‹ Les perversions de l'instinct génital [electronic resource]Chapitre 17 sur 21 · L SEXUELLE · texte numérisé non relu

L SEXUELLE

l'instinct génital. Mais, d'un autre côté il faut dire, qu'ici encore, comme nous l'avons déjà vu, il existe une prédisposition pour tel ou tel acte sexuel, pour la pédérastie passive par exemple. Autrement, il m'est impossible de m'expliquer pourquoi il existe des individus qui dès le début ne sont satisfaits que par la pédérastie passive.

Si nous admettons le rôle des causes occasionnelles, encore ne faudrait-il pas confondre celles qui conduisent à la réalisation d'un acte de perversion avec celles qui provoquent l'éclosion du penchant à la perversion. Quand un homme, depuis longtemps en proie à l'inversion sexuelle, trouve une occasion de satisfaire sa passion avec un autre homme, il ne faudrait pas cependant considérer cette rencontre comme la cause occasionnelle qui a fait éclore le penchant. C'est là une erreur que l'on commet fréquemment *.

Voici un exemple qui montre bien ce qu'il faut entendre par une cause occasionnelle, chez un individu prédisposé.

Il s'agit d'un individu qui, jusqu'alors absolument normal au point de vue sexuel, en ce sens qu'il n'avait eu de rapports qu'avec des femmes, étant allé à Paris, y fit la connaissance d'une personne qui lui demanda de l'accompagner chez elle. Il accéda à cette proposition, et très excité, il voulut passer la nuit avec elle. La jeune personne se déshabilla, et l'homme découvrit avec stupéfaction que celle qu'il avait suivie était un homme habillé en femme. Dans des conditions normales, la seule idée d'un rapport avec l'homme aurait suffi pour rejeter au loin tout contact physique. Mais ici il n'en fut rien ; l'homme se laissa masturber par l'autre, et à partir de ce moment, devint la proie d'une inversion sexuelle des plus nettes.

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Dans ce qui suit, je veux étudier une série de causes occasionnelles qui, dans certaines conditions, favorisent Féclosion de la perversion sexuelle. Je ferai toutefois observer dès le début que je ne considère pas comme démontrées la plupart de ces données, car nous ne possédons pas un nombre d'observations suffisant pour établir la valeur réelle et indiscutable de ces causes. Il semble que chaque auteur se borne à reproduire les observations d'un autre, sans rien ajouter qui lui soit personnel.

En première ligne il faut mentionner ici la contagion morale et le mauvais exemple. Tarnowsky leur attribue une importance toute particulière, et admet qu'un garçon atteint d'inversion sexuelle et élevé dans un pensionnat, peut propager cette affection tout autour de lui. Pour lui, le jeune homme accomplira l'acte en évoquant d'abord l'image d'une femme. Mais lorqu'il aura, pendant un temps suffisamment long, pratiqué la pédérastie 1 de cette façon, c'est-à-dire en ayant toujours devant les yeux l'image de la femme, toute sa vie sexuelle prendra peu à peu une fausse direction ; il finira par habitude par devenir uraniste et trouver sa satisfaction exclusivement dans la pédérastie.

On ne peut entraîner que ceux qui sont disposés à se laisser entraîner. Gomme l'accomplissement de l'acte sexuel n'est dû qu'à la sensation voluptueuse qu'il provoque, il est évident que l'acte en question ne sera accompli que par celui qui y trouvera des sensations voluptueuses. De jeunes garçons pourront bien s'adonner à la masturbation mutuelle , mais

1 Chez cet auteur, dont le travail est très remarquable, on ne sait s'il comprend la pédérastie dans notre sens, comme immissio membri in anicm viri ou comme un acte sexuel général dans les cas d'inversion sexuelle. De même la séparation entre l'acte et le penchant perverti n'est pas chez lui très nette ; il arrive notamment souvent qu'un jeune homme, dans son état normal, se laisse masturber par un autre sans que pour cela se déclare ou se développe la perversion sexuelle.

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aussitôt que ie jeune homme aura connu la femme, c'est auprès d'elle seule qu'il trouvera son plaisir, et les rapports avec des hommes lui deviendront impossibles. Je connais plusieurs cas de ce genre où la masturbation mutuelle pratiquée pendant l'enfance n'était jamais arrivée à provoquer l'inversion sexuelle.

Tarnowsky admet que le désir d'inrùter une personne déterminée,, la curiosité malsaine, la recherche de plaisirs nouveaux, peuvent pousser des individus de caractère faible à pratiquer des actes anormaux et à s'y habituer, sans qu'il existe chez eux un penchant inné.

Coffîgnon attribue les grands progrès accomplis par la pédérastie dans ces derniers temps aux relations plus étroites qui se sont établies entre l'Europe d'une part, l'Asie et l'Afrique de l'autre ; ce fait serait d'après lui particulièrement vrai pour l'Angleterre. Il croit aussi, sans apporter de preuves à l'appui, que l'uranisme a pris également depuis quelques années une extension considérable en Allemagne.

S'il est vrai que la pédérastie se développe par le mauvais exemple, on ne pourra nier que la littérature ne joue un certain rôle étiologique dans cette propagation. Il est certain que la littérature spéciale, qui s'occupe de cas de perversion sexuelle, a pris depuis quelque temps une extension considérable .

Avec Coffîgnon, Tarnowsky est d'avis que, dans la propagation de la pédérastie1, la masturbation mutuelle dans les

i Le rôle actif de la contagion morale dans l'apparition de la perversion sexuelle n'est, jusqu'à présent, qu'une simple hypothèse théorique. Quoi qu'il en soit, l'influence de l'imitation dans les symptômes nerveux n'est pas à négliger et Vorlœnder rappelle que Ideler et Alibert supposaient l'existence, chez l'homme, d'un instinct spécial de l'imitation. On admet depuis longtemps (Esquirol, Orlander et autres) qu'un grand nombre de crimes sont dus à l'imitation. Il également certain que les symptômes de troubles psychiques et de névroses peuvent survenir de la même façon. Aussi

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écoles, les pensionnats et les prisons, joue un rôle très considérable. Théoriquement, on peut en effet admettre que la répétition de l'excitation produite par l'onanisme mutuel puisse conduire à l'inversion sexuelle, seulement les observations relatives à ce point sont encore très peu nombreuses, de sorte qu'il est actuellement impossible de résoudre la question dans l'un ou l'autre sens. Lorsque nous constatons après coup de l'inversion sexuelle chez un individu qui avait pratiquéprécédemment la masturbation mutuelle avec des garçons, il ne faut pas en conclure, à la légère, que c'est la masturbation qui a amené chez cet individu l'inversion sexuelle ; le plus souvent l'inversion existait chez lui antérieurement. Il faut aussi se dire que la masturbation mutuelle est tellement répandue dans certains milieux1, que si plus tard il en sort un uraniste, ce n'est pas une raison suffisante pour établir entre la masturbation et l'uranisme une relation de cause à effet. Chevalier, Krauss, Appert8, Tarnowsky et d'autres, comp-

Bouchut (« De la contagion nerveuse ») a-t-il proposé de ne pas révéler ce fait au public ; c'est encore dans le même sens que se sont prononcés Ebra/d, Moreau fils, Rambosson et autres, principalement pour ce qui est de la contagion morale dans le suicide. Je suis convaincu qu'accidentellement l'esprit d'imitation peut conduire à essayer un acte sexuel contre nature, mais je doute que l'imitation puisse faire naître la perversion sexuelle chez un individu normal. Pour un grand nombre de phénomènes dus à l'imitation, on trouve, même chez l'individu psychiquement normal, un terrain préparé : la misère dans le suicide, la cupidité dans le crime et l'assassinat, la prédisposition hystérique dans les convulsions. Chez l'homme normal, ce terrain favorable au développement de l'inversion sexuelle n'est pas préparé. L'homme apporte avec lui en naissant le penchant hétérosexuel, et ce penchant ne peut être déraciné par la simple imitation.

1 J'ai vu sévir une épidémie de cette espèce dans une école de Berlin où la masturbation mutuelle avait été introduite et pratiquée sans vergogne par un élève, aujourd'hui acteur bien connu. Bien que je connaisse les noms d'un très grand nombre d'uranistes berlinois, aucun d'entre eux ne figure parmi les anciens élèves de cette école, autant que je sache. Au contraire, je connais beaucoup d'élèves de cette même école qui aujourd'hui sont absolument normaux au point de vue sexuel.

2 Cité par Krauss.

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tent parmi les causes de l'inversion sexuelle la privation de rapports sexuels avec la femme. La perversion sexuelle s'observerait chaque fois que des hommes se trouvent réunis, et longtemps privés de femmes. Cette forme n'aurait, d'après Chevalier et Ulrichs, qu'un caractère passager, et disparaîtrait pour faire place à l'instinct sexuel normal, lorsque les conditions extérieures viennent à se modifier. Chevalier cite sous ce rapport les armées, les équipages des navires, les prisons, les pensionnats, les hôpitaux, etc. Tarnowsky, qui attribue une si grande importance à la contagion morale, est obligé de convenir qu'il faut ordinairement le concours d'un grand nombre de circonstances pour que la pédérastie prenne une extension considérable dans les pensionnats, etc.

L'inversion sexuelle s'observerait également chez les animaux, quand les mâles sont privés de femelles.

Peut-être faut-il attribuer à la séparation rigoureuse des sexes, parmi les enfants, une certaine influence sur le développement ultérieur de l'inversion sexuelle. Certains auteurs admettent notamment que c'est la séparation rigoureuse établie entre les individus des deux sexes, au moment de la puberté, qui pousse l'instinct sexuel des jeunes garçons à l'amour entre hommes.

Je ne saurais cependant résoudre cette question d'une façon définitive. Si nous voulions en avoir une solution nette et précise, il faudrait que nous puissions prouver que les individus à inversion sexuelle ont été, d'une façon particulièrement rigoureuse, séparés de l'autre sexe, à l'époque de la puberté, et je n'ai jamais pu faire cette observation. D'un autre coté, pour élucider cette même question, il faudrait prouver encore que les garçons qui n'ont pas été séparés des filles, à l'époque de la puberté, ne sont pas devenus uranistes ou sont moins sujets à l'inversion sexuelle que les garçons élevés dans des conditions opposées. Il serait intéressant de

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savoir si, en Amérique, où les rapports entre les garçons et les filles sont plus libres, l'inversion sexuelle est moins fréquente que dans d'autres pays. En effet, d'après H. T. Finck, en Amérique où les garçons et les filles sont élevés dans les mêmes écoles, la séparation des sexes est beaucoup plus rare que chez nous, qui retardons autant que possible le moment où le jeune homme sera admis dans la société des femmes.

La séparation des sexes y est si peu rigoureuse, que, d'après Finck, dans les écoles de l'Ouest, chaque fillette a son « beau », un garçon de 14 à 17 ans, sans qu'il en résulte jamais des conséquences fâcheuses. Il serait donc très important de savoir si en Amérique l'inversion sexuelle est moins fréquente qu'ailleurs.

Les moralistes qui prêchent la séparation rigoureuse et aussi prolongée que possible des sexes, pendant l'enfance et la jeunesse, devraient se demander s'ils ne favorisent pas le développement de l'inversion sexuelle. Un monsieur que je connais, hermaphrodite psychosexuel, attribue sa perversion sexuelle exclusivement à l'éducation qu'il a reçue. Il me disait que l'instinct génital s'était développé chez lui de très bonne heure; mais, comme il était entièrement privé de toute société féminine, ses désirs se portèrent vers l'homme ; plus tard la femme put l'exciter de temps en temps, mais il n'en conserva pas moins son goût pour les hommes.

Parmi les causes qui contribuèrent au développement considérable de la pédérastie en Grèce, E. Meier mentionne, lui aussi, la séparation rigoureuse des sexes. Le plus souvent, la femme restait toute la journée à l'écart de l'homme. De plus, par suite de l'éducation que les femmes recevaient à cette époque, il était impossible que l'homme trouvât dans sa femme une satisfaction complète et un appui moral, comme c'est presque toujours le cas à notre époque. C'est pourtoutes ces raisons que, d'après Meier, les hommes se tournèrent

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vers les garçons, vers lesquels ils se sentaient du reste attirés par un lien tout spirituel.

Cette séparation rigoureuse des sexes est aussi considérée comme la cause de la fréquence de la pédérastie parmi les mulsumans.

Parmi les causes de l'inversion sexuelle, Chevallier et ur. grand nombre d'autres auteurs citent la crainte d'une maladie contagieuse dans les rapports avec la femme, et la crainte d'une grossesse de la femme. Dans la même catégorie de faits rentrerait encore la crainte de l'impuissance sexuelle vis-à-vis de la femme. Je trouve pourtant que les faits sur lesquels s'appuient ces considérations sont insuffisants. Il existe notamment certaines observations qui passent d'un livre dans un autre, sans qu'on se donne la peine de les contrôler. Chevallier rapporte un cas cité par E. Hoffman 1 auquel un pédéraste criminel avait déclaré que, s'il évitait les rapports normaux, c'était par crainte de voir la femme devenir enceinte, et que ce danger n'existe pas dans les rapports avec des garçons. ÏÏ ne faudrait pourtant pas attribuer trop de valeur à l'affirmation d'un accusé. Je ne veux pas nier que les causes dont on vient de parler ne puissent quelquefois jouer un rôle étiologique ; mais le cas ne doit pas se rencontrer fréquemment, car il me paraît impossible qu'un homme, s'il n'y est pas poussé par des tendances sexuelles morbides, puisse trouver sa satisfaction dans des rapports avec un autre homme, quelles que soient les raisons qui le fassent renoncer aux rapports normaux avec des femmes.

La fréquence de la pédérastie dans le clergé catholique est attribuée par quelques-uns, et par E. Hoffman entre autres, au célibat et à la crainte des conséquences possibles d'un

1 S. R, v. Hoffmann, Leseb, der Gerichtlichen Medicin. IV Aufl. Wien und Leipzig 1887. V. aussi l'article « Pédérastie » du même auteur, dans Eu* leuburg's Real. Encyclopédie der genannten Heilkunde. Il Aufl.

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rapport avec des femmes. Je crois pourtant que le fait doit être compris d'une autre façon. La vocation pour un état qui comporte le célibat se déclare plutôt parmi les personnes chez lesquelles le penchant pour la femme est, dès le début, Irès peu développé ou même nul ; mais l'absence complète de e penchant marche de pair, la plupart du temps, avec l'inversion sexuelle.

Tarnowsky admet encore que l'inversion sexuelle peut se développer encore chez des individus qui en font un métier. Pour gagner de l'argent, des hommes normaux s'adressent à des hommes atteints d'inversion sexuelle, et deviennent plus tard la proie de la maladie ; autrement dit, dans ce cas l'inversion sexuelle est artificielle et pour ainsi dire cherchée ; pourtant aucun auteur ne donne la limite précise qui sépare l'accomplissement d'un acte contre nature de la perversion même de l'instinct sexuel. Il me parait douteux que la pratique seule puisse provoquer l'inversion sexuelle chez des individus normaux.

Toutefois, je rejette d'une façon absolue l'opinion de Moreau1, d'après lequel la masturbation serait la cause de l'inversion du penchant sexuel. C'est une conception absolument fausse, qui confond la cause avec l'effet. Si un grand nombre d'uranistes se masturbent, c'est faute de ne pouvoir satisfaire autrement leur instinct génital.

Si je ne considère pas la masturbation comme la cause de l'uranisme, j'admets pourtant que, dans certaines conditions, elle peut favoriser le développement de l'inversion sexuelle. Le fait qu'au début de son évolution sexuelle, l'uraniste en se masturbant ne pense qu'aux hommes, aggrave l'inversion sexuelle en ce sens que les désirs sexuels s'associent chez lai de plus en plus à l'idée des hommes. Aussi arrive-t-il que la

1 Paul Moreau (de Tours). Les aberrations du sens génésique. IIIe édit Paris, 1883.

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masturbation, pratiquée dans ces conditions, aboutit à l'impuissance envers la femme et rejette davantage l'individu vers l'homme.

Y. Kraffi-Ebing et L. Gasper 1 insistent sur l'influence malsaine de la masturbation sur les individus atteints d'inversion sexuelle ou présentant une prédisposition morbide à cette maladie. Ils admettent que la masturbation détruit le penchant esthétique, idéal, pur, que l'homme éprouve pour la femme.

Un certain nombre d'auteurs attribuent à la vie débauchée, à l'abus du coït normal, le même rôle étiologique qu'à la masturbation. Coffignon, qui se rattache à cette opinion, dit notamment que c'est principalement dans les milieux aisés que ces causes interviennent dans le développement de l'inversion sexuelle. Je ne crois pas que ce soit vrai, et je n'admets pas que les débauchés, dans le simple but de trouver de nouveaux plaisirs, s'adonnent à la pédérastie aussi souvent qu'on le dit.

Même au point de vue théorique, il m'est impossible de trouver une relation entre les excès du coït avec la femme et le développement du penchant pour l'homme. Comment, en effet, un homme qui éprouve de l'aversion sexuelle pour un autre homme se trouverait-il un jour attiré vers lui, pour la seule raison qu'il a abusé de la femme? C'est aussi impossible que de voir un individu rassasié de pâtisseries et de gâteaux se prendre un jour de passion pour la boue et les ordures qu'on jette dans la rue.

Si l'abus des femmes conduisait réellement à la pédérastie, il faudrait admettre, au même titre, que l'amour homo-sexuel longtemps pratiqué devrait aussi amener, par dégoût, le retour du penchant pour la femme. Malheureusement il n'en est rien, et je ne connais pas un seul cas de ce genre.

1 L, Casper. Impotentia et sierililas virilis. Manchen, 1890.

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Stark compte parmi les causes de la pédérastie une diminution de l'intensité de la sensation voluptueuse procurée par le coït, en ce sens que, la contraction du sphincter de la vulve devenant insuffisante pour donner la sensation complète, l'homme la cherche dans la contraction plus vigoureuse du sphincter anal. Mantegazza considère aussi comme la cause de la pédérastie le désir éprouvé par quelques-uns de sentir leur membre circumclusum au plus haut degré, ce qui fait qu'ils préfèrent Fanus étroit au vagin plus large. Si tel était le cas, ce désir nous expliquerait en même temps la pœdicatio mulieris, id est immissio membri in anum feminœ. Ce qui reste inexplicable, c'est comment cette pratique peut donner lieu à la pédérastie viri vel pueri.

D'après Stark, il faudrait tenir compte encore du « haut goût » pour l'anus. Peut-être, si certains individus recherchent en effet ce genre de satisfaction, s'agit-il non seulement d'inversion sexuelle, mais aussi d'une perversion spéciale rappelant la coprophagïe.

Tarnowsky est encore d'avis que certains individus atteints d'hyperesthésie du sens génital peuvent être conduits à la pédérastie active. Quand ces individus se trouvent dans l'impossibilité de pratiquer le coït normal, ils se masturbent ou s'adressent à un pédéraste passif. Je crois que cet auteur va an peu trop loin, car il faudrait admettre chez un grand nombre 1 de ces individus l'existence, non seulement de l'hyperesthésie du sens génital, mais aussi d'une perversion

• Bien entendu, je ne nie pas que le fait puisse se produire sans qu'il soili question de perversion ; mais dans ces cas il ne s'agit pas de perversion dans le sens de v. Krafft-Ebing ou le mien, mais de perversité (v. p. 5). Quand le sens génital est excité à un tel point, il peut arriver bien des choses. Dans un procès qui eut lieu dans une petite ville de l'Allemagne du Sud, l'accusé ivait dit que, s'il avait pratiqué la sodomie avec une chèvre, c'est qu'il était îrès excité et n'avait rien d'autre pour se satisfaire.

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sexuelle, si en effet ces individus peuvent pratiquer la pédérastie au moment de la surexcitation génitale.

Gley insiste tout particulièrement sur l'influence qu'exercent certaines jouissances. Il croit que pour la satisfaction sexuelle on recherche sans cesse de nouvelles excitations. Par suite de l'habitude, il se développe un état anormal, celui de l'inversion sexuelle, en particulier lorsque la nouvelle excitation recherchée par l'individu se trouve être un rapport sexuel avec des hommes. Tarnowsky admet aussi — et la supposition est très plausible — que plus les jeunes gens ont des rapports avec des garçons, plus l'inversion sexuelle se développe facilement \ Je crois devoir dire ici encore une fois que je ne nie pas la possibilité de ce fait, mais que nous manquons absolument de matériaux permettant de l'établir d'une façon définitive.

Je viens de citer un certain nombre de causes étiologiques qui en apparence peuvent conduire à l'inversion sexuelle. J'ai déjà dit que, sans nier leur rôle, il ne faudrait pourtant pas leur attribuer une trop grande importance. Si l'on avait établi une distinction entre la perversion et la perversité, distinction déjà posée par Krafft-Ebing, on aurait évité un grand nombre d'erreurs. Ce qui pour certains auteurs prouve l'état de perversion, ne constitue en réalité qu'un acte de perversité.

Disons enfin, pour être complet, qu'il n'existe pas de relation entre l'hermaphrodisme physique et l'inversion sexuelle. Gley admet pourtant cette relation, et comme Chevalier, il établit un groupe particulier où l'inversion sexuelle est provoquée par l'hermaphrodisme physique. A l'appui de cette

i Que l'on compare ce fait avec l'opinion d'après laquelle l'abus de la femme peut conduire à l'inversion sexuelle I C'est l'absence de tout esprit critique qui a fait attribuer à l'inversion les causes les plus contradictoires.

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opinion il cite un cas remarquable publié par Magitot en 1881. Il s'agit d'un individu qui, à l'examen, fut reconnu pour homme, mais dont les organes génitaux ressemblaient tellement à ceux d'une femme qu'à la naissance il fut déclaré et inscrit comme étant du sexe féminin. Cet individu se maria dans la suite avec un homme et eut avec lui des rapports sexuels ; mais en même temps il entretenait des rapports avec des femmes. C'est ce cas qui a servi à Gley pour établir le groupe dont il est question. Je crois pourtant qu'avant d'établir un nouveau groupe étiologique, il aurait été nécessaire d'étudier en détail le côté psychique de la vie sexuelle des individus qu'on y fait rentrer, afin de bien déterminer s'il s'agissait chez eux d'un penchant déclaré pour l'homme, ou d'une simple indifférence.

Il en est de même du cas publié par Tourtual ; en 1856 et où il est question également d'hermaphrodisme physique. Une personne était mariée légalement à un homme. Le mari pratiquait souvent le coït avec cette personne, mais sans jamais y trouver de satisfaction. Après avoir consulté un grand nombre de gens, il se décida à soumettre sa femme à un examen officiel, qui démontra qu'elle était hermaphrodite avec prédominance du type masculin. Le mari arrivait bien à introduire son membre, mais pas assez profondément. Le mariage fut finalement annulé. Mais ce qui était curieux, c'est que l'hermaphrodite prétendait éprouver un penchant pour les hommes. Il faut donc admettre que chez cet hermaphrodite homme il existait en même temps de l'inversion sexuelle sous forme de tendances homosexuelles. Toutefois, en lisant attentivement cette observation, j'arrive à la conviction qu'en réalité cet hermaphrodite n'avait pas de penchants pour l'homme, mais qu'il le prétendait sans doute pour empêcher, de cette façon,

* Vierteljahrsschr. f. gerichtl. und öffentl. Medic. 1856. Bd. X.

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l'annulation de son mariage, qui lui assurait sa position.

Je me rattache donc entièrement à l'opinion de V. Krafft- Ebing qui ne trouve aucun rapport entre l'hermaphrodisme physique et Turanisme.

Du reste, Tardieu avait déjà fait observer que, dans l'hermaphrodisme physique, les facultés psychiques et morales et la sphère des sensations ne subisser/ pas l'influence de la malformation sexuelle organique.

Il existe une série de maladies dans lesquelles, d'après un grand nombre d'auteurs, on trouverait fréquemment de l'inversion sexuelle. L'épiiepsie viendrait sous ce rapport en première ligne. D'après Tarnowsky, la perversion sexuelle serait très fréquente dans l'épiiepsie, et cet auteur établit même un groupe morbide particulier basé sur les rapports entre l'épiiepsie et la perversion sexuelle. Tarnowsky croit même que chez quelques malades l'apparition de l'inversion sexuelle doit être considérée comme l'équivalent de l'épiiepsie, et que dans ce sens on est autorisé à parler d'une pédérastie épileptique. 11 cite à l'appui le cas d'un homme qui n'avait eu de rapports qu'avec des femmes et n'avait jamais présenté de perversion sexuelle ; un jour, dans un accès d'épilepsie, et se trouvant sous l'influence de boissons alcooliques, il viola un garçon de 14 ans. Il ne se souvenait de rien, et plus tard on n'observa plus chez lui aucun symptôme de perversion sexuelle.

Dans la démence sénile on constate souvent de la pédérastie sénile, ainsi nommée par Tarnowsky; l'aberration de l'instinct génital constituerait même dans certains cas le symp-

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iôme prédominant. Cette forme débuterait souvent, d'après lui, par l'emploi d'expressions grossières dans les conversations portant sur les rapports sexuels, surtout lorsque la conversation a lieu avec un garçon. Ces vieillards enseignent ordinairement aux garçons le rôle passif de la pédérastie, mais dans d'autres cas c'est le malade qui préfère jouer le rôle passif et il exige alors du garçon le rôle actif. A la longue, la pédérastie sénile peut pousser le malade au viol. Le diagnostic peut rester longtemps incertain, surtout quand les troubles de l'intelligence font défaut, ce qui fait que le malade passe souvent pour un criminel. Dans la démence sénile on observerait encore du sadisme compliqué d'inversion sexuelle, en ce sens que les mauvais traitements infligés aux garçons excitent l'instinct sexuel du malade.

L'inversion sexuelle apparaîtrait quelquefois dans la paralysie générale, à une époque où le diagnostic de cette maladie n'est pas encore possible (V. Krafît-EbingJ. D'après Tarowsky, le cas doit être considéré comme suspect, quand l'individu parle ouvertement de sa vie sexuelle et ne s'en cache nullement. Pour cet auteur, ces individus ne prendraient aucune mesure pour ne pas être découverts, ce qui doit faire penser à une affection psychique.

Chevalier admet aussi l'existence d'une pédérastie paralytique, dans les débuts de la paralysie générale, dans la démence sénile et dans un certain nombre d'autres affections cérébrales où l'inversion sexuelle n'apparaît que d'une façon passagère. Dans ces cas, quand il s'agit d'une manifestation passagère, on constate une véritable impulsion à laquelle le malade ne peut résister.

Il m'est impossible d'étudier ici en détail les autres affections mentales dans lesquelles on rencontre le phénomène de l'homosexualité. Le lecteur que la question intéresse trouvera tous les détails dans la Psychopathia sexualis de V. Krafft-Ebing.

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Dans un intérêt purement historique je crois devoir citer ici une série de causes auxquelles E. Meier attribue le développement de la pédérastie en Grèce. Il pense notamment, et cette opinion est partagée par un grand nombre d'auteurs, que la tendance des anciens Grecs à former entre eux de petites coteries, eut pour effet de favoriser le développement de l'amour uramste. Dans les pays où ces associations entre hommes étaient mal vues par les autorités, la pédérastie, d'après Meier, n'a pu devenir aussi populaire que dans d'au très Etats. La pédérastie, nous dit-il, aurait été moins fréquente 1 à Athènes qu'ailleurs, et ce fait doit être attribué à la puissance que les tyrans exerçaient dans cette ville ; ils cherchaient notamment à combattre ces associations qu'ils redoutaient pour leur pouvoir.

On insiste aussi sur le rôle étiologique de la gymnastique, qui donnait aux jeunes gens une vigueur et une beauté dont l'attrait était autrement puissant que celui des corps affaiblis et mal développés des garçons dans les pays où la gymnastique n'était pas en honneur. Certains auteurs, Cicéron et Plutarque entre autres, disent encore que, dans les gymnases 2, les hommes se trouvaient en contact trop intime les uns avec les autres, et que cette intimité n'était pas sans favoriser la pédérastie.

En Dorie, et à Sparte en particulier, la pédérastie était encore favorisée par la Constitution particulière à ce pays. Comme les entants étaient retirés à leurs parents à l'âge de 7 ans, il se forma bientôt une sorte de collège, et l'on donna à ces garçons un homme adulte, non seulement comme

1 D'autres auteurs, comme nous l'avons vu dans l'historique, disent la contraire.

2 Ramdohr ne pense pas que les gjmnases aient joué un rôle aussi considérable dans le développement de la pédérastie en Grèce. Il cite en particulier le phénomène de l'amour lesbien parmi les femmes, phénomène qui n'a aucun rapport avec la gymnastique.

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ami et compagnon, mais aussi comme directeur chargé de veiller à leur éducation. Cette privation des soins de la famille et cette intimité avec un homme adulte étranger, auraient aussi favorisé le développement de la pédérastie.

Meier cite eufin l'amour des études qui, chez les jeunes gens, aurait favorisé la pédérastie sous une forme plus noble. Les garçons se sentaient attirés vers leur maître, et comme celui-ci n'était pas payé, il s'établissait entre eux une intimité d'une nature élevée, qui ne ressemblait en rien à celle qu'on trouve aujourd'hui entre maître et élève.

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