URANISME MODERNE
Etude sociale.
Il est absolument impossible de connaître exactement le nombre des uranistes ni le chiffre qu’ils représentent par rapport à la population entière. Les autorités mêmes ne peuvent nous donner sur ce point que des renseignements sans précision, car elles ne se trouvent en rapport qu’avec ceux des uranistes qui tombent sous l’application de la loi, c’est-à-dire avec ceux qui sont accusés d’outrages aux mœurs. Beaucoup d’autres par contre restent tout à fait inconnus et échappent entièrement à la police cl aux tribunaux. D’après les chiffres que j’ai puisés à différentes sources, il y aurait à Berlin près de 4,000 hommes dont on peut acheter les faveurs, mais je crois ce nombre exagéré. Ce que je puis dire, c’est qu’à Berlin j’ai vu pour ma part 3 à 400 uranistes, et que j’ai entendu parler de 100 à 200 autres. D’après cela, il y aurait approximativement à Berlin, au moins 500 uranistes; mais il est très probable que ce chiffre est au-dessous de la vérité. Cn tout cas il m’est impossible de dire s’il existe à Berlin 3,000 ou 10,000 uranistes ou même plus, ce qui ne me semble pas démontré.
Cette incertitude dans les chiffres provient do ce fait qu’un grand nombre d’individus atteints de ces tendances sexuelles
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maladives échappent à tout contrôle, et même au contrôle médical. Tel est le cas des enfants, qui, si l’on s’en rapporte aux biographies des uranistes, présentent en grand nombre des phénomènes de perversion sexuelle.
Dans certaines villes les uranistes indiquent combien ils en connaissent eux-mêmes. Ainsi, un uraniste m’a dit qu'à Mag^ debury il en a connu 70 au moins ; mais il est probable que le nombre en est plus élevé. 11 m’est dirPicile do dire si l’uranisme est plus répandu dans les grandes villes que dans les petites et à la campagne plus qu'à la ville. La plupart des malades sur lesquels on possède des observations scientillques ont toujours habité la ville plus ou moins longtemps ; mais il n'en ressort nullement que leur passion était le résultat du mauvais exemple. V. Kraiït-Ebing nous donne également quelques renseignements sur le nombre des uranistes de certaines villes. Un de ses malades lui a dit qu'il connaissait 14 uranistes dans une ville de 13,000 habitants, et 80 dans une autre qui comptait une population do 00,000 âmes. V. Krafft-Ebing no met pas en doute la sincérité de son malade, mais il croit qu’il ne différencie pas suflisamment l'uranisme congénital et l'uranisme acquis.
D'après Ulrichs (Gladius l'urons, Cassel, 1808), il y avait à cette époque 23,000 uranistes adultes en Allemagne, dont 10 à 12,000 vivant en Prusse et 300 à 1000 habitant Berlin. Eu moyenne il compte un uraniste sur 2,000 âmes ou 300 hommes. Ulrichs était lui-mème uraniste et tous scs travaux en gardent le reflet ; mais il est évident que, relativement au nombre des jranisles, il devait avoir plutôt une tendance à le diminuer qu'à l'exagérer.
D'une façon générale il ne faut pas prendre à lu lettre tout ;e que les uranistes racontent. Un grand nombre d'entre eux iont plutôt portés à exagérer les chilfres. J'en connais qui, «ur trois personnes, et même sur deux, trouvent toujours un
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uraniste, et qui font des récits fantaisistes sur leurs relations sexuelles. Ce sont de préférence les personnes en vue que les uranistes revendiquent comme étant des leurs, en sorte qu’il faut procéder avec la plus grande prudence quand il s'agit de contrôler les assertions.
Tout comme l'amour de l'homme pour la femme, l’inversion sexuelle n’est le privilège d'aucune classe et se rencontre à tous les degrés de l'échelle sociale. Pourtant mon impression générale est que le phénomène morbide en question est plus fréquent parmi les classes élevées de la société. Ceci n'a rien d'étonnant quand on songe que la prédisposition nerveuse est une condition très favorable au développement de la perversion sexuelle et que cette prédisposition existe surtout dans les milieux cultivés. Mantegazza insiste avec raison sut ce fait que l'uranisme ne se rencontre pas exclusivement dans ce qu’on appelle la lie de la société, mais bien plus souvent parmi les individus réputés au point de vue de l’instruction, de la richesse et de la position sociale. C’est ainsi qu’il y a beaucoup d'uranistes, sans aucun doute, dans la noblesse de naissance.
Les uranistes que j’ai connus appartenaient aux professions les plus diverses. J’en sais qui sont avocats, médecins, théologiens, philologues, commerçants, ofQciers, écrivains, acteurs, ouvriers, jardiniers, artisans, etc. Certaines professions fournissent pourtant un plus grand nombre d’uranistes que d’autres, sans que l’on puisse toutefois établir une statistique précise à cet égard. Parmi ces professions je citerai notamment les acteurs, les écrivains, les lleuristes, les tapissiers, les décorateurs, les cuisiniers, les coitïeurs, les tailleurs pour dames.
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Il semble que, cédant à la nature clTéiiiiiiéc, beaucoup d'uranistes se sentent portés vers des professions qui sont plutôt du ressort des femmes, en raison de leur habileté dans la décoration des appartements, la confection des vêtements de dames, etc. On comprend du reste pourquoi les uranistes affectionnent le métier de tailleurs pour dames ; ils y remportent de nombreux succès dus à leur voix de fausset et à la grâce avec laquelle ils exécutent les mouvements féminins.
£. v. Hartmann ' a fait observer que, parmi les spirites et les médiums en particulier, on trouve un grand nombre d'individus présentant les phénomènes de perversion sexuelle. On m'a cité le nom d'un spirite qui, l'année dernière, avait eu de grands succès et qui était atteint de cette maladie •.
Si certaines professions attirent particulièrement les uranistes, il ne faut pourtant pas s'attendre à trouver les phénomènes de perversion sexuelle chez la plupart des membres de telle ou telle profession. Si nous admettons, par exemple, que sur 100 uranistes on trouve 10 tailleurs pour dam 's, il ne faut pas oublier, d'un autre côté, que, sur 500 habitants, on compte eu moyenne un tailleur pour dames ; de cette façon le nombre relatif des uranistes tailleurs pour dames n'aura rien d'exagéré. Il n'y a qu'une seule profession qui me semble suspecte sous le rapport de ruranisrne, c'est celle de l'acteut travesti en femme ; les hommes qui se chargent de préférence de rôles de femmes ’ dans lesquels ils réussissent si bien, grâce
1 NachtrSge zur Pbflnom«no!ogie des Unbewussten.
* Dans une lettre qui se rapporte à celte personne et qui a été gracieusement mise h ma disposition, la chose est pri^senUe comme s'il s'agissait d'un hermaphrodite physique ; mais, comme l’a démontré Kra/^t-Ebinff, l'hermaphrodisme physique n’a rien À faire arec la perversion sexuelle.
3 Inutile de dire que les rôles de femmes sont souvent jouôset avec suect^s par des hommes qui ont une vie sexuelle des plus normales. Il (aul donc se garder de gént^raliser d’une manière par trop absolue, ('omp. k ce sujet un écrit de Gôthe intitulé : « Frauenrollen aiif den Koinischen Theater durch Mâiiner gespielt. » OoUte y dit notamment ceci : « Le jeune acteur a étudié
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ù leur voix de soprano ou d'alto, paraissent souvent atteints de perversion sexuelle.
Pour ce qui est de Turanisine parmi les soldats, je tiens d'un uraniste que ses compagnons aiment rarement le métier des armes et que, lorsqu'ils s’y sont fait un nom, c’est plutôt dans la partie théorique du métier. Celte opinion n’est pourtant pas générale. Il nous suffit de mentionner, parmi les grands capitaines, Jules César, Charles XII, Tilly et bien d’autres que les uranistes revendiquent comme étant des leurs. Toutefois, pour quelques-uns, et pour Tilly en particulier, je n’ai rien trouvé qui pût confirmer cette accusution, lancée du reste par les uranistes. Tilly évitait, il est vrai, tout rapport avec les femmes ; mais il serait faux de considérer cette particularité comme une preuve de ses habitudes uranistes. Le prince Eugène était également accusé de pratiquer Tainour à la manière des anciens Grecs
Il aurait été également intéressant de connaître exactement dans quelle proportion les Juifs figurent parmi les uranistes. J’en connais plusieurs qui pratiquent l’amour homosexuel. Pourtant, d’après une communication d'une personne très compétente en la matière, le nombre de Juifs uranistes serait plutôt inférieur, étant donné leur proi)ortion dans la population to-
les paiiicularit^A de U femme dans 9a façon dVtre ; il les connaît et les reppoduilen artiste ; ce n'est plus lui qui joue, c'est un troisième personnage d’une nature tout à fait dilTérmte.
< Comp. aussi sous ce rapport le travail do J. D. E, Preuss (Friedrich der Grosse. Vol. t. Berlin, 1832) où la nièiue accusation se trouve portée contre frédénole-Grand. Voltaire, qui lui était très hostile, de même que Formey et Bus''hing, ont largement contribué à propager ce» bruits contre le grand roi ; Preuss ne se prononce pas sur la question de savoir si Frédéricde-Grand était pédéraste ou non. 11 est certain que le roi avait un grand nombre d'en nemis qui se faisaient un plaisir de soulever contre lui toutes sortes d'accusations mensongères. De plus, si l'on considère la manie de clabauder particulière h cette époque, et, comme le dit avec raison Preuss, les œuvres liiléraires même de Frédéric-le-Graud, on acquiert la conviction que tous les bruits soulevés à propos de la pédérastie du roi étaient faux*
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taie. Ceci ne concorde pas avec les données de Gock ’ et de M. N. X. Je crois que les uranistes se rencontrent dans une même proportion chez la race juive que chez les autres races.
Quant à l’àge des uranistes, je dirai que le [dus jeune (jue j’ai eu l'occasion d'ohserver avait Kl ans et le plus Agé (il ans. l’üurtanl, des uranistes que j'ai connus m’ont dit que leur perversion s’était réveillée vers iO ou 12 ans et même plus tôt. J’en connais un chez lequel la perversion sexuelle remonte à l'àgo de 3 ans ; il éprouvait à cet âge un penchant extraordinaire pour tes hommes. 11 est donc certain <)ue l'on doit encore trouver actuellement un grand nombre d'uranistes parmi les jeunes gens Agés de moins de Kl ans. Il faut ajouter que, précisément dans les cas de perversion sexuelle, l’instinct génital se réveille de meilleure heure que chez les individus normaux. Mais il m’est impossible de dire si la perver.'ion sexuelle s’éteint plus tôt que l’instinct génital normal. Par exemple, ce vieillard de Ü8 ans dont je viens de parler n’entretient plus aujourd’hui de rapports sexuels avec un homme qu’une fois par semaine, au lieu de deux fois et davantage. Je sais, d’autre part, sans connaître les personnes en question, que certains individus d’un grand Age continuent à satisfaire à leurs instincts pervers. Un individu Agé de 82 an.s, mort dernièrement, avait conservé jusqu’au dernier moment ses habitudes d'inversion sexuelle ; dans le monde dos uranistes, il était connu sous le sobriquet féminin de « la grand'mère ».
* Gock a été frappé de oa fait qua les deux cas de perrer^ioa sexuelle qu‘il avait observés se rapporiaienl là des Israélites (uii homme et une femme;, et il attribuait ce phénomène à rorijp'tie orientale des Juifs. Les laiU qui ont été publiés depuis ont montré l*inoxartitude de cette suppoition. D après l’expérience personnelle de M. N. N.^ il nVxiste aucune diHércace entre les Juifs et lesOennains par rapport 1 ^tur population re-«pectiv». D’après Icm
les uranistes s** renconlrent unifurmé u.Mit dans toutes les classea de la .* ' ciélè, sans que l'une soit plus favoris, c {ue l’autre à cet égard.
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lîien que la perversion sexuelle se manifeste che* l'homme par des phénomènes psychiques et surtout sexuels anormaux, l'individu est généralement parfaitement normal au point de vue physique et anatomique. On a néanmoins cherché si le corps de ces individus ne présentait pas certaines modilications pouvant avoir des rapports avec la perversion sexuelle. On aurait ainsi trouvé certaines anomalies dans la conformation du pénis. Chez certains uranistes le membre viril n'atteindrait que la dimension de celui d'un petit garçon. Dans d'autres cas, le pénis a été trouvé démesurément long. Un uraniste observé par V. KraiTt-Ebing ' lui aftirmait qu'à l'état d'érection son pénis mesurait 2i cm. de long sur 11 de circonférence. Mais, dans la plupart des cas, on ne trouve de ce côté, chez les uranistes, aucune anomalie. Les testicules ne présentent pas non plus do modifications appréciables, du moins par nos moyens actuels d'investigation. Dans un cas observé par Westphal, les testicules étaient de dimension moyenne et pouvaient être facilement repoussés dans le canal inguinal ; mais, même dans ce cas, il ne pouvait être question d’établir une relation entre cette anomalie et la perversion sexuelle du malade.
Les érections des uranistes sont en général bonnes et vigoureuses, et, à l'état d’érection, le membre viril présente chez eux la même direction que chez les individus sains. On comprend facilement que, chez ceux qui ont abusé de la masturbation, l'érection peut quelquefois manquer, tout comme chez les hommes qui ont abusé du coït normal avec la femme. Un médecin qui a communiqué à KratTt-Ebing l'histoire détaillée do sa propre maladie, lui affirmait qu'il avait eu des rapports avec plus do fiOO uranistes, sans jamais trouver chei eux aucune malformation du côté des organes génitaux.
* Obscrv. 80.
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Aulaotque je sache, les poils des parties génitales sont bien développés chez les urac istes. D'autre part, certains d'entre eux ont peu de poils sur le corps, tout en possédant une barbe bien fournie. I) autres ont la barbe très clairsemée. J’en connais uu qui touclie à la trentaine et qui n'a presque pas de poils au menton ; du reste, dans sa famille, dont les membres no paraissent pas suspects de perversion sexuelle, la barbe est généralement très peu fournie.
On a dit encore que les uranistes présentent un dévoloppemont considérable des glandes mammaires. Dans une de scs observations, V. Kralft-Ebing rapporte l’bistoire d'un uraniste qui aflirmait avoir eu dans les seins, à l'ége de 13 à 13 ans, du lait qu un de scs amis avait bu. Chez certains uranistes j’ai rencontré, au niveau de la région mammaire, une accumulation de tissu adipeux qui donnait aux seins l'aspect arrondi de ceux d’une femme ; mais jamais je n’ai observé do développement bien typique des glandes. Quelques-uns se font remarquer par un très petit pied de femme.
Souvent les uranistes se distinguent par leur passion, active ou passive, pour la musique et les arts. Coffignon citait déjà cet amour pour la musique comme l’une des particularités du caractère des uranistes.
Les natures artistiques sont très fréquentes parmi les uranistes ; on trouve souvent chez eux un remarquable talent d acteur. On ne sait trop comment expliquer cela ; je crois pour ma part qu’il faut attribuer ce talent, en grande’ partie, à l’habitude du mensonge qui poursuit les uranistes pendant toute leur vie. Je pense aussi que cette facilité qu’ils ont de se figurer dans une autre situation et d’entrer complètement dans leur rôle dépend encore d’une certaine disposition du système nerveux central, comme la perversion sexuelle ellemême.
Il ne faut pas croire que les uranistes n'excellent que dans
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les cliost's qui rt'pon lent ;'i leur fantaisie. Il y en a qui sont des savants, honorablement connus dans le monde scienli'’que, mais je m'empicsse d'ajouter que de pareils cas ont rarement été observés.
On lenciiatre encore parmi les uranistes des poètes quel- ([uefois très rcniarqualdrs. Ils excellent surtout dans les poèmes d’amour adres-és à des ho;r,n;es. l.e besoin qu'ils éprouvent est celui-là même qui pousse l'amant à chanter les lierfections de sa belle.
Les sentiments rclijilenx des uranistes dont parle l'irielis, et qui se manifestwit surlriut à l'époque de la vieillesse, quand, après une vie de péché q ils cbi-rclicnt à se raccrocher à quelque chose, ne sont [uis aussi fréquents que le dit cet auteur.
Dans certains cas, à l époque où se déclare la perversion .sexuelle, un observe nu ch:inj;, iijeiit complet dans la façon d’être, l'allure, le caractère et lecostume, qui prennent alors un cachet tout féminim. C.e phénomène est connu sous le nom d'effémination. Déjà Hamdohr avait observé que certaines personnes, qui, d'après les sifiiies extérieurs, appartiennent au sexe féminin, ont une nature plus masculine que d'autres qui pourtant sont du .sexe masculin. I.ecas du comte Cajus, observé et décrit par Cas- ]>er, est intéressant à ce point de vue ; Casper fut frappé de la façon d’être tout à fait féminine du comte, accusé de péiiérastie. Tardieu in.sisle également sur le caractère efféminé des pédérastes. Le désir de se sentir enlièreincnt femme va si loin chez ces individus, qu’un malade observé par Hammond ' voulut à différentes reprises se couper les organes génitaux.
( TV. A. Hammond. L'impuissance eli^z riiomm* et chez la femme, édi'4 en allemand parL^o SaUnge, Berlin, 18SV.
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Du reste, si l'on r-e ra(>:>orle aux «loiiuées do !u physiologie et de la psycludogie, on ne sera pas étonné de voir des tendances féiniii'iics se développer sur un fond ils perversion sexuelle. Longet a raison de dire qu’à mesure que do nouvcau.x organes et de nouvelles fonctions se développi i t, apparaissent au.ssi de nouvelles idées. 11 est donc facile d^ comprendre comment on voit apparaître chez les uranistes, en même temps que l’amour pour les hommes, des idées nouvelles, la coquetterie, la recherche du costume, etc., idées que l’on trouve chez toute femme qui éprouve pour l’homme un penchant normal. La tendance à l’ellémination apparaît quelquefois dés l’enfance. Voici un exemple qui le prouve d’une façon as/icz évidente. X., aujourd’hui âgé de 28 ans, n’a jamais rien éprouvé pour la femme. Liant tout petit, il aimait à jouer avec des poupées, à se promener habillé en fille, à s’occuper d'ouvrages de dames. Aujourd’hui encore, au lieu de s’occuper de ses affaires, il voudrait faire la cuisine, tricoter, etc. ; il se promènerait volontier, habillé en femme. X. ne porte pas la barbe et la lient en horreur à ce point qu’il a un coiffeur spécial pour lui enleverjusqu’à son dernier poil. Quand il le veut, il parle avec une voix de fausset. Il en a fait un jour l’expéri.-uce devant moi, et j’ai trouvé en effet qu’il avait un organe tout à fait féiuiinu. 11 joue très souvent la comédie, et choisit les rùles de femmes, dans lesquels il obtient un vif succès.
Ulrichs insiste sur ce point que les relations, le milieu, la situation sociale, obligent les uranistes à prendre arlificiellcmciit des manières masculines. « Nous jouons l’homme dans la vie, dit-il comme nous jouons la femme au Théâtre «.Enfants, les uranistes voient avec chagrin qu’on les lient à l’écait des jeux des tilles et qu’on leur interdit les ouvrages de dames.
11 est en effet surj'.renant de constater la puissance avec laquelle la nature féminine se manifeste chez lus uranistes.
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Quand on songe que l’éducation qu’ils ont reçue est pourtant la niènic que celle d’autres gan.’Ons, on est tout étonné de voir avec quelle force les tendances féminines apparaissent dans leur caractère. Et ceci est d’autant plus surprenant, que, en premier lieu, les uranistes aiment peu les hommes efféminés et sont plutôt portés vers les hommes vigoureux, normaux ; et qu’en second lieu, grAcc à leurs manières féminines, ils se font mépriser par les hommes ordinaires ; malgré tout, ils s’habituent à leur effémination comme s’ils y étaient poussés par une force intérieure invincible.
Les manières féminines des uranistes apparaissent surtout quand ils sont habillés en femmes. Le costume masculin donne, même au type féminin, un aspect type viril qui, par une association involontaire, réveille en nous l’idée de l’homme. Mais si, par hasard, on rencontre des uranistes habillés en femme, ou qu’on en regarde la photographie, on se laisse facilement tromper et on croit effectivement avoir sous les yeux une femme. Je connais un cas de ce genre où un juge d’instruction tri-s sagace s’imagina ainsi, pendant assez longtemps, avoir affaire à une femme.
Une observation, publié par Taylor dans le « Medical jurisprudence, 1873, vol. 11 » et reproduite par Tarnowsky, montra jusqu’à quel point peut aller cette tendance des ui»nistes à s’approprier les manières de la femme et à en porter le costume. 11 s’agit dans cette observation d’une célèbre actrice anglaise, Elise Edwards qui joua sur plusieurs scènes d’Europe, et ne fut reconnue pour un homme qu'après sa mort. Dès sa plus tendre jeunesse cette personne avait adopté les manières féminines et aimait à s’habiller en femme. Scs organes génitaux étaient fixés au corps par un appareil spécial, de sorte qu’on devait les reconnaître à première vue. Cette pratique peut s’observer aujourd’hui encore parmi les uranistes, si j’en crois un individu qui fréquentait leur milieu.
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H. Frœnkel ‘a publié vers 1830 l’histoire d'un homme qu’il désignait sous le nom de « homo mollis ». Cet individu éprouvait le désir de s'habiller en femme chaque fois qu'il pouvait le faire. S'adonnant sans cesse à des occupations d’ordre féminin, il avait fini par acquérir une certaine coquetterie féminine. 11 avait grand soin de s'appliquer des seins et des hanches postiches. Ce qui d'abord n’était qu'un jeu devint plus tard une irrésistible passion. La démarche, la voix, tout prit chez lui un caractère féminin ; il Unit par se donner un prénom de femme. Il a été démontré, de plus, que cet homme était un pédéraste passif. Westphal, auquel j’emprunte ce fait, attribue une partie de ces phénomènes à la faiblesse d’esprit de l’individu en question, et, pour soutenir cette hypothèse, il s’appuie sur cette idée du malade de s'affubler d'un nom do femme. Je crois pourtant que le cas actuel doit être interprété d’une façon tout à fait opposée. L’homme avait probablement commencé par avoir des goûts féminins, qui se manifestaient par scs occupations féminines et son désir de s’habiller en femme. Ce goût devint assez violent pour amener peu à peu le malade à s’identifier complètement avec la nature d’une femme, ce qui du reste aurait pu arriver, même sans qu’il y eût chez lui aucune faiblesse d’esprit.
Les dispositions sexuelles de ce même individu étaient anormales, et leur anomalie était lié étroitement à sa manière d’être. Du reste Westphal croit lui- même que Frœnkel a confondu la cause avec l’effet en supposant que le type féminin l’était développé chez son malade à la suite des occupations éminines auxquelles il s’était livré.
Voici, maintenant, un cas que j’ai observé personnellement k Berlin, tout dernièrement, il y a deux mois à peine. Il s'agit l’un uraniste qui se sent une nature toute féminine, et n’a de
■ Journil d« m<5decine, édité par l'associatioa pour hygiène en FmsM, ni. XXII, p. 102.