‹ Les perversions de l'instinct génital [electronic resource]Chapitre 16 sur 21 · SEXUELLE · texte numérisé non relu

SEXUELLE

On ne peut bien comprendre l'uranisme qu'en comparant les perversions sexuelles qui se développent sur ce terrain avec celles qu'on rencontre dans l'amour hétérosexuel. ïl est très curieux de voir que, dans l'inversion sexuelle qui pousse l'homme vers l'homme, on trouve les mêmes perversions que dans certains rapports sexuels entre homme et femme. C'est principalement aux nombreux travaux de V. Krafft- Ebing1 que nous devons la connaissance de ces faits fort intéressants.

A l'état normal ce sont les organes génitaux de la femme qui provoquent la plus grande excitation chez l'homme, et c'est le coït qui est le moyen principal de satisfaction de l'instinct sexuel ; mais il n'en est pas toujours de même, et il existe des cas où les choses se passent d'autre façon. On trouve notam ment des hommes qui sont excités par une partie du corps de

i V. surtout la nouvelle édition de Psychopathia sexualis : « Neue Forschungen auf dem Gebiet der Psychopathia sexualis. » Stuttgart, 1890.

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la femme autre que les organes génitaux, ou môme par une pièce de son costume. Avec Lombroso, Binet et M. Dessoir, V. Kralft-Ebing a désigné cet état particulier sous le nom de fétichisme. Nous pouvons par conséquent distinguer le fétichisme portant sur un objet ou sur une partie de la toilette et le fétichisme portant sur une partie du corps. Cette distinction est d'autant plus justifiée que, pour certains de ces individus, le fétichisme porte, par exemple, sur le pied chaussé, le pied nu de la femme ne présentant pour eux aucun intérêt ; d'autres, au contraire, sont fétichistes de la main nue, la main gantée les laissant complètements froids.

Les cas de fétichisme des objets sont très nombreux. On sait que souvent, quand on aime une femme, on couvre de baisers les objets qui lui appartiennent, ses gants, ses lettres, etc. On dit des Polonais qu'il existe chez eux la coutume de boire du vin dans des bottines de femmes. Tous ces cas présentent évidemment une grande analogie avec le fétichisme 1 .

Il ne faudrait pourtant pas considérer comme morbide l'habitude d'embrasser les objets appartenant à la personne aimée, sous peine d'attribuer à presque tous les hommes une perversion sexuelle passagère ou chronique.

Ce qui distingue les cas normaux des cas morbides, c'est que dans les premiers il existe un amour pour une personne,

1 Mante gaz z a rapporte un grand nombre de ces faits dans le chapitre ; « Les bêtises sublimes de l'amour » de son livre : « La physiologie de l'amour. » Voici quelques passages qui montrent bien les tendances fétichistes de l'homme en dehors même de l'amour. « L'amour est puéril parce qu'il est religieux jusqu'à la superstition ; aucune religion ne peut se vanter d'une idolâtrie insensée pareille à celle qu'on trouve dans l'amour. L'amour seul aurait conduit à l'idolâtrie si celle-ci ne devait son origine encore à d'autres causes. Pour l'amour, tout ce qui a un rapport quelconque avec la main, l'œil, la pensée de la personne aimée, est sacré. Qui ne se rappelle le bonheur infini de posséder la tige dont elle avait arraché la ficur ? Qui poui'rait jamais énumérer les bêtises innombrables de l'amour idolâtre ? »

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et que si Ton embrasse les objets de la femme aimée, c'est justement parce qu'ils appartiennent à l'être aimé. Par contre, dans le fétichisme pathologique, c'est l'amour pour l'objet qui prime tout ; les qualités physiques et morales de la personne en question peuvent être plus ou moins appréciées par ces malades, mais toujours elles sont reléguées au second plan. Le fétichisme de la bottine, décrit par Zola dans Thérèse Raquin, où l'homme embrasse à plusieurs reprises la bottine élégante de la femme aimée, est un exemple de fétichisme normal, puisque l'homme cherche en même temps avec passion à avoir des rapports sexuels avec la femme aimée. Par contre, sont déjà morbides les cas de fétichisme où l'on ne recherche pas le coït, mais où tous les désirs tendent vers l'idolâtrie sensuelle de telle ou telle partie de la toilette, de tel ou tel objet. Le fait reste le même, que l'objet appartienne à une personne connue ou que le fétichiste parte de l'objet pour reconstruire une personne imaginaire. De même, au point de vue pathologique, il est indifférent que le fétichiste se contente d'admirer, de palper,, de couvrir de baisers la bottine, ou qu'il s'en serve pour se masturber.

Dans le fétichisme des objets le rôle principal est joué par les bottines et le linge de la femme, le mouchoir, par exemple. On connait aujourd'hui une série de cas auxquels on a même donné une signification criminelle, et dans lesquels les hommes s'approprient les mouchoirs et le linge de femmes, comme dans le cas publié par W. Passow *. La passion pour les mouchoirs peut être si violente que l'homme se trouve littéralement subjugué par ce petit objet. Voici ce qui me fut raconté par une dame : « Je connais un monsieur, me dit-elle ; il me suffit, quand je le vois de loin, de tirer de ma poche le coin de mon mouchoir pour qu'il me suive comme un

* Eulenberg, Vierteljahrsschrift f. gericht. Medic. 1878.

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chien. Je puis aller n'importe où, il ne me quitte plus. Que ce monsieur se trouve en voiture ou soit occupé par une affaire très sérieuse, très importante, aussitôt qu'il voit mon mouchoir, il abandonne tout pour me suivre, ou plutôt pour suivre mon mouchoir. » Ce fétichisme du mouchoir est utilisé de plusieurs façons pour la satisfaction de l'instinct sexuel. Quelques-uns se contentent de voler les mouchoirs de femme, de les rapporter chez eux et de jouir du bonheur d'en posséder une collection. Les tribunaux, qui ont eu souvent à s'occuper de ces vols de mouchoirs, procèdent aujourd'hui avec une grande prudence. Dernièrement encore il y a eu, à Berlin, un procès de ce genre. Chez d'autres fétichistes la possession seule du mouchoir ne suffit pas pour provoquer l'excitation génitale : il leur faut souvent quelque chose de plus. C'est ainsi que je connais un fétichiste qui, rien qu'en déchirant avec les dents des mouchoirs de femme, arrive à la jouissance sexuelle *.

Le fétichisme du mouchoir existe aussi chez les uranistes, de sorte que nous nous trouvons, dans ce cas, en présence d'une double perversion : l°le penchant sexuel pour l'homme ; 2° le fétichisme du mouchoir. De même que le fétichiste du mouchoir de femme ne trouve pas de satisfaction dans le coït, de même le fétichiste uraniste ne peut avoir de jouissance que par le mouchoir d'homme. Ainsi les fétichistes de cette espèce ne sont excités ni par la pédérastie, ni par la masturbation mutuelle ; les organes génitaux de l'homme n'ont pour eux aucun attrait, tout comme pour les fétichistes du mouchoir de femme sur lesquels les organes génitaux de la femme n'exercent aucune action excitante. Voici un exemple qui montre de quelle façon se prennent les fétichistes-uranistes pour satisfaire leur passion.

* Ce cas ressemble à celui publié par Dietz, où le malade n'avait d'éjaculation que lorsqu'il déchirait avec les dents les linges de femme.

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Il s'agit d'un ouvrier vigoureux X, âgé d'une quarantaine d'années. Il a une belle stature. Il vient me trouver pour des troubles d'origine neurasthénique et hypochondriaque : maux de tête, lassitude dans les jambes, absence de goût pour Je travail, douleurs le long du dos, etc. Un jour, après avoir déjà été quelque temps en traitement, il me raconta sa vie sexuelle.

Il n'a jamais eu de penchant pour la femme ; par contre les beaux hommes l'excitaient d'une- façon toute particulière. Jamais il n'avait pratiqué la pédérastie ni la masturbation mutuelle, par contre il s'adonnait souvent à l'onanisme solitaire.^ Mais sa plus grande jouissance était de voler le linge, le mouchoir d'un bel homme, d'y envelopper son pénis et de se masturber ainsi. A cet effet, il se servait souvent des mouchoirs d'un de ses amis, et pour éviter tout soupçon de vol, il laissait à la place du mouchoir volé un des siens, de sorte - qu'il faisait toujours croire à une confusion accidentelle. Lorsqu'il n'avait pas de mouchoir à sa disposition, il se masturbait en évoquant l'idée d'un mouchoir ou d'un autre linge d'homme. Il a souvent pratiqué le coït avec des filles publiques, mais presque toujours sans éprouver de grande satisfaction ni de jouissance. Il ne pouvait dans ces conditions avoir une érection ou une éjaculation qu'en pensant au mouchoir d'un homme ; le coït était plus facile à pratiquer lorsqu'il emportait le mouchoir d'un ami et le tenait à la main tout le temps de l'acte sexuel.

Les rêves erotiques du malade ne portent ni sur le coït ni sur les organes génitaux de la femme, mais sur les linges d'homme, et provoquent alors l' éjaculation.

A côté du linge, il y a encore la chaussure 1 de la femme

1 Dans la Hesse il existe un préjugé d'après lequel, pour se faire aimer, il faut voler la bottine ou la botte de la personne aimée : il faut la porter pen-

qui peut devenir l'objet de fétichisme pour l'homme ; le même fait existe également chez les uranistes. V. Kraift-Ebing a fait à ce sujet une observation très caractéristique. Un malade, dès l'âge de 4 ans, adorait les bottes bien cirées des écuyers et en rêvait même pendant son sommeil. Ce malade éprouvait de l'aversion pour l'amour tel que le pratiquent les uranistes, mais il présentait en même temps d une façon très nette les phénomènes de fétichisme et de masochisme 1 envers les hommes. Ainsi il aimait embrasser les bottes de ses domestiques, les cirer, les ôter de leurs pieds, etc.

Je connais un autre cas de fétichisme de la bottine chez un uraniste, cas qui me fut obligeamment communiqué par un asrent de l'autorité. 11 s'asrit d'un homme instruit et dans une

belle position, qui persécutait un officier par des lettres dans lesquelles il demandait principalement la permission de lui cirer ses bottes. L'homme qui, d'après un observateur compétent, était un uraniste déclaré, rédigeait ces lettres sur un ton tout à fait passionné, et força l'officier à s'adresser aux autorités pour se débarrasser de son correspondant.

Il est très curieux de voir le scepticisme et le mépris avec lesquels les uranistes considèrent le fétichisme et toute perversion sexuelle autre que l'inversion sexuelle pure. L'un m'a dit, par exemple, qu'il trouvait absolument méprisable la passion spour les bottines, mais qu'il comprenait fort bien et considérait comme tout à fait moral l'amour homosexuel.

dant huit jours et la rendre ensuite à son propriétaire. {A. Wutlcke. Der deutsche Volksaberglaube der Gegenwart. Berlin, 1869). On trouve dans ce livre encore d'autres données se rapportant à la pathologie de l'amour. C'est ainsi qu'en Bohême le drap blanc joue aussi un rôle dans la conquête de l'amour.

*■ V. plus loin.

En opposition avec les cas de fétichisme des objets que nous avons rapportés plus haut et dans lesquels, malgré le penchant hétérosexuel, le coït n'est pas cherché, on trouve des cas où le coït est le but ; il y a seulement cette différence que le désir et la possibilité d'accomplir le coït dépendent expressément de telle ou telle pièce du costume, de telle ou telle toilette. Il faudrait encore distinguer ici si la présence de telle ou telle partie de la toilette est indispensable pour l'excitation génitale, avant ou pendant le coït. Mais les faits qu'on possède à ce sujet ne sont pas encore assez nombreux pour permettre d'établir une séparation nette entre ces deux catégories de faits. Les quelques exemples que je connais serviront à éclaircir ce point.

Un individu A, âgé de 26 ans, m'a déclaré qu'il lui était impossible de pratiquer le coït avec une femme entièrement nue : il faut qu'elle garde au moins sa chemise.

Un autre individu n'éprouve d'excitation génitale que si la femme porte des pantalons blancs.

Un autre encore m'a dit que de certains costumes, chez la femme, pouvaient le mettre dans une grande excitation ; et il décrit ainsi ce costume : « Il faut que la femme porte soit une courte jaquette en drap, soit un long manteau très foncé ; le corsage doit être très serré et de couleur très foncée ; la jupe, également foncée, ne doit pas faire beaucoup de plis ; toutefois la jupe peut être de couleur claire. » Ensuite, cet homme exige encore de la femme des bottines élégantes, des bas longs, un pantalon blanc et une chemise de même couleur. Pour le coït, cet homme choisit toujours des femmes habillées de cette façon.

Un quatrième individu, G, est surtout amateur de velours. Il éprouve un penchant normal pour la femme, mais il est tout particulièrement excité lorsque la femme avec laquelle il a des rapports porte un costume de velours et, fait curieux,

l'excitation survient non pas à la vue, mais au toucher du velours. G me disait que rien ne l'excitait tant que de passer la main sur la jaquette de velours d'une femme.

Un autre encore, médecin celui-ci, m'a dit qu'il s'enflamme à la vue de bottines vernies ; ce qui l'excite encore, c'est une taille bien serrée et un manteau bien ample au niveau des hanches.

Les cas de ce genre, où le penchant sexuel porte sur le coït, me paraissent très fréquents. Et pourtant un grand nombre d'entre eux rentrent déjà dans la catégorie des cas pathologiques. Pour pouvoir les distinguer, il faut toujours se poser la question suivante : telle ou telle pièce de toilette ou sa simple représentation mentale est-elle, ou non, la condition sine qua non de l'excitation génitale? S'il en est ainsi, le cas est pathologique, comme celui de l'individu qui ne peut pratiquer le coït que si la femme garde sa chemise. Si, au contraire, telle ou telle toilette augmente seulement l'excitation génitale, le cas doit être considéré comme normal. C'est de cette façon qu'on évitera les difficultés de classement au point de vue du rôle que peut jouer la toilette de la femme.

Le même phénomène existe aussi dans l'amour homosexuel. Ici également le costume exerce une influence considérable sur le réveil et l'excitation du penchant sexuel. Je connais un uraniste qui ne peut avoir de rapports avec un autre homme que lorsque ce dernier porte des bottines vernies et des bas noirs. L'acte sexuel lui-même reste cependant la masturbation naturelle. C'est de la même façon que s'explique encore, en partie, a préférence des uranistes pour les militaires. On sait que le même fait existe aussi chez la femme, et jusqu'à présent on n'a pas su encore expliquer d'une façon satisfaisante l'attraction qu'exerce sur la femme l'uniforme militaire. Peut-être est-ce l'idée de courage et de décision intimement liée à celle de l'uniforme, qui séduit la femme ; en effet, d'après le méca-

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nisme psychologique cette idée peut exister d'une façon inconsciente,tout en exerçant l'action en question. Peut-être les mêmes causes interviennent-elles dans l'amour de l'uraniste pour le militaire, voire même pour l'uniforme. Toujours est-il qu'il existe des uranistes qui n'ont de rapports qu'avec les militaires. Il faut enfin encore citer dans cette catégorie spéciale les uranistes qui ont des rapports avec des hommes habillés en femme. Ceci n'est pas général, comme nous l'avons déjà dit plus haut, mais il existe des uranistes qui restent froids vis-à-vis des hommes portant le costume masculin, et qui sont excités par un homme habillé en femme.

Je citerai encore ici les uranistes qui ne sont pas excités par des hommes nus. Ces cas sont rares, mais ils existent. Voici ce que m'écrit un uraniste sur ce sujet « D'une façon fort curieuse, je ne suis excité que par des hommes habillés ; les hommes entièrement nus, comme on en voit dans les bains romains ou russes, me sont entièrement indifférents, et c'est tout au plus s'ils réveillent en moi un sentiment purement esthétique. » Dans l'amour hétérosexuel, le penchant pour les femmes entièrement ou à demi habillées et l'aversion pour les femmes nues ne sont pas si rares. Des cas de ce genre ont été publiés par Hammond, V. Krafft-Ebing et autres. Je connais un mari qui ne peut avoir de rapports avec sa femme que lorsqu'elle porte une certaine toilette, et il faut qu'elle la garde pendant le coït.

Dans ce groupe du fétichisme des objets rentrent encore les cas où, pour exciter l'homme, la femme doit-être habillée d'une certaine étoffe, soie, velours, fourrures, etc. Je ne connais pas de cas de ce genre chez les uranistes.

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J'ai dit plus haut qu'à côté du fétichisme des objets, on observe un fétichisme des parties du corps. Dans ce cas l'uraniste n'est plus excité par le mouchoir ou la bottine de l'homme aimé, mais par une partie du corps qui devient l'objet de l'amour del'uraniste1 ; les organes génitaux jouent alors un rôle subordonné, dans tous les cas moins important que chez l'uraniste ordinaire. C'est principalement le pied de l'homme qui est l'objet du fétichisme de l'uraniste, et ce fait existe également dans l'amour hétérosexuel.

La forme pathologique du fétichisme des parties du corps présente, dans l'amour hétérosexuel, des transitions nombreuses conduisant à la simple préférence pour telle ou telle partie du corps particulièrement belle ou bien faite. L'un préfère les cheveux blonds, un autre une petite main, un troisième une jolie bouche. Les romanciers ont utilisé dans leurs romans un grand nombre d'observations de ce genre. C'est ainsi que Belot décrit la bouche de Mm* X comme exerçant un charme particulier sur les hommes, Il est certain que l'amour pour les nattes peut pousser l'individu jusqu'au vol, comme le montre du reste une observation publiée par Motet.

Je considère aussi s comme pathologiques les cas où les désirs sont satisfaits non pas par le coït per vaginam, mais par un autre acte, la masturbation avec la main ou le pied, le coït inter mammas, etc. Par contre, je ne considère pas comme pathologiques les cas dans lesquels on éprouve un plaisir particulier à regarder, à toucher, à couvrir de baisers telle ou telle partie du corps. Ces cas sont peut-être déjà

* Le fétichisme des parties du corps est également représenté dans les préjugés populaires. A. Wuttcke dit qu'un des préjugés les plus répandus, pour se faire aimer, consiste à mélanger aux mets ou à la boisson de la personne aimée des ongles, des cheveux, etc., de la personne qui aime.

2 Comme dans le fétichisme des objets.

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anormaux, mais sans être morbides à proprement parler. Si l'on considérait ces cas comme pathologiques, on risquerait fort de confondre l'état normal et l'état morbide, les goûts des hommes étant très variables sous ce rapport. L'un aime une jolie bouche, un autre une chevelure blonde ou brune, un troisième de grands yeux, un quatrième un petit pied. Les exemples suivants montrent de quelle façon certaines parties du corps peuvent exercer une excitation sur tel ou tel individu.

Un médecin, qui n'a jamais présenté la moindre perversion sexuelle, m'a dit qu'il était particulièrement excité par le bras de la femme ; mais en même temps le désir final est le coït per vaginam. Toutefois pendant le coït il serre vigoureusement et couvre de baisers le bras de la femme.

Un autre individu, un artiste, est excité par la nuque et principalement par l'endroit de la nuque où commencent à pousser les cheveux. Guy de Maupassant, le célèbre écrivain naturaliste français, considère cet endroit comme appelant tout particulièrement les baisers.

Un troisième individu éprouve une excitation génitale violente aussitôt qu'il aperçoit une femme avec une natte ; les cheveux non tressés en nattes, si beaux qu'ils soient, n'exercent sur lui aucun attrait. Le même individu a une préférence très marquée pour l'oreille. Mais pour l'exciter, l'oreille doit être petite et bien appliquée contre la tête, le lobe non percé et sans boucle.

Tant qu'une certaine limite, dans le fétichisme des parties du corps1, ne se trouve pas dépassée, les cas du genre de ceux

1 Une personne m'a écrit que le mot fétichisme ne doit s'appliquer ni aux parties du corps ni aux êtres vivants, cette extension étant contraire au sens même du mot fétichisme. Ce n'est pourtant pas exact. Le mot fétiche fut introduit par de Brosse (Du culte des dieux fétiches. Paris, 1760) et servit à désigner non-seulement les objets, mais aussi les êtres vivants, comme les tigres» es serpents, etc., qui avaient un rapport avec la religion (Meyers Conversations Lexicon).

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que je viens de citer n'ont rien à voir avec la perversion sexuelle morbide. Mais cette limite précise est difficile à déterminer, car nous possédons encore fort peu de matériaux relatifs au fétichisme dans l'amour. Je crois que l'on peut considérer comme pathologiques les cas dans lesquels la perception sexuelle d'une certaine partie du corps ou sa représentation mentale est la condition sine qua non de l'excitation voluptueuse. Dans ces cas la femme en tant qu'être féminin ne suffit pas pour provoquer l'excitation, contrairement à ce qui s'observe dans les conditions physiologiques. On pourrait dire que, dans les cas pathologiques, la femme est une sorte d'accessoire à une partie déterminée de son corps qui joue le rôle principal dans l'excitation de l'homme.

Le fétichisme des parties du corps existe aussi bien chez les homosexuels que chez les hétérosexuels.

Dans l'amour homosexuel c'est aussi sur le pied de l'homme aimé que porte le fétichisme. Un individu, par exemple, éprouvera une sensation de volupté toute particulière à embrasser les orteils d'un jeune homme, et cette sensation provoquera l'éjaculation. Embrasser les pieds de l'homme aimé est un acte fréquent parmi les uranistes. Quelques-uns préfèrent encore des pieds qui transpirent, contrairement aux autres qui ont en horreur les pieds couverts de sueur. Un uraniste m'a dit qu'il éprouve une excitation sexuelle violente à aller en canot et à regarder les pieds du batelier.

Quelques-uns m'ont dit être violemment excités par des cuisses d'homme serrées dans un pantalon bien collant. Tarnowsky admet que ce sont les fesses et l'anus de l'homme qui provoquent une excitation violente chez des individus sujets à de l'inversion sexuelle. Albert a déjà publié dans le journal de Friedreich (1859) plusieurs observations sur des maîtres d'écoles qui donnaient la fessée à leurs

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élèves, la contemplation de la partie du corps découverte provoquant chez eux une excitation violente. Peut-être, dans ces phénomènes, faut-il envisager non seulement la contemplation simple d'une partie du corps, mais aussi la conscience de provoquer la douleur par la fessée — fait sur lequel nous reviendrons encore en parlant du sadisme1. L'opinion de Tarnowsky d'après laquelle sont pédérastes actifs ceux qui se sentent attirés vers les fesses d'homme, ne me paraît pas fondée. Je connais des hommes sur lesquels les fesses d'homme exerçaient un attrait particulier : ils aimaient à les presser, aies toucher et entraient alors dans une grande excitation sexuelle ; mais il leur eût été impossihle, par dégoût, membrum immittere in anum. Il est également erronné, comme le soutient Tarnowsky, que les hommes de cette catégorie n'aient pas de tendances féminines, et cette erreur est due à la division générale, mais inexacte, des uranistes en passifs et actifs.

Outre le fétichisme, on rencontre aussi dans l'amour i^mosexuel le phénomème appelé masochisme, dont nous «vons la connaissance et même l'explication à V. Kralît- Ebing. Le mot vient du célèbre romancier L. von Sacher- Masoch qui, dans ses Nouvelles s'attache surtout à dépeindre des hommes dont la plus grande jouissance est de se sentir subjugués et même maltraités par la femme.

Ce phénomène se manifeste chez eux sous la forme d'un désir d'être battus par la personne aimée. Du reste Krafft-

* V. Krafft-Ebing admet aussi que ces cas rentrent dans la catégorie du Sadisme.

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Ebing considère la tendance masochiste, chez l'homme, comme une perversion ayant beaucoup d'analogie avec l'inversion sexuelle. Il admet notamment que le phénomène de soumission est un état normal du côté psychologique de l'amour chez la femme, tandis que chez l'homme c'est le désir de domination qui existe normalement. Dans le cas contraire, quand c'est l'homme qui recherche la soumission, on a déjà, d'après Krafft-Ebing, affaire à une forme particulière d'inversion sexuelle, en ce sens qu'il faut considérer comme morbide l'existence chez l'homme d'un phénomène qui normalement doit exister chez la femme. Je tiens à insister avec détail sur cette idée fort ingénieuse, qui pourtant n'est pas à l'abri de certaines objections.

Cette conception de V. Krafft-Ebing a été, du reste, déjà formulée par Ramdohr vers la fin du siècle dernier. On sait que J.-J. Rousseau n'éprouvait d'excitation génitale que lorsqu'il était battu par la femme aimée, et Ramdohr, en analysant les amours de Jean-Jacques, arrive à cette conclusion que ce philosophe aimait et sentait à la façon d'une femme. Il préférait toujours jouer le rôle passif.

Le masochisme a existé de tout temps, et à certaines époques il a régné d'une façon épidémique. Un malade de V. Krafft-Ebing compte parmi ces époques le Moyen âge avec ses chevaliers et ses courtisans, soumis à leurs dames comme de véritables esclaves. Bien qu'à un plus faible degré, le même phénomène existait déjà dans la Rome des Césars, ainsi qu'il résulte des écrits des poètes et des écrivains de cette époque. Ramdohr insiste sur ce point que, dans les élégies des poètes de cette époque, la femme aimée est pré" sentée comme la maîtresse et l'homme amoureux comme un esclave chargé de fers.

La soumission d'une personne à une autre peut être psych ique ou symbolique, ou bien revêtir un caractère physique.

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V. KrafTt-Ebing insiste avec raison sur ce fait que le désir qu'ont certaines personnes d'arriver à l'excitation sexuelle au moyen d'une douleur très réelle, se rapproche beaucoup du masochisme on en constitue même une forme bien déterminée. Chez les hétérosexuels, le fait s'observe souvent sous forme de flagellation \ c'est-à-dire le désir d'être frappé de verges par la femme aimée ; dans tous ces cas, c'est la flagellation sur les fesses qui joue le rôle principal.

Le même phénomène se rencontre aussi chez les homosexuels. Un uraniste que je connais désire souvent être battu par son compagnon et, pour arriver à ce but, il ne trouve rien de mieux que d'exciter sa jalousie. « Une petite scène de jalousie, me disait-il, met mon amoureux dans une excitation particulière, et il finit par me battre. Mais les coups, quand ils viennent- de lui, sont pour moi la source des plus grandes jouissances. Je me pâme quelquefois pendant qu'il me bat ».

Un autre uraniste m'a communiqué son autobiographie que je cite ici au point de vue du masochisme. « Les représentations mentales que j'ai au moment où je m'adonne à la masturbation sont de nature sexuelle. A l'âge de 10 à 12 ans je me représentais être soumis à un homme qui m'excitait de diverses façons ; plus tard, quand je devins plus grand, le rôle que je m'imaginais jouer dans l'acte sexuel était toujours analogue a celui de la femme. Les baisers sur l'anus et tout le corps agissaient d'une façon excitante ; mais avant tout j'éprou-

* Depuis longtemps certains auteurs considèrent la flagellation des fesses comme excitante. V. sous ce rapport B. J. Meiboniius, Von der Nützlichkeit der Greisseihiebe, dont la première édition remonte à 1639; puis, De asu flagellorum, 1670, par Th. Bartholin; viennent ensuite: La flagellation et son action sur les penchants sexuels, par D..., 1788 (en français) ; Flagellum salutis, 1698, par K. F. Pauliini. Gonsult. aussi sous ce rapport les écrits de Heine chez lequel on trouve des données nombreuses sur cette question.

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vais le désir d'être battu, principalement sur les fesses, par l'homme a.. ié. Je crois que c'est avec volupté que je me serais soumis à tous les mauvais traitements. J'aurais été heureux de recevoir des coups et certain d'éjaculer. C'est une soumission servile à l'homme aimé, allant jusqu'au sacrifice complet de la dignité et marchant de pair avec une fantaisie sans bornes » .

Je connais un autre ura niste qui n'arrive à la satisfaction complète, à l'éjaculation, que si l'homme avec lequel il entretient des rapports lui frotte avec une brosse le dos jusqu'au sang ; cet acte lui est indispensable pour arriver à la jouissance.

V. Krafft-Ebing fait encore entrer dans la catégorie du masochisme un certain nombre d'autres phénomènes. C'est ainsi que certains actes répugnants, ayant leur source dans le désir d'humiliation et d'abaissement de la personne, se rattachent au masochisme. Parmi les faits de ce genre, le plus répugnant qui m'ait été communiqué, se rapporte à un uraniste étranger dont la plus grande passion consistait à oscilla applicare ad anum al ter lus. Par l'accomplissement de cet acte, l'rraniste en question, un homme de 50 ans, entre en érection et éjacule. Je connais un autre cas tout à fait analogue.

Il existe des hommes qui, tout en recherchant avec la femme des rapports sexuels, n'éprouvent une entière satisfaction que lorsque urinam mulieris bibunt. Le même fait se rencontre quelquefois chez les homosexuels, et on trouve des uranistes qui n'ont de satisfaction sexuelle complète que si aller immittit urinam in os proprium. C'est à cette condition seulement que l'uraniste passif est capable d'éjaculer.

V. Krafft attribue au masochisme un grand nombre de cas de fétichisme. Ainsi, pour lui, le fétichisme de la bottine et du pied a pour origine une idée purement symbolique. En effet, recevoir un coup de pied veut dire être humilié et, comme

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nous l'avons déjà vu, c'est ce désir d'humiliation de sa propre personnalité qui domine l'uraniste. V. Krafft-Ebing admet donc que, sans que le fétichiste de la bottine s'en rende compte lui-même, cette relation entre l'amour pour la bottine et le désir d'humiliation personnelle existe très réellement et constitue la source du fétichisme, c'est-à-dire du désir inconscient de s'abaisser devant la femme. Un grand nombre défaits plaident en faveur de cette hypothèse. Je connais, par exemple, un homme qui est en même temps masochiste et fétichiste de la bottine : cet homme est excité sexuellement avec la même facilité par une bottine que par le sentiment d'être humilié par une femme. C'est ainsi que certains cas de fétichisme peuvent être rapportés au masochisme.

Je crois pourtant que l'opinion de V. Krafft-Ebing n'est pas à l'abri de toute objection. Tl reste toujours difiicile d'expliquer, par exemple, pour quelle raison le fétichiste reporte sa passion soit sur des bottines à talons hauts, soit sur des bottines à boutons ou encore des bottines vernies. Si l'on considère la relation étroite qui, dans certaines conditions pathologiques, unit l'instinct sexuel et l'odorat, on pourrait croire que le fétichisme de la bottine doit s'expliquer peut-être par la forte odeur qui adhère aux pieds ou aux bottines *.

Disons, pour terminer, qu'en 1838 Tardieu avait déjà publié l'observation d'un homme qui entrait en jouissance lorsqu'un autre homme lui marchait sur l'orteil. D'après le même auteur, certains pédérastes se mettent à genoux devant les enfants malpropres et leur embrassent les pieds avec passion. Enfin, dans un intérêt tout historique, citons encore les tendances masochistes de Néron, qui a inventé le jeu suivant. 11 se faisait

1 Bien que la théorie de V. Krafft-Ebing n'explique pas tout, il faut pourtant considérer ce rapprochement entre le masochisme et ,ie 'fétichisme comme le plus grand progrès accompli dans l'étude théorique de la perversion sexuelle.

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coudre dans la peau d'une bète féroce et se précipitait ensuite sous cet accoutrement sur les parties génitales d'hommes et de femmes attachés à un poteau. Et quand cette passion sauvage était satisfaite, il se laissait, d'après Suétone », posséder par Doryphore son affranchi. C'est Doryphore qui jouait le rôle de l'époux, comme auparavant Sporus jouait le rôle de la femme, et pendant l'accouplement Néron imitait les cris des vierges qu'on viole !

Il existe encore une forme particulière de la perversion sexuelle qu'on trouve aussi bien chez les hétéro-sexuels que chez les homo-sexuels, et qui n'a pas encore été décrite. Je crois qu'on pourrait la désigner sous le nom de mixoscopie (de pfgtc-uiiion sexuelle, et «cotoiv- regarder). Pour commencer par les hétéro-sexuelsj disons qu'il existe des hommes qui trouvent leur satisfaction, non pas dans le coït avec la femme, mais dans le spectacle d'un autre homme pratiquant le coït. Il existe probablement une certaine parenté entre ce phénomène et le masochisme 2 si bien étudié par V. Krafît-Ebing. Il est possible que l'excitation soit provoquée par la douleur de voir la femme être possédée par un tiers, et je connais plusieurs cas d'individus n'arrivant à l'excitation génitale que de cette façon. Le même phénomène s'observe chez les homo-sexuels, et Tarnowsky a publié un cas analogue du plus haut intérêt. 11 s'agit de deux garçons auxquels un homme avait appris à se masturber. Lui-même se contentait de les regarder et intervenait quelquefois, mais seulement en pédéraste. Cet état ne

1 Suétone, Biographie des Césars, traduite en allemand par A. Stahr.

2 Dans Sa « Vénus en fourrures » Sacher Masoch décrit un cas analogue. Voici un passage de cette nouvelle : « Je trouve dans la souffrance une excitation particulière ; la tyrannie, la cruauté et avant tout l'infidélité d'une jolie femme augmentent ma passion... Pour s'attacher un homme pour toujours, il ne faut pas être fidèle. Quelle est la femme honnête qui fut jamais adorée autant qu'une hétaïre ? Dans l'infidélité de la femme aimée se trouve un charme douloureux qui est la jouissance suprême. »

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s'emparait de l'individu en question que par périodes. Toujours est-il que le fait de trouver sa satisfaction dans la pédérastie des autres, doit être considéré comme pathologique.

A l'île de Gaprée, l'empereur Tibère se contentait aussi d'assister en spectateur aux actes sexuels entre jeunes gens, et c'est de cette façon qu'il pouvait encore éprouver une excitation sexuelle.

A côté du masochisme, il faut encore étudier le sadisme, qui est l'état opposé du masochisme, et se caractérise par ce fait que le penchant sexuel se manifeste par le désir de battre, de maltraiter et d'humilier la personne aimée. Le mot sadisme vient du fameux romancier français le marquis de Sade (1740-1814), qui fut condamné à la peine de mort pour sodomie, empoisonnement et autres crimes, et écrivit en prison des romans dans lesquels il établissait une parenté étroite entre la volupté et la cruauté. Un grand nombre d'auteurs ont déjà insisté sur les rapports qui existent entre la volupté et la douleur, et ont soutenu que ce qui pour l'un est une douleur peut, dans des conditions pathologiques, constituer pour un autre une source de jouissances. Parmi ces auteurs nous pouvons citer Blumröder, V. Krafît-Ebing, Lombroso et d'autres. Il existe de nombreux exemples qui montrent que la douleur de la victime provoque des sensations voluptueuses chez celui qui martyrise. Mais ce qui caractérise vraiment le sadisme, c'est un rapport étroit entre ce besoin de martyriser et les fonctions génitales. Par conséquent, il ne faudrait rapporter

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au sadisme une action cruelle ou brutale 1 que dans le cas où cette action constituerait une excitation indispensable à l'accomplissement du coït', ou le supplément nécessaire de celuici. Dans l'amour normal on peut déjà trouver certains faits constituant un sadisme très atténué, comme le plaisir que la personne qui aime peut trouver à chagriner la personne aimée par des moqueries et des taquineries.

Les actes de cruauté auquelsle sadistese livre, dans des conditions pathologiques, sur la femme, et qui lui procurent la satisfaction sexuelle, peuvent consister à la battre, à la blesser, à la souiller de mille manières, à l'attacher, à la tuer même, co qui, dans ce dernier cas, constitue ce qu'on appelle un meurtre passionnel. Il est probable, du reste, que le viol est souvent provoqué par des tendances sadistes.Ainsi,V. Krafît-Ebing rapporte le cas très intéressant d'un homme auquel le coït ne donna qu'une seule fois une sensation de volupté ; c'est lorsqu'il viola une jeune fille. Lorsque plus tard la même jeune lillo consentit au coït, l'homme n'éprouva plus aucune jouissance.

Il est difficile de dire avec certitude si certains faits historiques doivent être attribués à la perversion sexuelle en général et au sadisme en particulier. Il est pourtant certain qu'un

* Par conséquent, quand on dit (Physiologie de l'amour moderne, Fragments d'un ouvrage de Claude Larchsr, recueillis et publiés par Paul Bour~ get, Paris, 1891) : « Il y a comme un sadisme personnel dans notre complaisance dans certaines sortes de douleurs, » la proposition n'est juste que soua certaines restrictions résultant de ce que nous venons de dire.

2 II peut se faire que le sadiste arrive à éjaculer pendant un acte de cruauté, par exemple en battant une femme, en l'étranglant, en faisant couler son sang, ou bien en voyant tuer un animal. Mais l'acte de cruauté peut aussi n'être qu'une invitation au coït, c'est-à-dire un moyen d'excitation génitale. C'est dans cette catégorie de faits que rentre le cas cité par Hoffrnan et v. Krafft-Ebing, à savoir l'homme qui ne pouvait avoir de rapport avec des prostituées que si l'on tuait et martyrisait devant lui des poules. Pour plus de détails sur le sadisme, v. la Psychopatia sexualis et les Nouvelles recherches de V. Krafft-Ebing.

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grand nombre de cruautés historiques n'ont pas d'autre origine. Lorsqu'on lit la vie d'Ivan le Terrible, il vient involontairement à l'idée que la cruauté de ce tyran terrible et inhumain tenait peut-être à une perversion sexuelle. Cette supposition est d'autant plus légitime que le fils d'Ivan, Dimitri, éprouvait une jouissance particulière dans le spectacle des convulsions et du sang des moutons, des poules et des oies qu'on tuait devant lui. On sait que le même phénomène se rencontre aujourd'hui encore chez des pervertis sexuels qui entrent en érection, et arrivent même à Féjaculation, quand ils voient tuer devant eux des poules et des oies.

A l'état physiologique, il existe dans le coït des phénomènes qui rappellent le sadisme, bien que le désir conscient de provoquer la douleur fasse défaut. Ainsi, dans cette catégorie de faits on peut citer l'action de se serrer, de s'embrasser violemment pendant le coït. Il peut même arriver qu'on se morde jusqu'au sang, lorsque, comme le relève Roubaud dans son travail remarquable, l'une des parties oublie complètement, danssoii extase voluptueuse, l'existence de l'autre partie. Le même phénomène existe aussi chez les uranistes, et j'en connais un qui portait sur son corps des traces de sévices de ce genre. Je ne connais cependant pas de cas de sadisme bien prononcés parmi les homosexuels. On m'a bien dit d'un uraniste qu'il trouvait sa jouissance en maltraitant l'homme qu'il aimait : mais la personne en question a nié le fait et ne voulait même pas avouer ses tendances uranistes qui étaient pourtant bien connues.

D'un autre côté, on a publié 1 des actes de sadisme basés sur l'homosexualité. Un cas qui rentre bien dans cette caté-

i On croyait autrefois, lorsqu'un homosexuel avait maltraité ou même tué un individu, que le fait était très fréquent parmi les homosexuels. Pourtant, lorsque l'acte de cruauté a une origine sexuelle, il est très rare et en tous les cas pas plus fréquent que dans les cas d'amour hétérosexuel.

l'inversion sexuelle 175

gorïe a été publié par Gyurkovechky. Il s'agissait d'un garçon de 15 ans, P, qui avait un ami, un nommé B, âgé de 14 ans. La mère de ce dernier avait remarqué que son fils portait des meurtrissures sur les bras, les reins et les cuisses. On apprit que B était payé par P pour se laisser fortement pincer par lui. Quand B criait et pleurait de douleur, P continuait à le pincer d'une main et se masturbait de l'autre. Interrogé, P. a avoué que la masturbation, au moment où B criait, lui procurait la plus grande jouissance. P était épileptique et possédait une hérédité nerveuse très chargée.

On connaît, du reste, par différentes publications d'autres cas de sadisme chez des homosexuels; ils se rapportent à des garçons soumis à toutes sortes de mauvais traitements, de mutilations, etc. Plus récemment, on a beaucoup parlé du cas de von Zastrow, rapporté par Ulrichs, en 1869, dans son « Incube ». V. Zastrow recherchait les jeunes garçons impubères, et fut poursuivi devant les tribunaux pour toutes sortes de mauvais traitements qu'il leur avait infligés : morsures à la face, plaies, arrachement des testicules, etc. 1 .

A côté de ce cas, Ulrichs a réuui dans son livre un certain nombre d'autres cas de sadisme relevés parmi les homosexuels, licite notamment le maître d'école J. Pellanda, de Landsberg, qui, en 1713, avait une telle passion pour les garçons, qu'il leur mordait les joues jusqu'au sang. Il rapporte aussi l'histoire d'un uraniste qui délirait pendant l'acte sexuel, lorsque l'homme avec lequel il avait des rapports et qu'il maltraitait pendant le coït, se tordait de douleur. Il rappelle encore le mot de J. v. Görres qui disait que le désir sexuel est frère de l'assassinat, et il fait, à cette occasion, intervenir le mar-

1 Peut-être faut- il compter parmi ces faits le cas publié par KasperLimaa dans son traité de médecine légale, où un homme qui pratiquait la masturbation mutuelle avec un garçon avait tellement mutilé le pénis de ceJui-e:, qu'il en resta entièrement dé.ormé.

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quis de Sade, célèbre par ses cruautés envers les garçons et les jeunes filles.

Qu'il nous soit permis de rappeler ici deux faits historiques pouvant être rapportés au sadisme chez des homosexuels.

Tibère, après avoir fait boire à des hommes du vin en quantité, leur faisait lier le pénis de façon à provoquer chez eux de violentes souffrances dues à la rétention d'urine aussi bien qu'au resserrement du lien. L'autre fait se passe au Moyen âge. Il a trait à un procès retentissant qui eut lieu en 1440, sous le règne de Charles VII, roi de France. Un maréchal français, Gilles de Laval, sire de Rayes, avait violé et tué un nombre considérable d'enfants, parmi lesquels beaucoup de garçons. Il fut condamné et mourut sur le bûcher en 1440. Il est particulièrement intéressant de constater que Gilles de Laval soutenait qu'il avait été amené à ces atrocités par la lecture de Suétone qui, comme on sait, a décrit la perversion sexuelle des empereurs romains.

Je veux encore citer ici un cas relatif à un homme atteint de perversion sexuelle. Ce cas est très curieux dans son genre, il a occupé beaucoup de personnages officiels, et c'est grâce à leur obligeance que j'en ai eu connaissance. D'après les débats du procès qui eut lieu, on ne peut dire s'il s'agit seulement d'une mauvaise plaisanterie, ou si l'on est vraiment en présence d'une perversion morbide. Quoi qu'il en soit, le cas est très intéressant.

Il s'agit d'un monsieur A, atteint de perversion sexuelle, qui, vivant à l'étranger, avait engagé un domestique B sans le connaître. A fit louer une villa en province et y envoya son domestique, tandis que lui-même restait à l'étranger et lui donnait par lettres ses instructions sur la façon dont il devait recevoir un certain G et le forcer à se prêter à la pédérastie. G devait, d'après une lettre de A à B, se rendre à la villa, porteur d'une lettre de A, et B devait faire avec G ce que lui

L INVERSION SEXUELLE

dirait A. Les instructions envoyées par A à B sont empreintes d'un tel cynisme, que si l'on ne connaissait pas la fin de l'histoire, on pourrait prendre A pour un malfaiteur des plus dangereux. Je donne plus bas les instructions en question, dans lesquelles j'ai traduit en latin les expressions particulièrement obscènes et impossibles à transcrire telles quelles dans un livre. Ces instructions sont adressées par A, uraniste, à B, également uraniste, qui devait forcer C à se prêter à la pédérastie.

Le premier soir où tu auras le bonheur de le surprendre volant les cuillers d'argent1, tu fermeras les portes, et lui diras que tu le feras mettre en prison comme un vulgaire voleur. Tu lui diras alors que tu as reçu de moi les lettres qu'il m'avait écrites (et que tu auras déjà brûlées auparavant) et que tu les remettras à la police.

Il sera pris d'une peur atroce et se jettera à tes pieds pour implorer grâce.

Alors tu lui diras que tu ne le dénonceras pas, mais à îa condition qu'il devienne ton esclave, sans être payé, et ta meretrix, pour le temps que tu voudras.

S'il consent, tu le ^omMeras le soir même de cet entretien. Tu lui retireras sa veste et lui attacheras les mains derrière le dos comme à un forçat. Tu ôteras ensuite ses chaussures et ses bas, et ne lui laisseras pour tout costume que son pantalon et sa chemise.

i C. devait donc en apparence être forcé, de cette façon, à se prêter à tous les mauvais traitements ; v. le passage ultérieur où il est dit que C. aura seulement le choix entre l'esclavage et la dénonciation à la police.

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Tu appelleras tous tes collègues qui habitent la maison. Vous vous mettrez confortablement à table et boirez un petit tonneau de bière que je vous enverrai pour ce même soir, et vous fumerez des cigares que je vous ferai parvenir en même temps.

Lorsque vous serez bien à votre aise, ei vestem detrahitis et facitis quse vultis. Il sera forcé de vous laver les pieds et vous pouvez semen ejaculare in os suum, vel débet, oscula dare natibus vestris, si cela vous amuse. Vous pouvez vous livrer sur ce garçon aux choses les plus énormes ; il se prêtera à toutes vos fantaisies.

Pour la nuit, on lui mettra des fers au cou et aux pieds, car s'il arrive à s'échapper, c'en est fait de ton pouvoir.

Comme couche, il aura une botte de paille et une vieille couverture ; pas de lit.

Tous les soirs il vous lavera à tous les pieds, ce qui est très agréable pendant les chaleurs de l'été.

S'il pleuvait, on lui donnerait des sabots afin qu'il ne prenne pas froid.

Tous les matins tu le feras raser et lui donneras pour cela 10 pfennings.

Il ne devra prendre la parole que lorsqu'on l'interrogera.

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Lorsque tu auras à sortir, ou qu'il n'3r aura personne à la maison, tu lui remettras les fers pour être sùr qu'il ne se sauvera pas ni ne fera de sottises.

Quand tu le battras, tu le feras à la façon russe. Tu prendras une échelle que tu mettras contre un mur, puis tu l'attacheras, les pieds en bas, les mains par dessus la tête, aux barreaux de l'échelle. Ensuite detrahis ei vestem [Dénudas eum si vis).

Le corps sera attaché par une corde. Tu prendras ensuite un knout et tu lui en donneras quelques coups sur nates denudatas. Ne le bats jamais de toutes tes forces, car c'est un garçon faible et il souffrira atrocement là où un homme vigoureux ne sentirait rien.

Chaque fois qu'il ne t'écoutera pas, tu le battras de verges.

Il doit faire tous les ouvrages de la maison.

Maintenant je te décrirai certains plaisirs qu'on ne connaît qu'en Russie et en Turquie.

Les plaisirs en question sont un peu communs, mais quand, comme toi, on possède un garçon auquel on peut faire faire tout, il ne faut pas s'en priver.

Ici, en Russie, il faut payer pour cela un argent fou ; toi, homme heureux, tu l'auras pour rien.

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Dénudas te ipsum eumque. Deinde collocas te in venlrem alterque pedes taos lingua lambere débet, prœcipue inter digitos et plantant, longum tempus ; si erectionem habes, decumbis eo modo ut alter una manu membrum tuum altera.. que testiculos tuos fringat ; eodem tempore nates tuas lambere débet linguamque immittere in anum tarn profunde quam potest, quoad ej aculationem seminis habes. Id est pulcherrimum quod habere possis.

Dénudas eum ejusque manus illigas post tergum ligasque quoque pedes ; collocas eum in dorsum, faciem superiorem, membrum in ejus os immittis ; si semen tuum ejaculatur, ei non licet exspuere semen; potius membrum tuum in alterius ore manet quoad devoravit ultimam guttam. Simplici modo ad hune finem pervenire potes, bene tenendo alterius eaput, si semen ejaculatur ; ita débet devorare utrum velit annon. C'est le procédé turc.

Quand il aura tout appris, tu m'écriras ; je viendrai alors en personne, et si tout va bien, je te ferai cadeau de 500 marks.

Ce à quoi je tiens le plus, c'est que lingua lambere possit atque in ejus os semen ejaculetur, dum semen non exspuit. Il faudra lire tous les jours mes instructions afin de ne rien oublier.

Dans ces instructions tu trouveras tout ce que tu auras à faire avec ton esclave, et je te demande, dans ton propre intéiêt, d exécuter à la lettre tous mes ordrés.

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§ iß

Comme nourriture tu lui donneras beaucoup de lait, du pain noir, de l'eau, des œufs, des légumes, des choux, des navets, des pois, des pommes de terre. Il n'aura de la viande que le dimanche.

Tous les dimanches il sera libre de 10 heures du matin à midi, et il pourra sortir. Il pourra alors remettre ses bas et ses bottes. Jamais dans la semaine. Mais s'il ne rentre pas à midi sonnant, il sera battu de verges.

Tu lui apprendras donc les choses suivantes : 1° Cultiver le jardin et les champs.

2° Brosser les habits et cirer les chaussures. 3° Nettoyer l'escalier.

4° Dormir la nuit avec les fers (des fers au cou et des fers aux pieds).

o° Laver les pieds à son maître.

6° Ut in os semen injiciatur atque semen devoret.

7° Pedes natesque lambere.

Tu sais que je tiendrai parole ; tiens par conséquent la tienne et fais tout ce que je te dis.

Tous les deux jours tu m'écriras une lettre détaillée, de plusieurs pages, pour me dire ce que tu fais avec ton esclave, et où tu en es de son instruction. C'est ton esclave qui portera la lettre à la poste et la fera recommander ; il t'en remettra le reçu. Je désire surtout qu'il sache que tu m'écris afin yu'il voie bien que tout se fait d'après mes ordres.

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Lorsqu'il vous servira le soir à la maison, vestum detrahert débet. A la maison, en véritable esclave, il doit marcher tout nu et garder tout au plus sa chemise.

Pour ne rien oublier, tu reliras tous les soirs mes instructions.

Réponds-moi de suite pour me dire si tu te sens capable d'exécuter consciencieusement et à la lettre toutes mes instructions.

Je te livre donc mon ancien domestique, en punition de tous les tours qu'il m'a joués. Tous ses effets, à l'exception du pantalon, de la chemise et des pantoufles, t'appartiennent ; de même l'argent comptant que tu trouveras sur lui.

Je te permets de faire avec lui tout ce que tu voudras, tout ce qui te passera par la tête.

Il a le choix, ou bien de faire tout ce que tu lui ordonneras, et sans être payé ; ou bien être dénoncé à la police.

Pour le moment, tu es son seul maître.

Je viendrai moi-même le 21 Août. J'attends tes lettres tous les mercredis et samedis.

Telles sont les instructions données par A à B afin de contraindre C à la pédérastie.

Comme le lui avait dit A, B loua une villa où il attendit l'arrivée de C. G devait apporter une lettre de A et B devait aussitôt retenir le porteur de la lettre. En effet, B reçut un

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jour, à la villa, la visite de G, porteur d'une lettre de A. G parvint toutefois à s'échapper aussitôt et B ne put exécuter les ordres de A.

Mais le fait le plus curieux de l'affaire, c'est que, peu de temps après, les autorités mises au courant purent établir que A et G n'étaient qu'une seule et même personne. A voulait donc que B le maltraitât lui-même, c'est-à-dire le forçât luimême à s'adonner à la pédérastie.

Doit-on admettre qu'il s'agissait là d'une simple plaisanterie, comme A le soutint pendant l'instruction, ou de tendances masochistes greffées sur une perversion sexuelle ? La fuite de A au moment où B, commençait à appliquer sérieusement les instructions reçues, ne constitue pas une preuve contre la prévention de masochisme, car A a pu ne pas trouver à son goût la personnalité de B qu'il ne connaissait pas auparavant. Il est aussi possible que, malgré ses tendances masochistes, A ait eu peur, au dernier moment, devant les mauvais traitements qui l'attendaient. Il me paraît impossible de voir dans des préparatifs aussi bien combinés une simple plaisanterie. Et si l'on n'accepte l'idée de masochisme, toute cette histoire doit être attribuée à une sorte d'irresponsabilité complète de A, âgé à ce moment de 30 ans.

Nous venons d'étudier, parmi les perversions sexuelles se rattachant à l'inversion du sens génital, le fétichisme, le masochisme et le sadisme. Il nous reste maintenant à dire quelques mots de certaines perversions qu'on rencontre du reste aussi bien chez les hétéro que chez les homo-sexuels.

l'inversion sexuelle

De même qu'il se trouve des hommes hétéro-sexuels qui se sentent attirés, non pas vers la femme faite, mais vers la petite fille impubère, de même on rencontre des uranistes qui recherchent non pas l'homme, mais le petit garçon. Nous avons déjà dit que ce phénomène était particulièrement fréquent dans l'ancienne Grèce, comme le montre, du reste, un certain passage du banquet de Platon où Pausanias demande une loi contre*' l'amour pour les garçons. Dans une affaire qui passa devant les tribunaux d'Amiens en 1856, il était question d'un homme qui attirait de jeunes garçons et se livrait sur eux à des actions obscènes. Cette affaire a été publiée en détail par Tardieu 4.

Il ne faudrait pas croire que, dans tous les cas d'inversion sexuelle, il existe une sorte de répugnance à entretenir les rapports avec de jeunes garçons. Il existe des uranistes adultes qui se sentent attirés vers des individus du sexe masculin n'ayant pas leur puberté, et dépourvus de barbe. On constate très souvent que, dès leur enfance, les uranistes se sentent attirés vers leurs camarades, c'est-à-dire vers des enfants, des garçons. Chez les homosexuels ce phénomène existe aussi, seulement il est beaucoup plus rare.

Un fait analogue à cet amour des uranistes pour les garçons se rencontre quelquefois chez des femmes qui entretiennent des rapports avec des garçons encore très jeunes. Anjel 2 a publié un cas de ce genre 3.

Tarnowsky cite le cas d'un homme de 26 ans, psj^chopathe

* D'autres cas analogues sont rapportés dans le traité de médecine légale de Casver-Liman. Quelgues-uns de ces cas sont entachés de sadisme, qu'on rencontre plus souvent dans les rapports entre homme adulte et entants qu'entre uranistes adultes.

2 Arch. f. Psychiatrie, 1884, xv.

3 Les cas de femmes adultes entretenant des rapports avec des garçons très jeunes sont encore assez fréquents. Tardieu a pu réunir 10 de ces observations, dont quelques-unes de JDevergie et de Casjoer. Il s'agit près-

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au plus haut degré, qui pratiquait la pédérastie avec un garçon de 2 ans. L'observation est de S. W. Mierzejewski.

A ce penchant pour les jeunes garçons il faut opposer les cas de passion pour les vieillards à barbe blanche. Je connais un cas de ce genre qui se rapporte à un jeune avocat. Au point de vue de la dégénérescence psychique, Tarnowsky considère cette passion pour le vieillard comme de très mauvais augure. Je ne crois pourtant pas que cette sorte d'inversion sexuelle puisse servir a mesurer le degré de la dégénérescence psychique.

Parmi les autres perversions qu'on rencontre chez les uranistes, je puis encore citer l'excitation provoquée par les statues. Certains uranistes vont jusqu'à embrasser les statues d'hommes qui leur plaisent. Un malade exprimait à V. Krafît- Ebing son mécontentement au sujet des feuilles de vignes qui, chez les statues d'hommes, remplacent les organes génitaux l. Athénée raconte l'histoire d'un grec qui, s'étant amouraché de la statue de Gupidon, accomplit sur elle l'acte sexuel.

Le viol des cadavres (la nécrophilie) n'est pas limité exclusivement aux cadavres d'un autre sexe. Du reste, pour V. Krafît-Ebing ce phénomène est de nature sadique. On connaît d'ailleurs le cas publié par S. Michéa, en 1849, d'un sergent, du nom de Bertrand, qui couvrait les cadavres de baisers, les caressait, les embrassait et les violait finalement ; d'autres fois, il coupait le cadavre en morceaux et se masturbait en les regardant. Bertrand accomplissait aussi bien ces actes avec des cadavres des deux sexes.

Il existe encore d'autres perversions qui sont du domaine de l'inversion sexuelle. Je connais un uraniste qui n'exige pas

que toujours de garçons de 5 à 13 ans et de femmes de 18 à 30 ans, le plua souvent des domestiques. Mais, dans un cas de Gasper, il s'agit d'une mère qui abusait de son fils, âgé de 9 ans.

4 Une remarque absolument identiquè me fut faite par un autre uraniste.

l'inversion sexuelle

que son compagnon lui touche les organes génitaux : il se contente d'une excitation générale du sens du tact. Il se fait frotter par son compagnon le corps, la peau du front et de la nuque : cela lui suffit pour entrer en érection et avoir une éjaculation. Cette excitation sexuelle par irritation tactile s'observe aussi dans les rapports hétéro-sexuels.

L'inverse a souvent lieu, c'est-à-dire que l'excitation d'une partie du corps d'un uraniste provoque chez l'autre l'éjaculation. On m'a raconté le cas d'un homme qui entrait en érection, et arrivait à éjaculer, lorsqu'il léchait l'intérieur de l'oreille d'un autre homme.

Je terminerai ici le chapitre des phénomènes de perversion observés dans les cas d'inversion sexuelle. Le sujet est loin d'être épuise ; pour en faire une étude complète, il faudrait écrire tout un livre et tenir compte de l'individualité de chaque malade et des particularités de sa perversion.

Il aurait été intéressant d'en faire une étude comparative suivant les époques. Les livres relatifs à l'histoire de l'amour sont muets sur ce sujet. Je crois pourtant que. dans des époques différentes, la perversion sexuelle a varié dans certaines limites, et cette supposition me paraît pouvoir se baser sur les changements fréquents de la mode. J'ai déjà étudié plus haut l'influence du costume sur l'instinct sexuel. Les changements de mode doivent donc exercer une influence sur ce phénomène ; ainsi, si nous prenons pour exemple un fétichiste de la bottine, il faut bien admettre que le fétichiste moderne n'est pas excité par la même bottine que celui du siècle der-

l'inversion sexuelle

nier. L'influence de la mode sur l'instinct sexuel et, plus encore, l'influence de l'instinct sur la mode, me parait hors de doute *. 11 est démontré aujourd'hui que les nouvelles modes sont imposées souvent par le demi-monde, et nos dames' ne font aucune opposition pour les adopter. R. Schultzedit (Les Folies de la Mode) dit ceci : « C'est un fait démontré qu'un grand nombre de modes nouvelles, les jupes, les garnitures, les chapeaux fantastiques, etc., nous viennent des célébrités du demimonde parisien, et n'en acquièrent pas moins la vigueur d'une loi draconienne. Il est notoire que le beau-monde parisien connaît cette source, mais cela ne l'empêche pas de prendre pour modèle les femmes du demi-monde, qui font la loi ».

1 On trouvera des matériaux précieux relatifs au fétichisme du costume dans la nouvelle (2me) édition des « Neue Forschungen auf dem Gebiet der Psychopathia sexualis » par v. Kraffi-Ebing, 1891. Cette édition a paru quand mon livre était déjà sous presse.

l'hermaphrodisme psycho-sexuel

Nous avons déjà vu qu'il existe des hommes qui sont attirés tantôt vers l'homme tantôt vers la femme. Gasper avait déjà parlé de ces individus qui ont des rapports tantôt avec des hommes tantôt avec des femmes, et il attribuait ce phénomène à une sorte de dégoût pour les femmes survenant chez des hommes qui en ont abusé. Il ne connaissait évidemment pas les cas dans lesquels la prédisposition morbide à l'hermaphrodisme psychique existe dès le début et se manifeste, suivant les circonstances, sous forme de désir sexuel tantôt pour l'homme, tantôt pour la femme. Il paraît du reste que, dans l'antiquité, et principalement dans l'ancienne Grèce, l'hermaphrodisme psychique existait déjà.

V. Krafft-Ebing, qui a cherché à classer les divers degrés d'inversion sexuelle congénitale, a établi les formes suivantes ; 1° L'hermaphrodisme psychosexuel dans lequel, avec une prédominance marquée des tendances homosexuelles, on trouve des traces de tendances hétérosexuelles. 2° L'homosexualité ; toute tendance vers l'autre sexe est absente, et le penchant, sexuel ne porte que sur les individus du même sexe. 3° L'efîémination, dans laquelle tout le côté

l'inversion sexuelle

psychique de l'individu subit une déviation en rapport avec son inversion sexuelle. 4°L'androgynie, dans laquelle il existe même une tranformation physique en rapport avec l'inversion sexuelle. — Cette division de V. Krafît-Ebing est très pratique, et il est certain qu'un très grand nombre de cas d'inversion sexuelle peuvent être rangés dans l'une ou l'autre de ces catégories. Toutefois, on peut quelquefois rencontrer des difficultés de classement, ce qui n'a rien de surprenant. C'est ainsi que, dans certains cas d'effémination très accusée, j'ai vu des hommes, dont toute la façon d'être et d'agir rappelait celle de la femme, avoir par moment des rapports avec des femmes et y trouver une satisfaction complète. Les cas de ce genre rentrent donc en même temps dans les groupes 1 et 3.

Je voudrais toutefois élargir davantage cette notion de l'hermaphrodisme psychosexuel. Je connais notamment une série de cas où le penchant hétérosexuel prédomine d'une façon très nette et où, pourtant, les individus sont pris de temps en temps de désirs homosexuels. Ces individus devraient compter parmi Jes hermaphrodites psychosexuels, bien que V. Krafft-Ebing admette que, dans ces cas, le penchant hétérosexuel ne se trouve qu'à l'état rudimentaire. Dans tous les cas, je crois qu'en raison de la quantité des cas de transition, il ne faudrait pas exclure de l'hermaphrodisme psychosexuel les cas dans .esquels le penchant alternatif pour l'homme et la femme ne dure que peu de temps ou s'étend sur toute une période de la vie.

190 l'inversion sexuelle

On comprend facilement que l'inversion sexuelle ne se sépare pas de la vie sexuelle normale d'une façon bien nette, comme par un fossé infranchissable. Comme partout, on trouve ici des cas intermédiaires allant d'une simple trace d'amour homosexuel jusqu'à l'uranisme le plus accusé.

Chez un individu, par exemple, on trouvera le désir passager de toucher simplement l'homme qui lui est sympathique. Ce désir, une fois satisfait, disparaît immédiatement, pour ne plus jamais reparaître.

Un autre individu éprouvera un penchant très vif pour un homme et sera saisi d'inversion sexuelle chaque fois qu'il le verra, tandis que, à part cela, il sera tout à fait normal au point de vue sexuel.

Un troisième ressent déjà une excitation sexuelle non seulement à la vue de tel ou tel individu, mais aussi à la vue d'hommes rentrant dans une catégorie déterminée, hommes vigoureux à cheveux blonds, par exemple ; et quand il ne se trouve pas en présence d'un homme de cette catégorie, ses sensations sexuelles restent normales. Un homme, qui a été en proie à cette forme d'inversion sexuelle, m'a décrit son état de la façon suivante :

« Mon mal consistait en ce que j'étais continuellement

lancé des sensations féminines aux sensations masculines, et inversement. Le corps d'un homme exerçait sur moi une influence irrésistible et surexcitait mon imagination^mais en même temps j'éprouvais le désir passionné d'embrasser uae femme. Pendant mon enfance, j'étais déjà excité par la beauté de l'homme et de la femme. Depuis l'âge de 7 ans, je me suis adonné à une masturbation effrénée en pensant, pendant l'acte, à des hommes. Par deux fois je suis parvenu à m'échapper de cet enfer ; maintenant cela ne m'èst plus possible. Mon imagination maladive me fait considérer comme particulièrement désirables les hommes blonds, vigoureux, en pleine santé. Cet

l'inversion sexuelle 191

état m'est très pénible, mais je ne puis pas y résister. Ce qui me fait surtout perdre la tête, ce sont les cuisses et les hanches des hommes ; de même un pénis très volumineux »

L'homme en question est aujourd'hui entièrement guéri de son penchant homosexuel. Il est en tout cas curieux de voir que les hommes bruns lui étaient indifférents et qu'il n'était excité que par une tête blonde « vraiment germanique ».

Un autre encore pourra présenter un égal penchant tantôt pour le sexe masculin, tantôt pour le sexe féminin, qu'il s'agisse des blonds ou des bruns, des blondes ou des brunes.

Il existe encore d'autres variétés où l'inversion sexuelle prédomine, le penchant hétérosexuel n'apparaissant qu'accidentellement. Quelquefois, comme le fait observer V, Krafft- Ebing, ce penchant ne se manifeste que dans les rêves et joue un rôle tout à fait secondaire dans la vie ordinaire.

On peut trouver, dans la vie de certains uranistes à inversion sexuelle typique, de courts épisodes où ils se sont sentis attirés vers une femme. Je connais le cas d'un uraniste endurci qui, dans un bal masqué, avait rencontré une jeune fille vers laquelle il se sentit attiré : il eut avec elle des rapports sexuels. Mais, après l'acte, il fut pris d'un tel dégoût, qu'il s'enfuit pour ne plus jamais la rencontrer. Dans un autre cas, un uraniste fut pris d'une passion violente pour une jeune fille et crut pouvoir la satisfaire par un rapprochement sexuel ; seulement, par suite de la différence des conditions sociales, il ne parvint jamais au but. Les faits de ce genre ne sont pas très rares dans la vie des uranistes.

Quelques-uns sont convaincus de l'inutilité des rapports avec la femme. Quand ils ont un penchant passager pour les femmes, ils préfèrent attendre patiemment le retour de leurs goûts homosexuels. Tel est le cas d'un nommé X. X a pratiqué souvent le coït avec des femmes et il y trouvait pleine et entière satisfaction ; pourtant, il ne croit Das pouvoir se débar-

l'inversion sexuelle

rasser à jamais de l'amour pour les hommes car, à la simple vue d'un homme qui lui est sympathique, il se manifeste chez lui une excitation génitale. X affirme qu'il ne tentera plus d'avoir des rapports hétérosexuels, quand même il se sentirait attiré vers la femme.

D'autres, au contraire, cherchent à utiliser ces périodes pour avoir des rapports avec des femmes.

Dans certains cas on est obligé d'admettre que le penchant homosexuel survient d'une façon périodique, fait sur lequel Tarnowsky insiste d'une façon toute particulière. Tarnowsky compare cet état à la dipsomanie, pour cette raison que, dans les deux cas, il existe une conscience de l'impossibilité de toute résistance. Tarnowsky cite également des cas très intéressants d'individus à inversion sexuelle périodique, qui savent d'avance à quel moment ils seront pris de leurs accès ; les malades en question prennent alors des arrangements pour que tout se passe en secret et échappe à leur entourage.

V. Krafft-Ebing croit que les hermaphrodites psychosexuels ne sont pas très rares. Gomme ces hommes sont souvent mariés et ne manifestent que par moment de la froideur à leurs femmes, leur conduite ne paraît pas suspecte. Je connais personnellement plusieurs de ces hermaphrodites, qui ont des rapports tantôt avec leur femme, tantôt avec des hommes.

Chez un grand nombre d'hermaphrodites, le sexe de l'individu vers lequel ils se sentent sexuellement attirés ne joue en général aucun rôle. Ils ont un penchant pour un certain type, et le sexe du type n'est, pour eux, d'aucune importance. Ce qui joue le rôle principal dans leur passion, c'est la tête de l'individu, les uns aimant une tête blonde avec des cheveux coupés court, d'autres des traits fins, etc., abstraction faite de ce que la tète appartient à un homme ou à une femme. Ceitains uranistes ne sont excités que par des femmes à l'aspect

L'INVERSION SEXUELLE 193

masculin, par des femmes, par exemple, qui portent les che» veux courts.

J'ai remarqué qu'un certain degré d'hermaphrodisme se rencontre assez souvent avant le développement complet des organes génitaux. On sait du reste que le penchant de certains garçons pour d'autres a décidément un caractère sexuel et qu'après la puberté ce penchant disparait de plus en plus. Ce qui prouve l'existence d'un penchant sexuel avant la puberté, c'est que ces garçons ont souvent des érections quand ils jouent avec leurs camarades et les embrassent. Cet hermaphrodisme psychosexuel avant la puberté me paraît particulièrement fréquent dans les cas d'inversion sexuelle. Un de mes malades, fétichiste de la bottine, dont l'histoire se trouve publiée en détail dans la dernière édition de la Psychopathia sexualis de V. Krafft-Ebing, fut pris de ce fétichisme pendant son enfance. Enfant, il voulait toujours embrasser les bottines de son professeur, couvrait de baisers les bottines de ses camarades ; vers la même époque il éprouva une passion pour les bottines d'une petite fille. Après la puberté, ce penchant devint hétérosexuel en ce sens que son fétichisme ne portait que sur des bottines de femmes, de femmes du monde en particulier.

Niemeyer 1 insiste aussi sur la passion que certains garçons

1 A. H. Niemeyer, Grundsätze der Erziehung und des Unterrichts. 3 Bde. IX Aufl. Halle, 1834-1835. Ce livre, qui envisage les phénomènes sexuels au point de vue pédagogique, mérite d'être cité. L'auteur étudie cette question

l'inversion sexuelle

éprouvent pour d'autres, cette passion n'étant pas sans analogie avec l'amour. D'après lui, c'est le réveil de l'instinct génital qui se fourvoie et ne trouve pas son chemin.

Quand l'instinct génital est inverti, cette inversion peut se manifester avec une intensité plus ou moins grande. Parmi les hétérosexuels, tel ou tel individu éprouvera un penchant sexuel plus ou moins violent : il en est de même chez les homosexuels, mais chez ces derniers, les hypéresthésies ou les exagérations de ce penchant paraissent plus fréquentes.

L'aversion pour tel ou tel sexe peut aussi varier beaucoup comme intensité, et, depuis la simple antipathie sexuelle, jusqu'à l'horreur la plus intense, on peut trouver de nombreux intermédiaires (V. Krafft-Ebing).

Si l'on se rapporte à un cas publié par Westphal, il existerait une forme incomplète d'inversion sexuelle, en ce sens que l'homme très efféminé et ayant du goût pour les costumes de femme, est sexuellement attiré vers la femme. Cet état peut survenir périodiquement. Un malade de Westphal qui présentait cette forme, disait que lorsqu'il arrive à triompher de son penchant, il est pris d'accès d'angoisse qui ne disparaissent que quand sa passion est satisfaite. Ce malade qui niait avoir des rapports avec des hommes, présentait, dans sa vie ordinaire, une effémination complète. Il jouait les rôles de femmes dans une troupe de comédiens et adorait s'occuper d'ouvrages de dames.

Westphal insiste avec raison sur les difficultés qu'on éprouve à comprendre ces malades. 11 arrive souvent que les

sans fausse pédanterie. La vérité ne lui paraît être ni dans l'ignorance dans laquelle on tient les enfants pour tout ce qui se rapporte à l'instinct sexuel, ni dans l'enseignement trop complet, surtout quand il s'agit de faire disparaître chez les enfants les mauvaises habitudes. Niemeyer cite Quintilien et Rousseau pour prévenir les maîtres du mauvais effet que peuvent avoir les punitions corporelles. Citons encore, à propos de Rousseau, l'étude de Mocbius sur la maladie de «7. J. Rousseau.

l'inversion sexuelle 195

hommes s'habillent en femme pour pouvoir plus commodément commettre des vols et mettre la police sur une fausse piste. Ce point était à envisager dans le cas cité par Westphal, car son malade avait en effet commis antérieurement une série de vols. Westphal arriva pourtant à se convaincre que son malade avait un désir morbide de s'habiller en femme.

TIOLOGIE

Les causes de l'inversion sexuelle sont nombreuses et différent avec chaque auteur. Gasper divisait les malades en deux groupes, l'un dans lequel ie penchant pour le même sexe était congénital, et l'autre dans lequel il était acquis, par suite d'abus de coït avec la femme, abus provoquant une sorte de dégoût Nous verrons plus loin que ces idées de Casper sont encore partagées aujourd'hui entièrement ou en partie par un grand nombre d'auteurs. C'est ainsi qu'à côté des deux groupes de Gasper, Gley 1 admet l'existence d'an troisième dans lequel l'inversion sexuelle est dû à ce que l'acte accompli d'abord par curiosité malsaine devient plus tard une habitude. Tarnowsky accepte d'une façon générale la division de Casper, mais fait en même temps rentrer dans le second groupe les cas d'inversion sexuelle due à la mauvaise éducation, au mauvais exemple, à certaines maladies mentales. Mantegazza ne s'étend pas beaucoup sur l'étiologie de l'inversion sexuelle dans son étude anthropologique et historique des rapports sexuels chez l'homme. Pour lui l'origine de toutes les per-

Revue philosophique, 1884. Vol. XVII, p. 66. Gley. Les aberrations de l'instinct sexuel, d'après les travaux récents.

l'inversion sexuelle

versions sexuelles peut être ramenée à deux causes : la difficulté de pratiquer le coït à l'état normal et le désir de se procurer un nouveau plaisir. V. Krafït-Ebing distingue aussi l'inversion sexuelle acquise de la congénitale. Il croit que certaines causes (que nous énumérons plus loin), et principalement l'abus sexuel et l'onanisme, peuvent, plus tard, provoquer l'inversion sexuelle chez un individu normal. Ces causes interviendraient surtout avec efficacité à l'époque du développement des organes génitaux, opinion partagée également par Tarnowsky. Contrairement à l'inversion sexuelle acquise, l'inversion congénitale est entachée de perversion dès le début, sans qu'il ait existé auparavant un penchant pour la femme.

Pourtant la plupart des cas d'inversion sexuelle considérés comme acquis ne me paraissent pas bien probants. Il n'est guère possible d'entrer dans des considérations générales pour soutenir que, dans la plupart de ces cas, l'inversion sexuelle existait déjà à l'état latent, pendant l'enfance. La classification consciencieuse de V. Kraiït-Ebing ne renferme que très peu de cas de perversion acquise, et je suis convaincu que même ceux-là ne sont pas à l'abri de toute objection, en ce sens que la perversion sexuelle y précède plutôt le penchant hétérosexuel.

Ainsi, l'observation 72 de cet auteur ne prouve nullement l'existence de l'inversion sexuelle acquise ni sa différenciation de l'hermaphrodisme psychique. Le malade en question, que V. Krafït-Ebing considère comme un cas d'inversion sexuelle acquise, pratiquait à l'âge de 12 ans, par conséquent avant d'aller avec des femmes, la masturbation mutuelle avec son frère. Pendant la masturbation, à laquelle il s'adonna pendant longtemps, il se figurait être une danseuse et avoir des rapports avec un officier. Quand le malade restait longtemps sans se masturber, il désirait avoir des rapports avec des femmes ; mais ce fait est plutôt en faveur de l'hermaphrodisme psycho-

LINVERS10N SEXUELLE

sexuel, bien que les rêves erotiques du malade aient toujours porté sur des femmes.

Les idées singulières de ce malade pendant qu'il se masturbait ont précédé chez lui les désirs hétérosexuels, et ces idées portaient très nettement un caractère d'homosexualité.

L'autre observation de V. Krafït-Ebing, l'observ. 73, n'est pas non plus à l'abri de toute objection, car on trouve dans l'histoire de ce malade, pendant l'époque de son développement, des phénomènes très nets d'hermaphrodisme psychosexuel. Il existe notamment dans sa vie une période pendant laquelle il se sentait également attiré vers la femme et vers l'homme, avec cette particularité que ses désirs sexuels avaient pour objet les individus non pubères. Plus tard cet homme présenta exclusivement de l'inversion sexuelle qui, peut-être, n'était pas encore très nette, en ce sens qu'il n'éprouvait pas de l'horreur pour la femme et que son aversion pour le sexe féminin n'était pas absolue. Ce malade pouvait n'être en somme qu'un hermaphrodite 1 psychique.

Une autre observation de V. Krafft-Ebing (observ. 74) donne un exemple plus net d'inversion sexuelle acquise. Le malade en question, dont les désirs sexuels étaient très vifs, cherchait d'abord à les satisfaire dans des maisons publiques; plus tard il remarqua que, bien que la vue d'une femme nue l'excitât beaucoup, il n'avait pas d'orgasme ni d'érection, même lorsque la femme cherchait à la provoquer par la masturbation. Comme le malade, en quittant la maison publique, éprouvait toujours de l'excitation sexuelle, le fait ne peut s'expliquer qu'en admettant qu'il s'agissait là d'un cas d'instinct

* Toute la différence s'explique par ce fait que v. Krafft-Ebing comprend moins largement que moi l'hermaphrodisme psycho-sexuel (v. p. 151), et c'est pour cela que ces différents cas sont pour lui des cas d'inversion sexuelle i cquise.

sexuel normal avec impuissance neurasthénique consécutive à la masturbation.

Il me paraît pourtant, — et c'est là une remarque tout à fait générale 1 — , qu'une sensation voluptueuse insuffisante pendant l'acte sexuel doit être dans un grand nombre de cas attribuée directement à l'inversion sexuelle, Je connais notamment des hommes qui, avec un penchant peu net pour la femme, n'avaient pas de sensations voluptueuses pendant le coït, malgré l'érection et l'éjaculation ; par contre cette sensation était des plus intenses quand ils pratiquaient un acte sexuel avec un homme pour lequel ils avaient un penchant d'hermaphrodite psycho-sexuel.

Je crois donc, après toutes ces considérations, qu'un grand nombre de cas d'inversion sexuelle acquise doivent être considérés comme résultant de l'hermaphrodisme psycho-sexuel. Je ne nie pas qu'on ne puisse rencontrer de temps en temps des cas d'inversion sexuelle où, après l'existence d'un penchant exclusif pour la femme, il survienne des tendances et des désirs homosexuels. Mais je crois en même temps qu'il s'agit ici essentiellement d'une division clinique, et que les cas purs d'inversion sexuelle acquise sont excessivement rares. Presque tous les chercheurs sont d'accord sur ce point. Je trouve qu'en somme il existe peu d'auteurs 2 qui considèrent l'inversion sexuelle acquise comme un phénomène habituel.

Pour éviter toute confusion, disons encore une fois qu'il faut considérer comme acquis les cas dans lesquels le penchant pour l'homme fut précédé de celui pour la femme. A proprement

* Cette remarque ne se rapporte pas au cas que je viens de citer.

2 Je ne puis citer ici les auteurs qui, sans avoir la moindre notion de l'inversion sexuelle, en parlent pourtant. C'est chez eux qu'on trouve des exprès* sions dans le genre de celles-ci : « aberration, conséquence d'une vie débauchée, vices sans nom, ordures, etc. » La plupart de ces travaux sont écrits, non pas au point de vue clinique, mais dans un but de moralisation. Ils ne peuvent par conséquent trouver place ici.

200 ^ INVERSION SEXUELLE

parler, on devrait considérer tous les cas d'inversion sexuelle comme acquis, puisque dans certaines conditions, quand elle se manifeste à l'âge de 8 ans, il ny a pas de raison pour la considérer plutôt comme congénitale que comme acquise. Dans le même sens la perversion sexuelle acquise est excessivement rare. Je trouve que ce sont seulement les auteurs qui ont très peu d'observations, qui considèrent la perversion congénitale comme très rare. Un criminaliste eminent qui s'est beaucoup occupé de cette question m'a dit que, pour lui, chez la plupart des pédérastes et des uranistes, la perversion date de l'eniance, et qu'il s'agit dans l'espèce d'une prédisposition congénitale.

Même en admettant qu'il se rencontre, de temps à autres, des cas bien nets d'inversion sexuelle acquise, presque tous les auteurs sont d'accord pour dire que les causes étiologiques sont les mêmes pour l'inversion congénitale et pour l'inversion acquise. Nous pouvons les caractériser par le mot de surcharge nerveuse ou psychique, autrement dit de dégénérescence du système nerveux centrai. Morel, qui avait introduit ce mot de dégénérescence, et Legrand du Saulle, admettent que la dégénérescence se manifeste sous des formes plus graves chez les descendants que chez les ascendants. Par conséquent, lorsque chez les ascendants on trouve une forme légère do dégénérescence du système nerveux central, l'hystérie, par exemple, on peut rencontrer chez les descendants des troubles psychiques graves.

Ce qui est certain, c'est que dans tous les cas d'inversion sexuelle, qu'il s'agisse de perversion acquise ou de perversion

l'inversion sexuelle

congénitale, on trouve une hérédité très chargée. V. Krafft- Ebing, Rabou, Charcot, Magnan, Blumenstock, Kowolewsky, Bourneville, Raoult, Gley, Tarnowsky, et un grand nombre d'autres auteurs, sont tous d'accord sur ce point. Seul Westphal ne se prononce pas sur la question de savoir s'il s'agit, ou non, d'un état neuro ou psycho-pathique provoqué par l'hérédité nerveuse très chargée. La distinction ne manque pas d'intérêt clinique, mais au point de vue étiologique elle joue un rôle secondaire, puisque nous savons que la dégénérescence s'observe dans les maladies nerveuses pures comme dans les affections psychiques, et que toutes les deux ont des rapports avec l'hérédité nerveuse.

Quand on étudie la question de la dégénérescence du système nerveux, il faut, à côté des maladies nerveuses et mentales bien connues, placer encore un certain nombre d'autres causes intervenant dans l'hérédité nerveuse. Telles sont l'alcoolisme, le suicide, les mariages consanguins. Dans le cas décrit par Magnan et Charcot, l'élément étiologique est constitué par la grande différence d'âge entre le père et la mère, différence qui était de 31 ans. L'hérédité nerveuse peut, dans certains cas ne se manifester que sous forme d'excentricités, d'exaltation religieuse, etc. Je connais plusieurs cas de mariages consanguins où le père d'un enfant uraniste était un viveur dans toute l'acception du mot, célèbre par ses succès auprès des femmes. V. Krafft-Ebing dit connaître des cas où l'inversion sexuelle existait à un très faible degré parmi les ascendants.

Parmi les causes de tare psychique, Tarnowsky compte encore la syphilis. Cet auteur cite plusieurs cas à l'appui de son opinion, mais les observations ne me paraissent pas assez probantes pour établir le rôle étiologique de la syphilis, surtout si l'on considère la grande extension de cette affection. La grande importance que Tarnowsky attribue au point de vue de l'hérédité nerveuse aux affections graves des parents pen-

l'inversion sexuelle

dant ou peu de temps avant la conception, comme le typhus, la pneumonie, l'anémie, le surmenage, etc., ne me paraît pas fondée et n'a pas de rapport avec l'inversion sexuelle.

Un rôle à part, dans l'hérédité nerveuse, doit être attribué à l'atavisme ; on pourra trouver le- père et la mère bien portants, mais en poussant plus loin les investigations, on découvrira chez les grands parents une affection nerveuse ou psychique.

V. Krafft-Ebing cite encore d'autres faits qui viennent à l'appui de sa théorie de l'hérédité neuro ou psycho-pathique : 1° le fait de l'apparition précoce de la vie sexuelle dans les cas d'inversion sexuelle ; 2° le caractère exagéré que prend dans cette maladie le côté psychique de l'amour ; 3° la fréquence très grande de névroses, de l'hystérie, de la neurasthénie, etc. , dans certains cas on trouve, à côté d'une intelligence très peu développée, un talent remarquable pour la musique, la poé sie, etc. ; enfin, dans certains cas, les troubles d'équilibre psychique sont assez lointains pour se transformer en maladie mentale passagère ou chronique. Il est certain que, dans la plupart des cas, on peut constater d'autres troubles nerveux ou psychiques. Citons à cette occasion un historique intéressant : quelques-uns des empereurs romains, présentant Tinversion sexuelle, étaient des dégénérés atteints d'affections psychiques1. Aujourd'hui encore on peut observer, dans bien des cas, un trouble psychique ; c'est ainsi que, dans un des cas cités par Westphal, il existait de la folie circulaire, et dans un autre de l'idiotie. Dans le cas de Gock et dans plusieurs autres on observe des états mélancoliques. J'ai constaté moimême, chez un homosexuel, des idées de persécution. Je reviendrai plus loin sur les cas d'inversion sexuelle compliqués d'épilepsie, de paralysie progressive, et de démence.

* V. Wiedemester, der Cäsar wahusinn der Julisch Claudischen Imperatoren familie, Hannover, 1875.

l'inversion sexuelle

Il est évident que l'hérédité psycho ou neuro-pathique n'épuise pas la question de l'étiologie de la perversion sexuelle. Il existe encore un grand nombre de points difficiles à expliquer. On peut se demander, par exemple, pourquoi tous les dégénérés ne présentent pas d'inversion sexuelle ; il faut admettre, comme explication, que, chez les dégénérés atteints d'inversion sexuelle, l'instinct sexuel présente le locus mitions resistentiœ. De même que, chez les dégénérés, l'hérédité se manifestera, pour l'un, sous forme de folie de la persécution, pour un autre sous forme d'épilepsie, de même chez l'uraniste la dégénérescence pourra prendre la forme de la perversion sexuelle. Ce que nous ne savons pas, c'est pourquoi chez l'un la dégénérescence se manifeste par l'épilepsie, et chez un autre par l'inversion sexuelle ; pas plus que nous ne savons, deux individus ayant pris froid, pourquoi l'un n'a qu'un rhume de cerveau et l'autre un rhumatisme articulaire.

Il est donc certain, comme nous l'avons vu, qu'un grand nombre d'uranistes descendent de familles possédant une hérédité névropathique. Mais il est très difficile d'avoir des renseignements précis sur ce point, car il arrive souvent que l'hérédité névropathique existe dans de nombreux cas où l'on ne parvient pas à la découvrir. Quand on interroge ces malades sur l'alcoolisme ou les maladies mentales de leurs parents, on n'en obtient pas toujours de réponses satisfaisantes, car le malade cherche à les tenir secrètes, lorsqu'il les connaît ; et souvent il ne les connaît pas, en réalité. Toutefois, je dois dire qu'on ne peut pas démontrer que dans tous les cas d'inversion sexuelle chez l'homme, il existe une hérédité névropathique. Il faut encore compter avec la tendance actuelle de certains auteurs, qui élargissent considérablement le domaine de l'hérédité nerveuse, et qui la découvrent ainsi dans presque tous les cas d'affections psychiques ou mentales.

l'inversion sexuelle

Nous avons dit que la prédisposition à l'inversion sexuelle était presque toujours congénitale. Cependant, il faut admettre l'existence de causes occasionnelles qui favorisent l'éclosion de la perversion sexuelle, comme dans l'inversion acquise. Môme dans les cas où l'inversion sexuelle peut être suivie dès l'enfance, nous ne pouvons trouver qu'une prédisposition morbide, de sorte qu'il est impossible de nier que l'éclosion de cette perversion ne soit quelquefois provoquée par une cause extérieure. Chez un enfant, cette cause peut être l'attouchement purement accidentel des organes génitaux par un homme ; et l'affection morbide se développe alors par une association fatale entre le souvenir de cet attouchement et la représentation mentale de cet homme.

Il est donc impossible de tracer une limite rigoureuse entre les cas congénitaux proprement dits, et ceux où la perversion sexuelle se manifeste à l'occasion d'une cause accidentelle.

Hammond rapporte l'histoire d'un individu atteint d'inversion sexuelle sous forme de pédérastie, passion à laquelle il fut amené pour avoir regardé, étant enfant, deux chiens accouplés. Le jeune garçon pensa que cela se faisait par l'anus. Pour imiter l'acte en question, il s'introduisit un crayon dans le rectum et éprouva simultanément de la douleur et une autre sensation fort agréable.

Devons-nous dire que, chez ce garçon qui plus tard devint un pédéraste passif, la perversion sexuelle s'est déclarée à la suite de la scène à laquelle il avait assisté? Nous ne le pensons pas, car comment expliquer cette sensation voluptueuse qu'il éprouva en s'introduisant le crayon dans le rectum et qui le conduisit à répéter la même expérience? Il est certain qu'une autre cause occasionnelle quelconque aurait suffi pour provoquer chez cet individu, qui n'a jamais éprouvé de penchant pour la femme, l'inversion sexuelle et la tendance à la pédérastie passive. Un enfant, un homme dans un état normal,

Ii INVERSION SEXUELLE

pourrait tous les jours s'introduire un crayon dans le rectum sans que pour cela, il se déclare chez lui une perversion sexuelle.

Je ne veux pourtant pas dire que les causes occasionnelles n'aient en elles-mêmes aucune importance. Ainsi, il est probable que dans les cas d'hermaphrodisme psycho-sexuel, c'est une cause occasionnelle qui déterminera la direction que prendra la vie sexuelle de l'individu, du moins pour un certain temps. Mais nous devons admettre que dans tous ces cas Tinversion sexuelle préexiste chez l'individu, pour ainsi dire à l'état latent, et ne se réveille qu'à l'occasion d'une rencontre avec un homme sympathique. Seulement il ne faut pas confondre le moment où l'individu commence à avoir conscience de son inversion sexuelle, avec le moment où cette inversion se déclare.

Si nous admettons que des causes occasionnelles peuvent favoriser l'éclosion de la perversion sexuelle, comme ces causes sont extrêmement nombreuses, on ne peut guère espérer prévenir l'éclosion de la prédisposition morbide par des mesures prophylactiques. Il est certain, en effet, que l'inversion sexuelle ne peut être provoquée systématiquement par de mauvaises habitudes. En admettant même que les mauvais exemples, la curiosité malsaine, puissent jouer un certain rôle dans cette question, il est difficile de croire, avec Tarnowsky, que nous pouvons, par une prophylaxie bien comprise, empêcher dans un grand nombre de cas 1 le développement de l'inversion sexuelle chez des individus prédisposés.

Ce qui me paraît très possible, c'est que, dans le cas d'une prédisposition à l'inversion sexuelle, les causes occasionnelles neuvent jouer un certain rôle sur la façon dont sera satisfait

1 Néanmoins il faut essayer tout ce qu'on peut pour combattre le développement du penchant sexuel. Nous reviendrons sur ce point à l'occasion du traitement.

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