‹ Les perversions l'instinct génitalChapitre 10 sur 21 · I.’iNVr.nSlON SEXÜEI.LE Cl · texte numérisé non relu

I.’iNVr.nSlON SEXÜEI.LE Cl

le monde, dosa tendresse pour ses mignons. Le roi avait aussi des tendiiiccs au sadisme comme le prouve la pas-ion avec laquelle il flagellait ses mignons les jours de pénitciice. Dans un tab'eau qui parut peu de temps après sa mort, 1 ; roi est représenté en costume de guerre, mais frisé comme une femme et avec plusieurs objets faisant partie de la toilcUe féminine.

Ldmiard II d’Angleterre (1307-1327) avait aussi la réputation d'étre un uraniste. 11 aimait beaucoup Icsplai irs et les jouissances de la vie de cour, et avait élevé ses favoii-aiix plus hauts emplois. Pierre de üaveston, clievalier gascon, était ^on grand favori ; il avait su s’.illai her le rui « par des liens cncl. auteurs ». Après la mort do Gaveslon, les faveurs du roi furent captivées par Hugo Spemer. On sait que le roi finit pu: être détiùué et que la reine, qui l’avait quitté, refusa tout - ré.-onciliation avec lui*. Disons encoie en passant que d’ap.ès T. F. Tout, le roi était d’une bavardise extraordinaire qui rempéchait de garder même les secrets d’Etat.

Jacques I d’Angleterre (1023 1023). fils de Marie Slunrl, connu aussi sous le nom de Jacques 17 comme roi d’IxoESe, est réclamé par les uranistes comme un des leurs, avec plus de raison, me parait-il, que pour ce qui concerne Edouard II. Dans le caractère de Jacques il y avait décidément des traits anormaux : l’amour de l’absolutisme, lié à l.i lâcheté, et la

t Co'nbinaiHon de cruauté et d'id^s ftexiidllcs; nous revenons duraste plui lr>in sur le na li-* ne. V. Ki-aft-Eb>n<; avait ulliré l'aUtinlion sur les rapports (|ui exist nt litre les tlatj;ellanls (au M lyen ùgo et plus tardj qui se fouettaient t*n MiL-n ’ •!' -MMiitence, et les pc*ticUatit^ sexuels qui. dans c'^rlaiiies C'>nditions pnllmlo 2 que-, t<nnt' réveillés pat* la flagellation. CVit justeuienl soti' te règnu d'il un lii qtn !es Üa^^'cllanis furent très noiubreux ù Pans (y^oi/rau. Uis* toiiv >1 «i Ua.e>laiitf).

s Weber Aii^eiiièiDo Weltgrschiclite» Vol. Vil. J’empninte à ce livre seule* f.iL*nt les Jomiécs générales ; on n*y trouve rien sur la nature uranis'.e du roi.

) A cétë de la perversion serruelle, les uranistes présentent encore d’autres tnomades psychiques.

02 l'inversion REXI'ELLE

faiblesse de caractère, l’inlérèl pour la science en même temps qu'un pcdanlisme enfantin. On nous décrit le manque de tenue et l'absence de virilité de son aspect ('énéral. Bien qu'il fût marié à une prince.sse danoise dont il eut plu.sieurs enfants, sa réputation n'en fut pus moins mauvaise à cause de l'empire qu'exerçaient sur lui ses favoris, ('.'est surtout Georges Villiers, duc de Buckingham, qui fut favorisé parle roi à cause de sa beauté physique, et qui exerça une iniluence considérable sur le gouvernement du pays. Par sa tendresse pour des favoris indignes *, le roi avait fini par éveiller chez son peuple un mécontentement général.

Il avait déjà régné auparavant en Ecosse sous le nom de Jacques VI, et là non plus il n'avait pu cacher sa faiblesse pour des jeunes gens de belle prestance. Il les attirait à lui, et les amenait ainsi à exercer une grande influence sur le pays. C'est surtout Arran et Lennox qui dominaient véritablement le roi '.

Une personnalité très curieuse esUhdolidie II de Habsbourg, qui a régné sur l'Allemagne de l.ôTti à I(il2. Il tomba progressivement dans l'apathie, et n'eut aucune énergie ni force de caractère. Il était sujet à des caprices, des fantaisies de toute sorte ; c'est ainsi que, dans son musée de Hradschin, il avait amassé un grand nombre de curiosités naturelles et artistiques, des livres, des pierres précieuses, des antiquités. L'empereur passait beaucoup de temps dans scs jardins et ses écuries, mais il avait une idée exagérée, maladive, de l'importance de ses fonctions. En réalité, c'étaient ses favoris qui exerçaient le pouvoir ; ses valets de chambre, 'de mœurs infâmes, étaient des personnages importants sans lesquels on ne pouvait rien obtenir, et c'est avec ces créatures indignes que

* Karl Friedrich Jicker, WeUgescliichte* ëdit. jiar Ad. Schmidt, continué p&r Ediiard Arnd, 111 Aut. Leipzig. 18^9, Bd. 11.

* Webeif Allgemeine Wellgescnichte.

L INVKUSION SEXUELLE

les princes et les hommes d'Êtat devaient entretenir des relations. Plus tard, le roi présenta des signes non douteux de perversion morale. C’est ainsi que Weber peint, dans son Histoire Universelle, le caractère de ce roi. Si j’ajoute que, suivant Ircland ', il détestait les femmes, on pourra conclure que sou amour pour ses favoris était basé sur un fond sexuel. Sans doute on nous dit d’un autre côté que ce roi, qui n’a pas eu d'enfants légitimes, avait laissé un grand nombre de bâtards, mais nous manquons de détails précis sur ces derniers. De plus, il est impossible d'avoir des renseignements sur les femmes * avec lesquelles il avait des relations intimes, tandis que les noms de scs favoris sont biens connus. Jreland compare du reste Rodolphe II h Louis II de Bavière dont il sera question plus loin, et leur trouve une commune aversion pour la femme.

Etudions maintenant quelques papes.

Le pape Paul II (1104-1471) constitue un phénomène vraiment curieux. Une vanité sans bornes formait le fond do son caractère. Etant cardinal, il se propo.sait do prendre le nom de Formosus, s’il était élu pape, à cause de sa beauté physique ; ses babils sacerdotaux ruisselaient d’or, sa tiare de diamants. 11 pleurait très facilement et aurait eu une véritable passion do collectionneur surtout pour les pierres précieuses. Jamais il ne se montrait en public sans parures. C’est justement à cause de la facilité avec laquelle il versait des larmes qu’on lui avait donné le nom de Notre-Dame de la Pitié. Je ne vois pas qu’on l’ait considéré formellement comme un uraniste ; mais je crois

* M. W, Jreland. H«mcbenna«ht and Oeisteakrankheit. Stnttgart, 1887.

* Dq reste, les uranistr^s peuvent üe en te-npsaToir des rapports avec lea fe.nmes. mais ceot n’îndi^e |>ae Ttibieuce d'amour pour hommi*s. Ortains uranistes recheroheat Obleusiblifiaent la soci<^té dee f«mt:>es (avec lesquelles ila évitent d’<i>oir des reUliooa eexuelloe) afin de dérouter Topioioa aiir leurs Uudanecs àrsUea.

L INVERSION SEM ELLE

devoir le citer ici à cause de ces traits d'elTéniinatioii qui Sv)uvent, comme dans un cas de Wcstphal, peuvent exister sans tendance à ruranisnic. Du reste ce pape aurait laissé une tille (Weber)'.

Par contre, il est certain que le successeur de ce pape, le pape Sij'te IV (1471-1484), avait des habitudes uranistes. Weber, que nous venons de citer, croit qu'un grand nombre de ses favoris furent élevés à la dignité de cardinal. Certains cardinaux auraient même demandé au pape la permission de s'adonner à la sodomie pendant la saison chaude, et cette demande fut favorablement accueillie. C'est à propos de ce pape que Weber cite les vers suivants :

Roma quod inverso di'lectarptur amora Koincn ab inverto nomiae lecil Amar.

Le dyslique est trop obscène pour pouvoir être traduit ; Roma représente Anior, quand le mol est lu à rebours.

11 est aussi intéressant de noter la cruauté de Sixte et son amour pour les spectacles sanglants ; il aimait surtout à voir se livrer des duels sous ses fenêtres.

Parmi les personnages historiques qui ont été accusés de pédérastie, je nommerai ensuite le pape Jules // (150:1-1.713). L. Geiffer' ne pense pas que celle accusation, portée par les contemporains du pape soit bien fondée, bien que, d'après le niêine auteur, le caractère et les manières de ce pape n'aient rien présenté de bien édiliant. Jules II aurait fait partie des cardinaux qui demandèrent au pape Sixte IV la permission de se livrer à la pédérastie pendant la saison chaude.

Le grand sculpteur Michel Ange Huonarolti, contemporain du pape Jules II qui le fil venir à Rome, est également accusé

• Dao PaLi<thum und die Pâbile, œuire poattiuine de Cari Juliut Wrber.

Stutts'art. partie.

• LuiMig Ceig^r, Rena ttance und IlnmanUmaa in Italien und Deutscliland Berlin, lIkU.

L INVEHSION SEXUELLE

de perversion sexuelle, et non sans raison, cro3’ons-noiis.

Un fait certain, c’est que dans la vie de ce grand artiste on ne trouve pas un 'amour de femme. Sans doute, quand on recherche une femme avec laquelle il aurait eu des relations, on cite souvent le nom de Vittoria Colonna ; mais Hermann Grimm ', le biographe de Michel Ange, croit que ces relations étaient de simple amitié et que l'amour n’y entrait pour rien. Lorsqu’il connut la princesse, tous deux n'étaient plus jeunes, et Vittoria Colonna ne fut jamais pour lui que la princesse. On trouve dans les poésies du sculpteur des passages qu’on a essayé d’expliquer en faveur de son amour pour les femmes. Mais ici encore on ne doit pas conclure à l'existence do l’amour pour la femme, en se basant seulement sur des poèmes adressés à des femmes, surtout quand on ne connaît pas la femme que chante le poète ; de même que les poésies consacrées à l’amour entre hommes n’impliquent pas l’existence de l’uranisme chez le poète, si les poésies ne sont pas dédiées ou consacrées à une personne masculine bien déterminée. Los relations do Michel .\nge avec Tommaso de Cavalieri me paraissent très suspectes. Ce dernier comme le raconte Hermann Grimm, était un jeune peintre noble et remarquablement bea\i, qui pouvait obtenir de Michel Ange tout ce qu’il voulait. Les rapports de Michel .Ange déjà vieux et du jeune Cavalieri* on dû être très intimes, et je ne crois pas que les liens qui les unissaient fussent simplement ceux de l’aniitié. On peut en juger par la poésie suivante adressée par Michel Ange à Cavalier! :

Je vois une lumière douce avec tos regards :

Mes yeux ne voient pas et je suis aveuglo.

• Hfi'mann Grimm. Vie de Miche! Ange, Vol. I, p. 372. éd. Derlin

• Vasari donne des détails sur les rapiiorls qui ont existé entre Michel- Ange et Cavalieri.

L IXVERBION 8EXI ELLB

Bd marchant avec toi dti m^ma pai,

Le fardeau qui m’écrase toujours me parait léger.

Elmporlé sur tes ailea Je vole avec toi jusqu’au ciel.

Comme tu le veux : je vis intrépide on tremblant,

Avant froid au soleil, chaud dans les jours d’hiver.

Dana ta volonté repose la niieone.

C'est dans ton coeur que naissent mes pensées.

C'est dans ton esprit que se trouve la source des mots.

C’est ainsi que je suis semblable à U lune

Que nous ne voyons dans le ciel

Que lorsque le soleil rillumtne de ses rayons de feu

Ce sonnet adressé à Cavalieri n’est pas l’expression d'un amour exclusivement sensuel, mais d'autre part il ne me semble pas non plus dicté par un sentiment d'amitié pure. Il y a là un état d'esprit qui rappelle celui de Socrate dans le banquet de Platon. Grinim compare du reste les rapports de Michel Ange et de Cavalieri à ceux qui ont existé entre Socrate et Alcibiade.

Anton Springer’ croit que Michel .Ange a éprouvé une amitié poussée au paroxysme, analogue ,à celle à laquelle céda plus tard aussi Winkolmann’. Une lettre de Cavalieri à Michel Ange, que nous possédons, n’est pas en faveur d’une simple amitié : le langage en est plutôt celui d'un « favori gâté ».

En tous cas, ce serait un phénomène étrange que de ne trouver aucune sensualité chez un aussi grand artiste que Michel Ange*. Ce qui est certain, c’est que l'amour pour la femme n'a pas joué un grand rôle dans sa vie.

Un des peintres italiens les plus célèbres, Giovanni Antonio

* Cité d'après Grimm.

* Dans : « L’art et les artistes en Italie », édité par Hoberi Dohme, Vol. Il, Leipzig, 1S78. p. 447.

3 Nous parlons plus loin d<» Wmkeliuann qu’on p-nt au^si soupçonner d’avoir été uraniste.

* Un artiste uraniste de bonne foi manifeste me dit que les nr*uvres de .1/t» çheUAtxgc révèlent souvent 1a nature uraniste du grand sculpteur; seulement, oe qui est clair pour les uranistes échappe aux non-initiés.

l’invkbsio» sexuelle

llazzi) li79-156i, conUtmporain du pape Léon X, était connu par sa vie déréglée et ses vices, qui lui attirèrent le surnom de il Sodoma sous lequel il est aujourd’hui encore désigné dans nombre d'ouvrages. Léon X, qui n’était pas de mœurs très rigoureuses, et qui fut même accusé de pédérastie, avait élevé ce peintre à la dignité de chevalier.

Fiorillo ‘ dit du reste que la légèreté et la débauche qui ont conduit ce peintre à une vie déréglée se reflètent en partie dans ses œuvres. Razzi, dont les peintures se composent principalement de fresques, n'est pas très connu en dehors de l’Italie ; mais les Italiens le considèrent comme un des peintres les plus éminents et le placent à côté de Léonard de Vinci. Un autre biographe, R. Yischcr', dit que le grand défaut des œuvres de Razzi est « un manque de virilité >, sa manière serait trop « elTémioéc ».

Muret, l’humaniste bien connu, a vécu de 1526 à 1585 Les données relatives aux tendances perverses du grand savant me sont fournies par Foisset qui ne semble pas très convaincu de l’existence de ces tendances hétérosexuelles. Toujours est-il que les faits relatifs à la vie de Muret ne laissent aucun doute sur l’existence chez lui de sensations sexuelles anormales. Fn 1552 Muret enseignait à Paris la philosophie et le droit civil, et ses cours attiraient un nombre considérable à'élèves. C’est à cette époque qu’il fut accusé de tendances contre nature et emprisonné au Châtelet où, de désespoir, il se décida à se laisser mourir de faim; mais ses amis lui rendirent la liberté. 11 partit alors pour Toulouse où il fit des leçons sur le droit romain. Là encore il fut accusé de perversion morale sexuelle, et condamné à être brûlé avec son complice, un jeune homme du nom de Luc-Menge-Fremiot, comme sodo-

^ Fiorillo^ Histoire de la peinture, Vol. Gottingen, 1798.

* L’art et les artistes en Italie

* Dans la BiograpUte universelle.

l'invehsios sexlkllk

miste, d’après l’èdit de 1351. Muret réussit à se sauver en Italie, où la même accusation fut soulevée contre lui dans plusieurs villes, notamment à Venise et à Padoue. Malgré ces accusations, il réussit, grâce aux services qu’il avait rendus à la science, à faire la connaissance des hommes éminents d'Italie.

Shakespeare (13Gi-ICIGl n’échappa pas non plus à l’accusation de sacriüer à l'amour entre hommes. Comme preuves à l’appui de celte assertion on cite ses sonnets qui, bien qu’adressés à un homme (probahlement le duc de Southamplon), parlent un langage d’amour. Friedrich Bodenstcdt ' soutient formellement que, dans les sonnets en question, il ne s’agit pas d’amour pour les hommes, comme D. BarnslorIT le prétend dans la « Clef des sonnets de Shakespeare ». Le sonnet le plus incriminé est celui qui commence par le vers « woman’s face, with natures own hand paintcd ». Ce sonnet a été traduit (en allemand) par Bodenstedt de la façon suivante :

Tu afl une fl^re de femme que la nature Elle-iut-nie t’a peinte, maitre-mallrohse de mon amonr!

Un cœur doux do foinme, mais s>ins trace

De caprices et do clmn^'emenls féminins dans tes désirs.

Un œil clair, et moins faux dans son rôle,

Dorant l’objel sur lequel il brille.

Et l'hoinmo et la leiume doivent t'admirer,

Or tu réunis la pui^^ance et le cliarme des deux.

Tu étais destiné ù être tomme d’abord, mais la nature Devenue ainooreuâe elle*iuâme de toi.

T'a donné en plus ce qui porto mon espoir vers toi Et qui ni'e&t tout à tait inutile.

Comme elle l’a tait pour l’amour des lerames,

Consacre*moi ton cœur et donne-lour tes peacbants.

Bodmslcdl attribue le ton amoureux de cé sonnet et d’autres

t William Shakespeare's Sonette in deutscher Nachbüdung ^lar Friedrich Bodenstedt. Berlin^ 1862.

L INVERSION SËNEELLE 6'J

encore à ce que, à l’époque de Shakespeare, il existait enticles hommes un véritable culte pour l'amitié, grâce auquel on employait en parlant de l'amitié les plus tendres expressions de l'amour. Pour lui, ce fait s'explique par l'inlluence très puissante, à ce moment, en Angleterre, des poètes grecs et latins. Aussi m’est-il très difficile de me prononcer d'une façon définitive sur le compte de Shakespeare.

Johann Joachim Winckelmann (1717-1768), le grand critique, fut aussi à plusieurs reprises accusé d'uranisme. Comme preuve on cite ses lettres dans lesquelles cette passion est exprimée d’une façon non méconnaissable. Justi, un biographe bien intentionné cependant, est lui-mème obligé d’admettre, comme le dit Ulrichs, que les lettres de Winckelmann témoignent souvent d'une certaine sensualité.

Je suis convaincu que si des lettres comme celles de Winckelmann étaient adressées à une femme, on n’aurail pas hésité un moment à affirmer que des relations d’amour devaient exister entre les deux correspondants. Si nous admettons qu’il existe aussi un amour entre hommes, on est obligé d’avouer que les lettres de Winckelmann étaient l’expression de scs sensations amoureuses, d’autant plus que rien dans sa vie ne vient à l’encontre de cette supposition. Joh. Fried. Yugt, l'éditeur de ces lettres *, dit ceci dans sa préface ; « Les lettres nous peignent bien la façon de penser et les sensations de Winckelmann ; il faut les bien connaître avant do songer à écrire sa biographie »... Ces lettres sont adressées au conseiller Friedrich Reinhold von Berg, de Livonie. L’amitié que Winckelmann éprouvait pour v. Berg datait du moment où il l’avait vu pour la première fois. Le grand artiste avait adressé à von Berg les paroles suivantes : « J’ai trouvé chez vous, dans un beau corps, une âme créée pour la vertu ;

> lettres (le J. Winckelmann h un ami de Livonie. Cob]en7« 17!^4.

l'inversion sexuelle

le jour où je me suis séparé de vous a été un des plus douloureux de ma vie. » Quiconque lira ces lettres sera amené à partager notre opinion' sur Winckelmann. Dans la lettre datée du 'J juin 1702, Winckelmann écrit ceci : « Comme une tendre mère pleure inconsolable son enfant chéri, ainsi je déplore, mon doux ami, notre séparation avec toutes les larmes de mon âme ». Dans sa lettre du 10 février 1701, adressée à V. Berg, Winckelmann commence par l’appeler : « mon ami bien aimé et si beau *, et continue sur le ton suivant : a tous les noms que je pourrais vous donner ne sont pas assez doux et n'arrivent pas à la hauteur de mon amour... J'embrasse votre image et je meurs. Votre ami éternellement dévoué et votre obéissant serviteur, Winckelmann.

L assassinat de W inckelniann dans l'auberge de Trieste vient plutôt corroborer l'opinion qui en faisait un urani.ste. Il est certain que Winckelmann n’a connu son meurtier Arcangeli que peu de temps avant sa mort ; ce dernier le suivait pas ù pas à Trieste ; ils s’étaient liés de telle façon, qu’il semblait qu ils devaient se connaitre dejiuis de longues années. Il est de plus acquis que le meurtrier était un homme superlicici, sans aucune culture, qui ne pouvait offrir le moindre intérêt intellectuel au grand critique.

* J ai tsnu on grand compte du itvle maniéré «t douoeranx qui régnait à cette époque dans toutes les correspondances et sur lequel le D' Max l>ttioir attirait mon attention. Il est diflicile, en effet, de se taire un jugement si 1 on a en lient À des passages isolés de ces lettres ; mais quand on lit toute la coirespondance, il est lacile de voir qu'il ne s'agit pas d'une amitié arrivée à son oaroxysme, mais de quelque chose de nianirestement sensuel. Du reste, dans les lettres de Winckelmann à un ami dévoué, on trouve un# manière qui, bien que très tendre, ne présente rien de sensuel icomp. le* lettres de Winckelmann éditées par Dandorff, ainsi que les lettres adressées 1 un ami dévoué, Derlin, 1781). Tout ceci montre que le tou des lettres de THnckelmann à cou Berg no doit pas être attribué à l'esprit de l'éprequ*.

L IMVERSIOX SEXUELLE

D'après quelques-uns, le meurtrier réussit à capter entièrement la confiance de Winckelmann en affichant des goûts artistiques et en simulant un attachement tout particulier pour lui. L'assassin était un cuisinier, précédemment condamné k mort et gràcié. Peut-on admettre, comme le pense un biographe 1, qu’un tel individu ait pu passer avec succès, aux yeux d'un critique tel que Winckelmann, pour un connaisseur en fait d'art. On admit que le vol avait été le mobile du crime et Arcangeü fut exécuté.

A. W. Iffland, le grand acteur et poète, fut également soupçonné par ses contemporais de pratiquer la pédérastie. Un de ses biographes ‘ croit que cette accusation de débauche contre nature n'était peut-être pas fondée. Toutefois ce soupçon s'est maintenu par tradition et il existe encore, du moins dans certains milieux. A l’appui de cet assertion on cite que, marié, il n'eut pas d'enfant, et que son ménage produisait aux personnes de son entourage une impression assez froide. 11 y a quelques années on a publié une lettre fort intéressante de H. v. Kleistà Iffland. Kleist, ayant appris qu'Iflland avait mal jugé sa comédie: k Das Kæthchen von lleilbronn » {Catherine de Heilbronn), lui aurait écrit ceci : « Kxtchen vous aurait plu si elle eût été un garçon ». Cette lettre a été publiée il y a quelques années et on s’est donné beaucoup do peine pour expliquer ce passage d'une façon acceptable. Malheureusement il m'a été impossible d'avoir cette lettre ; je dois à .\1. N N., dont il fut question dans la préface, de connaitre ce fait.

Le prince Henri, frère de Frédéric le Grand, fut aussi accusé de pédérastie. Dans l'Histoire secrète de la cour de Berlin, ou les Lettres d'un voyageur français (Mirabeau) parues en 1780-86

■ K. U. JArdena. Lexicoa deutscher Dichter nnd Pros«ist«ii, V* B«nd Leipiig, 1810.

SHeinrioh DOring în Ersch und Gruber’a Enojclopddie.

l’invehsion sexuelle

(traduction allemande de 178t)), on trouve, nolaminenl dans U second volume, des passnjics très concluants. Voici ce qu'on lit à la page tJ9 : « Un ancien serviteur du prince Henri, habile à servir la passion de son maître pour la pédérastie, devint tout d'abord son favori et fut fait ensuite chanoine à Magdebourg où le prince était évéque. » Puis plus loin, page 92 : « L'aristocratie de l'armée sait que chei le prince Henri les Ganymèdes ont toujours pris et prendront toujours toutes les décisions » . On trouve encore à d’autres sources des indications sur les penchants pédérastes du prince Henri. 11 est certain que ses relations avec sa femme étaient très tendues, qu’il en vivait séparé et que lorsqu’il la rencontrait ii la cour, il ne lui parlait pas(Strekfusse « Berlin vitiiOO Jahren » .

Si je m'en rapporte à certaines communications orales, le poide Byron aurait été aussi tenu pour un uraniste. Toutefois rien dans sa vie ni dans ses oeuvres n'indique que cette accusation soit fondée. Peut-être est-elle basée sur ce fait que le poète était souvent accompagné d'une jeune fille ' habillée en garçon. Du reste cette réputation est peut-être duo aux calomnies auxquelles le grand poète fut en but pendant toute sa vie ’.

Parmi les poètes modernes soupçonnés de s’adonner à la pédérastie, il faut encore nommer le comte l'intcn dont les contemporains paraissent assez unanimes à reconnaitre le fait. Les poésies qu'il dédiait aux hommes, et dans lesquelles il chantait l'ami et l’échanson, ont du contribuer beaucoup à lui créer cette réputation. Mais, d’un autre coté, on soutient * — principalement Karl Gœdeke, un de ses biographes — que Platon s’est inspiré dans ses poésies du génie de la poésie

i Lord par Karl Eh^. ^*d. Berlin, p.

• Comp. I.fft'd UyroH, par Edouari ICuset^ p. 120.

• (lùivro? du Cointo Auguste de riateo, Stuttgart et Tûbingon, 1853.

l’inversion sexuelle

orientale. Le fait d’avoir adressé des poésies d’amour à des femmes n’en a pas davantage modifié la réputation d'amant des hommes qu’il s’était acquise.

Platen se trouva un jour pris dans une polémique violente avec Heine auquel il avait reproché son origine juive. Heine se vengea du poète aristocrate, en l'accusant publiquement de pédérastie. Dans ses « Bains de Lucques, on trouve plusieurs passages relatifs à cette question. Heine y parle de l’amitié chaudement fraternelle du comte Platen qui adresse à « un homme » et non pas à une femme les poésies dans lesquelles il exprime ses sentiments, dont les livres exhalent un parfum bien dilTérent de celui de l’eau de Cologne, dont les amours sont contraires à la morale et dont les poésies paraissent être faites par une fille. Il le compare à Néron qui se maria avec un garçon, et l’appelle « homme de derrière » et non pas « homme de tète. » Cette polémique entre les deux poètes eut un grand retentissement en Allemagne. Strodtmann * lui-mème, le biographe de Heine, n’approuve pas les moyens de polémique adoptés par Heine. En tous cas il est certain que cette polémique fit beaucoup de tort à Heine. Dans une lettre adressée à Varnhagen, Heine traite Platen d’insolent garçon de joie des aristocrates et des curés. Du reste, avant Heine, le comte Platen fut déjà violemment pris à partie par Ludwig Robert à cause des sujets de ses poésies. Tout d’abord Platen eut l’intention d'intenter un procès à Heine, mais il y renonça, car, de l'avis de tout le monde, Heine aurait pu fournir la preuve de ses allégations.

En terminant, nous rapporterons une dos poésies incriminées de Platen ;

I Adol^ aii’odtmaunt La vie et les œuvres de Heine, Berlin, 1373. S* éà. t TOl.

l’inversion sexuelle

Tu m’as préparé des heures atroces.

Mais que le ciel ne sVn venge pas sur toi.

Car, autrement, des ruisseaux de larmes devraient couler sur tes joues. Lorsque tu prononcerais mon nom.

En combattant pourtant toute illusion jusqu'à la certitude,

Je veux bien — et je le fais par faiblesse —

Te défendre, mon ami) Car je ne suis pas égaré Par des raisons superficielles.

11 est vrai que je ne pourrais guère te servir da d<* tenseur;

Mais tu te sers de mes deux jeux Comme de deux avocats.

Tant qu'ils seront attachés à les t'ogards

lia y puiseront de l*amour.

liais toi, lis dans leur regard ma souffrance.

Parmi les personnalités iiistoriqucs manifestement uranistes, je nommerai encore Louis II, le malheureux roi de Bavière. Il est certain qu'il était violemment atteint d’inversion sexuelle. Les détails qui suivent sont empruntés à la brochure d'Ireland « Le pouvoir et la folie », ba.sée sur un grand nombre do travaux (entre autres ceux de K. P. Evans et Franz Cari) et contenant une étude psycliologique sur ce roi. Avant même que la folie de Louis II ne fut constatée ofliciellenient, il parait qu'il avait manifestement présenté des symptômes d'inversion sexuelle. Sa froideur et même son aversion pour les femmes étaient bien connues et s’étaient manifestées à plusieurs reprises eu mainte occasion ; en même temps il écrivait à des hommes des lettres très tendres, plus tendres que celles que deux fiancés échangent entre eux. 11 est certain qu'on a beaucoup parlé de son amour pour les hommes, mais ce point a toujours été passé sous silence par les gens compétents, ce qui constitue un argument, suivant Irelaml, en faveur des tendances uranistes du roi. C'est dans cet ordre d’idées qu'il faudrait interpréter les mauvais Uaitemeuls qu'il inHigeait à certaines personnes de son entou-

l'iNVEKSIO.N SE\tKLLE

r;ige, el qui s'expliquent peut-être par l'instinct de cruauté commun à tous les sadistes Toujours est-il que, pendant les dernières années de sa A ie, Louis 11 prenait son grand plaisir aux souffrances et aux tortures qu'il infligeait aux autres. Les personnes qui ont joué un rôle dans la vie sexuelle de ce roi vivent encore en partie. 11 parait du reste que l'amour psychique que le roi vouait à certaines personnes du sexe masculin était tout à fait indépen<lant de la satisfaction physique donné par l'acte sexuel.

On pourrait élargir encore ce chapitre sur les uranistes historiques, parmi lesquels certains auteurs comptent cncoro Charles VII de Suède, Guillaume d'Orange et un certain nombre d’autres personnes ayant joué un rôle dans l’histoire. Je préfère m'arrêter ici, et ne rapporterai plus qu’un cas datant du xvii" siècle et ayant une signification générale, en ce sens que, comme dans bien des cas actuels, il est impossible à expliquer sans admettre l'existence de l'inversion sexuelle.

C’est à cette maladie qu'il faut rapporter bien des meurtres et bien des suicides dont la cause nous échappe. Le cas en question eut en son temps un grand retentissement et se trouve rapporté dans « Les histoires secrètes et les hommes mystérieux » de Friedrich Bulau (t. I). Il s'agit de l'assassinat de Henri Gottlob von Debschitz, âgé de 35 ans, à Languenau, en 1632. La famille de la victime appartenait aux plus honorables de la région. Nulle part il n’est dit que Tamour pour les hommes ait joué un rôle dans cette affaire. Mais comment e.xpliquer autrement ce mystère quand on sait que l’assassin, Braun von .Merzdorf, avait poignardé sa victime, qu'il voyait pour la première fois, après l’avoir embrassée et caressée dans son lit? 11 est évident que v. Debschitz avait dù refuser ses

* Comp. plut loin la oiiap. du ^disma.

l’invehsiom sexuelle

caresses. L'inlluence d’une jalousie violente et bru.squeinenl éveillée semble suffire pour expliquer le meurtre.

Page 1