AVANT-PB0P
sable. Certaines iiersannes qui m'ont gracieusement communiqué les documents u//icie/s, ont une opinion radicalement opposée à celle que je soutiens. Mais c'est une raison de plus pour les remercier de cette /ireuvs d'impartialité.
D* Albert Moll.
6«rlia, juiltoH831,
L’INVERSION SEXUELLE
GiLn'KRALITKS
L'humanité se compose de deux sexes : le sexe masculin et le sexe féminin, bien dilîércnls l’un de l'autre tant au point de vue physique qu'au point de vue psychique. Les différences physiques résident principalement dans la conformation des organes génitaux qui n’est pas la même chez l’homme et chez la femme, et au point de vue psychique, de nombreuses particularités complètent cette différenciation. Les occupations de l'homme sont tout autres que celles de la femme ; l'homme est plus porté que la femme vers certaines carrières ; par contre, la femme est supérieure à l'homme par de nombreuses aptitudes, telles que l’adresse dont elle fait preuve dans l’exécution des travaux manuels. La femme aime la parure extérieure et, à cet égard, est bien plus vaniteuse que l'homme. Parmi toutes les propriétés psychiques qui dilléi'cncient les deux sexes, l'imlinct sexuel n'occupe pas la dernière place. Chez l'homme il se manifeste pendant une longue période de la vie sous forme d’une propension intime qui le conduit à rechercher le contact physique avec
l'autre sexe, conctat physique dont le dernier terme est l'acte du coït. L'instinct sexuel pousse par conséquent l'homme vers la fenune, et la femme vers l'homme. L'éveil de cet instinct peut se faire à divers moments dans les conditions normales, il ne ÿpif avoir lieu avant le début de 1a puberté.
L’instinct sexuel se montre non seulement chez l’homme, mais aussi chez l'animal. Seulement ce qui distingue la vie sexuelle de l'homme de celle des animaux, c’est l’existence, entre l’homme et la femme, de relations plus intimes, plus profondes, qui trouvent leur plus haute expression de l'amour, 11 est vrai que chez les animaux on peut trouver entre le mâle et femelle des liens plus intimes que ceux que comporte la copulation accidentelle, .seulement ces liens n'arrivent pas à une aussi haute expression que chez l’homme.
Pourtant l’homme ne parait pas avoir connu le véritable amour à toutes les époques et chez tous les peuples. Ce n’est qu'avec les progrès de la civilisation, comme l'a montré Garus ', et le début de la vie .sédentaire que l'instinct sexuel se transforme progressivement en penchant sexuel, puis en amour, f'ic/ile considère lu séparation du sexe, au point de vue téléologique, comme un moyen do conservation do l’espèce ; nous aussi nous considérerons, en conséquence, l’instinct sexuel comme un moyen destiné à assurer la roprodution de l'individu. C’est à l’impulsion de l’amour que le ciê! a confié la création du monde terrestre, ÙH Jean-Paul.’
Dans les conditions normales, l’instinct sexuel et l’amour ne s’éveillent qu’après la puberté, mais parfois certains sentiments se montrent déjà pendant l'enfance. D’après llamdohr', on trouve déjà chez les petits garçons certains indices
* Friedrich AuffusC Carus. Œuvres posthumes, Leipzig,
• Friedr. Basil, von liamdohr. Venus ürania. Leipzig, 179?, 3 par*
lies. Nous nous rapportons souvent à ce livre dans le courant de ce travail.
l’inversion SBXl'ELLE
d'amour pour les femmes, indices dans lesquels la jalousie et le désir de posséder la femme tout entière jouent un rôle prépondérant. Du reste, bien des hommes racontent qu’ils se sont épris de femmes quand ils étaient encore enfants, et ce phénomène a même été donné comme un signe certain de génie. Comme exemples d’amour précoce, on peut citer Dante qui devint amoureux à l’égc de neuf ans, Caiiova qui le fut à cinq ans, et le poète Byron qui à huit ans tomba amoureux deMary Duff'. On confond souvent l’amour avec l’instinct sexuel. Celui-ci n’exige que la satisfaction subjective do l’impulsion par la sensation voluptueuse qui accompagne le coït. Dans ce cas, il ne saurait être question d’amour ; l’amour existe seulement lorsque, en même temps, l’éme do l’amoureux se sent attirée vers celle de la personne aimée et qu’une parenté intime se trouve établie entre les deux âmes. Il se manifeste sous forme d’un lien étroit qui unit deux personnes, et qui doit être absolument distingué do l’amitié. Celte parenté d’âmes conduit bientôt â désirer la satisfaction des sens, ou l’acte sexuel, avec la personne aimée. Pourtant ce penchant psychique peut précéder de longtemps l’instinct sexuel et d’autre jiart l’amour se développer après les relations sexuelles. Il est encore douteux que l’amour puisse durer longtemps sans que rinslinct sexuel se iiianifesle, comme on le prétend dans l’amour platonique dont nous aurons à parler plus tard. Peut-être cette question ne sera-t-elle jamais complètement résolue à la satisfaction de toutes les parties.
Dans tous les cas, l’amour présente un côté sensuel et un côté (isyrhique. Alors même qu’il existe chez le jeune homme et la jeune tille une période, au moment du développement, pendant laquelle l’amour reste en apparence purement psychi-
I Karl EUe. Lord Byron, éd. Uerlin. 1836, § 27.
L INVEKSION SEXUELLS
que, cet amour ne persiste pas longtemps à cet étal et la propension sensuelle temporairement absente ou inconsciente nu larde pas à se iiianifesler plus ou moins violorameat. Dans son traité d’aiillirupologie physique et psychique, A'ari l'rk’drkh lletisinger s’exprime ainsi. Il est certain que la femme pure qui tombe tout ardente dans les bras vigoureux de riiomine qui la désire, reste indemne de tout désir sexuel, quelle que soit l’attraction exercée sur elle par cet homme à l’exclusion de tout autre ; rhomme, généralemea*. plus sensuel, a une conscience plus nette de ce ilé.sir, mais alors il n’a plus le droit de parler de pureté de son amour. Vorlauder partage entièrement cette opinion, mais personnellement je crois que cette inconscience absolue de tout désir sensuel ne dure qu’un temps, si même il doit en être question.
Ce qui dilTérencie surtout l’amour, abstraction faite de son côté psychique, de la propension purement sensuelle, c’est qu'il se rapporte plutôt à un individu d’un autre sexe qu’au sexe en général. Il ea résulte que le lieu intime de l'amour SD noue entre deux personnes, à la condition que l’amour de l’une soit partagé par l’autre. Dans ce cas, les deux personnes se sentent élroiterrent attachées l’une à l’autre. Pour être heureux, l’amour doit être partagé, et F. A. Carus a raison de dire que chez les personnes civilisées existe le désir d’être aimé jusqu’à la passion et que ce désir domine celui qui aime réellement.
L’amour sexuel doit être nettement séparé de tous les autres liens qui peu\’'ent attacher les individus les uns aux autres, et constitue un phénomène tout autre que l'amitié, h ne parler que de celle-ci. Dans l’amitié, les fonctions sexuelles ne jouent aucun rôle, tandis que, comme nous venons de le voir, elles interviennent incontestablement dans l’amour. H est diflicile de dire sur quoi reposent l’instinct sexuel et l’amour. Ce qui est certain, c’est que la
l’inversion sexuelle
préiüspositioa pour les deux est congénitale, ’ seulement il n’est pas facile d’apprécier le rôle que jouent dans leur développement individuel les impressions extérieures et les circonstances accidentelles.
Il est inutile d’éludier ici le rôle et l’imporlance de l’instinct sexuel. V. Kraffl-Ebinri l’a fait merveilleusement dans la ' première partie de scs l’.sycliopathies sexuelles, où il a montré l'intluence que la vie sexuelle a exercée et e.xcrco encore sur la religion, l’art et la poésie. Pour lui, il n’existe pus do véritable œuvre d’art sans base sexuelle, et il a raison de faire remarquer que les grands poètes et les grands artistes sont souvent des natures sensuelles. On connaît également l’inlluence que l’amour exerce sur le caractère de l'honime. Cette action annoblissante a été souvent décrite ; elle est généralement reconnue. Tous les livres qui s’occupent de l’amour la mentionnent ; l’abnégation, le dévouement et d’autres vertus ont leur point de départ dans ce sentiment.
A l’état normal, l’instinct sexuel et l’amour attirent l’homme vers la femme, mais il existe toute une catégorie d’hommes qui ont d’autres penchants, qui se sentent attirés vers l’homme. Celte attraction pour les individus du même sexe est désignée sous le nom A' homosexualité, par opposition au terme A' hétérosexualité qui désigne l’attraction normale d’un sexe pour l’autre. Weslphal ‘ emploie, pour désigner le phénomène d’homosexualité, l’expression de « perversions sexuelles * (contrære sexualemplindungen), qui élargit considérablement le domaine en question. Westphal voulait dire par là qu’il ne s’agit pas toujours de déviation de l’instinct sexue^ lui-même, mais de la sensation qui fait que tel individu sent son être tout à fait étranger au sexe auquel il appartient. Dans
* ArcUv. fur Prychialrie, II, p. 73.
Ib - L INVEnSION SBXIELLB
l'opinion de Wostphal, les perversions sexuelles embrassent aussi les cas où, l'instinct sexuel restant normal, l'individu présente certaines tendances appartenant à l'autre sexe.
Le penchant qui porte l'homme vers l'homme doit être désigné sous le nom de perversion dans le sens que v. Kraffl- Ebing attribue à ce mot. Pour lui la perversion est toute manifestation de l'instinct sexuel qui ne concorde pas avec le but assigné par la nature, c’est-à-dire qui ne concourt pas à la reproduction ; V. Krafft-Ebing attire encore l'attention sur la nécessité d’établir une séparation rigoureuse entre la perversion et la perversité. On parle de perversion quand l’instinct sexuel est un instinct pervers, tandis qu’on parle de perversité quand il s’agit d'une action perverse, sans tenir compte du mobile qui a déterminé cette action, que ce soit un penchant pervers ou tout autre mobile, une intention ertmineiie par exemple. C'est un grand mérite pour t>. Krafft-Ebing que d'avoir si nettement séparé ces deux conceptions La perversion est un penchant indépendant de la volonté, cl dont personne ne peut être rendu responsable, du moins aux yeux d’un juge impartial ; par contre la perversité, qui se manifeste dans l'action, doit souvent être mise sur le compte de l’individu. On peut voir jusqu’à quel point la confusion entre ces deux termes avait rendu difficile l’appréciation de l’inversion sexuelle, par cette idée émise par Chevalier ' que, dans la perversion sexuelle acquise, la perversion dépend de la volonté de l’individu. Rien de plus faux que cette affirmation, comme on vient de le démontrer, ün emploie souvent l’expression de pédérastes pour désigner les hommes à tendances homosexuelles. Pourtant je ne me servirai pas de ce terme, en général, car scientifiquement il ne désigne qu’un groupe particulier de ces individus, c'est-à-dire ceux qui membrum in anum immittunl ;
• Julien Chevnüer De rioTtnioo d« l'iaitioct sexuel au point d» tua lué- Utco légal. Paris,
L ISVEllSIOS SEXUELLE
do même la pédérastie ne désigne qu’une espèce bien déterminée d’acte génital entre les iiommes, à savoir [‘iriimissio pénis in anum. Comme cela se voit souvent, le mot a dévié de sa signification primitive. Pédéraste vient de iri'.Sôç tjain'c, et signifie amateur de garçons : c’est sous ce nom que les anciens Grecs désignaient d’une façon générale, qu’il s’agit ou non d’un acte génital, les amateurs do garçons et de jeunes gens. Les relations entre deux individus du sexe masculin sont aussi désignées sous le nom de commascnlatio. Un mot qu’on rencontre souvent dans la littérature morderne pour désigner les homme à tendances homosexuelles, est le terme d'urnnistes (Urning). Dans ce livre je me ser\'irai souvent de ce nom, adopté par v. Krallt-Ehing et d’autres auteurs, en raison de sa brièveté, et je l’appliquerai, en général, à tous les hommes qui présentent des tendances homosexuelles.
Le terme d’uraniste a été introduit par Ulrichs, sur qui j’aurai encore à revenir ultérieurement. Malheureusement, je n’ai pas eu entre les mains l’ouvrage dans lequel il s’est servi de ce mot pour la première lois. Mais en se reportant à un travail plus récent du même auteur *, le mot en question viendrait d’Uranus, comme peut le faire penser un passage du Banquet do Platon (chap. vin et ix). Voici la traduction do ce passage : « Pas d’Aphrodite sans Bros. Slais il existe deux déesses ; l’ancienne Aphrodite née sans mère : elle est la fille d’Uranus et nous lui donnons pour cela le nom d’Urania ; la jeune Aphrodite est la fille de Zeus et de Dioné : nous l’appelons Pandémos. L’Eros de la première doit par conséquent s’appeler Uranus, celui de la seconde, Pandémos...
L’amour de l’Eros Pandémos est celui avec, lequel aiment les hommes ordinaires ; par contre l’Eros de l’Urania n’a choisi aucune partie féminine, mais préfère la partie masculine, e
' Karl ilelniich Clric^^h, Proniclheus, Leipzig, 1870.
l'inversion sexuelle
ceci est l'amour pour les garçons. C'est pour cela que les individus animés de cet amour s’adressent au sexe masculin. »
C'est probablement de ce passage qu'est tiré le mot uraniste dans la racine duquel on retrouve le même radical que dans IJranus. Par conséipient nous adopterons avec / Irichx le nom d'uraiiistne pour désigner les tendances homosexuelles chez les hommes.
L'n uraniste' ne peut éprouver aucune sensation volupteuse en face de la plus belle femme alors même qu'il reconnaît sa beauté. C'est évidemment la beauté qui éveille les désirs sexuels, mais elle est toute autre que la beauté considérée au point de vue purement esthétique. Même si un uraniste contemple par hasard avec plaisir une belle femme, nous ne pouvons, s'il ne se produit chez lui aucun réflexe génital, parler dans ces conditions de sensations sexuelles.
Il est important d'insister ici sur ce jioint caractéristique : l'uraniste possède tous les attributs de la virilité : ses organes génitaux, aussi bien son pénis que ses testicules, sont absolument normaux au point de vue de la conformation extérieure et des fonctions.
Mien des raisons montrent que le penchant que les uranistes éprouvent pour l'homme n'a rien de commun avec l’amitié et qu’il s’agit là au contraire d’^ne impulsion sexuelle qui, à l’état normal, pousse l’homme vers la femme. Dans l’inclination que les uranistes éprouvent pour l’homme, les organes génitaux jouent un grand rôle, .\on-seulement la vue des organes génitaux d’un homme excite l’uraniste, mais il éprouve aussi très nettement le réflexe caractéristique du coté des organes génitaux rien qu’à la représentation mentale de ceux d’un autre homme. Le but de l’uraniste est d’arriver à n'imjiorte^qucl acte sexuel, par contact avec un autre homme.
l.es faits qui précèdent montrent déjà que la tendance de l’uraniste n'est qu’une forme d’instinct sexuel ; mais ce carac-
L I.WEnSIO.N SEXUELLE
I6re ressort encore plus nettement d'autres manireslalions, telles que la jalousie qui accompagne chez lui l’amour. On ne rencontre jamais la jalousie dans la véritable amitié, jamais le lien qui unit deux amis ne sera tel que l'un d’eux voie, d un œil méliant, l'autre accueillir une amitié nouvelle. Tout autre est l'amour des hommes entre eux ; ici la jalousie règne en maîtresse. Tout comme dans l’amour de l'homme pour la femme, on trouve chez les uranistes le désir de posséder sans partage la personne aimée, et une méliance sans bornes à l'égard de quiconque semblerait vouloir posséder l’objet de leur amour.
L'attraction sexuelle exercée par un homme sur un autre peut se manifester de diverses façons. Dans certains cas l’homme n’est excité que par un autre homme. On a alors affaire aux uranistes dans le sens étroit du mot. D'autres fois, au contraire, l’homme se sent attiré, à certains moments, vers l'homme, à d'autres, vers la femme, enfin, plus rarement, vers les deux en meme temps. L’homme qui éprouve un penchant tantôt pour la femme, tantôt pour l’homme, est désigné sous le nom à' hermaphrodite psychique ou psychosexuel.
D'après Ramdohr, les tendances homosexuelles se rencontrent aussi chez les animaux, et il est regrettable que cet auteur n’en cite pas quelques exemples. Krauss ' pense que des indices de pédérastie se rencontrent non-seulement chez l’homme, mais aussi chez le chien et le singe. M. N.N., dont il a été question dans l’avant-propos, m’a cité le cas de deux chiens mâles qui se frottaient l'un contre l’autre jusqu’à ce que l’un d’eux fut arrivé à l’éjaculation.
Eu tout cas, il est certain que, dans les perversions sexuelles, il ne s’agit pas d’un fait accidentel, mais d’un phénomène
< A Krauss, Die Psychologie dus Verbreclieus, Tdhioj^en, 1S84.
20 l'inversion sexuelle
ncltcment pathologique survenant dans certaines conditions bien déterminées. Ceci résulte déjà de ce fait que ce phénomène U été observé à toutes les époques et dans tous les pays chez dos liommes qui vivaient absolument étranger les uns aux autres. Ce qui prouve aussi que ce pliénomène est soumis à des lois naturelles, c’est la ressemblance surprenante, l'analogie étroite qu’on retrouve dans un grand nombre de biographies et d'autobiographies d’uranistes. 3Ialgré des différences individuelles bien compréhensibles, on y retrouve bien des traits communs que nous pouvons considérer comme caractéristiques de l'uranisme.
Dans l'état actuel de la science, on ne peut plus nier l'existence do sensations sexuelles féminines chez des hommes pourvus d’organes génitaux normalement conformés. Seulement il ne faut pas partir de là pour faire d'une exception la règle, et déclarer avec Hressli “ que les signes extérieurs de la vie sexuelle sont superllus et même nuisibles pour la détermination psychique du sexe.
^ Heinricb Kros. 2 vol. Glarus 1â3iv-183v‘^. Dan» mon travail je me
»uU souvent adressé h ce livre qui porte auttsi le titre suivant : « ... Die Unzuverl&ssigkeii der itusseren Kennzeiclien iin GescblecUlebeii des Leibes uud der Seele. » Cet ouvrage m'a été particulièrement utile par set iudications bibliographiques nombreuses
IIISTOUIQUE
Les phénomènes de perversion sexuelle ou d’amour do l'homme pour l’homme, se retrouvent jusque dans la plus haute antiquité. La Bible même renferme des passages relatifs à ce sujet. Il n’est pas douteux que, chez les Hébreux, les relations d’homme à homme, stigmatisées comme quelque chose de criminel et d'immoral, disparurent de ce fait.
Il semble, en elTet, qu’à toutes les époques et chez les divers peuples, l’amour de l’homme pour l’homme était d’autant plus répandu que la situation sociale de la femme était inférieure. Chez les anciens .luifs la femme jouissait à coup sur d’un certain respect, et la vie de famille des Hébreux était déjà donnée en exemple, à cause de sa pureté. La réprobation universelle que rencontrait l’amour do l’homme pour l'homme chez les anciens juifs n’a donc rien de surprenant, et doit nous étonner d’autant moins que pour ce peuple une progéniture nombreuse était considérée comme le but capital de la vie ; maints passages de la Bible en font foi. Dansle livre dos Juges, la tille de .lephté considère comme une honte de mourir sans laisser d’enfunts.
l’inversion SEXt'El.LE
Moïse attribuait aussi une grande importance à une riche postérité : le peuple d’Israël devait se multiplier comme le sable de la mer. Une progéniture nombreuse est, pour Moïse, 1e suprême bonheur ([uc puisse rêver riiomine et pour lui la stérilité constitue un Iléau. Oiian fut répudié pour avoir répandu à terre sa semence. L’avortement, d’après Flavius Joseph, était puni de mort, tandis que nous voyons plus tard, chez d’autres peuples où une progéniture nombreuse n’était pas le but principal de la vie, l’avortement être jugé beaucoup moins sévèrement. C'est ainsi que, d’après Ploss *, ravortement était permis chez les anciens Grecs dans certaines circonstances, quand par c.\emple l’enfant n'était pas encore viable ; il était aussi très répandu à lîome.
En rapport avec ces idées sur l'avortement et la dc.scendance nombreuse, nous trouvons chez les anciens Juifs une grande horreur pour l’amour homosexuel chez l’homme. La Bible nous apprend que les habitants de Sodome ayant voulu s’en prendre aux anges descendus chez le pieux Ixith, la colère de Dieu frappa la ville de Sodome qui fut entièrement détruite. C'est de là que vient l’expression de Sodomie dont on se sert encore assez fréquemment aujourd'hui pour désigner certains rapports sexuels entre hommes (immissio meinbri in aiutm) ou entre l'homme et les animaux. D’autres passages du la Bible rappellent encore cette aversion des Juifs pour la pédévaslie qui n’était pas compatible avec le but principal de ce peuple, à savoir une descendance nombreuse. Dans le troisième livre de .Moïse, Dieu dit à Moïse : « Quiconque couche avec un garçon comme avec une femme, commet une abomination ; tous deux seront punis de mort et que leur Sang rejaillisse sur eux », et dans un autre passage ; « Tu ne coaciicras pas avec des garçons, car c'est une abomination. »
* U, Ploss. Das Weib in der Natur>und Volkcrkuodt:. 2 vol. Leipzig, 1884,
l’inversion sexceixb
Dans l'antiquité, on considérait l’Asio comme le berceau de la pédérastie, et encore aujourd'hui on admet généralement qu'en Orient la pédérastie se manifeste plus nettement et se rencontre peut-être plus souvent qu’en Occident ; seulement nous devons faire observer que la mani/es/aiiou plus faible de l’uranisme n’implique pas son rxistencc plus rare, car il est certain que le plus souvent les rapports d’homme à homme restent secrets, sans qu’il en transpire le moindre indice en dehors. Je dois d’autant plus appeler l'attention sur cette erreur que je connais des hommes occupant des fonctions publiques, qui ne pratiquent que le coït d’homme h homme sans que personne s’en doute, en dehors des initiés. Quoi qu’il en soit, l’Orient a toujours été considéré comme le berceau de la pédérastie, et si l’on s’en rapporte à Tarnowsky ', ce serait d’Arménie que la pédérastie se serait répandue plus tard en Orient. Cet auteur pense que ceci s’explique par ce fait que les habitants d’Arménie, comme un grand nombre d’autres montagnards, présentent des signes bien marqués do dégénérescence psychique et offrent ainsi un terrain particuliérement favorable à l’épanouissement de la perversion sexuelle.
Si nous envisageons un autre peuple civilisé de l’antiquité, les Grecs, nous y constatons l’existence très répandue de l’amour entre hommes. Bien que, dans l’ancienne mythologie, il ne soit presque nulle part question d’ amour entre individus masculins, quelques auteurs plus récents ont voulu trouver dans cet amour le point de départ do certains mythes.
^ li. Tarnoiosky. Die kraakhafteu Ei'scliinungea des Gescblecbtsinnes. Ber * lin, 1886.
l'inversion sexeellb
Les rapports entre Jupiter et Gamjmède étaient considérés par les anciens Grecs comme un exemple d’amour pour les garçons ; de nombreux passages y font allusion ; toutefois Xê- ■ nophon dit dans son Banquet ‘ que Jupiter avait enlevé Ga- 3 nymêde à cause de son âme, ej*f,c Ïvtxï. Mais, d'après la signification de l’ensemble du texte, il n’est pas douteux que les liens qui existaient entre le Dieu et le jeune homme ne soient ceux de l’amour, et non pas simplement ceux de l’amitié. Dans Phèdre *, Platon s’exprime d’une façon encore plus précise sur Jupiter et Ganymède. Il parle nettement de ces rappoits amoureux, à la fin d’un chapitre qui a trait au contact corporel entre l’amoureux et la personne aimée dans les gymnases. Un autre argument en faveur de cette interprétation des rapports de Jupiter et de Ganymède, c’est que cette légende, ainsi que le rapporte Platon dans les Lois, a pris naissance à l'ilo de Crète où la pédérastie était très répandue. C’est dans le môme sens qu’étaient interprétées les relations entre Apollon et Hijaciulhe, entre Hercule et Hyloi. L’intime amitié d'Achille et de Palrocle est le plus souvent considérée comme un véritable amour. Homère parle à la vérité de la rare amitié qui unissait ces deux Grecs, mais, à mon avis, dans les passages qu’il leur consacre il n’y a rien qui prouve qu’IIomère les ait considérés comme des amants. Eschine cherche bien à interpréter les termes A' Homère dans un sens érotique, et plus tard nous trouvons bien souvent cette interprétation. Dans les Myrmidons A'EscInjlc, Achille déplore la mort de Patroclc avec des expressions que répudierait la pure amitié. Le sens érotique des lamentations d'.\chille n'est pourtant pas admis par AVelker. Dans le Banquet ' de Platon, il est question de l’amour à' Alceste pour son mari,
• Cap. vm. 30.
* Cap. 36. Traduction allemande de K. Lelira l.eipiig, 186te ’fiap. 7.
L IXVKRSION SEXLELI.B
et imuiédiaterrient après vient un passage où Platon établit une analogie entre cet amour et celui qui existait entre Patrode, appelé èpir:/'? d'Achille, et Achille désigne le plus souvent sous le nom de îîtuiJiivo; de Patrocle. Ces rapports d’Achille et de Patrocle sont interprétés tout autrement, dans le sen> de l'amitié, par Xcitophon, dans son iianquel. Patrocle porte ici le nom de sTaïîo; d’Achille.
Nombre d’autres personnages mythologiques ont été ainsi utilisés par les Grecs, pour faire remonter la pédérastie à l'antiquité la plus reculée et peut-être aussi chercher à l'embellir. C’est ainsi que les rapports entre Oreste et l’yiadc, entre Thesèc et Peyrilhous, sont considérés tantôt comme de l’amour tantôt comme de l’amitié. D’après Mantegazza *, un ancien auteur rapporterait qu’Achille n’a tué Troïlus, le fils de Priam, qu’après le refus de celui-ci de céder à sa passion impure.
Si l’on veut étudier l’amour entre hommes et enfants tel qu’il existait en Grèce aux temps historiques, il sera bon de passer successivement en revue séparéments les dillérent états (le ce pays. Je commencerai par Athènes où d’un avis unanime, l'amour pour les jeunes gens était le plus répandu, bien que, comme nous l’avons déjà dit, la pédérastie eut peut-être une plus grande extension à Pile de Crète qu'à Athènes elle-même.
l.i'S lois de Solon reconnaissent déjà en quelque sorte la pédérastie. Quand on parle des lois de Solon, il ne peut évidemment être question que décollés qui lui sont attribuées, car, d’après l’opinion d’historiens de premier ordre, il y en a certainement dont il n'est pas l’auteur. Quoi qu’il en soit, dans ces lois la pédérastie était soumise à certaines restrictions, qui atteignaient, à viai dire, principalement les esclaves, et
* Mantegazza. Anthropologiftch, — KuUiiPhisloricbo Studien Uber die Gct' chidchUvephaUnisse det* Menschen (Trad. sJlem). lena, iSSQ.
26 l'i.nversion sexlkuæ
laissaient aux Athéniens libres une certaine latitude pour s'y livrer.
Les X'ifoi tsojTtxoi qui constituent une partie importante de l'ancienne littérature grecque, s’occupent beaucoup «le la pédérastie. Nous reviendrons encore sur quelques-uns de CCS écrits. Ce que nous savons, c’est qu'à Athènes il y avait même des temples en l'honneur à' t^ros protecteur de l'amour entre hommes. Alkènée nous dit que Charmos, l'amoureux d’IIippias, avait érigé un autel à Eros, à l'entrée du Gymnase de l’Académie. Venus llrania avait aussi à Athènes plusieurs temples. Les ofiieines de barbier et les bains auraient été à Athènes les sources principales de pédérastie, en ce sens «jue c’est là que les hommes faisaient connaissance en vue de la pédérastie. Mais c'était surtout dans les gvmnases et les portiques que l'admiration de la beauté masculine prenait de plus en plus le caractère de l'amour, s'accompagnant de coquetteries, de minauderies, de passions enthousiastes, de jalousie et d'oubli complet des notions morales {Arnold Utig). Un grand nombre d'auteurs, Am7o/>Aa/(e dans les N'uagiis, Platon dans les lois, PluUirgne dans son Erotique, insistent sur les rapports entre l'amour pour les gar«;ons et les exercices physiques dans les Gymnases. Platon dit très explicitement dans Phèdre qu'il y avait des contacts cor[>orels entre amants dans les gymnases et ailleurs. Nous possédons encore d'autres exemples de cet amour à Athènes. C'est ainsi que Caillas, qui pars’int meme à la dignité d'archonte, aimait A///o///A'os dont les amours font le sujet d'une comédie d'£'«polis : « l'Autolykos ». Le même Caillas est encore ridiculisé par .Aristophane dans les « Oiseaux » et les « Grenouilles. » Mais, j)our llamdohr, Aristophane ne recherchait les mauvaises mœurs que pour provoquer le rire et par suite ne
‘Le banquet de PUtou exjiliqué par Arnold Uug.
L’nJVEnsios sexuelle
saurait être un juge impartial en l’ospèce. Il n'en est pas moins établi d’une façon certaine qu’Aristophano flagellait des usages étabtis. Quant au but dans lequel il le faisait, c'est pour nous chose accessoire, l’armi les nombreux écrivains ' qui ont abordé ce thème dans l'antiquité, citons encore Lysias, le célèbre orateur, Plutarque qui revient sur ce sujet à différentes reprises, en disant par exemple qu'à l’époque de Thémistocle la pédérastie était très répandue parmi les Athéniens. Chez Aristote on trouve aussi des passages qui ont trait à l'amour des garçons. Du reste. Chevalier fait observer que même le serment à' Hippocrate est une preuve de l’existence de la pédérastie à cette époque, puisque dans ce serment se trouve un passage où le médecin jure de ne séduire ni femmes, ni garçons libres, ni esclaves.
Les do'"jmjnts les plus importants que nous possédons sur la pédérastie à cette époque, sont fournis sans conteste pur deux ouvrages de Platon : le Banquet et Phèdre, et par le Banquet do Xéuophuu. 11 y est surtout question des rapports entre maint philosophe et ses élèves. liamdohr pense avec d’autres que l’intention de Platon et de Xenophon dans leurs Banquets était de libérer Socrate du reproche d’avoir eu des rapports physiques avec des garçons et des jeunes gens. Et de fait, c’est dans cet esprit qu’est conçue la convereation et, surtout, l’argumentation de Socrate qui insiste toujours sur l’élément psychique de l’amour.
Je ne comprends pas comment on peut méconnaître la pédérastie dans le Banquet de Platon et dans celui de Xénophon, comment on peut parler ici d’amitié entre maître
1 11 mVit ctrrlaîncment impossible do citer tous les écrivains. On trouver* âne bibUo:;rapme complète (jo celle que;»tion dans rEnc.vclopêdio de l'aDtiquilê do Pauly, et à l'articlo «Pédêrtstio » ti«* i’Kncyclopt-dift
d’Ertvli et ffubs-r.
l'inversion sexuelle
et élèves. Il est clair que dans ces écrits il y a divergence entre les vues de certaines personnes sur la pédérastie ; mais le point en litige est de savoir si les rapports entre deux hommes, quand il s’agit d'amour, doivent avoir pour base l'amour psychique ou l'amour charnel. Cette distinction ne manque pas d'intérél, car aujourd'hui encore cette forme se rencontre dans l’amour entre hommes. Il existe en effet une forme d’uranisme où le désir charnel disparait complètement pour céder la place au sentiment purement psychique d'être l’unique possesseur de l'objet aimé, ce qui n'empèche pus la jalousie de jouer dans ce cas un rèle important.
.le crois que le lianquet et les autres écrits des anciens restent forcément obscurs pour celui qui n'a pas étudié les perversions sexuelles. Comment comprendre sans cela la coexistence chez le même individu de l’amour pour la femme et de l'amour pour l’homme '?
Le langage ^'/l/ci'4/nr/e dans le Banquet de l’ialo» axx sujet de ses rapports avec Socrate nous fait voir très nettement le peu de retenue qui existait dans l’amour entre hommes. Sans doute l'ouvrage en question nous montre que l'ïvopsia et la scDçros'ivr, de Socrate l'ont empêché d'avoir des rapports sexuels avec Alcibiade, bien que celui-ci s'efforçât de faire valoir devant lui sa beauté physique. I.e récit que fait Alcibiade des raflinements et de l’insistance qu'il mit à séduire Socrate, dont il se croyait aimé, est tout à fait caractéristique des mœurs qui régnaient alors à .\thènes. En admettant même que Socrate n'ait pas eu de relations sexuelles avec, d’autres hommes, il n’en ressort pas moins d'autres passages, par exemple du discours d'.Mcibiade dans le Banquet de Platon, que la pédérastie avait un caractère tout à fait sensuel.
Si les écrits qui viennent d'être cités s’occupent sourtout des rapports de Socrate et Alcibiade, nous savons par d'au-
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1res ouvrages classiques qu'.l/ciVu'flf/e avait, pcmlanl sa jeunesse, un grand nombre d'amants, et que, suivant l’expression de Cornélius Nepos, il fut aimé more Græcoruni. Quant aux habitudes de Socrate, les opinions sont très divisées. Dans le Banquet de Platon, Socrate déclare (pi'il ne s'entend qu’à la matière de l’amour, mais le développement de ce thème montre que ce n'est pas précisément les actes sexuels qui sont ici désignés sous le nom d’amour. Socrate explii]ue son Eros par son désir d'agir sur la jeunesse. Haller porte sur Socrate un jugement un peu sévère. Pour lui, Socrate est un débauché philosophe qui avait toujours aux lèvres le mot do vertu et pratiquait en réalité la pédérastie. On raconte aussi qu’une hétaïre bien connue avait poussé Socrate, à aimer Alcibiade. Enfin, dans son dialogue « Alcibiade », Eschine le socratique parle en détail de l'inlluencc exercée par Socrate sur Alcibiade. En tous cas il semble que la réputation de Socrate ait été fort douteuse au point de vue de ses rapports avec les hommes. Voici du reste ce que dit A. G. lieckcr dans son Introduction au Banquet de Xênophon.
« Quand on examine toutes les circonstances qui ont contribué à la condamnation de Socrate, il semble que l’accusation de pervertir les mœurs de ses jeunes amis ait pesé d’un grand poids. On prétendait même en avoir des exemples. Critias et Alcibiade, deux débauchés bien connus, ont été ses élèves. Entre toutes les accusations portées contre Socrate, celle de pervertir et de corrompre la jeunesse tient le premier rang. C'est ainsi ({xiAmylos et Melitos lui reprochaient, comme un crime, son enthousiasme à la vue de beaux garçons. Cette accusation a très probablement beaucoup contribué à la mort de Socrate. »
Pausanias s’explique d’une façon assez nette dans le Banquet de Platon, sur la pédérastie. Il cherche à donner à cet amour un caractère élevé, et déclare même que ceux qui ii’ai-
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ment pas awc l’Eros d'Urunia, c'est-à-dire qui n’aiment pas les hommes, mais les femmes, ne songent qu’à satisfaire un désir vulgaire ressort aussi du discours de
Pausanias qu’à cette même époque les mineurs étaient peu protégés contre les entreprises pédérastes d’hommes âgés. J^ausanias aurait voulu qu’on fit des lois défendant d’aimer les enfants, mais ce qui est bien typique c’est que Pausanias réclame ces lois, par celte raison que l’amant d’un enfant ne sait pas encore qui il aime, et que par suite il peut lui arriver de perdre son temps et sa peine à poursuivre un amour inutile.
H ne faudrait pas croire qu’à .\lhcnes la pédérastie se fût maniiestée ég.ilemeul à toutes les époques. 11 y eut au contraire des moments où elle était sévèrement blâmée. Les données que l'on trouve à cet égard chez les anciens auteurs sont, il est vrai, un peu contradictoires. Mais quand certains philologues viennent nier d’une façon formelle le côté charnel de l’amour pour les garçons, cela tient à ce que l'amour entre hommes leur est totalement inconnu et leur parait, de CO fait, inadmissible. Aussi cberrhenl-ils ’ à interpréter dans un autre sens les passages qui ont trait à cette question, et quelquefois d'une façon tellement foiréc qu'un observateur impartial ne peut se contenter de leurs explications tout artificielles. Je ne suis pas suffisamment versé dans la connaissance des langues anciennes pour donner une interprétation exacte de tous les passages que j'ai recherchés. iMais il n'en reste pas moins établi que l'amour purement sensuel des garçons était bien connu et praliipié dans l'antiquité. Il est absolument impossible d'interpréter dans un autre sens les conversations qu un trouve dans le llanquet de Platon, par
< Co nparet, par exemple, le mémoire très intéressant de M. Koch : Die Rede deü Sokrulee in Platoiis Symposion unjl das Probtem derErolik. Dcr» lin, iSiù.
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exemple, dans le Phèdre, et dans le Banquet de Xènophou, On peut se demander si Platon et Socrate s’adonnaient euxmènics à la pédérastie, car la discussion est toujours possible quand il s’agit d'individualités ; mais en somme les écrits d’un grand nombre d'auteurs anciens ne laissent aucun doute sur l’existence des rapports sexuels entre les hommes, à leur époque. De ce que les auteurs grecs ne décrivent pas en détail l’acte sexuel, il ne s’ensuit pas que cet acte n’ait pas existé. Il en est de même dans l’amour de l'homme pour la femme : la description de l’acte physique est ordinairement passée sous silence, mais nous n’en concluons pas moins qu'il existe par l’exposé des sentiments psychiques des personnes en présence. Si parfois les descriptions, comme celles des naturalistes modernes, vont un peu plus loin, il n’en est pas moins vrai que ce sujet est en général traité avec la plus grande discrétion.
Ce n’est pas seulement à Athènes, comme on le croit généralement à tort, mais aussi dans d’autres états de la Grince, que la pédéraslio était très répandue. Le discours de Pausanias dans le Banquet de Platon nous apprend qu’en IClide et en Déolie les relations entre hommes n’étaient pas défendues. Cicéron ' confirme les faits en disant qu’en Elidé cl à Thèbes tout ce qui se rapportait à l'amour pour les garçons était permis. IjC récit do Cicéron parait encore plus certain quand on envisage ce qui se passait sous ce rapport chez les Lacédémoniens, où l’amour des garçons était permis et les rapports sexuels avec eux défendus, 'l’outefois ce passage de Cicéron me semble un peu obscur, car il ajoute qu’à Lacédémone on pouvait s’embrasser et coucher ensemble. On peut .se demander si cette conduite était compatible avec l’absence d’acte sexuel proprement dit : les attouchements physiques poussés
1 De republica ; IV, 4.
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aussi loin ne se conçoivent guère sans une arrière-pensée sexuelle Quoiqu’il en soit, certains auteurs anciens insistent sur ce fait que c’est chez les Lacédémoniens que l'amour entre hommes était le moins répandu. C'est ainsi que, chez les Lacédémoniens, d'après le Banquet de Xènophon, les individus qui désiraient la possession charnelle de l'homme qu’ils aimaient étaient réputés incapables de nobles et de bonnes actions. Par contre, nous pouvons admettre avec certains auteurs anciens que la pédénuilie charnelle était assez développée parmi les habitants d'Klide et de Thèhcs. Xènophon, nous apprend encore que, chez ces deux peuples, les amoureux dormaient ensemble, ce qui était considéré comme lionteux dans les autres villes de Grèce. Certains auteurs considèrent même la fameuse légion sacrée des trois cents Thébains comme composée de guerriers avec leurs amoureux. Xènophon dit même qu’en Béotie la pédérastie était considérée comme une union matrimoniale.
Chez un autre peuple grec, les Ioniens, nom sous lequel on désigne ordinairement la population d'Asie .Mineure, la pédérastie passait pour un vice infamant. Aussi voyons- nous Pausanias soutenir, dans le Banquet de Platon, que dans les pays soumis aux barbares, comme les Ioniens, la pédérastie était réprimée. Les barbares, d’après lui, réprouvent la pédérastie au même titre que toute ardeur pour la science et le développement physique. Il ne plaît pas aux despotes qu’il s’établisse entre leurs sujets de solides amitiés pouvant devenir la source de l’amour pour les garçons. De telles amitiés ont souvent porté malheur aux tyrans. C’est ain«i que l’arnour qui unissait Arisloaiion à Harmodius lit sombrer leur pouvoir. Diiléronts auteurs, et eu pariieulier le Banquet de
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Platon, nous apprennent Ilarmodhts était l'amoureux àlArùlo gitan. Ce danger de l’amour entre hommes, pour les tyrans, se trouve aussi confirmé par un autre auteur. Athénée, qui cite une série de tyrans qui ont appris à leurs dépens les dangers de cet amour. C'est ainsi que l'amour de Chariton pour Rtélanippe fit courir des dangers à Phalaris A' Agrigente ; c'est aussi pour la même raison que Polycrate de Samos aurait détruit les portiques, qui, comme nous l’avons vu, étaient à Athènes un des principaux endroits où florissait la pédérastie.
Nous venons d'étudier la pédérastie dans plusieurs états de la Grèce. Je ne veux pas passer sous silence une ile célèbre entre toutes par l'expansion que l'amour entre hommes y avait prise : j’ai nommé l’ile de Crète, Aristote et Athénée, ainsi qu'un grand nombre d'autres auteurs, en parlent souvent. En Crète on enlevait littéralement les garçons (isrïYtio;), bien plus, les garçons de bonnes familles se considéraient comme déshonorés s’ils n’avaient pas d'amants. Là aussi la pédérastie n’a peut-èlre pas débuté par des rapports sexuels. Toujours est-il qu’après la guerre avec les Perses la débauche devint extraordinaire, si bien qu’au point de vue des relations sexuelles avec les garçons, la réputation de nie de Crète était proverbiale.
Avant de terminer ce chapitre je désire citer quelques poêles qui ont chanté l’amour entre hommes. Les Odes d’Anacréon ' renferment un grand nombre de documents fort précieux pour la question qui nous occupe. Dans son ode à THirondelle, Anacréon se plaint de ce que le chant matinal de l'oiseau chasse Batyllede ses rêves. Dans une autre Ode il nous donne le portrait de son ami Batylle : ses cheveux sont noirs et brillants, son cou est d'ivoire, ses hanches sont aussi belles que celles de Pollux.
*L«t poteiei (oat prise! dans l'ouTrage de MAssli.
Entre se? cuisies fines.
Ses cuisses pleines de joie,
J’accoiQplis avec pudeur une impudent Qui aspire déjà Ters l'amour.
Plus loin on trouve, dans la même ode, un autre passage qui se rapporte déjà directement à la pédérastie :
Ton art est bien jaloux,
Car son dos si joli,
I Ce qu'il y a de meilleur, il le cacha.
Un poète plus récent, Théocrite, a aussi célébré dans ses Idylles l'amcur entre hommes. Dans l'idylle 12, le poète demande ; Yier.s-tu, Aiîo.s bien aimé ? Après trois nuits, la troisième aurore t'aniè;.era-t-elle enfin ? 0 jeune homme, le désir fait de nous des vieillards en un seul jour !... 0 que les mêmes dieux d'amour ne peuvent-ils nous être favorables à tous deux !
Quelle que soit l’opinion que l’on ait des poètes qui ont chanté l’amour entre hommes, on avouera que si les poètes eux-mêmes n’étaient pas pédérastes, ils n’en ont pas moins eu devant les yeux ceux dont ils ont chanté la passion.
Il nous est dès lors tout à fait iadillérent que le poète luimème ait sacrifié ou -non à l’amour entre hommes. Rappelons-nous ici cet aphorisme de J.essiug. En parlant, dans « Rcllungen des Horaz », de l’amour chanté par les poètes, il dit que le devoir du poète est d’adopter le ton de son siècle. Pour lui, Horace n’aurait pas pu avoir sur l'amour une autre opinion que ses contemporains. « Le poète, dit Lessiug, doit, pour éveiller les sensations, paraître les éprouver... Doit-il donc avoir vidé tous les verres et embrassé toutes les filles qu’il chante dans ses poésies ? ».
C’est justement chez les Grecs qu’on constate que la pédérastie et le respect pour la femme étaient en quelque sorte en rapport inverse : chez eux la femme jouissait sans contredit
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de peu d’estime, par contre ils pratiquaient beaucoup la pédérastie. Les moi-alistes modernes, qui prêchent à toute o. çasion une séparation aussi rigoureuse que possible des sexes, seront peut-être étonnés d'apprendre que nulle part cette réparation n’était peut-être aussi rigoureuse qu'en Grèce et que nulle part, comme nous l’apprend Moncaul ', la pudeur n’éiait protégée à un plus haut degré. Chez les anciens Grecs un véritable amour pour la femme existait rarement ; il n'était pas fréquent de voir un homme sacrilior sa vi.'ï pour sauver celle d’une femme, tandis que ce trait de vérltible amour et ii’a'sinégation n’élait au contraire pas rare p.irini les hommes qui s'aimaient (Harndohr).
Malgré l’épanouissement de la pédérastie en Grèce, elle n'était nullement considérée comme la seule satisfaction enviable de l'instinct sexuel. La propagation de l'espèce n'était pas indilTérente aux Grecs, et le célibat, malgré la pédérastie, était défendu (G. Ch. Lichtenberg). C'est ainsi qu'à Sparte, les lois de Lycurgue édictaient des peines humilie.eies pour les célibataires. Des usages analogues existaient à
Athènes et à Corinthe, où les cérémonies funèbres étaient re« fusées aux célibataires.
A l’époque où la pédérastie était florissante en Grèce, elle s’observait peu à Rome ; du moins, dans les auteurs, on ne trouve que très rarement des indications sur l’existence de la pédérastie pendant les premiers temps de la république romaine. Mais, suivant Ramdhor, il n’en aurait plus été de même après les guerres puniques. A Carthage, la pédérastie
* Cénac Moncaul. ~ Histoire de Tamour dans rauti^iuité. Paris, 1802.
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jiaralt avoir fié très répandue, el il esl intéressant de noter que la pédérastie ne commence à se manifester d'une façon sérieuse chez les Romains qu'après les j;uerres qui leur ont fait connaître les nueurs des Carlliafrinois. Mais, aux derniers temps de la République, quand le vice des hétaïres, comme nous le dit Hamdohr, prit une grande extension, la pédérastie alla en s’atténuant. Bien que certains passages des auteurs et des poètes nous montrent que la pédérastie était déjà connue à Rome à l'éjioque de la République, elle n'y a pourtant jamais joui du même degré de tolérance et même de considération qu'à .\thènes. A Rome, elle esl d’ailleurs souvent désignée sous le nom d’amour grec.
Avant même que Rome tombât sous la domination des Césars, nous trouvons des faits qui nous indiquent que l’amour entre hommes y existait déjà. C’est ainsi que T. Veturius, esclave de C. Plaliitx. fut puni par son maître pour lui avoir refusé ses faveurs (lliouys. Valero .Maxime). D’après Poli/be, on pouvait, vers le milieu du 11“ siècle avant Jésus-Christ, acheter à Rome un garçon pour un talent. Pourtant les rapports avec les garçons étaient défendus par les lois, notamment par la loi Scatinienne, mais les auteurs ne sont pas d’accord sur la gravite des peines édictées par cette loi. Cicéron s’occupe souvent de ce sujet. Dans ses Tusculanes', il dit que le fait de se dévêtir en public est un acheminement vers des actes honteux ; ce sont les gx-mnases des Grecs qui ont développé cette habitude. L’enlèvement de Ganymède chanté par les poètes se rapporte aussi, pour lui, à la pédérastie ; seulement il faut séparer l’amour de l’amitié, car l’amour qu’on éprouve pour un autre homme esl un sentiment tout autre que l’amitié qui lie deux individus entre