‹ Les perversions l'instinct génitalChapitre 9 sur 21 · L. in VERSION SEXL'ELLE · texte numérisé non relu

L. in VERSION SEXL'ELLE

la f(Miimâ ! S’il n'avait pas exprimé son opinion aussi passiûii~ nénu'iit, il eût rertaineinent mieux servi qu’il ne l’a fait la cause qu’il (léfendait. Comme, de son propre av'eu, il était lui-même uraniste, il parlait en quelque sorte prn domo sua et se laissait aller à des écarts de langage tels qu’il est difticile de donner toujours une sanction scientifique à scs assertions. Eu 1803, Ulriclis demanda avec le professeur 7'ewes, de Graz, au congrès de droit allemand, l’abrogation, dans tous les états allemands, des articles correspondants du Code pénal. En 1807, il reprit la même question au Congrès de Munich ; mais il semble que pour éviter un scandale on lit exprès de ne pas mettre la question à l’ordre du jour. En 1870, un éditeur allemand voulut lancer une publication périodique inliliilée* Uranus «qui ne devait s'occuper que de.s questions de perversion sexuelle. Slais il parait que le premier fascicule seul de cette publication parut ; du moins, je n'en ai pas vu d’autres.

Peu de temps avant, un des plus éminents ps 3 ’chifUrts allemands, Gricsingvr, traita la question de l’iiranisme dans la !• çon d’ouverture du cours qu'il fit en 18ii9 à la clinique j.sy-hi. triiiue de Berlin. Cette leçon nepaiait pourtant pas avoir eu un grand retentissement. En 1809, M. l'raukel, de no?sau, mentionne aussi, dans une communication relative à la perversion sexuelle des pédérastes, d’aufres troubles psychiques et des hallucinations. Peu de temps après, une nouvelle impulsion futdonnéeàla question parWesIpbal ‘qui, comme nous l’avons déjà dit, introduisit dans la science le terme d'inversion sexuelle pour désigner ce phénomène. Il considérait que c’était là une affection congénitale; il en pu-

1 Maintenant que Weityh'il est mort, nous pouvons parler libpomeat Us son humanité. Une pcpîcniM <!ont TliU'olre constitue un des pr«inier> cas de ce genre observés par Westphal, m’a exprimé p'*rvon,*».’I*î»iK-nt Ct.iubivU elle avait été touchée de la compassion et de l’iiiUliigence avec lesquelles 1# gran I psychiatre traitait dès ce moment oes malades.

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blia tout d'uburd deux cas, en insislaiil surtout sur ce que ces malades ont parfaitement conscience du caractère moi bide de leur état.

I>a publication de Weslphal fut suivie surtout en Allemagne d'un certain nombre de travaux sur la question qui nous occupe. Ces travaux parurent ' presque exclusivement dans les Arcliiv fur Psychiatrie rédigées par Wtstphal. Parmi ces auteurs nous pouvons citer ici : Scholz, Gock, Schminke. Liman, Slerz, Krueg, Rabote, lilumer. Savage, Servacs et autres. Le livre de V. Krajjl-Ebiug sur les psychopathies sexuelles, paru en 18t)l, contient des indications précises sur la bibliographie plus récente du sujet. En 187ü, Slark fit au congrès des aliénistes de rAllemague du Sud une communication importante sur ce sujet, communication basée sur un grand nombre de nouvelles observations. Depuis cette époque, les travaux se multiplièrent aussi bien en Allemagne qu’à l'étranger. En des cas les plus remarquables fut publié par Charcot et Magnan. En 188o, Magnan publia son travail sur la perversion sexuelle, peu de temps après les le- (jons faites sur le même sujet par Lacaxsagne, de Lyon. En France, on désigna ce phénomène, avec Charcot et Magnan, sous le nom d'inversion de l’iiislinct sexuel, et ce tenue fut également adopté par un certain nombre d’auteurs italiens.

En 188ti, Tarnowsky * lit paraître un livre contenant un grand nombre documents sur la perversion et les aberra-

* En 1868, We4tphûl Aoulevâ k la aociété médico^ptjchologique de Berlin une discussion fort inléretsanle sur la question, discussion h laquelle prirent part, entre autres, Skrseaka et A. Jiastian. Ce dernier fit obsei*ver que la pervei*sion sexuelle n'eat paa rare cbez les peuples non civilisés chez lesquels les pervertis stxuels sont considérés comme des individus supérieurs, des •ainls, et lorm.*nt une sorte de caste particulière.

^ B. Tarnowfkÿ, Die Krau Kuallen Erscbeiuungea der Gesciil^htssinnes. Berlin, 188C.

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lions sexuelles. Ce qui manqué ace livre, c'est une clas.silication systémalique et une dilTerenciatioii suftlsamment nette des diverses j>erversions sexuelles.

C’est à dessein que nous n’avons encore mentionné qu’en passant l'auteur qui, depuis un certain nombre d’années, a, sans contredit, le plus contribué à l’étude de cette question : nous avons nommé v. KraITt-Cbing. lün 1877, il avaitdéjàfait paraître un travail assez complet sur la perversion sexuelle. En 1881, il publia une étude plus étendue sur le même sujet. Mais c’est surtout sa Psychopathie sexuelle qui constitue une monographie systémalique de la perversion sexuelle. Par des additions successives ce livre se transforma, en quelques années, en une œuvre plus considérable dont la dernière édition parut en 18'J1 '. C’est à v. Krafft-Ebing que nous devons l’essai d’une classification précise des différentes formes de la perversion sexuelle. C’est lui qui établit l'existence de certaines variétés d’aberrations sexuelles telles que le masochisme, le sadisme, le fétichisme *, tout en montrant les relations qui existent entre l’inversion sexuelle proprement dite et ces différents étals. Mais ce qui donne une valeur cl une importance toute particulières aux travaux do V. Krafft-Ebing, c’est la publication d’un certain nombre d’auto-biographies sincères do ses malades, qui ont considérablement enrichi ce domaine scientifique.

Il m’est impossible de citer les noms de tous les auteurs modernes qui se sont occupés de la question. Je nommerai pourtant: Morselli, Leonpacher, IloUænder, /ifrieA'e ; puis le travail complet de Chevalier: De l’inversion de l’instinct sexuel, paru en 1883. Je citerai encore Golenko, en Russie ; lîilti, Cantarano, Tainassia, Lombroso, en Italie ; SéWewa:,

* Ja cita toujourt d’aprèa cetta édition de 1S91.

* Comp. auwi : R, v. -Krafft-Ebing, Neue Forschaog'eo auf dem Qebiat d»r Ps>chopulhia aexuali». Stuttgart, 1890.

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Kienian, Se/ireiik-Xotziitg. Des inilicalions bibliographique» exactes se trouvent dans la psyebopalliie sexuelle de V. Kra/ft-EIjing, édition de 1801, et dans le travail de Chel'alier.

Disons encore que dans la littérature on s’oceupc parfois do l'amour entre hommes, bien qu'il s'agisse le plus souvent de l'inversion sexuelle chez la femme. Ilécemmcnl cette question fut abordée par Tolstoï dans sa Sonate à Kreuzer. Avant lui l'amour entre hommes avait déji été dérrlt par Alexandre D. Ungern-Sternherg, dans des romans qui curent leur période de célébrité, et par le poète Wiese', dans un drame intitulé: c Les Amis, a

î] est certain que la pédérastie et Turanisme se rencontrent non seulement chez les peuples civilisés du Nord, mais .aussi dans d’autres pays. Dans certaines régions du littoral de la Méditerranée, la prostitution masculine se manilesie encore aujourd'lnii d’une façon très nette. A Xaplcs, le soir sur la via Toledo, des jeunes gens s'oiïrenl aux passants, et les entre-

< IIüssV cite ptunieu*s pd^siget de ce dram.>. Jo profil© do roccanion pjur relevor rinloUyi'ance singulière dot uraniste? odvers los ro'uaac.ors et loi poMe» qui, d'i’nc façon ou d'ano autre, touchent à la qno*-iion de l'amour entre hnin'nc's. Pour t'ui^anistu moderne, les tendances ur»iiii->'L's de 1 écrivaia ne font aln s plus aucun doute. G*pendant, pour le romanci- r ou le poMe, il •uflU -<ouvonl de pouvoir pénétrer d.ins lame de Udcs persoiina^.t a. Il est bon de coiinrtUrj celle tendanc do» uranistes li pénéralis'T leur ca? pour savoir h quoi sVn tenir sur leurs afiiiMuilit ns. La plupart du temps i'uranislo est incap ible d’envisager froidetii ni 'out ce qui louche à sa nature, et ptfut'Ciro nulle part on ne trouve autant d inLolvrance que chea lui

l’inveiision sexuelu

mcttoiirs vanli'nt' non senipinent leur marchandise féminine, mais encore leur marclianilise masculine, ,1e considère comme démontré que ruranisine a tou'oursélé plus répandu en Italie que dans les autres pays d'ICurope. Uamdohr nous dit qu’au siècle dernier l'amour enlie hommes était tiès fréquent en Italie. Sur rOrient aussi nous possédons des faits nombreux relatifs à la pédérastie. Ucinirch. v. AlallzaUn relate dans un de ses livies que, dans les faubourgs ns Kuabn, les garçons s'olfient aux é'iang^-rs, et un autre voyageur nous raconte qu’au Caire, comme il niarchanduil deux escl.ivcs, le marchand lui dit ceci : « Tu comptes doue pour rien le plaisir qu’ils le procureront ! » Lenz mentionne, dans son livre de voyage, intitulé « Tombouctou », les mauva scs mœurs des gros personnages de l'empire qui possèileut de.s négrillons châtrés. Ceux-ci sont pris [larmi les enfints des esclaves, et ces habitudes sont tellement générales que personne ne s’y arrête plus et que les lîuropéens seuls s’étonueut do la publicité avec laquelle on |>arle ou on traite de ces alfaiies.

Suivant /érans.s ', la pédérastie est encore aujourd'hui très répandue en C//IWC. D'après cet auteur, la ville deTschang- Tgeu pullule d’eutremetteurs pour pédérastes, connus sous le nom de a catamiti ». En province ce sont ordinairement des esclaves qui jouent ce rôle. A l’éUiu, ils constituent ofricicllcment une classe à part. Dans cette ville, du reste, il existe des établissements où des garçons de 11 à 12 ans sont éduqués en vue de la prostitution. .Vu théâtre on voit des citoyens honorables ayant derrière eux leurs .Vinasii,

1 Communication orale de témoins oculaires dans ces dernières années. J, L, Cas}Kr fit une communication analogue en 1^54. « A Naples et en Sicile irs enlr.*meUeurf, dans la me en plein jour, vous olirent un beliis»imo rigazzo. quand voua refusez les femmes qu’ils vous proposent. » Canoter a observé le même fait en Russie et en Turquie, co qui concorde, du reste, avec les communications orales qui m’ont été laites.

* A Ktauss. Die Psychologie des Verbrechens. Tubingen, 1684.

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c’esl-à- lire leurs amants favoris. Les orgies bestiales qui s’y passent ne peuvent guère se comparer qu à celles (le 1 au cienne lio.ne.

Lue peisonne qui a longlemps habité le Japon et en connaît bit - 1 les us et coutumes a Jit que la péJérastie était asst» fi’éijuciitc dans ce pays. Kilo serait surtout répandue parmi l.‘s élèves des pensionnats et les soldats casernes, toutefois, ai Japon, la pédérastie n’est pas aussi publique qu’en (.bine.

Turnuwski dit que la notabilité et la richesse du luu.-ulman s'évaluent d’après le nombre des garçons qu'il a à sou service. Du reste, les faits relatifs à la pédérastie en Orient et en •Urique sont très nombreux.

Les mêmes phénomènes s’observent non seulement en Orient, comme on le croit souvent, mais encore dans bien d'autres régions exotiques. Manleyazza, auquel j'emprunte un grand nombre de détails, donne sur ce sujet des renseignements précieux dans ses Ktudes untiiropologiques sur l'amour chez rhoinme. D'après lui, dans certaines parties du il y avait même dans le temps des mariages entre hommes. Les communications do voyageurs sur l’exi.stence des pédérastes en Cali/ornie et à Nicaragua sont très positives. D’après au moment de la découverte de l’Améri-

que, un trouva cher, les habitants de Panama des pédérastes, et ce fait démontre l’cxisteuce de la pédérastie chez les peuples primitifs. Du reste, toutes les données que nous avons sur l’Amérique nous montrent que la (lédérastie y était déjà connue avant l’arrivée des Européens; il en est de même du Pérou*. A Madagascar il existe des danseurs habillés en femmes et pralii]uant la pédérastie. D’après une notice de Westphal, dans

' Pour ce qui esl du Pt-rou, il ne laut p«« oublier que les K^puimols ont Attribué aux habitants de ce pays tous 1rs rice^ possibles et ima^'inabUs pour Juslilier en partie les atrocités commises par Pizzaro et ses compagnons^ poadant la conquête de ce pajs [Joh. Srherr.)

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la Zeilschrifll fur Ethnologie (1869. Vol. I, § 88), le même phénomène existe chez les Indiens. 11 existe chez eux une classe d'hommes qui ne peuvent résister au désir de s'habiller en femmes et se conduisent tout à fait comme des femmes. Du reste Virey, dans son histoire naturelle du genre humain, parue à Paris en 1821', raconte que les rapports sexuels entre hommes existaient chez les peuples non civilisés de l'Amérique du Nord.

Hammond, comme nous le dit V. Krafft-Ebing , rapporte un fait analogue chez les descendants des Aztèques du Nouveau-Mexique. Chaque branche de ces familles fournirait, sous le nom de Mujerado, un des leurs pour des rites religieux où la pédérastie joue un rôle important. Le mujerado reçoit une éducation particulière : par la masturbation et les promenades continuelles à cheval, on provoque chez lui une impuissance paralityque. On obtient ainsi une atrophie du pénis et des testicules et une sorte d'effémination analogue à celle qu'on observe chez les eunuques. Les poils de la barbe tombent, la voix prend une tonalité plus élevée, de sorte qu'en dernière anal)'se le mujerado montre des tendances féminines et se range complètement dans la catégorie des femmes.

Je désire maintenant étudier une série de personnalités des siècles derniers, accusés de perversion sexuelle. Loin de mo‘. l'idée de jeter, par cette étude, une ombre quelconque sur la mémoire de ces personnes. L’esprit dans lequel est conçu mon livre montre du reste que.si j'admets l'existence de la perversion sexuelle chez ces personnes, je considère ce phénomène comme purement pathologique et ne touchant en rien à leur

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caractère. C/cy a eu raison <!e dire que, sous ce rnppotl, iî faut être très prudent dans i'inlerjirélation des docuiueiils !'isturiqiies. Il est facile ici d'éinrltre une opinion, mais il n'est pas toujours facile de la déniontrcr. Dans tous les cas, il faut rejeter 1a façon d’agir de Moreati, L'irkhs et d’autres, qui négligent complètement d’appuyer par des preuves leurs assertions relatives à l’existence des perversions sexuelles et des aberrations du sens génital chez telle ou telle personne. Mais, d’un aulre côté, je n’ai aucune raison pour négliger complètement les données que je possède au sujet de l’uranisme de certains personnages historiques ; une telle manière de voir serait également exclusive et s’opposerait à la compréhension de certains points de la question. Malheureusement, dans la biographie de ces personnes, on supprime presque tout ce qui se rapporte à la sphère .• exuclle, surtout dans le cas où il y a perversion sexuelle. Toutefois j’ai pu trouver, dans les biographies et les ouvrages d'hi«tnire, bien des faits qui montrent soit directement l’exitlence de la perversion sexuelle chez ces personnes, soit simplement des tendances féminines.

l/cnri III, To\ de France, qui régna ‘ de 13Ti à l.'iSO, est considéré non sans raison comme un uraniste. Dans presque tous les traités d'histoire on trouve des faits qui ne laissent guère de doute sous ce rapport. Le roi était entouré d’un grand nombre de favoris, désignés sous le nom de mignons, dont l'efTémination était universellement connue. Dans le palais du roi on donnait des bals et des fêtes auxquels d’ailleurs l’élément féminin ne faisait pas défaut. Le roi aimait à paraître en public habillé en femme ; du reste il ne se cachait nullement, devant

• Il e*l intéressant de noter que Charles XI (15rO-1574 , prédécesseur 17/rnrt ///, était ausai accusé de pédéraslir'. Comme nous l’avons déjà dit, es Franvaisatlribuaieut à Catherine de l* mire de ces d»*ux roiat

’inroduclioQ drs moeurs pédérastes en France. ïi'Aubigné a fourni à ce suât des détails fort précis sur Henri III.

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