Vie sexuelle
Après avoir étudié la vie des uranistes en général, je désire maintenant m'occuper de leur vie sexuelle, de leurs amours et de la {aQon dont ils donnent satisfaction à leur instinct génital.
L'amour de l’uraniste revêt souvent une forme tout à fait excentrique ; jour et nuit il pense à l'homme qu'il aime, il le suit pas à pas et l'accable de déclarations et de demandes de rendez-vous. Une fois, en compagnie d'un agent de la sûreté, j'eus l'occasion d'ubser\'cr im uraniste en train de regarder l'homme qu’il aimait : le bonheur do contempler la personne aimée se peignait sur son visage tout comme chez l'homme qui regarde la femme qu'il adore, peut-être même avec plus de force. L'amour rendra l'uraniste capable des plus grands sacrilices pour l’homme aimé, et c’est sous ce rapport que l’amour do l’uraniste a pu être comparé à l'amour de la femme pour l’homme. De même que l'amour de la femme est plus puissant et plus désintéressé que l'amour de l'homme, de même l'amour de l’uraniste serait, d'après Ulrichs, supérieur sous ce rapport à celui que peut éprouver un homme normal.
Quelquefois l'amour de l'uraniste va jusqu'au sacrifice de sa personne. Le malheureux ne peut résister aux désirs ni aux exigences de la personne aimée et devient souvent un simple instrument entre les mains de celle-ci, tout comme, dans l’amour entre l’homme et la femme, l’un des deux est quelquefois réduit au rôle d’esclave. Ce sentiment de soumission, d’esclavage, se trouve chez l'uraniste, et il y prend plaisir.
C'est le principe, reninrquons-le, du masochisme, dont il sera question plus loin.
l'lnvehsion sexuelle
Lorsque l'uraniste est obligé de se séparer de l’homme qu'il aime, il se fait entre eux un échange fréquent de lettres dans lesquelles l'amour occupe tout naturellement la première place. Le ton de ces lettres est des plus passionné. Souvent, si ce n'est toujours, elles ont l'air d'ètre adressées à une femme et sont signées d'un nom de femme qui est celui porté par l'individu dans le monde uraniste >. üu reste, Tardieu a déjà attiré l’attention sur le caractère passionné des lettres des uranistes.
Quelquefois l'amour éprouvé dans la jeunesse est religieusement gardé ' par l’uraniste durant toute sa vie. Je connais des uranistes qui, après être restés séparés pendant de longues années de l'homme aimé, ont été repris de leur passion dès qu’ils ont revu l'objet de leurs premières amours. D’autres ont des liaisons intimes qui durent des années.
Cet amour passionné se manifeste quelquefois dès la première jeunesse. Des écoliers âgés de six è sept ans éprouvent souvent, à l'égard de leurs camarades, des sentiments profonds, frisant l'amour, et dont le principe sexuel ne fait pas l’ombre d'un doute. Certains de ces garçons avouèrent plus tard qu'ils entraient en érection dans leurs rapports avec leurs camarades, et que souvent ils s'amusaient â des attouchements obscèues. Un uraniste a déclaré à Krafft-Ebing, qui a publié son observation, qu'ayant eu, à l'âge de 10 ou il ans, un sentiment profond pour un joli garçon, il éprouva tous les désirs ardent qui caractérisent l'amour. Les
^ J’ai vu une lettre de M. X., adressée h son ami Y, et qui commence : « Ma douce Anna », et est signée : < U Marlàe ». On m'a montré aussi la photographie d’un uraniste, qui portait nu verso la dédicace suivante :
Toujours correct, bien et chic
C'est ainsi qu'on obtient le bonheur des dames.
* Je doute que tel soit le ca^ quand lea uranistes habitent longtemps enaemble.
116 l’inversion sexuelle
uranistes avouent souvent avoir eu des rapports intimes avec leurs voisins d'école et éprouvé des sensations excitantes particulières quand ils étaient assis à côté du garçon qui leur plaisait.
L'histoire suivante montre jusqu'où peut aller la passion de l'uraniste qui, quoique honnête de sa nature, oublie alors les règles élémentaires de la probité, et va jusqu'à commettre une mauvaise action. Un uraniste berlinois A, auquel toutes les personnes qui le connaissent sont unanimes à reconnaître un caractère probe, est amoureux d'un autre uraniste B avec lequel il entretient depuis longtemps des relations intimes. Comme il arrive souvent, ils ont fréquemment des querelles qui toutefois ne durent pas longtemps et se terminent toujours bien, de sorte qu’après chaque dispute ils se trouvent encore plus enebainés l'un à l’autre. Pourtant A, qui craint toujours de perdre B et son amour, a conçu le projet ignoble de marier sa propre sœur avec B. A aime pourtant sa sœur et se rend fort bien compte du tort qu’il va lui faire, puisqu'il sait que B ne pourra jamais remplir ses devoirs d'époux ; mais sa passioc pour B est tellement violente qu’il ne s'arrête même pas à ces considérations. B, comme me l'a dit A, est un uraniste déclaré et n’a jamais éprouvé le moindre sentiment pour les femmes. A cherche pourtant à le marier à sa sœur, afin de pouvoir approcher B à chaque moment, sans éveiller de soupçons, une fois qu'il sera son beau-frère.
Je possède une lettre d’un médecin uraniste, aujourd’hui âgé de 38 ans, qui montre aussi le caractère passionné que l’amour revêt chez les uranistes. 11 s’agit cette fois d'un amour malheureux. Le médecin en question s’amouracha d’un autre homme qu'il soupçonnait être un uraniste comme lui ; mais celui-ci ne répondit pas à l'amour du médecin, lié qu’il était avec un troisième homme. Voici ce
L INVEnSlON SEXUELLE
in
qu’écrit le médecin sur ces circonstances dans l'autobiogiaphio qu’il ma envoyée :
.... « C’est en 1886 que je fis la connaissance de celui qui donna à ma vie une direction bien déterminée. II était jeune, aimable, possédait une nature d’artiste et il m’avait voué une amitié passionnée et tendre, pleine d’abnégation et de soins à mon égard ; mais ce n’était pas encore de l'amour. Moi, au contraire, j’ai pris ses sentiments pour une passion violente à laquelle je répondis par un amour non moins ardent et d’autant plus excusable que la façon dont il se comportait envers moi laissait supposer un amour profond.
De cette erreur devait forcément découler une série do conflits tellement graves, tellement pénibles pour moi, quo j’en ai perdu le goût de la vie. Ma gatté, mon sommeil, l’amour du travail, tout fut perdu, et tout cela pour la raison qu’il m’était impossible d’avoir des rapports sexuels avec lui. Au début il y eut bien quelques tentatives, mais elles échouèrent piteusement. Ce dédain éternel, celte blessure mortelle de mes sentiments qui se concentraient sur lui seul, ont failli me faire mourir; lui restait toujours aimable et bon pour moi. Je cherchais alors à m’expliquer sa conduite. Pourquoi lui déplaisais-je physiquement? pourquoi restait-il froid? Ces questions me tourmentaient jour et nuit sans me laisser un moment de tranquillité.
Enfin, après une lutte et des combats intérieurs des plus douloureux, je lui écrivis que je ne voulais plus le voir. Il vint aussitôt, pleura comme un enfant et me supplia à genoux de ne pas le repousser. Naturellement, je fus faible et je cédai : tout resta comme auparavant. Pendant assez longtemps, nos rapports marchèrent assez bien, puis les anciens
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désirs se réveillèrent, car l'amour qu'on porte à une personne est profondément lié aux sens, l’ersonne ne pouvait me donner ce que je me promettais d'obtenir de lui : de là nouveaux conflits et nouveaux tourments. Je ne pouvais pas me séparer de lui, et pourtant je ne le possédais pas, et nous restions toujours ensemble.
Il me disait qu'il n'avait pas d'autres connaissances et qu'il m'aimait par dessus tout. Plusieurs fois j’essayai d'abandonner la voie dans laquelle je m’étais engagé, mais toutes mes tentatives eurent le même sort ; l'impossibilité d’une complète possession, le désir jamais satisfait de réaliser l'image qui flottait éternellement devant mes yeux, changèrent complètement mon esprit. Les soupirons, les doutes qui me rongeaient, minaient ma paix antérieure ; l’énigme ' qui se posait chaque jour devant moi, et à laquelle je cherchais une réponse, me broyait littéralement le cerveau.
Cette vie durait déjà depuis trois ans et j'étais brisé, anéanti, physiquement et moralement. C'est à ce moment qu’il tomba amoureux à son tour d’un jeune homme. 11 me le dit un jour, trois semaines après le début de sa passion. A cette révélation je sentis se déchaîner dans ma poitrine tous les démons, et j’eus l’idée de le tuer, quitte à me tuer ensuite. L’idée que tout ce que je désirais depuis des années appartenait à un autre auquel il avait donné ses sens et son cœur, me rendait presque fou ; il ne me restait plus que d'assister mentalement, avec ma fantaisie morbide, à leur bonheur, à mon supplice. Ce que j’avais
* En effet. la conduite de l'autre e»t très énigmatique ; U se comportait eo« Ters le médecin comme s'il Taimait, mais refusait tout rapport sexuel. Il est probable qu'il éprouvait pour le malheureux médecin un amour purement ptycliiquc. {^ette bizarrerie s'observe chez les uranistes qui évitent ylora d'avoir des rapports sexuels avec l'homme qui ne les excite pas. Je revieni du reste plus loin sur cet amour psychique.
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bvi-ouvé s’était transformé en un désir de vengeance'. 11 n’y avait pas de jalousie proprement dite, puisqu’on ne m’a rien pris que j’eusse possédé, et que mon bonheur ne fut détruit que par la personne que j’aimais, s
Ainsi se termine la descripiion des sentiments éprouvés par ce malheureux médecin. Je le connaissais personnellement et je dois dire que jamais je n’ai vu un malade aussi digne de pitié que ce docteur en proie à des tourments terribles. Longtemps il resta poursuivi do l’idée de se venger de l’homme qu’il aimait et qui avait refusé de lui dire sincèrement si cet amour était partagé. Il m’écrivit encore une fois de son pays une lettre intéressante k plusieurs points de vue. Je ne puis résister au désir d’en citer un passage.
« .... L’idée poignante d’une passion trahie me prive do sommeil, et pour dormir je suis obligé d’avoir recours au chloral. .Mes rêves ne sont que la continuation de la réalité et sont aussi douloureux que celle-ci. Je ne sais pas encore comment tout cela finira ; mais les impressions élémentaires suivent toujours leur chemin. J’ai déjà pensé à quitter ce monde pour toujours, et je l’aurais fait si je ne craignais pas de voir mon démon partir avec moi. La seule solution rationnelle du conflit est la mort, mais trois personnes pour lesquelles je suis tout seraient du même coup condamnées à mort ».
Le médecin en question, qui était en effet le seul soutien de sa famille, m’a écrit encore tout dernièrement, deux ans environ après avoir définitivement quitté l’homme qu’il
* C*6st-k-dire que le docteur roulait tuer rhomme qu’il aimait.
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aimait. 11 a essayé et il est parvenu par son travail, par ses occupations professionnelles, à se débarrasser en partie de ses idées de vengeance.
Tous ces faits montrent quelle violence peut atteindre la passion de ruraniste.
Le temps où l'uraniste est heureux en amour constitue pour lui une période vivifiante. Son état physique et son état moral deviennent meilleurs, sa faculté de travail augmente, tout comme chez un hoinnio normal dont l'amour est partagé par la femme aimée. En revanche la situation de l'uraniste dont l’amour n’est pas partagé devient rapidement des plus tristes ; il finit par être obsédé par des idées de suicide auxquelles il cède quelquefois. Je connais un uraniste de ce genre qui se serait certainement suicidé s'il n'avait pas été retenu par un sentiment de devoir envers sa famille dont il est le seul soutien. 11 est probable qu'un grand nombre de suicides inexpliqués n’ont pas d'autre cause qu'un amour uraniste malheureux.
S'il est certain que les uranistes sont capables d'avoir dos passions violentes et de se sacrifier pour l'homme aimé, je ne crois pourtant pas que leur amour puisse durer toute la vie ', puisque le mariage proprement dit et la famille, ces liens si puissants entre l'homme et la femme, leur manquent complètement. Aussi est-il inutile d'envisager sérieusement le projet bizarre d'ülrichs qui demandait l'institution d’un mariage légal entre uranistes.
Quelquefois l'amour des uranistes est purement physique, c'est-à-dire qu’il ne tend pas à la satisfaction des instincts sexuels, ou du moins les désirs sexuels ne se manifestent pas ou restent longtemps à l’état latent. Ces cas sont rares, mais ils existent certainement. Je connais un uraniste qui ne peut
> 'Jentends lorsqu’ils restent ensemble.
l'inversion sexuelle
avoir des rapports sexuels qu'avec des hommes normaux, mais qui entretient en môme temps des relations particulières avec un uraniste. Ces relations constituent une sorte d'amour platonique*. 11 est difficile d'admettre qu'un tel amour puisse durer longtemps ; d'ailleurs, d'après les conQdences que j’ai reçues, cet amour platonique se rencontre exceptionnellement chez les uranistes. Si dans ces cas il n'y a pas d'acte sexuel, ce n'est pas par un sentiment de convenance ni par crainte de la loi, mais simplement par absence d'un désir.
Il est très difficile de dire ce que c’est en somme que l’amour platonique. On ne peut pas l'identifier avec l’amitié, dont il se distingue évidemment ; car la jalousie existe dans
* Je crois indiqué ds dira ici quelques mots sur Vamour platonique. Les opinions sont très divisées sur ce qu'il faut comprendre par ce terme, et souvent la personne qui s’en sert dans la conversation ne sait même pas d’où il vient. Les définitions données par divers auteurs ne sont pas toujours d’sc* cord. U. Klenehe (Difttetik der Seele. Leipzig, 1873), par exemple, croit que l’amour platonique doit désigner l’amour d’où sont exclus les désirs sensuels et dans lequel le désir sexuel est combattu par les moeurs et la raison. AT. e Lenhoxaek (Dai*8teHung das menschlichen Qernüths 2* édit., Vienne 1834) di ceci : « Dans l’amour platonique l’amoureux montre un sentiment pur, libre de tout désir trouvant sa satislaction en lui-même, son bonheur dans l’admiration tranquille et l’adoration exaltée de la personne aimée». On voit donc que la définition que donnent les deux auteurs n’est pas la même, puisque l’une admet que l’amour est partagé et l’autre non.
Disons tout d'abord que si l’on cherche l’origine de l’amour platonique dans les écrits de Platon, on trouve qu’il sert à caractériser les rapports entre deux hommes ou entre un homme et un garçon, mais que l'amour platonique ne s’applique jamais aux rapports entre un homme et une lemme. Noua voyons de même que IlOsali se sert do ce terme pour désigner l'amour entre hommes, et H. T, Finch (Romantische Liebe und persônlicbe Liebe, vol. II), est du même avis, c'est û-dire que pour lui amour platonique et amour entre hommes sont deux expressions équivalentes. La différence entre HHaali et Finch consiste seulement en ceci que le premier insiste sur les désirs sensuels de l’amour basé sur un penchant physique et moral, tandis que le second met surtout en lumière la passion brûlante de l’amour romantique, •ans s’arrêter à l’acte sexuel.
Par conséquent l’amour platonique ne peut servir qu h désigner les rap. ports dçcrits par Platon. Or, les rapports entre un homme et un garçon décrits par Platon, sont déclarés par un grand nombre d’auteurs comme
L INVERSION SKXl'ELLE
l'un el m.'inquc dans l'aulre'. Ce u’est pas nun plus l'araoui scxu-1 simple dont le but est la satisfaction des sens, puisque la sati .-factiou du sens génital est exclue de l'amour platonique. Je ce puis pas admettre non plus que sous le nom d'amour platonique il faille comprendre l'amour d'où les désirs sexuels sont exclus pour des motifs d'ordre social ou moral ; car si l'on ailmcUait cette déiinition, l'amour platonique ne serait autre chose que l'amour ordinaire dans lequel les désirs en question existent bien, mais ne peuvent être satisfaits pour une raison ou uue autre. V. Krafft-Ebing et un grand nombre iraulics auteurs nient entièrement l'existence d’un amour platonique. On peut se demander toutefois si l'on ne généralise pas trop vite. D'après les communications que j’ai reçues, l'amour platonique parait exister, du moins pondant quelque temps, chez les uranistes chez lesquels il est caractérisé par un penchant peu précis et sans désir sexuel conscient. Dans ces cas, on rencontre encore une nouvelle forme d'amour platonique dans laquelle existe le désir de loucher, d’embrasser la personne aimée, sans que le sens génital intervienne. Je crois que chez les uranistes celte forme est beaucoup plus fréquente que celle où les sens ne jouent aucun rùle. Je ne puis même pas nflirmer l'existence de cette dernière forme de l'amour platonique, tandis que je sais pertinemment que la forme caractérisée par le désir d'attouchements
étant d'essence pure, exclusivement psychique, et n'edmettant pat 1a salit* faction du sens sexuel. 11 est notamment probable que le bat de Platon était de rétablir la réputation de Socrate accusé de pédérastie. Certains passages de ses écrits, notamment celui où Socrate déclare que 1a beauté physique n’a pour lui aucun attrait, autorisent cette supposition. Aussi a-t-on plus tard dési^'nésous le nom d'amour platonique l'amour d'où sont exclus les désirs sensuels, qu'il s'agisse d'amour homo-sexuel ou hétérosexuel.
< Lorsq ue et autres parlent de la jalonsîe dans l'amitié, ils oom* prennent on tout autre senUmeot que la jalousie dans l’amour.
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l’inversiün sexukllb 123
corporels sans participation du sens génital existe très réellement.
Dans certains cas, l'amour de l’uraniste pour l’homme aimé va assez loin pour qu’on puisse parler de l’érotomanie, qui est un trouble psychique caractérisé par une excitation de toutes les facultés, et dont le principe est érotique. D’après Tarnowsky ce fuit s’observe surtout chez des uranistes élevés au milieu des femmes et soustraits à rinlluence des pédérastes. Dans l’érotomanie *, les désirs sexuels disparaissent entièrement (Ideler), l’amour se manifeste principalement sous forme d’une admiration exaltée pour la personne aimée.
Cette admiration existe du reste dans certains cas sans qu’on puisse parler pour cela d’érotomanie. Certains uranistes sont excités, tout comme la femme, par les qualités essentiellement masculines qu’ils rencontrent chez l’homme aimé, notamment par la virilité, le courage, la decision, etc.
Dans l’amour entre uranistes on retrouve du reste les autres particularités qui caractérisent l’amour normal entre ho-.ime et femme. On sait notamment qu’il y a des femmes rusées qui, pour se faire désirer, affectent la froideur envers l’homme auquel elles ne demandent qu’à se donner. Le même fait s’observe parmi les uranistes. Un uraniste A fit la connaissance d’un autre uraniste ü. Mais à peine A se fut-il aperçu que U no cessait de le regarder, qu’il prit aussitôt un air indifférent, tout simplement pour se faire désirer plus ardemment par B. Et, en effet.au bout de quelque temps, des relations intimes
* M. N. N. a longtemps «u oetta forme d'amour platonique.
*Sous le nom d’ërotomanie on a décrit des élats très difTéreoti. C’est ainsi que pour Pinel l'adection est caractérisée par le cûté sensuel, voire même par les propos lestes, les gestes obscènes, etc. Gillet (La monomanic, 18451 a donc eu raison de dire que dans ces cas il s’agissait d'une toute autre aflection que l’érolomanie telle quVlle fut comprise par Ksquirol et telle qu’elU vient d'étre citée. Un exemple frappant de cette érotomanie dans l'amour bâbituel est, suivant Gillet, le héros de Cervautès, don Quichotte.
l’inversion semelle
s'établireot entre A et B, ce dernier marié, et elles furent entretenues, comme c'est souvent le cas dans ces sortes de relations, par des cadeaux nombreux de part et d'autre. Dans ces cadeaux, les bijoux tiennent la première place ; quelquefois ce sont des ouvrages de broderie ou de tapisserie, surtout quand l’uraniste, comme c’est souvent le cas, sait faire ce genre d’ouvrages.
Il ne faudrait pas croire que l’amour entre uranistes ne donne pas lieu à des querelles. Au contraire, les querelles et les disputes sont fréquentes, et provoquées le plus souvent par la jalousie. L’amour no va jamais sans la jalousie, et si l’opinion de Rousseau que le sauvage ne connaît pas la jalousie ‘ était vraie, il faudrait aussi admettre qu’il ne connaît pas non plus l’amour ou bien que chez lui l’amour se confond avec l’instinct sexuel. L’existence de la jalousie parmi les uranistes n’a du reste rien d’étonnant, puisque nous savons que la jalousie est la conséquence liabilucllo d’un amour passionné '. Comme, chez les uranistes non seulement le penchant sexuel mais aussi le sentiment de l’amour sont souvent exagérés, il s’ensuit que l’apparition de la jalousie n’est que fort naturelle. Voici quelques e.xemples tirés du monde uraniste, et qui le montrent bien.
Il existe dans les milieux uranistes des individus reconnus pour les plus beaux, sorte de « beautés profession-
i Du reste cetlc opinion de Rousseau est fausse, et il est certain que chez le sauvages la jalouttie existe, mais à un plus faible degré que chez l’honiuie civilisé. On trouve des données intéressantes sur cette question dans Aiibert (La physiologie des pasi^ions. Paris, 1$37) qui indique l'existence de la jalousie chez les animaui ; la même observation a été faite par Buffon. D'après Aiibert, La Pérouse aurait constaté chez les Koriaques une ja» lousie très violente, qui leur fait tuer leurs femmes sur un simple soupçon. Soyer rapporte une guerre entre plusieurs peuplades de la Guyane provoquée par la jalousie. Tissot (Traité des nerfs et des maladies nerveuses, trad. en allemand par F. Weber) est d'avis que plus une nation est grossière et peu civilisée, plus elle est jalouse.
• Emile Laurent, L'amour morbide. Paris, 1891.
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nelles » que tous désirent posséder, tout comme dans le monde normal quand il s’agit d'une très jolie femme. Parmi ces beautés professionnelles » figure M. X, un chanleui qui entretient des relations intimes avec un autre uraniste Y Les autres uranistes vont donc faire tout leur possible poui brouiller X avec Y. Z par exemple cherchera par tous les moyens à acquérir les faveurs de X, et, pour réveiller let soupçons ou la jalousie de celui-ci, il n'hesitera pas à lui insinuer que Y entretient des rapports intimes avec d'autrei hommes. Et si malgré tout cela Z n'arrive pas à son but, i n’hésitera pas à recourir à un moyen très usité parmi lef uranistes et qui consiste à menacer X de le traiter publiquement de pédéraste.
Je tiens é rapporter une scène de jalousie qui me fut racontée par A, l’uraniste dont il a déjà été question. A, qui entretient depuis longtemps des relations intimes avec B, vint la trouver, un jour qu’il avait appris que B avait reçu la visite d’un uraniste G et accepté les cadeaux que celui-ci lui avait offerts. En entrant chez B, A très surexcité lui demande s'il est vrai qu’il a accepté le cadeau de G. B affirme que non. Alors A, tirant un couteau de sa poche : « Tu as bien fait, dit-il, de ne pas accepter de cadeaux, car autrement je t’aurais poignardé avec le couteau que j'ai apporté dans cette intention ». A, qui est d’un naturel très impressionnable, m’a affirmé qu’un jour sa jalousie le poussera certainement à l’assassinat.
Get état de surexcitation morbide consécutif à la jalousie peut se rencontrer chez des individus d’ailleurs très honorables et honnêtes. La passion aveugle l’uraniste aussi bien que l’homme normal et peut les pousser tous doux au crime. C’est avec raison qu’Euripide fait dire à Hélène, dans les Troijennes.
.... Jupiter
Dont la puissance d*pa«se celle des autres dieux,
Est soumis et vaincu par l'amour.
L INVERSION SEXUELLE
La scène suivante montre jusqu'où peut aller la jalousi» des uranistes.
Un certain D a des rapports sexuels avec E. Lorsque D accompagne E à sa porte et que ce dernier ne veut pas que D monte chez lui, D est pris de soupçons et suppose que E attend un autre homme. Il reste alors toute la nuit à surveiller la maison de E pour voir si quelqu'un vient chez lui. D'un autre coté, quand D veut s'absenter, il lui faut prendre toutes les précautions possibles pour ne pas éveiller les soupçons de E. Si D cause tant soit peu avec un homme, E est convaincu que l'homme est un uraniste qui veut lui prendre son ami : il lui fait alors une scène de jalousie, et exige la promesse de ne pas revoir souvent le même homme.
Un autre uraniste F, qui entretient des rapports avec G, regarde volontiers les Jiomines ; G, qui est très jaloux, le gratifie souvent de gifles; mais F soutient que les coups qu'il reçoit lui sont agréables puisqu'ils lui montrent l'amour ' de G ».
A côté de l'amour passionné, la jalousie des uranistes s'explique encore par la disposition nerveuse de ces individus. L'idée que l'homme aimé le trompe peut devenir pour l'uraniste une véritable idée de persécution qui de plus en plus s'enracine en lui. le privant d'appétit, de sommeil, lui ôtant le goût du travail. Je connais un cas où la jalousie altéra tellement le caractère d'un uraniste que sa famille appréhenda l'éclosion d'une maladie mentale.
Tarnowsky soutient que, chez les uranistes qui éprouvent
> Dans 1 ' « Anthropologie in pragnutischer Hinsicht > Kant rapporte dea faits analogues dans l’amour. « On tient ordinairement pour une fable l’ancienne légende russe, d’après laquelle les femmês qui ne sont pas battues de temps en temps croient que leurs maris les trompent. Mais Cooke rapporte 13 ans ses vovages qu’un jour un matelot anglais, vovant un Indien battra sa femme, lui dit de la laisser tranquille. La femme invectiva alors l’Anglais en lui disant que cela ne le regardait pas, etc. ».
l’iNVEBSION SEXI'EIXB
un amour malheureux pour un homme normal la jalousie s’exerce surtout contre les femmes qu'ils considèrent comme des rivales. Je n’ai pu constater cette jalousie chez les uranistes, mais j’admets qu’elle puisse exister.
L’homme normal n’aime pas de la même façon toutes les femmes et si son amour est profond, il se sent attiré vers telle ou telle femme avec laquelle il entretient des rapports tautùt passagers, tantôt durables, comme dans le mariage par exemple. Le même phénomène existe chez l’uraaistc qui très souvent se sent attiré soit vers une catégorie d’hommes, soit vers un seul homme auquel il garde sa passion pendant des années. Il me parait même que les uranistes sont encore plus électriques que les hommes normaux. Chez l’homme normal la passion pour une femme peut le rendre impuissant envers toutes les autres femmes, le même phénomène existe quelquefois au même degré chez l’uranisle. Toutefois un grand nombre d’uranistes sont plutôt polj'games; ils ont des rapports tantôt avec un homme, tantôt avec un autre, et ne s’attachent pas pour longtemps à la même personne. Par contre l’uraniste monogame reste longtemps avec sa « connaissance » qu’il trompe du reste assez volontiers quand l’occasion se présente.
Certains uranistes exigent chez les hommes qu’ils aiment certaines qualités ou certains avantages.
Un grand nombre d’entre eux ne peuvent pas avoir des relations sexuelles avec d’autres uranistes. Un individu m’a déclaré que les uranistes savent fort bien cela et que
> Un grand nombra d’uranistes se trouvent attirés vers des hommes Bor> maux et éprouvent de l’aversion sexuelle pour les autres uranistes.
L INVEHSION SEXl'ELU
souvent ils sont obligés, pour ne pas dégoûter l'homme qu’ils aiment, de lui cacher leurs dispositions. Plus d'une fois il arrive à l'uraniste d'avoir des rapports avec des hommes qu'il ne sait pas posséder les mêmes tendances que lui ; mais, du moment qu’il s’aperçoit de son erreur, soit qu’il en fasse la découverte spontanément, soit que l’homme lui avoue son caractère, aussitôt tout rapport sexuel ultérieur lui devient impossible, toute excitation faisant défaut. On doit même admettre que c’est l’idée, la représentation de l'homme, qui excite l’uraniste ; de sorte qu’aussitôt qu'il s’aperçoit de l’effémination de l'homme aimé — et l'uraniste n’est en réalité autre chose qu’une femme — toute excitation tombe.
Mon impression est que la grande moitié des uranistes préfèrent avoir des rapports sexuels avec des hommes normaux. Un uraniste m’a avoué qu’il se sentait principalement attiré vers les hommes qui courtisent les femmes, seulement qu’il n’osait jamais leur faire des propositions Mais, comme nous l’avons dit, d’autres uranistes no peuvent littéralement pas avoir de rapports sexuels avec leurs semblables; il leur faut des hommes normaux, et c’est ce qui explique le développement qu'a pris dans ces derniers temps le demi-monde masculin des grandes villes, composé en majorité d’hommes normaux exigeant de r argent pour leur complaisance. Pour montrer jusqu'à quel point les uranistes se sentent attirés vers la virilité *, il nous suffit de citer ce fait qu’ils préfèrent les hommes qui possèdent un membrum virile permagnum. V. Krafft-Ebing rap-
■ L«8 hommes normaux sont désignés par Vh'ichi sous le nom de dionUtet dérivé de Dione (t. p. 6).
*Mais il y a des exceptions. Du moins les empereurs romains et, aujour*, d'hui, les gens riches du Maroc, préfèrent avoir des rapports «vec des garçons châtrés (v. p. 30). Peut-être l'émasculation conserve t-elle Pindividu plus longtemps jeune. On peut trouver un phénomène analogue dans l'amoiif de certaines femmes pour les châtrés, fait dont il fut question dans l’an' cienne Rome et en Orient.
l'inversion sexuelle
porte l’histoire d’un uraniste qui dès le début ne pouvait avoir de rapports avec des individus ayant les mêmes dispositions que lui, mais qui pouvait accomplir l’acte sexuel avec des uranistes dressés ou des hommes normaux.
La possession morale de la personne aimée, son amour purementspiriluel, sont bien plus rarement recherchés par les uranistes que la possession physique. Mais le fait existe. Ce désir de l'uraniste rencontre des diflicultés considérables, non seulement d’ordre social, mais tenant aussi à ce que l’uraniste aime un homme normal et que celui-ci ne donne pas son amour à un homme. L’impossibilité de réaliser leur désir est pour un ^rand nombre d’uranistes une source de tourments et de désespoir. Comme me l’a dit un vieil uraniste, quand même la chose parait impossible on continue toujours à se bercer d’illusions et à espérer d’être un jour aimé par un homme normal.
La question d’ùge dans les rapports entre uranistes n’a pas été présentée sous son vrai jour. J. B. Friedreich * croit que, parmi les pédérastes, c’est l’individu le plus âgé qui memlrum immillit in anum juvenis. Mais le fait est loin d’être constant, 'fous deux ont souvent le même âge ; d’un autre côté, dans la pédérastie, c’est quelquefois le plus âgé qui joue le rôle passif. L’erreur provient de ce que, en Grèce, l’amour se pratiquait entre un homme d’un certain âge et un garçon, entre le maî-« tre et le disciple par exemple. Pourtant, môme cheis les anciens Grecs, on trouve de nombreuses exceptions â cette règle et, nous l’avons vu en parlant des personnages historiques de ce pays, des relations du môme genre existaient souvent entre jeunes gens. Les mêmes conditions se retrouvent aujourd’hui dans les lycées et les collèges, et principalement dans les pension-
I J, B, FrUdretch, Handbuch der gerichtsartziiehen Praxis. Ratisbonnf 1843, Vol. I, p. Î72.
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nais de jeunes gens, si j’en crois plusieurs uranisles. Toutefois il parait que dans l’ancienne Grèce les garçons et les jeunes gens étaient préférés. 11 ne faut pourtant pas se méprendre sur le sens du mot garçon ; nous employons cette expression comme traduction du mot grec Ordinairement itiT« désigne un garçon déjà assez grand, et chez les auteurs Grecs de nombreux passages nous apprennent que le temps le meilleur pour la pédérastie est l’époque comprise entre la puberté et le moment où la barbe commence à pousser; ce qui correspondrait à l'âge compris entre 15 et 18 ans. Il ne faut pas se laisser induire en erreur par ce fait que souvent le mot «ïî! sert aussi à désigner des garçons plus jeunes. Du reste, il n’est pas rare de rencontrer encore aujourd’hui des uranistes qui, nu point de vue de l’age de la personne qu’ils aiment, ont les mêmes goûts que les anciens Grecs. C’est ainsi qu'un étudiant que je connais aime surtout les garçons de 14 à 16 ans : les hommes barbus lui sont antipathiques et provoquent chez lui plus de dégoût sexuel que la femme.
Mais, d'un autre côté, nous voyons qu’ordinairement l’uraniste adulte ne se sent attiré que vers des hommes complètement formés, vers des adultes. Il paraîtrait qu’avec les siècles qui se sont écoulés, les goûts ont changé : si les anciens Grecs aimaient les garçons, aujourd’hui les garçons jouent ut rôle moins important dans la pédérastie. V. Krallt-Ebing insiste sur ce fait que les uranistes adultes n’attirent jamais des individus non-adultes, contrairement aux libertins qui, eux., recherchent les jeunes garçons. Mais le cas n’est pas général, et il me parait qu'ici encore il existe des anomalies qui sont encore plus pathologiques que les sensations sexuelles anormales. De même qu’il y a des hommes qui, par suite d'une disposition morbide, se sentent attirés non pas vers la femme, mais vers la jeune fille impubère, de môme il
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existe des uranistes qui préfèrent avoir des rapports avec des garçons plutôt qu'avec des hommes murs.
Il est très curieux d'observer qu’un grand nombre d’uranistes se sentent attirés vers des hommes plus âgés à mesure qu'ils vieillissent eux-mômes ; ils demandent, pour leur satisfaction sexuelle, une sorte d’égalité d’âge ; un garçon de 8 ans va avec un autre garçon de 8 ans, un uraniste de 20 ans se sent attiré vers un jeune homme de 20 ans, et ainsi de suite. Beaucoup aussi, qui arrivent a la vieillesse, reprennent alors leur goût pour les jeunes garçons : et d'autre part, on observe souvent que tes garçons se trouvent attirés vers les adultes.
Les goûts de chaque uraniste sont du reste assez variables. C'est ainsi qu'un individu âgé, de religion chrétienne, ei très blond, n'aimait que tes garçons juifs n'ayant pas dépassé l’âge de 16 ans. Je connais un autre uraniste qui n’aime quo les ouvriers, un autre encore qui n’est attiré que par des hommes en loques ; l’un aime les bruns, un autre les blonds. Un grand nombre ne peuvent avoir de rapports qu'avec des hommes portant la barbe. Un uraniste m’a déclaré qu’il préférait les hommes qui portaient toute leur barbe, qu’il lui était toutefois possible d’entretenir des relations avec des hommes qui ne portent que la moustache, mais qu’un homme qui n'avait ni barbe ni moustaches ne pouvait lui procurer aucune satisfaction.
Il faut encore mentionner le goût particulier de l'uraniste pour les militaires, surtout pour ceux qui servent dans la cavalerie, goût qui rappelle fort bien celui de certaines femmes pour l’uniforme et l’épaulette. Chez quelques uranistes ce goût va si loin qu’il leur est impossible d’avoir des rapports avec des civils.
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La façon dont l’uraniste satisfait son désir dans l'acte sexuel varie suivant l'individu. Le genre de satisfaction que chacun choisit dépend de plusieurs causes parmi lesquelles l'imilation et le mauvais exemple jouent un rôle assez considérable. H n’est pas encore démoiilré que les uranistes préfèrent un certain coït particulier { immissio membri in os, par exemple ) au contact simple des deux corps. Pour l’état normal, nous admettons que le désir est dirigé vers le coït, c’est-à-dire vers Yimmissio membri in vajinam, .Mais je crois que dans ces cas, comme dans les sensations sexuelles anormales, l’imitation, le mauvais exemple, font choisir telle ou telle forme do satisfaction do l'instinct sexuel. Un homme qui a des rapports avec une femme peut se contenter peutêtre, pour un certain temps, d’appliquer mernbrum siiutn ad corpus leminæ *. Malheureusement il est très difllcilc de répondre à cette question. J’ai pensé à un moment donné en trouver la réponse dans l'étude d’enfants élevés loin de la société et dans un état approchant celui d’une véritable sauvagerie : ces éludes ne m’ont permis d’établir aucune conclusion, t'e qu’on sait de ces enfants c’est que, lorsque plus tard ils reçoivent une certaine culture intellectuelle et vivent parmi les hommes, on trouve chez eux une anesthésie du sens génital.
Je crois même que la façon dont les uranistes cherchent la
1 K. r. TIartmann considère, dans m Pliüoaophio de rineonscient, la coU normal (coTlu« per vaginani) parmi Ips instincts bén'ditafres de rhommo. L'influence de l'inconscient se manifeste dans l'adaptation drs organes génitaux et leur utilisation normale. En admi-tUnt que ce soit vrai, on voit que M tactrur n’existe pas dans l'uranisme où l'instinct dd la propagation de l'espèce n'intervient ni consciemment ni inconsciemment. Ce qui joue no rôle dans le choix de l'acte, c'est l'intensité de l'excitation, et sous ce rap port il faut donc compter avec l'expérience. Si, dan<< ces conditions, où l'instioct de propagation manque, on s'adresse h des mojens de satisfaction peu communs, ceci n'a rien d'ètonnant et s'observe quelquefois dans l’amour normal, quand la grosteue de la femme met un obstacle au eoU or<lt* naire.
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satisfaction de l’instinct sexuel varie avec les temps et les lieux. Ainsi je suis convaincu qu'à l'époque où Tardieu écrivait son livre, la pédérastie était plus fréquente à Paris qu'elle ne l'est maintenant à IJerlin.
Le cas suivant nous montrera par quelles phases a passé un uraniste dans la satisfaction de ses désirs sexuels.
X., âgé de 30 ans, artiste bien connu, fait remonter ses habitudes à sa plus tendre enfance. Les premières idées d’ordre sexuel lui vinrentàl’ùgede 10 ou 11 aus ; un jeune homme Y lui prit la main et la mit d'abord dans son pantalon et ensuite sur ses parties génitales. L’attouchement des organes génitaux ou des poils de Y, même leur simple contemplation, provoquait chez X une sensation voluptueuse. Plus fard, il éprouvait un désir constant de regarder les organes génitaux des hommes, sans toutefois se rendre bien compte do ses sensations. Lorsqu’il devint plus grand, le contact avec le corps d’un homme, provoquait chez lui des sensations agréables, mais n’éveillait pas encore d’autres idées. Plus tard il aima à presser scs joues contre les joues de ses camarades et, quelque temps après, à se coucher sur le corps de l’un d’eux. 11 resta ainsi juseju’à l'âge de 20 ans sans faire autre chose, et sans penser que ces attouchements pouvaient provoquer chez lui l’éjaculation. Ce n’est que vers cette époque que, se trouvant couché dans le même lit avec un de ses amis, corpus membrumqiic suuin apprimens ad corput ainici, il eut une éjaculation suivie de sensations voluptueuses. C'est ce fuit qui ouvrit les yeux à X. Jamais il n’avait pratiqué la masturbation, seulement la nuit il avait des rêves voluptueux se rapportant toujours à des hommes, et suivis do pollution ; dans le jour il n’a jamais eu de pollutions. Jusqu’à présent X ne croit pas pouvoir se satisfaire autrement. L'immissio membri in amim lui répugne ; ce qui lui procure la plus grande jouissance c’est apprimere
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membrum : son compagnon incumbit ipseque succumbit.
Au point de vue physiologique, on observe chez l'uraniste la même succession de phénomènes que chez l'homme normal, à savoir l'érection et l'éjaculation s'accompagnant de sensations voluptueuses. On m'a dit pourtant que certains uranistes ne vont pas au-delà de l'érection. Comme exemple |e pourrais rappeler l'histoire que je viens de rapporter où, chez l'individu en question, tout se bornait, jusqu'à l’âge de 25 ans, à une érection qui lui procurait des sensations agréables. On comprend que l'érection n'ait même pas besoin d'èlre complète pour que le coït ait lieu, car souvent membrum in cavum non xmmiltilur. Quoi qu'il en soit, chez l'uraniste comme chez l'homme normal, l'érection précède l'éjaculation, les processus physiologiques restant identiques.
On admet généralement * qu'entre uranistes le coït se pratique de façon que unus membrum siium in anum allerius immiltit. Ce genre de coït est encore désigné plus spécialement sous le nom de pédérastie. 11 ne faudrait pas croire cependant que ce mode soit fréquent. Certains auteurs, V. Krafft- Ebing par exemple, sont même d’avis que le coït pratiqué de cette façon ne s’observe que chez des hommes dépravés. Je ne le pense pas, si je m’en rapporte à ce qui m’a été ra-
' Si en parlant de pédérastie je roulais suivre l'exempte de ta plupart des auteurs, j'aurais dû « m’excuser » devant le lecteur d'aborder un tel sujet. Je ne pense pourtant pas qu'on puisse passer oette question sous silence quand on aborde l'étude de l’inversion sexuelle, et je laisse uu lecteur le •oin de se prononcer sur ce qui suit dans ce chapitre. Je voudrais pourtant làire observer que le coU normal avec la Icmme est un proces.sus non moins épngnant, et nt^aninoins on est souvent oblii'é de lo d'^crirn
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conté. Il est certain pour moi que la pédérastie se rencontre encore asse^ fréquemment à Berlin, sans qu’il puisse être question d'immoralité, et que les pédérastes sont plus nombreux parmi les aristocrates que parmi les prolétaires Je dois pourtant dire que les uranistes chercbenl rarement à satisfaire leur passion de cette façon. Du reste, dans la pédérastie, l'individu cherche rarement à immiUere membrum in rectum allerius : au contraire, chez un grand nombre d'uranistes, l'immissio membri alterius in anuin proprium provoque la jouissance cherchée, et l'uraniste passif a dans ces conditions une éjaculation. Pour masquer un peu le côté répugnant de l'acte, quelques uranistes anuni odoribus imbuunt : membrum interdum oleo in/ricant, ut facile penelret in anum ; eodem modo prohibent ne fœces membro adhæreant. 11 arrive aussi que anus inslrunicnto dilalalur, ul membrum immilti possit. Sæpe pæderaslia ita fil ul, eodem tempore quo A immiltil membrum in anum D,A circumeludit manu membrum B, ut eum manustupret, dum ipse ejaculat semen in anum.
Je crois erronée cette opinion de Tarnowsky, que chez tous les pédérastes acquis, l’érection est suivie très rapidement d’éjaculation, de sorte quo l’acte ne dure que fort peu de temps.
Je tiens à dire encore une fois que ce genre de co'it est très rare parmi les uranistes. On pourrait m’objecter que la plupart des uranistes ne l’avouent pas, ne fùt-ce que parce que la pédérastie est punie par les lois et qu’ils craignent d'étre dénoncés aux autorités. Cette objection n’en est pas une, car les uranistes m'ont raconté les autres espèces de coït qu'ils pratiquent et qui sont aussi répréhensibles que la pédérastie.
Les hommes qui ont une tendance à la pédérastie passive se masturbent souvent dès leur plus tendre jeunesse ;
* U. N. N. ne le pense pas. Pour lui» la pM^rastie est très rare parmi lea uranistes et s'observe également dans toutes les classes de la société.
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Bculement, au lieu de se froUer le membre, ils s’introduisent ordinairement dans l’anus et le rectum un objet quel conque.
La pédérastie donne souvent lieu à la formation d’ulcérations rectales fort importantes au point de vue médico-légal. De même la gonorrhée du rectum peut en résulter*.
Disons encore que, lorsque la satisfaction génitale est cherchée par iminissio meinbri in anum, la dépravation y joue toujours un certain rôle’.
Comme nous l’avons dit, on désigne généralement en Allemagne sous le nom de pédérastie Yimmissio membri in anum d'un individu du sexe masculin. Dans cet acte, l’un est actif, celui qui immiltil, YnnUe passif, in cujus anum immittilur. La plupart des auteurs séparent très nettement la pédérastie active de la pédérastie passive, en admettant que, lorsque des relations de ce genre existent entre deux individus, l'un est toujours actif, l’autre passif. Coflignon, qui a très bien étudié cette question à Paris, partage cette opinion et croit que, dans l'amour homosexuel, cette séparation est bien plus nette et plus tranchée parmi les hommes que parmi les femmes. Je crois pourtant qu’elle est au moins aussi bien tranchée, si ce n’est davantage, chez les femmes que chez les hommes. Celui qui joue le rôle passif est souvent désigné BOUS le nom de Cynède ; mais ce mot est surtout employé pour désigner les pédérastes passifs qui se font payer. Du reste, Mantegazza se sert du mot C.inedi pour désigner les pédérastes actifs et réserve le mot Patici pour les passifs. Jecon-
* Je me rappelle avoir observé, ^tant #»npore étudiant, un ca^ de gonorrhée du rectum el du gros intestin ; le diu it''' ic était bas'* sur la forinc en en ton* noir de l’anus du malade, lorme qui petMi liait de conclure à 1a pédérastie |»a.*sive.
* il*fHt-b-dire que le dépravé esl ce ui r/ut immittit. Celui tn eufus anum fuiuiiftitur possédé souvent une prédispoailion morbide sur laquelle noua reviendrons encore.
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nais plusieurs cas où cotte séparation entre les pédérastes actifs et passifs n’était pas très rigoureuse, et ces cas sont d’autant plus Importants à connaitre que la pédérastie est en somme assez rare. Nous avons déjà vu qu'il existe dos uranistes qui ne sont que des pédérastes passifs et qui utilisent l’érection d'un autre uraniste pour leur satisfaction personnelle. Ce serait une erreur que de croire, avec certains auteurs, que le pédéraste passif est [ilus elTéininé que le pédéraste actif, et qu’il se comporte toujours envers ce dernier d’une façon toute passive, comme une femme. Voici un exemple qui vient à l'appui do ma thèse. Un uraniste X. entretient dos rapports avec un autre uraniste Y., et joue dans ces relations un rùle passif ; pourtant c’est X. qui est actif, en ce sens qu’il aime membrum snum in os alterius immillere, tandis que Y, qui membrum in anum immillil,esl tout à fait passif. Y aime que X membrum siium in os immillet, et a alors une éjaculation ; et pour cela Y n’a même pas besoin do frictions au membre.
11 n’est donc pas étonnant que, dans un grand nombre de cas, le pédéraste passif seul obtienne satisfaction, le pédéraste actif n'allant pas plus loin que l'érection par cette raison que l’acte ultérieur ne correspond plus aux sensations et aux penchants de l'individu.
On peut donc admettre qu’un grand nombre d'uranistes restent passifs pendant toute leur vie sexuelle. C’est ainsi qu’Ulriebs admet que l’uraniste aime plutôt être embrassé qu’embrasser, contrairement à ce qui s'observe chez l’homme normal.
J’ai déjà dit plus haut que, dans un grand nombre de cas, le genre de satisfaction recherché par l'uraniste dépend de la dépr.avation et d’autres causes analogues. Cette observation ne doit cependant pas être généralisée. Je pense notamment que la tendance à la pédérastie passive, dans un grand nombre de
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cas (lu moins, nest pas due à la dtipravulion. J'admets plulàl que la teudauce à la pii-dérastio passive est favorisée par une prédisposition particulière de l'individu. Peut être s'agit-il dans ce cas d'un phénomène analogue à celui qu’on rencontre dans la flagellation, dont il sera question plus loin, et dans laquelle les coups donnés sur les fesses provoquent chez l'homme hétérosexuel l'excitation génitale qui lui permet d'accomplir le coït. De même le pédéraste passif, outre son penchant pour l'homme, a besoin, pour qu’il y ait satisfaction complète, d'une irritation particulière des nerfs do l'anus et du rectum, qu’il n'obtient que par un rapport avec un autre homme.
Une autre espèce de coït bien plus fréquente est l’immissio pénis in os viri dilecti. Cet acte peut s'accomplir de diverses façons. NonnuUi imrniltunt lolum membrum in os alterins, ut non solum glans includalur ; alii solian glandem immiliuiU ut lingua et labris allerius tangalur, dum meinbri altéra pars manrt extra cavi/rn oris ; sæpe hæc pars eodem tem. pore circumcluditur manibus viri dilecti.
Ici encore il existe des uranistes qui préfèrent le rôle passif, qui n'aiment que membrum allerius in os propriitm suscipere, et qui n’ont môme pas le désir membrum proprium in os allerius immitlcre. Le premier de ces actes suflit pour provoquer chez eux l'excitation sexuelle, .\ussi, quand un de ces uranistes passifs a des rapports avec un autre uraniste actif qui membrum immittit, la jouissance existe chez les deux et quelquefois l’éjaculation et l’orgasme consécutii surviennent simultanément chez tous les deux. Mais, dans certains cas, il n’en est plus de même, notamment lorsque tous deux profèrent le rèle actif. Chez certains uranistes membrum allerius in os proprium suseipere ne provoque aucune e.xcitation ; ils le font pourtant à charge de revanciie.
L’éjaculation n'a pas lieu in os allerius, car le plus souvent
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membritm extrahitur eodem iempore quo ejaculalio incipit. Chez quelques uranistes la perversion va pourtant assez loin pour qu'ils exigent non soliim immissio tnembri sed etiam ejaculalio seminis allerius in os proprium. Un individu, occupant une position sociale assez élevée, m'a mémo raconté que sa passion principale consiste à semen allerius ejaculatum in os proprium devorare. Il existe aussi des cas où celui qui ejaculavil semen in os allerius vult ut hic semen devorcl. Ces cas me paraissent pourtant très rares.
Disons encore une fois que l'immissio membri in os est infiniment plus fréquente que la pédérastie. Celui qui suscipit membrum porte le nom de fellator, mot qu’on rencontre déjà chez Martial et qui servait chez les anciens à désigner les enfants et les esclaves élevés spécialement dans ce but. L’opinion de Tarnowsky, d’après laquelle le pédéraste devient fellator et se met avec un fellator dans le seul but de prolonger l’acte et la jouissance, n’est pas soutenable. 11 faut plutôt admettre qu'il existe des uranistes qui ne peuvent être satisfaits que de cette façon et chez lesquels l’acte en question provoque dès le début la plus vive excitation.
Dans un grand nombre de cas le coït est pratiqué de telle façon que unus juxta allerum cubel ; unus ponit membrum inter femora allerius et membra fringunlur usque ad ejaculalionem. Cet acte est désigné en France par le verbe « enfesser » (Tarnowsky). D’autres se couchent simplement l’un à côté de l’autre mcmbmmque applicanl alicui parti corporis allerius. Il arrive aussi qu’un uraniste semen éjaculai in axillam viri dilecti, et celui-ci, pour augmenter encore l’excitation, brachium corpori apprernil. Mais la forme la plus fréquente du coït est l’onanisme mutuel, dans lequel chaque uraniste membrum allerius manu fringit usque ad ejaculationem. La masturbation est dans ce cas pratiquée soit simultanément. ' >iénarémpnt e* tour de
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rôle. Du reste, l’excitalion peut être assez vivo chez le masturbateur pour provoquer ciicz lui l’éjaculation sans contact proprement dit, ou à l'occasion d'un contact accidcndel. Les uranistes pratiquent la masturbation mutuelle staiiles, vel ciua/iies, raro sedenlcs. Dans la masturbation mutuelle ou slinnlc de A par D, quelquefois manus masUtrbanlis vaselino vel oleo linilur.
Certains uranistes se font du reste masturber par des hommes normaux. Ce fait est parliculièrenient fréquent dans ce demi-monde masculin dont il a déjà été question. Ici il n’y a pas masturbation mutuelle, puisque l’un des deux est un homme normal, qui par conséquent se sent attiré vers la femme et n’éprouve pas d’e.xcitation par son contact avec l'uraniste. Certains uranistes cherchent pourtant à ce que leur compagnon accidentel aboutisse également à une éjaculation. Ils s’adressent alors à des individus normaux qu’ils paient ; mais ils les obligent, avant do se prêter au coït, de s’habiller en femmes.
Un grand nombre d’uranistes cherchent et trouvent leur satisfaction dans l’onanisme, surtout quand ils n’arrivent pas à établir des rapports avec d’autres hommes. C’est principalement le cas des homosexuels habitant les petites villes. L’onanisme s’explique encore par d’autres causes, telles que le manque d’argent, la crainte de la loi, la pudeur, etc.
Quand un homme normal s’adonne à la masturbation, il pense ordinairement, pendant l'acte même, aune femme; de même l’uraniste, dans des conditions analogues, évoque l’imago do l’homme aimé. Souvent, dans un but d'excitation, les iii anistes possèdent des figures, des dessins anatomiques des organes génitaux de l'homme, qui pour eux sont aussi excitants que les images de femmes nues pour les hommes normaux.
Un uraniste, dont I histoire est rapportée par V. Krafl't- Ebing, pratiquait la mastuibation d’une façon très smgu-
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lière. Comme il no trouvait pas d’amant, il se mettait devant une grande glace, et se masturbait en se regardant ; mais en mémo temps il pensait qu’il lui serait bien plus agréable d’avoir un vrai amant. L'n autre malade de V. Kral7t-Cbing disait qu’à l'âge de 13 ans in os propriiim membrum suum suscipere potuil' en s’inclinant i'orlemeut,et l’acte se terminait par une éjaculation.
11 faut savoir que l’uraniste no cherche pas à se satisfaire toujours de la même façon et qu’il varie souvent sous ce ra[v port. Ceci n’a rien d’étonnant, puisque le but* du coït normal fait dans ces conditions complètement défaut. Chez un grand nombre, le mode do coït varie avec l’âge.
Parmi les modes de satisfaction sexuelle, le plus curieux est celui où le contact du membre avec le corps d’un autre homme n’est pas nécessaire. Quelques-uns ont des érections suivies d’éjaculation en embrassant simplement l’homme aimé. Il y en a même auxquels il suffit de toucher l’homme aimé pour voir se dérouler tous les phénomèmes physiologiques de la jouissance sexuelle. Enfin, on trouve des uranistes qui ont des éjaculations rien qu’à contempler dans sa nudité l’homme aimé. Dans ce dernier cas, c'est la vue du membre viril de l’homme aimé qui joue le rôle principal.
Les cas dans lesquels la satisfaction sexuelle a lieu sans contact corporel proprement dit rappellent un peu le « coït idéal » décrit par Hammond et qui, je puis l’affirmer, existe aussi à Berlin. C’est là un processus très singulier, qui exige une grande puissance d’imagination. J’ai entendu parler d’un peintre “ X, dont les désirs sexuels se satisfont de cette façon. Voici ce qui se passe : X s’assied en face d’une jolie femme,
1 D’après N. N.» un grand nombru d'uranistes se vantent d’y arriver; U eroit pourtant que souvent cc n’est chez eux qu’une espèce de vantardise
* C’est*îi-dire la reproduction.
3 Le peintre en question a raconté son cas au Dessoir k qoi je dois de le connaître.
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bien mise, et il se ligure qu’il est en train de coïter avec elle ; celle représentation mentale, s’ajoutant à l’impression très réelle produite par la femme, est si puissante que X entre en érection et éjacule sans frictionner son membre. Ce coït imaginaire satisfait X mieux que ne le ferait un coït réel.
Il est probable que la simple masturbation donne naissance à une névrose du système génital, grâce à laquelle le fait d’embrasser, de toucher et même de regarder un homme, suffit pour provoquer l’érection et l’éjaculation. Mais ces névrosés ne trouvent pas de satisfaction dans cet acte sexuel ; ils se plaignent d’éprouver une jouissance peu intense, et il s’agit là très certainement d’un état qui n’est pas sans analogie avec l’impuissance de certains individus vis-à-vis de la femme.
Il est aussi difficile d'apprécier chez l’uraniste que chez l’homme normal la fréquence des rapports sexuels. On tronve des variations très nombreuses suivant les individus ; tandis que, par suite d’une hyperesthésie, quelques-uns accomplissent cet acte souvent plusieurs fois * dans les 24 heures, d’autres ne le font que tous les Sou 15 jours ou même à des intervalles plus éloignés. Kntre les deux extrêmes il existe bien entendu des transitions multiples.
Il est difficile de dire s’il existe des uranistes chez lesquels la vie sexuelle n’existe pas, c’est-à-dire qui ne pratiquent pas la masturbation et n’ont pas de rapports avec des hommes. Je ne connais pas un seul cas de ce genre parmi les uranistes ; le fait est pourtant possible, puisque parmi les hommes normaux on en rencontre qui, dans le plein épanouissement de leurs forces, n’ont pas encore eu de rapports avec des femmes et n’ont pas pratiqué la masturbation.
t Sous 06 rapport, on trouve les marnes faits que chez les hommes nor* mauz, c'esUù-dire la vantardise et l'exagération au point de vue de la fré» quence des rapports.
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Les rêves érotiques des uranistes portent toujours sur des hommes et s’accompagnent souvent, comme chez les hommes normaux, de pertes séminales et de jouissance.
Dans presque tous les cas d'inversion sexuelle, le membrum alterius est l’élément principal d’excitation ; il parait même que le membre viril excite plus vivement l’uraniste que ne pourraient le faire les organes génitaux de la femme pour l’homme normal. C’est ainsi qu’un uraniste que je connais y trouvait une telle volupté qu’à l’âge de 10 ans il se levait la nuit, s'approchait du lit d’un de ses camarades qui couchait dans la même chambre que lui, et soulevait les couvertures pour pouvoir contempler à son aise la nudité de son ami. Il entrait alors dans une érection violente qui s’accompagnait de sensations voluptueuses. En même temps il tachait de ne pas réveiller son ami, et à la moindre alerte courait à son lit, de crainte d'être découvert.
Legrand du Saulle a rapporté le cas d’un étudiant qui avait un penchant extraordinaire pour les hommes, de même que pour les statues représentant des hommes nus. Sa jouissance la plus grande consistait à examiner le pénis d’un homme urinant ' à côté de lui. 11 est évident qu’il s’agit là d’un cas qu’on no rencontre pas souvent. Dans les kiosques
i n est évident qne Turaniste en question était excité* non pas par Tacto d'uriner, mais par l'aspect du membre. Il est curieux d'observer qu'un grand nombre d’uranistes éprouvent de la volupté* non-seu’ement k regarder !•' membre d’un autre homme, mais aussi k montrer le leur. M. N.N. a attira mon attention sur ce point. Il est difficile de dire en quoi consiste cette yo> lupté. Dans tous les cas, un grand nombre d'uranistes éprouvent une grande jouissance k se montrer tout nus ou k montrer seulement leurs organes génitaux à d'autres uranistes ou k des hommes normaux. Ceci rappelle beaucoup exhibitionnistes que nous connaissons déjk par la littérature et qui exhibent leurs organes génitaux devant les personnes d’un autre sexe. Lasséffue, $chu~ rhardt, Liman^ Pelanda et autres, en ont rapporté des exemples nombreux. V. KrafTl-Ebing a aussi publié sur cette question un chapitre suggestif dans sa s Psychopatbia aexualis » CS. 2923.
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d'utilité publique on voit souvent des hommes tixer les organes génitaux de ceux qui sont à côté d'eux. Ces endroits sont particulièrement recherchés par les uranistes. Charcot et Magnan rapportent le cas d'un individu de ce genre qui se mettait sur un banc, au bord d'une rivière, et contemplait la nudité des hommes qui se baignaient. Il restait là sous prétexte do prendre des croquis’.
Les uranistes ne recherchent pas exclusivement l'acte sexuel proprement dit ; ils éprouvent également du plaisir à s'embrasser, à se baiser. Quand ils se donnent des baisers, c'est dans le même but qu'un homme et une femme; l'excitation produite par le contactus liinjuarum existe chez eux comme chez l'homme et la femme normaux.
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