'il disait Nantes. Il préfère y voir la Normandie ; pour y arriver il faut côtoyer toute la Bretagne le long de la mer jusqu'au mont S. Michel; et, comme ce pays a conservé son caractère mythologique, c'est un pays de cocagne,
« Là trouverez un bon temps si plénier ♦
Que quatre pains a-t-on pour un denier. »
Ce pays de Rivier, nous dit-on encore, est situé sur la Dannc. Ne cherchez pas cette rivière sur les cartes ou plutôt cherchez-la partout où les Indo-Européens ont pénétré, partout où les cours d'eau ont été pour eux la barrière, la protection, la fortercssse, le thoî05 par excellence, en Angleterre avec la Tyne, en Allemagne avec le Danube, en Russie avec le Duna, le Tanaïs, aujourd'hui le Don, le Borus-lhenes, auj. par inversion Dni-epr, On voit tout ce que le conte a gai dé de mythologique.
La légende latine d'Amile a conservé un souvenir du comte-évêque de Nantes dans l'union étroite qu'elle établit entre lui et le pasteur d'une cité voisine, Aubin, évêque d'Angers au YP siècle. C'est en conduisant à la guerre le contingent de celui-ci qu'Amile, dit-elle, trouva la mort. Il est vrai qu'il ne s'agit plus de la guerre contre Agoland ; il s'agit ici, comme dans Ogier qui raconte le fait avec quel-» ques variantes, de la guerre historique d'Italie contre le lombard Désier (I). Il faut bien, pour que tant de légendes se soient accumulées sur sa lèle, qu'Amile ait été un piclat guerrier (2).
Ajoutons que le breton Amile a dans le poème pour fils deux héros de la marche franco-bretonne, Moran et Gasselin.
Je n'ai trouvé aucun personnage historique ."qui put être identifié avec Amaugis ou Maugis ; mais le rôle important et identique qu'il joue dans Aie et dans Renaud me fait
(1) S. Aubin est rarement invoqué dans notre épopée, je ne le trouve que dans Auheri, éd. Tobler, p. 124 et 250. Le même poème mentionne parmi les ennemis de son héros, mais sans doute pour la rime, p. 201, un chevalier qui eut à nom Aubin.
(2) On trouve parfois Amelon pour Nevelon, et réciproquement; de même c'est à l'influence d'Amelon qu'il faut attribuer la forme Namelon, sous laquelle se présente souvent Naimon.
On trouve parfois aussi ce nom employé comme celui dun païen; le saxon Enmelon, la Violette, v. 2875 v. g., ce peut être un legs de l'épopée germanique, où Amelung joue un rôle important, parfois désavantageux. Mais ce peut être notre Milon, car la Violette qui a Girard pour ht';ros, lui donne pour ennemis des adversaires du rebelle Girard do l'épopée, Galeran v. g. Eraelon, duc de Bavière
juger que c'était un royaliste qui combattit avec Sanson et Renaud les ennemis de Charles le Chauve et fut plus lard comme eux transformé à tort eu rebelle. Gaidon (v. 1038, 4901, GOTO, 9j36) lui a rendu son caractère de royaliste (I).
Mangis n'est pas un poème ancien. L'hostilité contre la monarchie, l'influence dès contes populaires et des théories sur l'amour mises en circulation par les auteurs arturiens, le prouvent assez.
Maugis était vaguement indiqué dans Renaud comme paient du héros, il a reçu de notre auteur une généalogie et des enfances qu'il a empruntées à des poèmes antérieurs sur d'autres personnages plutôt qu'il ne les a tirées de son imagination ; les Enfances Vivien, Mainet, Lancelot, Tristan, Gui de Nanleuil, les romans sur la Sicile, comme Ipomédon, Floriant, Guillaume de Pakrne, les récits troyens, les uns à l'état de souvenir vague, les autres plus précis, voilà, semble-t-il, avec quoi il a composé eon poème.
Renaud, tel qu'il nous est parvenu, se compose, on le sait, de deux poèmes très imparfaitement fondus sur Bovon d'Aigrcmont et son neveu Renaud. Notre auteur, faisant
dans Floovant, v. 943^ etc. peut de même au choix être pris pour l'un ou pour l'autre ; si c'est notre Amilon, Floovant d'ailleurs ne lui a emprunté que son nom.
(1) Parise (v. 182;, la Reine Sibile (f» 291) et Elias (v. 2078) ont subi rinfluence d'Aie et lui fout jouer un vilain rôle. Le Maugis de Gaufrei (v. 93) est le cousin de Renaud, et l'enchanteur Maugis, constructeur du château d'Aufaïs dans Auberi (éd. Tobler, p. 134), comme le célèbre larron Maugis de Faucon (p. 9), viennent directement de là. S'il faut lire Amaugis FAmuIgis de Fierabras (v. 1348), on pourra dire que sa mauvaise réputation a été jusqu'à le faire habiller en musulman. Amaugis est parfois amené par la rime {Roncevaux, laisse .301) ou est une bévue de scribe pour Amauri (Auberi, f» 70).
de Maugis le cousin de Henaud, en a fait le fils de son oncle et lui a donné pour père Bovon d'Aigremont.
Il lui a donné de plus un fière, dont le nom et presque toute la légende sont empruntés au Vivien du cycle narbonnois. Gomme celui-ci, Vivien d'Aigremont est volé tout enfant par les sarrasins, devient le champion du christianisme, est assiégé par les ennemis et secouru, après une certaine résistance, par le roi. Le seul trait que l'auteur ait ajouté, c'est que Vivien d'Aigremont a été élevé dans la foi musulmane, et avant de se convertir, guerroie contre son père, tandis que Vivien d'Anséune reste toujours chrétien. Il semble bien y avoir là l'influence d'un vieux conte populaire, celtiiiue ou germanique, mais antérieur à l'épopée romane, issu d'un état social à base plus ou moins matriarcale, qui permettait au père et au fils de combattre dans des camps opposés.
C'est encoie un vieux conte populaire qui fait élever l'enfant par une fée. Notre épopée romane ne sépare l'enfant persécuté de sa mère que lorsqu'il a déjà un certain âge. Le conte vient peut être du cycle d'Artus, comme semblerait l'indiquer le nom d'Oriande que porte la fée dans le texte français (elle est innommée dans l'italien).
L'influence des romans arturiens, Lancelol et Tristan, est d'ailleurs manifeste dans l'épisode des amours de Maugis avec la reine Je Tolède et dans celui du cerf.
La co:iquéie du cheval merveilleux, que gardent dans une île un serpent et un diable, vient encore d'un conte populaire, et remonte à l'épopée ancienne, celtique ou germanique. Guchulain et Sigurd ont des chevaux meiveilleux, Roland, Ogier, Guillaume, n'ont que de bons chevaux. La conquête du cheval et de l'épée, que l'on trouve dans Maugis comme dans l'épopée primitive, se trouve -l'éd'iite dans l'épopée romane à la conquête de l'épée. Joyeuse, Durendal
ou Courtairi ; encore pour Floovant, Guillaume, Olivier, la chose se passe-t-elle beaucoup plus simplement (4).
Le caractère du poème ainsi établi, il reste à étudier les trois épisodes dont il se compose : 1° éducation chez la fée, conquête du cheval et de l'épée, 2° aide prêtée aux rois musulmans les uns contre les autres, 3" guerre du roi contre les barons rebelles du midi.
Le pays d'Oriande est la Sicile, sa résidence est le mont Gibel, nom arabe de l'Etna, celle du diable Raanas, Roenars ou Roenel, gardien du fameux cheval bai appelé baiard, est Bocan ou Volcano, une des îles Lipari. Maugis séjourne à Palei'me, et c'est à Rise (Reggio) que se réunissent l'émir de Palerme, Gorbon de Naples, Fabur de Messine, Amandon de Rise, etc. Un des maîtres de Maugis est Aufares de Rise (la var. Pise du ms. G est certainement mauvaise). Dans le nord de la péninsule il ne connaît guère que Milan, où règne un amustant sarrasin que Maugis secourt, et Aquilée. En Espagne, il connaît les localités chères aux romanciers^ Balaguer, Alméria, Gordoue,laGaslille, le comté de Morele, Tolède, Majorque.
Quant à la France, géographiquement il la connaît assez mal. Sa campagne du roi contre les barons du midi ne reçoit pas une seule localisation précise. Sa connaissance des seigneuries pourrait bien faire partie du répertoire courant des trouvères. Ham, Roie et Ncsle (qu'un scribe brabançon a écrit Nivelé comme il a interpolé la mention du Brabant et du H&inau), Pontoise, Etampes, Moret, Ghâteau-Landon, Blois, Tours, le Mans, Laval, Monmorentin, s'il s'agit de Romormtin, et Ghâtellerault, deux villes empruntées à Aioul, Thouars et Limoges, attribués correctement chacune
(1) Dans Bovon de Hanstonnc le héros reçoit en même temps un cheval et une épée, Arondel et Murglei, mais il ne les conquiert ni l'un ni l'autre.
à un vicomte, Beaucaire, le placeraient, si l'on pouvait en tirer une Conclusion, dans la France du centre. Il est le seul trouvère à ma connaissance qui mentionne le pèlerinag^i de Rocamadour en Quercy près de ceux de S. Jacques et de S. Michel.
Les noms sarrasins ne me retiendront pas longtemps, Maugis fait dans leurs rangs deu.x campagnes, l'une pour l'amustant de Milan contre Sorgalan de Monbran, l'autre pour Marsile de TolèJe contre Aquilan de Majorque, Brandoine, son fils, et Escorfaut. Ajoutons une première campagne où il a défendu sa bienfaitrice contre l'attaque d'Atenor.
Dans ce dernier nom je vois un souvenir du troyeu Anténor, popularisé par les légendes antiques. Un nom païen convient bien à un sarrasin. Les autres sont des noms courants dans notre épopée et n'ont par conséquent rien de démonstratif.
Il a près de lui tantôt des royalistes, Amilon et Galeran, tantôt des rebelles, Guinemer (lis. Guiemer) et Joceran, ou des personnages de fantaisie, comme Anséis ; son principal ennemi est un rebelle, Landri, qui devient, sans doute pour la rime, frère du royaliste Amauri ; ceux qu'il défend sont des rebelles, le roi Othes de Police (lisez le roi Yon d'Aquitaine) et le comte Ernaud de Monder, sans doute emprunté au loman de irui de Nanteuil, où je reconnais en lui le roi Hunaud, fils du roi Yon ; Gaifier de Bordeaux et Desier de Pavie, dont on a complètement oublié le rôle réel, paraissent en bons termes avec le roi Charles ; les guerriers qui combattent dans le camp royal sont, tantôt les vieux fidèles du roi, Ogier, Naimon, flanqué des bretons Salomon et Hoël, et accompagné, comme dans Aquin et dans A spremont, de son ami Fagon, tantôt ses auxiliaires réels contre les rebelles, Sanson qui, par un souvenir du Roland, a entraîné après l^ii Anséis, Milon d'Aiglent, Garin, Galeran, Tiéri, tantôt ses adversaires,
Lambert, Gilemer (lis. Guiemer), Robert (lis. Ripes), Huon, Gondebeuf el Ilombaud, Ermcafroi, Guioii, Joccran et Jocelin, Foucon, OJon, Glarenbaud (I), ou des seigneurs féodaux qui accompagnent toujours Hoël de Nantes, je veux dire Jofroi d'Anjou, Huon du Mans, Richard de Normandie, des héros de l'épopée franco-bretonne, comme Baudoin et Gautier, le dieu celtique Elinan ou Belinais tout indiqué pour servir de geôlier et pour figurer aux côtés du rebelle Girard dans le camp des ennemis du héros, Otran, l'énigmatique Otoé (2), le com'e Alain dont on trouve cette
(1) Glarenbaud est très rare dans notre épopée. C'était sans doute un rebelle, car, outre cette mention de Maugis (v. 6242), il est mal vu de poèmes royalistes comme Aioul (v. 6670) et les Lorrains (p. 61 et seq. ; il faut bien dire d'ailleurs qu'en ce dernier poème il s'agit peut-être de Glarenbaud de Vendeuil, croisé en 1096, el qui combat naturellement à côté des sires de Gouci, de Marie, de Ribemont, etc.), sympathique aux poèmes anti-royalistes de la Violette et de Parise, mal vu à tort de Gaidon (v. 2059) qui a pris souvent des rebelles mal famés pour des royalistes et d'ailleurs l'associe au rebelle Foucon, recueilli enfin par Anseïs (v. 2430 c, 2505, 7890), toujours en quête de nouveaux noms propres, et par Roncevaux (laisse 406), où il figure comme l'ancien propriétaire du beaume de Ganelon.
(2) On retrouve ce personnage pour la rime dans Renaud (laisses 61 et 72, avec Sanson, laisse 91, avec Naimon), dans le Siège de Barbastre (f° 149), où il est père de la sarrasine Blancbandine, dans Roncevaux, laisse 402 (sous les formes Otoier et Arcboier), dans Anséis, v. 967, où il est père du roi sarrasin Sinagon, dans Girard de Roussillon (sous la forme Otoer, par. 547, avec Bertelai), dans Ogier (sous la même forme, p. 225, 253, 385, avec Salomon).
L'Otoès que je trouve, par. 143, dans Girard de Roussillon pour la rime, fait que je me demande si l'Ataïn ou Estais du même poème (par. 123, 547, 586), le Joban Cbatuis du par. 144 et le fort Ghapoïs du par. 143 ne sont pas des variantes du même personnage. Y a-t-il un rapport entre ces personnages, l'Hodoin de Doon de Nanteuil
fois sealcmont le nom dans uolre épopée, un pèlG-môle dont on ne distingue pas loujours la raisoii d'être et dont il faut le contrôle des autres récits pour éclaircir le fouillis.
Garnior fut, disent les trouvères, le père de Guion.
Guion est une forme hypocoristique de Guichard, et ce pourrait bien être pour celte raison qu'il y a un Guion dans lo cycle narbonnois. C'est aussi une forme hypocoristique du nom breton Guiomar, porté par un roi breton insurgé contre le roi Louis el tué en 825, et la plupart des Guion épiques ne sont autres que ce Guiomar. Ajoutons qu'il a pu y avoir tuie certaine influence de Guion de Spolète, roi d'Italie (889-894).
Guiomar ne figure qu'une fois dans noire épopée sous son véritable nom : c'est dans Girard de Roussillon (par.
(v. 59) et les sarrasins Rodoe ou Rodoïn de notre épopée ? Otoé et ses variantes sont-elles un allongement d'Oton, qui serait à ce dernier ce que Grimoard est à Grimaud, ou Renoard à Renaud, car, V. o003, on voit figurer Oton el Otoé comme on voit dans Roland, Ivon et Ivorie, Gérin et Gérier, Basan et Basilie. Il faut ajouter en ce qui concerne Maiigis, qu'il n'y a pas à tenir compte de Beraud, V. 6247, Baugentin de Blois (v. 6081), Pierre de S. Martin (v. 8729), Renaud de Moret (v. 8760) ; ce sont des variantes fautives. Ansel, V. 6136, est amené par la rime.
De même l'association de Tiéri l'Ardenois et de Huon de Melan, V. 6968, parait bizarre. Il a dû oublier la véritable situation de ces deux personnages, mettre là Tiéri parce qu'il y mettait Baudoin. Il faut remarquer d'ailleurs qu'il distingue Huon du Mans (v. 8595 et 8729), non seulement de Huon de Melan, mais de Huon d'Etampois (v. 6080). On voit par là le rôle que la rime a joué pour multiplier les énumérations successives d'un même personnage épique.
381 et 398) où il commande les Bretons; et, comme dans beaucoup de chansons, les Bretons sont les plus fermes soutiens de la royauté, il est représenté comme un royaliste. Mais on trouve des allusions dans Aie (v. 1223) à la révolte de Guimar, et c'est notre Guiomar ; on voit dans Roland, Habel et Guineman commander le premier corps de l'armée chrétienne (v. 3014), et il faut lire Ripes et Guiomar ; on voit dans le Charles du poète allemand le Stricker, Rapot et Guineman faire la guerre au roi Charles, et il faut encore lire Ripes et Guiomar ; on voit dans Aioul Gilebert ou Gilemer faire la guerre au roi Louis, et ici encore il faut lire Guiomar ; dans Renaud Guimar est un des plus acharnés adversaires de Renaud de Poitiers, qui fut daus l'histoire un royaliste et dans l'épopée un rebelle, et c'est encore notre Guiomar ; Guinemer est l'oncle de Ganelon dans Roland, le beau-père du rebelle Ogier, et là, il faut peut-être lire Guinemer. meurtrier de l'évêque rémois Fouconen9J0, mais il faut peut-être aussi lire Guiomar. Ainsi donc, la plupart du temps, quand on trouve Guion (en dehors du cycle narbonnois). Gilemer, Guibert, Guillemer, Guinemer, Guineman, Guimar, Guimer, il faut lire Guiomar, parfois aussi quand on trouve Guinard ou Quinard ; mais souvent, v. g. dans les Saisnes, le trouvère a érrit Gilemer et il faut lire Gilebert, Guinard ou Quinard et même Guimar ou Guiman doivent être lus Guinan qui est le dieu celtique Gwynwas, ei àsius Esclar monde (v. 7317), le neveu du roi Disier, le beau-père de Croissant, pendant les malheurs et la déchéance duquel il possède son royaume, est Guion de Spolète, roi d'Italie, et non Guimar.
Pour le roi Gui du Couronnement, on peut hésiier également entre Guion de Spolète et Guiomar de Bretagne.
C'est encore Guion de Bretagne, mais combien altéré et défiguré, que Guion de Bourgogne, roi ou vice-roi de France, d'Italie ou d'Espagne dans Gui de Bourgogne, Fierabras,
Ansêis ; c'est sans doute lui 1g roi Guion de Danemark auquel Isenbard va réclamer le tribut (Mousket, v. 14.079;. C'est lui qui, confondu avec Guillamurius le scot, placé par Gaufroi de Monraouth parmi les compagnons du roi Artus, devient Gilemer le scot, un des douza pairs dans Galicn (p. 126), dans Fisrabras (v. 1724, 1746), dans Gui de Bourgogne (v. 620, 6i8), et combat les royalistes que notre épopée habille à tort en rebelles {Doon de Nanteuil, v. 128, Maugis, v. 4650).
(1) Dans.l/rtU(72S, à côté de ce Gilemer, il y a un Guinemer dans le camp opposé, v. 6032 ; mais ce qui prouve leur identité, c'est qu'il est tué par Amauri, qui fut réellement un royaliste. On trouve encore Guimer ou Guillemer dans les Enfances Ogier, v. o09, Bovon de Comarcis, v. 328, Gaiifrei, v. 4963, Gaidon, v. o73, Aie, y. 207, Dooh de Maience, v. 73ob. Guilemer l'escot figure dans £sc/annonde, v. 6822, et je crois que dans Vivien de Monbran, v. 714, Audemer l'escot doit être lu Guiemer. 11 y a un Guimener de Ponti dans Foiicon, p. 59, et un Gilemer le pohier dans Raoïd (v. 3366 et 5411). Quant à S. Guilemer (Doon de Maience, v. 8225), S. Guinemer (id. V. 10. 574), S. Guimer (id. v. 7109), S. Wimer {Elioxe, v. 3177), ce ne sont, pas plus que le S. Guineman de Huon Capet, v. 2271, de véritables saints de France, à moins que ce ne soit une bévue de scribe qui aurait mal lu le nom de S Omer. Il y a des Guimer dans Aicberi, f" 7 et 80, Gaidon, v. 1153, 7036, Fierabras, v. 4284, Gui de Nanteuil, v. 2381, Elie, v. 1476, Floovant, v. 1674. Au lieu d'Hermer il faut parfois lire Guimer.
Je relève Guinemer dans Auberi, f" 100, Bocon de hanstonne, Bibl, nat. ms. fr. 22.516, f-^ 40, Gaidon, v. 6848, 7582, Renaud, laisses 16, 125, 144, Aioul, v. 4389, Guilemer dans Ogier, p. 385, Girart de Roussillon, par. 666, Guiguemer dans Elias, v. 4797, Guispenart (lisez Guigemar) dans Gaidon, v. 2689, Guinemart dans Girart de Roussillon, par. 506, et Renaud, laisse 94, Quinemart dans Foucon, p. 24.
V. Guimart, Ogier, p. 302; Aliscans, v. 2358 ; 'Floovant, v. 2282 ; Vivien de Monbran, v. 706 ; Galièn, p. 125 ; Charles le Chauve, f° 34,
Ce n'est pas tout : soiis le nom do Gui de Nanteuil les trouvères ont composé un poème dont le sujet est emprunté à la fois à la révolte du roi Guiomar contre le souverain de
Aioul, V. 8684 ; Gaidon, v. 3512, etc. Dans les trois première cas c'est un chrétien, dans les deux suivants un païen, dans les deux autres un rebelle ; dans le dernier, influencé par Renaud, un j-oyaliste antipathique. V. Fhôte Guiman dans Mainet, p. 329, dans Auberi, éd. Tobler, p. 28, le mythologique Guiman ou Guinan, ennemi de Galeran, le Guinan précepteur des sœurs du roi dans la saga de Charlemagne, le Guinan de Girart de Roussillon, (par. 133, etc.) de Gaufrai (v. 2184, etc.), de Foucon (ï° 96), du Covenant Vivien (v. 862), la Guinande ou Guinarde, femme de Galien. Certains Herman doivent être lus Guinan.
Pour Guineman, v. Otinel, v. 1594, Foucon, p. 26, Floovant, qui en fait un des douze pairs, v. 1433, etc., certains manuscrits à'Aliscans, qui en font un des sept cousins de Vivien, Gaidon, v. 5258, etc., Bovon de Hanstonne, Bibl. nat. ms. fr. 12. 148, f° 80, 22. 516, fo 1, Girbert, v. 441, Renaud, laisses 19 et 26, Guibert, f» 160, Auberi, éd. Tobler, p. 147 (écrit Huneman), Ogier, p. 125 et 224, Charlemagne, i° 30, les Lorrains, p. 300.
De nombreux Guion n'ont aucune signification : Elias, v. 29, 2738, Aioul, V. 2784, Esclarmonde, \. 5648, la Violette, p. 113, Girbert, y. 159 (Guiot Malefoi), Auberi, f» 105, Jean et Blonde, v. 5038, etc., où l'on a affaire à des bourgeois, à des roturiers, Esclarmonde, V. 5839, Huon Capet, v. 3923, Aliscans, v. 3960, Elias, v. 6191, Godefroi, v. 322, Auberi, éd. Tobler, p. 178 et 227, éd. Tarbé, p. 74, Ogier, où il est le frère de l'écuyer Benoit, p. 284 et suiv., Elias, v. 1799, où il est l'adversaire de Godefroi, le Comte de Poitiers, v, 1236, où Gui est le nom du fils du comte Girard, et 1332, où il est le beau-frère de Lorette de Bologne, Ciperis, qui appelle ainsi son roi de Danemark et son comte de Provence, deux ennemis de ses héros. L'évêque de Beauvais Guion de Raoul, v. 57, est un personnage historique, mort en 1087, à moins que ce ne soit un nom de fantaisie. De nombreux Guion portent des noms de terres.
Aspremont, Béton ; Aubefort, Anséis, y. 11.476, Renaud, laisse 11 ;
Ja France et aux luttes infructueuses de Charles !e Chauve et de i^ou général, le comte Ilervi, tué en 844, contre les Bretons. La première confusion a été celle des époques.
Aminois, Roacevaux V. et Cli., laisse 408 ; Autefoille, Gaiclon, v. 7576 ; Auvergne, Aliscans, v. 4286 ; Aumarin, Maugis, v. 8729 c ; Aurenée, Anséis, v. 7794 ; Alemagne, Aioul, v. 8441, etc., Ogier, p. 261 ; Beaupré, Fierabras, v. 5641 ; Beauvais, Girbert, v. 524 ; Bourges, Foucon, p. 59, Ogier, p. 302 ; Beaufort, Renaud, laisse 12, Gaidon ; Bovinal ou Portingal, Anséis, v. 10. 428 ; Beaucler, Anséis, Girari de Roussillon ; Blois, Ogicr, p. 253 ; Dunois, Roncevaiix T, laisse 408 ; Belin, Gaidon, v. 8160 ; Esture, Galien, p. 244 ; Falise, Elias, V. 5153 ; Gascogne, Ogier, laisses 3 et 9 B., Roncevaiix ; la Charité, Doon de Maience, v. 6634 ; la Valée, Fierabras, v. 4701 ; Laval, Doon de Nanteuil, v. 190, Maugis, v. 8595 ; Maantes. les Saisnes, laisse 22 ; Montaigu, Ogier, p. 265 ; Montpellier, Renaud, laisse 11 ; Montmorenci, Girart de Roussillon remanié ; Montpensier, id., Aitneri, Renaud, laisse 109 ; Montsenis, Anséis, v. 7889 ; Montanis, Mefelis ou Montcenis, Roncevaux, laisse 361 ; Montascart et Monsecret, Girart de Roussillon ; le mansel, Elias, v. 6874 ; de Mirabel, Galien, p. 332 ; delà Marche, Auberi, éd. Tobler, p. 221, Ogier, laisse 542 A.; de Morillon, Eenaud, laisse 1 1 ; de Marne, Ogier ; de la Montagne, Foucon ; de Mettent ou Meléun, Auberi, éd. Tarbé, p. 136, C. Vivien, V. 1621 ; de Montbendel, Gaidon, v. 9425, Auberi, f" 73 ;. de Namur, Girbert, v. 464 ; de Nantes, Anséis, v. 2447 ; de Nevers, Roncevaux, 1. 338 ; d'Otteriche, Hiion Capet, v. 1477 ; d'Orléans, Ogier, p. 292 ; de Rochepie, Gaidon, v. 7073 ; deRocheanglée, Gaidon, v. 7922; de Risnel et de Ravaine, Girart de Roussillon ; de Rivier, Ogier, laisses 3 et 9 ; de S. Just, Girbert, v. 530 ; de Sellentois, A uberi, f" 68 ; de Senlin, Auberi, f" 5 ; de S. Orner, Mainet, p. 316, lioacevaux, laisse 337, Foucon, f« 89, Enfances Ogier, v. 515, etc. ; le tiois, Foucon, f» 80 ; de Valelic ou Pontelie, Anséis ; de Valbetun, Auberi, éd. Tobler, p. 146 ; de Verneuil, Charlemagne, f" 25.
Le père de Doon de Maience (v. 31), le fils àWnséis (v. 11.422), le père et le fils de bovon de Ilanstonnc (v. 11, 2395) s'appellent Guion, et c'est aussi le nom de baptême de l'achopard dans ce dernier
elle a consisté à placer en antagonisme Guion et Hervé, ne faisant qu'une brève allusion au véritable ennemi de Guiomar, Lambert (v, 334), qu'ici comme partout on transforme à tort en berrichon.
La seconde a été de confondre les luttes des Garlingiens contre les Bretons avec celles qu'ils soutinrent contre les méridionaux, et de faire de la querelle une guerre entre les Français d'entre la Loire et le Rhin (v. 204) et les Gascons, habitant le pays qui s'étend de Poitiers aux défilés des monls d'Espagne (v. 541, 542). Gui s'est donc trouvé épouser l'héritière du pays, la fille du roi Yon (v. 422), la nièce du roi Gaifier (v. 566), la sœur d'un Uernaud (v. 779) qui n'est sans doute pas distinct de son vaillant défenseur appelé Hernaud d'Aiglent (v. 503 et 5Q7), Hernaud d'Agenois (v. 525 et 75 i). Hue d'Agenois (v. 646) et qui est le très historique Huiiaud, fils du roi Yon d'Aquitaine. C'est pour cela que l'on trouve de temps en temps dans l'épopée un personnage appelé Guion de Gascogne.
Une troisième confusion a eu pour résultat, étant donnée la célèbre guerre menée par le roi Charles en 870 contre le comte Girard sur les rives du bas Rhône, de placer sur ce fleuve la querelle de Guion, devenu seigneur de Valence, et d'Avignon, et d'Hervi, qui reçut alors en partage Lyon et Mâcon. Dès lors il était tout naturel d'introduire dans le poème l'abbé de Cluni et le comte de Nevers.
Le rebelle Guion eut naturellement pour protecteurs les
poème (v. 1967). Les Narbonnois citent Guion de Valcaire (v. 939) et Guion de Gerberoi (v. 2543), dont le Guillaume en prose a fait Guion de Champagne (c'est le nom du grand-père de YAioul italien).
Certains de ces surnoms sont historiques : ainsi Guion de Laval ; mais ce n'est pas parce que Guion de Laval était un personnage épique qu'if figure là, c'est parce qu'il y avait un Guion épique qu'un jongleur manceau ou voisin du Maine l'a surnommé de Laval.
saints défenseurs de Girari, transformés ici, comme dans Aspremont, en hommes et considérés comme ses frères utérins, Antoine et Richier, le rebelle Huou, un Tibaud d' Aspremont, qui vient d'une erreur de l'auteur û'Aie, enfin des sarrasins qui nous sont déjà connus, Ganor et Sadoine ; il a pour adversaires Naimon et Ogier, les deux conseillers ordinaires du roi Charles, Salomon de Bretagne, représenté ici encore comme le fidèle allié du roi (on voit que le trouvère a tout à fait oublié que son héros était originairement un Breton), les royalistes Tibaud ou Tibert, Garin, Amaugis et Sanson, dont les deux derniers viennent à.' Aie, des personnages du XP siècle, comme les frères Hue (lisez Heudes) de Troies et Etienne de Blois. Il a fréquemment cité les personnages mal famés de notre épopée, Macaire qu'il fait père de Hervi, Ganelon qui est son oncle maternel, Pinabel dont il est le neveu, Hardré, fils d'Amaugis, etc.
C'est enfin pour corser son affaire qu'il a imaginé de faire tuer par Gnion un jeune parent du roi Charles qu'il appelle Florian, d'un nom qui est, comme je l'ai dit, une forme deClovis.
Hervi n'a pas toujours été aussi mal traité par nos poètes et si Gaidon (v. 4610, 5086), Parise (v. 18), Gaufrei (v. 4002) lui conservent sa physionomie, les poèmes royalistes comme Aioul (v. 8815, etc.) et les Lorrams, (p. I, 12, etc.) en font un personnage sympathique. Pour ce dernier roman qui a cependant, par suite de l'influence de Gui de Nanteuil, placé parmi les rebelles, à cause de sa mauvaise réputation, Hervi de Lyon (p. 72), Hervi est l'ancèlre des héros, le père de Garin et de Begon, tous deux d'ailleurs fidèles royalistes, et son frère, le vilain Hervi, est l'ancêtre des roturiers qui se dévouent au service des prétendus Lorrains. De même Girbert donne à l'un des fils du fidèle Guirré le nom bien porté dans la gestt lorraine d'Hervi (v. 450). C'est la mauvaise réputation d'Hervi qui a poussé l'auteur de Renaud
(laisses 20 et 2]) à en faire un traître, car logiquement Renaud et Hervi auraient dû combattre sous la même bannière. Bovon de Ilanslonne (Bibl. nat. ms. fr. 22.516, f" 37) en fait tout naturellemi ni le gonfalonier du traître Doon ; mais je ne sais pourquoi Charlemagne fait d'Hervi de Pontei lie (f° 62) le messager qui fait ouvrir au roi les portes de Soissons. Peut-ôlre y a-t il là une faute de scribe, et, au rebours de ce qui se passe dans un vers de Gaidon, faut-il lireTiéri? (1)
L'insurrection de Guiomar contre le roi-empereur Louis forme la base d'un autre poème, celui û'Aionl. Sans doute son nom et sa national.lé sont également défigurés ; il est tanlôt seigneur de Bourges et tanlôt réside en Pontieu Cv. 1397 et 1400), il poite tanlôt le nom de Gilebert, tauiôt celui de Gilemer l'escot (v. 334 et 1399) ; mais son antagonisle où je vois Audulf ou Adulf. chargé en 786 de réduire les Bretons, n'a pas été moins singulièrement identifié avec Aigulf, abbé de Lérins, d'origine blésoise, d'abord moine à Fleuri sur l.oire, et inhumé à Provins en Brie, où ses reliques étaient l'objet d'un culte (v. 73).
11 faut noter d'abord qu'Aioul a pour père le dieu celtique Eli, appelé Ehe, par confusion avec le prophète juif ; il a pour auxiliaire Hervé (v. 8970 et suiv.) représenté ici comme un breton, mais qui fut en réalité un nantais, à une époque où Nantes ne faisait encore pas partie de la Bretagne, et qui même trouva la mort en combattant les Bretons, en 844.
(I) Dans Girard de Viane, p. 60, Hervé est un simple nom. De même dans Girart de RoiitisUlon, où c'est tantôt un archevêque (par. 292), tantôt un hôtelier (par. 536 et suiv.)
Aioul et Hervé ont à lutter contre Macaire, comme Auberi, un autre héros, légendaire celui-là et non historique, de la marche de Bretagne ; et Hervé se mesure avec un certain Guinehot (v. 8784, etc.) représenté comme un lombard, mais qui est, soit comme Guineman, etc. une mauvaise graphie pour Guiomar, soit un nom forgé sur celui du dieu celtique Gwynwas.
Le poème, tel qu'il nous est parvenu, a d'ailleurs subi de profondes modificaticTns. Aioul, fils d'un dieu, sortait comme tel de l'autre monde ; on en a conclu que son père avait été banni aux extrémités de la France, dans les landes de Gascogne ; on a placé à Poitiers, au sud de la Loire, dans un pays voisin et ennemi de la Bretagne, la résidence de son ancien sénéchal. Quant au siège d'Orléans par Guiomar, remplacé d'ailleurs dans la version italienne par le siège de Paris, cela peut tenir à la transformation de Guiomar en comte de Bourges, ou à l'influence de quelque poème sur la résidence des rois d'Aquitaine à Orléans qui fut parfois au IX* siècle considéré comme la capitale de cette province.
Dans la seconde partie du roman, la scène a été transportée (on eu a déjà vu et on en verra encore des exemples) de Bretagne en Bourgogne. Aioul qui a demandé (v. 8091 et suiv.) le duché de France, l'avouerie de S. Denis et le titre de sénéchal, a obtenu les villes de Langres, où est célébré son mariage (1), Nevers et Besançon dont on le voit prendre possession (2) ; et Macaire, soutenu par les Italiens, devient seigneur de Lausanne.
(1) Dans le texte italien, son père Elle, époux d'EIise, forme féminine de son nom, est duc d'Orlino (Orléans), i. e. duc de France et par suite marquis de Bretagne. C'est sous les murs d'Orléans et non de Langres qu'Aioul est fait prisonnier par Macaire. La mention d'Angiers(v. 8087, 500'J) apparlienl, je crois; au poème primitif.
(2) Je lis au v. 8080 Nevers, Lungrcs et Besançon et non Dijon,
Là-dessus on a encore brodé mille inventions romanesques ; Aioul épouse Mirabel ou Léonide, fille de l'émir de Pampelune Mibrien ou Adrien ; fait prisonnier par Macaire et conduit à Tornebrie, il rend service au roi de ce pays, qui se trouve être le duc de Venise, Grasien, en luttant contre son ennemi Plorien, roi de Salcnique. On voit que nous sommes en plein à l'époque de la quatrième croisade, où les barons de France aident les Vénitiens à faire des conquêtes en Grèce ; si Florien porte un nom germanique, que j'ai signalé déjà comme une forme de Glovis, et que notre épopée donne volontiers aux souverains étrangers. Gratien n'est autre que la forme d'allure latine que nos chroniqueurs donnent au nom de l'émir musulman d'Antioche en 1098, Akisian ou Bagisian.
Joignez à lo'it cela des luttes contre les voleurs, les traîtres, les musulmans, dont on va puiser les noms dans le réper-r toire courant, Nivard. Aleaume, Fouchard, Sanson, Feran, Agenon, Garin, Richard ou Kichier, Hugon, Jofroi, Gontard, Guilhuuiio, Renard ou Renier, Bernard, Robaud, Estoul, Arpin, Pinel, Magegos, Henri, Soran (lis. Moran), Ingernard, Ingran, Ingresan, Haston, Nustan, Tabor (lis. Fabur), Tabrin (Us. Mabrin) etc. etc.
car cette ville ne reparaît plus. Les v. 8089 (qui lui attribue Meaux, Provins, Reims et Chàlons), 8090 (qui lui donne Amiens, S. Quentin, Laon et Soissons), 8088 (où il reçoit Trêves, Plaisance, lis. Maience, et Crcmoinc, lis. Tréinoigue) sont interpolés.
(1) Mibrien est un nom forgé sur Mabrun, comme Florien sur Flovcnce, Madien sur Maderan, etc.
Moran nous esl représenté par (iaufrei (v. 111) comme l'un des fils de Doon de Maience, et Aimeri, donnant le catalogue des descendants du héros, nous dit (v. 4656) que l'une de ses filles fut mère de S. Moran. Le Moran épique fut donc canonisé ; c'est à n'eu pas douter l'évêque de Rennes contemporain du roi de Neustrée Ghilpéric II (715-720), donc contemporain de Charles Martel et du comte-évêque Amilon de Nantes.
Or, comme nous Talions voir, le poème de Mainet a pour sujet la lutte de Charles Martel contre ce même roi Chilpéiic, et parmi les protecteurs épiques du jeune héros, nous trouvons justement, avec nombre de héros bretous ou chers à l'épopée fr'inco-bretonne, les deux évéques Moran et Milon.
Son surnom de Moran de Rivier ne contredit pas notre hypothèse. La marche de Bretagne était bien en effet un pays frontière, un ripuarium.
Moran a donc été considéré comme un héros dans Ogier^ où il se mesure avec Bréhier, dans les Saisnes (laisse 195, pour la rime), dans Aspremont (f''75, id.), dans Aimeri (v. 4500 c), àQ.nQ Anséis (v. 2759, etc.), AdXisGaidon (v. 5182, etc.). Ce protecteur du jeune roi est devenu dans Aie un ennemi de Garnier, ce qui était tout naturel (v. 3911), un ennemi de Gaidon (v. 4524), ce qui ne l'était pas moins ; de là il est devenu dans Aioul^ ce qui est beaucoup moins naturel, un nom de voleur, sous la forme Moran (v. 6667) et sous la forme Soran (v. 5808). Il faut sans doute lire Borel et non Morand le roi sarrasin de la Prise d'Orange (v. .^•99). Son caractère ecclésiasiique se retrouve dans Foucon, p. 98, dans Girart de Yiane, p. II, dans Raoul (v, 6838)
qui cite également (v. 2673), peut-être pour la rime, un comte Moran parmi les Gambraisius, dans Aimeri (v. 1938) où il est dit frère de Savari. Dans ce mêm.e poème (v. 1030) deux ingénieurs s'appellent Sarari et son frère Moran (on voit que là encore le nom arrive juste pour la rime). Moi an ou Morandin est tout naturellement dans les Lorrains (p. 219) le fils du vilain Hervi, c'est-à-dire un royaliste, et le sergent qui épargne les jours de la reine Berte qu'on l'avait chargé de tuer (v. 587) a également droit à ce nom. Dans Elias, v. 5864, Moran est dépeint comme un adversaire du héros ; mais on le trouve également dans ce poème comme appartenant au parti contraire ; d'ailleurs il est fils du duc Renier, qui en général est représenté comme un royaliste. Citons enfin le messager Moran (Foucon, f° 16) et nous en aurons fini avec le personnage (1).
Gaufrei en fait le père de Uaimon de S. Gilles (v. 112) ; c'est une manière de faire rentrer le roman de Parise dans le cycle mayençais.
Raimon en effet n'est pas un personnage épique. Au cours du vers c'est généralement une erreur de scribo pour Ripes [Ogier, p. 125, Aspremont), pour Radbod [Charlemagne, P 65), pour Aimon [Asjjremont] . A la rime, c'est un personnage sans importance, ou une erreur de scribe pour Naimon ou pour Aimon (Raimon, conseilUer de Lambert, Auberi^ î° 83, le messager Raimon, Enf. Ogier, v. 473, Elias, V. 4081, Raimon l'espagnois, Aie, v. 2423, Manesier fils Ramon, Girai't de Roussillon, par. 66.). Le Raimon de Valpré du Guillaume en prose, le Raimon de Navarre à'Anséis, v. 130 et suiv., sont des personnages importants, mais de pure invention.
(1) Moran est un nom d'évéque dans Bovon de Hanstonne, v. 3GG6, etc., dans les Narbomiois, v. 2324, 4578, 7730. Je lis dans Roland, V. 3469, Moran et non Loran.
Quact à Raimon de S. Gilles, ce n'est pas un héros épique, c'est un personnage récent, comte de Toulouse de 1088 à 1105, un des chefs de la première croisade, que les jongleurs ont introduit délibérément dans des passages où sa présence leur paraissait indiquée, Ogier en fait le chef d'une bataille française, Parise le mari d'une châtelaine du bas Rhône, Aimeri (v. 4496) le fait assister aux noces du seigneur de Narbonne, Girbert (v. 473) qui le dit fils de Mauvoisin, le place parmi les barons gascons alliés de ses héros, le chroniqueur Aubri en fait le père de son Belinus qui est notre Elle de S. Gilles, certains manuscrits de Renaud en font le conseiller du roi d'Aquitaine.
Deux autres Raimon historiques figurent pour les mêmes raisons dans Girarl de Roussillon ; ce sont les comtes de Barcelone, Raimon Borel (992-1018) et Raimon Bérengier (1035-1076) ; l'un des deux figure encore (par 137) comme chef des Calalans (I). Ce qui est plus bizarre, c'est que Raimon Bérengier figure dans les Lorrains (p. 48), mais Raimon est là de trop ; et en réalité, il s'agit simplement du Bérengier épique, le royaliste fidèle auquel le rebelle Fromond est accusé d'avoir enlevé la ville de Soissons.
Revenons maintenant à Parise. C'est un pur roman d'aventures sur le thème bien connu de l'épouse injustement accusée, exilée par son mari et vengée par son fils. Il ne s'est guère mis en peine pour les noms propres. 11 s'est presque uniquement inspiré (ÏAie et de Gaidon ; son héroïne est fille de Garnier et d'Aie, elle a pour défenseurs les amis de Garnier, Giraril, ou les fils du second mariage d'Aie, Antoine, aux miracles duquel il est fait une allusion formelle (v. 2830), et Richier ; pour ennemis les ennemis de
(1) Girart connaît encore un Raimon fils de Guigne, par. 596. Sur Raimon Bovon de Comarcis a forgé le nom de femme Raimondine (v, 365).
Garnier, Milon, Bérengier, auquel le poème attribue à tort le meurtre de Garnier (v, 2860), Sanson, Amaugis, de Gui, Hervi,de Gaidon, Tibaud, puis les traîtres classiques, Ilardré, l'ennemi d'Amile , Piuabel , le champion de Ganelon , Pinel, Rogier, Roer (lire probablement Roard), Hoton (ou Foucon) qui forment un groupe de douze traîres, antithèse vivante du collège des douze pairs , et auquel répond en pays étranger le traître Gontagle qui porte un nom également mal famé. Le seul nom pour lequel Parise nous donne un éclaircissement original, c'est celui de Clarenbaud, généralement mal vu de notre épopée où il est d'ailleurs assez rare. En nous montrant en lui l'ennemi des royalistes Bérengier, Sanson, Amaugis, etc., elle accuse nettement son caractère de baron rebelle que les autres documents permettaient de soupçonner.
Le roi Hugon de Hongrie qui se fait le parrain du fils de Parise provient directement de l'empereur de Gonstantinople Hugon du Pèlerinage, et le comte Tiéri de Cologne est un décalque de Tieri d'Ardenne. L'idée déplacer la scène du roman dans les pays à l'est de la France, la mention de Valenciennes, de Namur et du Quesuoi indiquent suffisamment la nationalité wallonne du trouvère qui composa le roman (1).
(1) Je ne sais ce qu'est Vavenice ou Yalvenice, apanage de Parise. Tristan de Nanteuil la dit fille de Renier de Valvenice. Serait-ce Yantamise?...
J'arrive à l'étude de Mainet.
C'est une étude assez difficile. Du poème du XIP siècle il ne reste que des fragments ; il en faut rechercher la trame dans des rédactions étrangères, deux italiennes, l'une en vers, le Carleto (XIIP s.), l'autre en prose, les Reali (vers 1400), une espagnole, la Conquête d'outremer (XIII's.), une allemande, le Charles J/ame^ 1300-25), dans une compilation française du début du XIV* s., le Charlemagne de Girard d'Amiens, dans la saga de Charlemagne, dans la mise en prose du roman de Charles Martel, dans le poème allemand du Stricker sur Roland. Joignez-y que toute la partie de Renaud où celui-ci est accueilli par le roi Yon d'Aquitaine, puis abandonné par lui, ne convient nullement à ce personnage, qui est en réalité un royaliste, mais est l'histoire exacte du roi Ghilpéric II, l'adversaire de Charles Martel.
C'est que Mainet est le récit de la lutte dirigée par Charles Martel, appelé ici Charles Mainet, par une erreur de trouvère qui n'a pas compris le sens du nom Charlemaine (Charlelemagne) contre le roi de Neustrie Chilpéric II, qui par suite d'une confusion entre Chilpéric et Childéric est appelé ici Heudri (Hoderich en allemand, Landri en italien, Eldoïs en espagnol), et son maire du palais Rainfroi ou Hainfroi (Haenfrait en allemand, Leufroi et Lanfroi en italien, Mainfroi en espagnol), lutte commencée en 715 et terminée en 720 par la prise de Chilpéric et en 723 par la défaite de Rainfroi (1).
(IJ Le chroniqueur Aubri distingue la guerre contre Rainfroi en 722 de la guerre contre Lanfroi en 723. Outre l'allusion à Heudri et Rainfroi dans Doon de ilfaience, v. 6612, et leur présence dans Aw6eri,
Certains traits historiques ont été mainteiius; aiasi Girard d'Amiens a conservé le souvenir de la bataille de Soissous (720). il sait que Gliilpéric fut pris sans combat peu après et que Rainfroi continua la lutte après cette capture ; les Reali savent que Ghilpéric était le roi et Rainfroi le sénéchal, lisez le maire du palais. Charles Marlel connaît le roi Tiéri (673-691), le vaincu de Textry, qu'il appelle Theodorus (pour Theodoric), et le roi Ghilpéric (715-720) qu'il appelle Ydrich (c'est notre Heudri) et qu'il fait fils deTic'ri, dont en réalité il était le neveu. Pour lui Gharles, après avoir hallu Heudri et son allié Yon d'Aquitaine qu'il dédouble en Oton de Pavie et en un roi d'Aquitaine auquel il donne le nom du grand saint poitevin Hilaire, est devenu roi en épousant la fille de Tiéri, l'héritière du royaume (1).
Mais l'esprit général des faits a été complètement faussé, et tandis que dans l'histoire Gharles combat avec les Français de l'est contre ceux de l'ouest et du midi, cous allons voir que ceux-ci sont ses alliés et ceux-là ses adversaires dans tous nos récits épiques.
Etudions maintenant les différents personnages du récit.
Disons d'abord que le jeune Gharles est forcé de fuir la Franco, et après avoir cherché un asile à Angers, à S. Omer, en Bourgogne, suivant les différentes versions, de se réfugier
éd. Tarbé, p. 127 et 134, on trouve encore dans Gaidon, les traîtres Heudré (v.6977) et Rainfroi (v. 6912), dans Aioul le bourgeois Eldré (y. 2583), dans Elias le clerc Heudri iv. 6333) et Heudré, adversaire en champ clos du héros (v.2036), dans Godefroi l'hôte Rainfroi (y. 2611), dans Bovon deComareis (v. 367), le narbonnois Rainfroi, dans Huon de Bordeaux, Rainfroi ou Hainfroi (et non Godefroi). Le roi Heldin de Partenopeus, v. 2175, est plutôt calqué sur Holdin, i. e. sur Oudin.
(1; Du moins il a utihsé, sans l'amener jusqu'à la conclusion, une légende qui racontait ainsi les choses.
en Espagae où ua conte qui a peut-être existé à l'état indépendant (du moins on le retrouve tel dans les chroniques espagnoles) lui faisait conquérir l'amour de Galienne, fille de l'émir de Tolède Galafre, la bonne épée Joyeuse que lui donnait la princesse, et Durandal, qu'il enlevait au sarrasin Braiman.
Nos deux poèmes français font jouer dans le sauvetage du jeune prince un rôle important au cuisinier David. C'est là sans doutj un personnage imaginaire, inventé par le romancier. Le poème allemand y fait également allusion, mais la version italienne l'ignore.
C'est en Espagne qu'il rencontre Moran qui figure dans toutes les versions, mais qui chez les Italiens, les Allemands et les Espagnols se trouve dès le début aux côtés de Charles et joue le rôle de David ; après la rentrée de Charles en France, il disparait dans la version française, il est tué en Espagne dans le récit allemand.
Près du jeune prince, Mainet mentionne Beraud d'Orlenois, Aimar le mansel et Gui de S. Olmer, Tiéri, Maiengot, enfin Hugues et Henri. Trois de ces personnages reparaissent dans Girard d'Amiens, Hugon et Henri, transformés en comtes d'Auvergne et de Berri, suivant un procédé que j'ai déjà signalé dans la légende d'Amile et qu'on retrouve dans celle d'Amauri. Leur rôle y est capital ; ce sont eux qui en réalité rétablissent le jeune prince. Ils sont inconnus des autres versions. Tiéri reparaît dans l'allemand, et Maiengot ou Maingot dans l'espagnol.
Béraud reparaît dans Girard d'Amiens (f°" 24, 30, 62, 65), mais ni Aïmar ni Gui ne reparaissent. Béraud manque à toutes les autres versions. Au lieu d'Aïniar et de Gui, Girard fait figurer Erchenbîud [i"* 25, 30, 65) et un comte de Senlis (f"" 24, 61, 65) qui est sans doute l'Ernaud de Senlis de la version allemande. Je ne compte pas en effet Esmeré (f*" 24,
25, 30) qui ne figure que comme surnom de David ou dans des énumérations certainement interpolée';.
Mainei conuaît encore d'autres personnages sympathiques à la cause du jeune Charles ; ce sont Milon le comte-évêque de Nantes contemporain de Moran, Bernard qui fut en 830 le protecteur du jeune Charles le Chauve, et les Bretons rebelles, toujours placés au rebours de leur rôle historique, Ripes, notre Erispoé(85l-8j7), et un Gomer l'angevin qui n'est autre que le roi breton Guimar ou Guimer, le fameux rebelle tué eu 825 (1).
Le récit allemand analysé par M. Gaston Paris n'est pas en tout conforme au récit français. Sans doute il connaît David et l'èchanson Tiéri et fait disparaître Moran avant la renlrée du jeune prince en France, mais il fait de Moran un français et non un musulman converti. Il ignore Hugon, Henri, Beraud, etc., et les remplace par Evrard, qui accompagne le jeune Charles en Espagne, Ernaud deSenlis, Beliu d'Arles (le dieu Beli de la mythologie celtique), Godin et un certain Gerfin de Termes qui est peut-être le Tiéri de Termes du roi Louis, enfin Hoël de Nantes qui joue tout naturellement le rôle de notre Erispoé.
Tiéri est plutôt un personnage de la légende de Charles le Chauve, un ennemi de Girard de Roussil'on ; il joue un grand rôle dans la saga de Charlemagne qui correspond au Mainet ; c'est lui qui met à mort Heudri et Rainfroi dans Girard d'Amiens, et je suis très disposé à croire qu'ici comme cela arrive souvent, Hervi de Ponterlie doit être Terri ou Tiéri.
Tiéri aurait donc été dédoublé dans la version allemande. De plus si l'on se souvient que Godin est représenté ailleurs
(1) Ils sont réduits à deux dans Girard d'Amiens ; son Milon duc d'Anjou est à la fois Milon et Gomer, et son duc de Dijon Bernard et Ripes.
comme le fils de Huoii de Bordeaux el qae dans Girard d'Amiens Huon et Henri ont les allures d« deux frères, ce qui ferait de Godin le neveu de Henri, comme il l'est de Gerfin de Termes dans le récit allemand, on est tenté de croire qu'il y a en dans l'esprit de l'auteur une certaine confusion entre les personnages de Tiéri et d'Henri.
Son Ernaud de Senlis, le comte de Senlis de Girard d'Amiens, n'est pas distinct du Bernard de Monder de Malnet ; c'est encore là une bévue de scribe. On va retrouver en effet dans les Reali ce personnage de Bernard.
Evrard est le plus difficile à identifier. Ce n'est pas qu'on ne le retrouve de temps en temps dans notre épopée, mal famé dans le poème royaliste d'Auberi (f* 69), mal famé également dans Doon de 3Iaience, v. 2041 (la mise en prose de Jean des Preis fait jouer son rôle à un nommé Henri). C'est peu, car cela ne nous avance guère d'entendre qualifier, dans Gii^aH de Roussillon, Gariu d'Escarabele de père d'Evrard (par. 230), ou de voir l'anglais Evrard dans le chroniqueur Mousket donner à sou souverain le conseil d'expulser Isenbard (v. 14.125).
La saga de Charlemagne a emprunté à l'histoire son Evrard, beau-frère du roi Charles (en réalité Charles le Chauve, dont Evrard de Frioul épousa la sœur) ; elle lui donne d'ailleurs pour fils un autre Evrard, et, je crois, un Alard. Peut-être existe-t-il quelques rapports entre l'Evrard etl'Evroïn épiques (I).
Le chroniqueur Aubri nous a laissé un résumé de Mainet où l'on retrouve : le dieu celtique Beli, fils d'un Raimond de S. Gilles qui est tout indiqué pour être le père d'Elie, puis le Milon des poèmes français, dédoublé pour la circonstance eu un Milon d'Anglers et un Milon de Bourgogne
(1) Je ne parle pus bien entendu d'Evrard de Granai, (lisez de Tournai), croisé en 1096, Godcfroi, p. 270.
fils de Garnier, le duc de Dijon de Girard ; c'est une erreur d'avoir mis là ce rebelle, mais le trouvère qui faisait jouer ce rôle à Ripes ne se trompait pas moins ; puis Sanson et son fils Renier, qui figurent également dans le Carleto, mais sont absents des autres versions, et qui sont tout indiqués par leur dévouement réel à la cause royaliste pour figurer près du jeune roi, quoiqu'ils soient en étrange compagnie auprès du rebelle Garnier. David, Moran, Tiéri n'y figurent pas.
Je no connais le Charles Martel que par les rubriques publiées par M. Paul Meyer dans sa traduction de Girart de RoussiUon^ j'y vois qie le principal allié de Charles est un certain Reinbaud (c'est encore noire roi breton Erispoé) et qu'il se mesure en champ clos avec un certain Guion ou Guimar. C'est encord le roi breton Guiomar. A-t-on oublié qu'ils furent tous deux des rebelles, n'a-t-on conservé souvenir que Je l'alliance d'Erispoé avec le roi Charles à la fin de sa vie, a-t-on voulu expliquer ainsi qu'Erispoé ait obtenu après Guiomar la couronne de Bretagne, je n'oserais me prononcer entre toutes ces suppositions.
Le récit du Stricker est beaucoup plus simple ; c'est une allusion aux luttes de.^ Français contre Guiomar et Ripes, appelés ici Guineman et Rabel, et à l'appui prêté en 841 à Charles le Chauve par le comte Tibaud. La version espagnole ne connaît que Moran, Maiugot (1), le duc de Bourgogne
(1) Ce Maiengot ou Maiugot (le nom a trois syllabes ; il faut donc lire Maiugot et non Maingot) est cité à deux reprises dans Mainet (p. 315 et 316), toujours associé à Tiéri. Outre le Mainet espagnol, on retrouve dans M'iurin (v. 67) Manigos l'cspanois comme un royaliste. Jean des Preis, racontant les victoires de Jules César, dit qu'il conquit la petite Bretagne sur le roi Hanigos , qui avait vaincu et tué son oncTe, le roi Theodogus de Barbaslre. Enfin Aioul, V. 5808, parle du voleur Magegos. Comme pour Maelgut, Malaquin, Malatun, il s'agit sans doute encore ici du dieu celtique Maelwas.
et un certain Gariiier qui figure là comme personnage très accessoire.
Le récit de la saga de Charlemagne est beaucoup plus compliqué. Charles a bien toujours Raiufroi pour adversaire, c'est chez Tiéri qu'il reçoit l'hospitalité, mais son principal champion est ici Basin, le général de Charles le Chauve (mort en 887). De plus, si c'est toujours d'Anjou et de Bretagne que viennent les renforts, les chefs de ces deux provinces portentles noms très récents dans l'épopée de Geddon (Gaidon) de Bretagne et de Jofroi d'Anjou. Il faut ajouter enfin que, malgré ce renseignement qui place la scène dans l'ouest de la France, malgré la mention du séjour de Tiéri à Peituborg, qui paraît bien être Poitiers, comme dans la saga d'Elie, la mention de l'évêque de Trêves, la localisation du séjour de Rainfroi à Tongres , et une tendance à identifier avec Ratisbone (Regensborg) la Rome (Rumensborg) où le jeune Charles fait la rencontre de Naimon, comme dans les Reali il y rencontre son fidèle allié Bernard, semblent indiquer qu'un intermédiaire allemand s'est placé entre le poète français et le compilateur Scandinave. Ajoutons que la mention de Girard comme auxiliaire de Charles est une interpolation contraire à toutes les données historiques et légendaires (sauf dans Charles Martel et le passage de Girart de Roussillon où il est dit que Girard a battu Radbod de Frise); il en est des renforts que celui-ci va chercher dans la France du nord comme de ceux que Basin va lever dans l'ouest, ils ont pour chefs des personnages récents, le comte Baudoin de Flandre et un certain Gautier d'Arras qui paraît avoir été inventé par l'auteur de Raoul (I).
(1) Dans les poèmes français qui (ont allusion à Basin, le chef des conspirateurs ne s'appelle plus Rainfroi, mais Gerin, par suite d'une confusion que j'expliquerai tout à l'heure en parlant du Mainet italien.
Notre épopée parle peu des auxiliaires de Heudri et de Haiufroi ; seul Charlemagae menlionne uu Engeran de Beaufort. Lasagaa raugé dans ce groupa un royaliste mal famé, IsenbarJ, uq rebelle, Guiomar (dédoublé eu Tangemar et Tamir), Fouchard, Soibaud (Segbert), Ausel (Andeal ou Anzeal), Engeran, Rogier (dédoublé en Rozer et Rezer), et Gacelin (Valau, Vadalin, Valalin et Vazalin),
Le compilateur Scandinave a ajouté à ce récit une suite qui n'est pas sans rapports avec ce que j'ai cité de Charles Martel. Ce roma : fait lutter en champ clos Reinbaud, i. e. Ripes, et Guiomar. Ici Reinbaud (il faut toujours lire Ripes) a reçu les biens des traîtres Tamer et Tangemar (il faut lire Guimer et Guiomar , c'est un doublet de Guiomar), ce qui veut dire qu'il a remplacé sur le trône de Bretagne ce Guiomar auquel Mainet l'associait sous le nom de Gui de S. Olmer. Reinbaud va avoir maintenant à lutter contre Garnier. L'auteur a tout à fait oublié que Garnier et Ripes ont fait ensemble campagne contre Charles le Chauve, ou le rôle de Reinbaud a été partiellement altéré par l'influenoe de Renaud , fils d'Aimon et ennemi de Guimar. Or ce Reinbaud a un ami, Aimer de Galice, le mansel Aimar de Mainet, qui, comme Olivier et Otes par rapport à Roland, a commencé par être son adversaire, et qui n'est autre que le mythologique Hama.
J'arrive enfin au récit italien des Reali, Comme dans le Mainet allemand, il semble bien que la bataille a lieu entre Orléans, où est Charles, et Paris, où est Heudri (1). Les deux
(1) Dans Charlemagne o u plutôt dans son original la bataille devait se livrer entre Troies et Soissons (f" 61 et 62) ; le compilateur amicnois en a reporté le théâtre jusqu'à Montdidier , et par l'hostilité d'un contemporain de Philippe le Bel contre les Flamands et leur comte Gui de Dampierre, il a transporté à Dinant et à Namur le foyer de la résistance et transformé Radbod, l'allié de Rainfroi, en llaimond de Dampierre.
fidèles compagnons de Charles, Ogier et Nairaon, inconnus aux autres versions, mais dont le dernier avait déjà fait son apparition dans la saga, sont près de lui. Moran, qui dès le début a veillé sur sa vie, n'est pas mort en Espagne. Le fidèle Bernard, qui paraît dans la suite remplacé par un Guillaume de Bordeaux, calqué sur le fidèle Guillaume du Couronnement^ ne manque pas à l'appel. Il y a d'ailleurs dans l'autre camp un Bernard, qui représente Bernard de Septimonie (mort en 844), msis qui en même temps obtient grâce du roi, car il a certains traits de Bernard d'Auvergne (1). De même il y a deux Milon, Milon d'Anglant, et un M:lon de Bourgogne, qui joue le rôle du Milon de Pouille de notre épopée. Le roi a encore comme adversaires le rebelle Girard de Frète, le dieu Gwynwas (Guinan), le rebelle Grifon, Lionel et Denis, fils de Richier, le protecteur des rebelles de la vallée du Rhône, Gui et Girard. Près du roi sont les héros franco-bretons, Salomon , Anquelin, Bérengier, Lambert, parent de Naimon, Gui de Gascogne, et c'est parce que certains de ceux-ci. Gui par exemple, et surtout Lambert, figurent parmi les royalistes que leur ennemi Garin, le royaliste de 840, figure aux côtés de Girard parmi les rebelles et sera dans les allusions de Renaud, d.'Elie et d'Elias au poème perdu de Basin, le chef des conspirateurs, (2)
(1) Il est frère de Girard qui, irrité de son pardon, lui fait la guerre et le dépouille, malgré l'appui d'Elimo ; on retrouve ici le dieu Beli, qu'on retrouverait encore dans le Belinas de Grèce au service duquel se met Charles Martel dans son exil. C'est tout à fait ridée de la saga de Charlemagne sur Girard de Vienne ; celui-ci a parmi les siens un Bernard qui est pris, pardonné et créé comte d'Auvergne.
{2) Ou plutôt parce que Basin, ayant commandé après Garin dans la vallée du Rhône, a été considéré comme son remplaçant, et par suite, comme son ennemi.
Il me reste à dire uq mot des chefs sarrasins avec lesquels Charles se trouve en rapports. Quand il délivre Rome et le pape MiloQ (que les Reali ont remplacé par l'historique Léon III, devenu par une confusion de Léon III et de Léon IV, successeur du pape Serge) de Carleto , de ChOjrlemagne et de Renaud, son adversaire porte les noms courants de Brunor dans l'italien et de Corsuble dans le français. En Espagne, il se réfugie chez le roi de Tolède ; c'est une allusion au petit royaume musulman dont cette ville fut la capitale de 1031 à 1085, sous l'émir Hixem de Cordoue (1076-1081), ajoute avec précision le texte espagnol qui le fait lutter contre deux personnages historiques du XIP s., Abdalla, émir de Cordoue et Abrahim (lisez Ibrahim), émir de Séville. Baligaud et Marsile étant représentés ici comme les fils de l'cmir de Tolède , on fait également régner ce prince sur Saragosse. Son nom est Galafre, personnage que l'on retrouve, soit sous cette forme, soit sous la forme Galafer dans /?o/ûn(i (v. 1663), le Couronnement [v. 301 b et c, etc.), la Mort Aimcri (v. 673, etc.), Auberi (f° 8 et éd. Tobler, p. 100), Huon de Bordeaux [v. ^^^^, etc.), le Siège de Barhastre [i° 147), Elie (v. 655, où d'après la saga je corrige Pilate en Galafre), et qui me paraît forgé sur Galan, le divin forgeron de la mythologie Scandinave (I), comme Corsuble sur Corsolt et Agolafre (qu'on trouve dans Aliscans, V. 373, et dans Fierabras, v. 4?90) sur Agoland. (-2) Voilà pour
(1) Galan ne joue aucun rùlc dans notre épopée, mais il y est fait souvent allusion en tant que forgeron dans Ogier, laisse 48 et ^. i02; Doon de Maience, \ 5031, 66'J8, 8758; Elioxe, v. 3098 ; Godefroi, v. 1711 ; Fierabras, v. 644; Raoul, v. 489 ; Guide Nanteuil, V. 951 ; Foucon; Hiion de Bordeaux; dans iV/au^is Murgalan le sarrasin est dit fils de Galan.
(2) Le Galadre de Norvège de Ciperis, le Balifre ou Galifre d'Ajiséis, V. 6324, sont imités de Galafre. Quant à celui qui figure dans
son protecteur. Quant à ses ennemis, ce sont,' défalcation faite' du Poliuoro des Reali, emprunté au cycle d'Arlus, Braiman, Braiban ou Braraan, dont le nom a une physionomie germanique très caractérisée, Caïman, qui est dans le même cas, Gaïfer qu'il faut probablement lire Caïfas, et qui est un nom juif, tout à fait analogue à ceux de Golias et de Faraon que Ton rencontre de temps en temps dans notre épopée (1), enfin Bruant ou Bruyant que j'ai déjà étudié à propos de Fierabras.
A la légende mérovingienne sur les fils de Glotaire, qu'il a complètement défigurée (il faut ajouter à ce que j'ai dit que le Marcus d'Orléans de Ciperis est devenu Hilaire de Hongrie), aux récits hagiographiques qui assimilent Dieudonné à S. Honoré et Supplante à S. Foi, aux tantaisies purement jougleresques qui ont amené là Balan, Gorsabrine, Josué, etc., Charles le Chauve }0\nt quelques souvenirs de l'épopée carlingienne qui sont précieux à recueillir. Le nom de Guillaume lui était antipathique, ce qui est rare dans notre épopée; Guillaume de Montfort est le rival de Melsiau, Guillaume d'Esturgon le persécuteur de Dieudonné. Sans doute le premier, candidat des purs Fraoçais qui ne veulent
Maugis, et auquel fait allusion Doon de Maience, v. G611 etc., c'est notre Galafre de Tolède.
(1) On trouve des allusions à notre Braiman ou Bremon dans Doon de Maience, v. 6610, et Gaufrei, v. 1124. Le nom reparaît dans Galien, p. 7, et les Enfances Ogier, v. 4829 et 5880. Il y a un Caïman dans Ansêis, v. 2753. On retrouve Caifas dans Aliscans (v. 3158 et 3172), Anséis (v. 3522), Elle (v. 1512, etc.), Floovant, (V. 1492), le comte de Poitiers (v. 792).
pas du roi infidèle, n'était pas à l'origine distinct du grand Guillaume qui repoussa dans la légende Olon de Germanie ; les sympathies du trouvère ayant tourné et s'étant portées vers le prince étranger, le héros est devenu un personnage antipathique. Goubaud et son fils Nivelard (dont le nom est forgé sur celui de Nevelon) appartiennent bien réellement à l'épopée de Charles le Chauve ; nous les avons déjà vus dans Amile lulter contre ce souverain. Huon de Bordeaux considérait qu'Amauri, comte de Nantes en 850, était responsable, par les mauvais conseils qu'il lui avait donnés, du meurtre du jeune roi Charles d'Aquitaine ; notre trouvère en fait l'auteur et non plus seulement la cause occasionnelle de cette mort. Il confond lui aussi la Bretagne et la Bourgogne, son Amauri, très logiquement qualifié de Bretagne, étant, tout comme Hervé, transformé en comte de Lyon,
Quant aux comparses de l'une et l'autre armée, ce sont les personnages traditionnels que leur nom voue à un rôle désormais classique : rebelles ennemis du héros, Foucon et Guiomar, associés par la transformation que leur a fait subir /îenauc? aux royalistes ennemis des rebelles, Achard, Alori, Asselin, Ertaud, Evroïn, Gontier, Sanson, Tiéri, Tibaud , jetés pêle-mêle avec le celtique Perceval dans le camp des ennemis de la royauté. Ce sont d'autre part S. Antoine, le protecteur de Gui de Nanteuil et du fils de Parise, le bon sarrasin appelé ici Garsile, le bon hôte Joseran de la Reme Sibile, le fidèle Richard (et non Guichard) de Normandie de Renaud, de la Reine Sibile, de Bovon d'Aigremont, etc.
L'auteur était sans doute un Brabançon ; le rôle qu'il fait jouer dès le début (f° 1) au duc de Braban et de Louvain, comme à Valeran de Limbourg (et non de Limoges, comme porte le manuscrit), que la Rose et la Violette avaient déjà signalé à l'attention des trouvères , le prouve assez. Il
n'aimait pas les Bretons, ni les héros celtiques ; son Guillaume, de Montfort est un baron de Bretagne, son Amauri un Breton, son Perceval un Celte.
Il est fort possible qu'il y ait là un reflet de l'histoire, et pour quelqu'un qui connaissait un peu Charles le Chauve, il était beaucup plus naturel de lui donner les Bretons pour adversaires que pour soutiens, comme s'acharnent à le faire tant d'auteurs des XI P et XIIP siècles (Bovon d' Aigremont, Girart de Roussillon^ etc.) Derrière eux il a placé, comme au temps de Charles Martel, tous les barons du sud-ouest, les successeurs des anciens fidèles des rois Yon ou Hunaud d'Aquitaine, le comte d'Auvergne, le comte d'Agignois (lisez Agénois), etc.
Peut-être enfin n'a-t-il si bien accueilli la candidature épique du roi étranger à la couronne de France que parce que ses sympathies le portaient, en ce XIV^ siècle où il écrivait sans doute, vers les prétentions analogues du roi Edouard d'Angleterre.