LA PROSTITUTION MASCULINE
Le besoin do satisfaire aux instincts sexuels normaux a donné lieu au développement, dans la société, d’une classe spéciale de femmes qui distribuent leurs faveurs pour de l’argent. De même, les tendances homosexuelles des uranistes ont amené certains individus à constituer une classe analogue recrutée parmi des hommes. L’origine de cette prostitution masculine remonte très haut. Eschinc blâmait déjà la pédérastie, dans laquelle un homme se prostitue pour de l’argent, et Hug cite un passage du banquet de Platon qui prouve qu’en amour les rapports entre les parties ressemblaient beaucoup à ceux que fait naître un contrat de vente.
Dans une de ses élégies, Tibulle se plaint de l’infidélité du jeune garçon auquel il avait donné des cadeaux pour prix de ses faveurs. Aujourd’hui encore la prostitution masculine est très répandue, et nous possédons sur cette question de nombreux documents' pourbeaucoup de grandes villes de l’étranger.
* Voyez sous ce rapport : Tardieu ('Ëtude mMico-K^f^ale sur les attentats aux mceur8),qui fut puissamment aidé dans son élude par C, Busserof/es^un agent des mœurs d‘une grande habileté, et par CarNer, ancien chef de la
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l’iNVEKSION SEXIEI.LE
Parmi les travaux récents on peut citer celui de Coffi^non qui donne des renseij:neinents précieux sur la prostitution masculine à Paris. Dans cette ville, les lioinmes prostitués, connus sous le nom de petits-jésus, ex[doitent les hôtels où descendent de riches étrangers et où ils cherchent à se placer comme grooms. Au bout de quelque temps, le groom en question arrive à se créer une certaine clientèle. A des époques fixes, les clients viennent à Paris pour satisfaire leur passion en compagnie du groom. D'après un malade de V. Krafft-Ebing, la prostitution masculine existerait dans toutes les grandes villes.
Presque toujours les prostitués masculins possèdent un endroit fixe où ils se réunissent. A Berlin il en e.xistc un où l’on peut trouver à un moment donné une cinquantaine de ces individus malpropres. Il y a du reste ù Berlin des endroits bien connus où se tient une espèce de marché dans lequel ces individus s'olTrent aux uranistes. Disons en passant que ces endroits sont des chalets de nécessité entre autres endroits publics. Dans le temps il aurait même existé à Berlin une sorte de bordel d'hommes, où un boiiiine d’un certain âge remplissait les fonctions de surveillant. Le chantage tenait une grande place dans la prospérité de cette maison.
Dans la majorité do cas, les membres du demi monde masculin ne sont pas uranistes. D’autre part, il est certain qu'il existe en grand nombre des homosexuels qui ceiiendant font payer leurs faveurs. .Mais à côté d’eux on trouve dans ce monde des hommes normaux, quelquefois même mariés ;
poliscd.'S minura, qui, d’après ro/ 7 f, 7 'ion. a publié des observations prècieuw*. V.ûus'l l'a-riU La prostslulion coiUemporûine. 1SS4. FMur coni'ar. p avec la proslilution ft-minine, v. Pai'fnt-huchatfl, I-a prostitution ilans lu vil odtî Paris, 18 .*)? ; Tiespine^ La psychologie naturoDc, vol. 111 . Paris, IStW . et surtout Jennuet, De la prostitution publique, ouvra^'o traduit eu allemaud «l contenant des indications sur lu prostitution masculine.
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l'inversion sbxukllb 147
ceuX'Ci considèrent leurs rapports avec des hommes comme un moj’en de s’enricliir.
Les membres du demi-monde masculin, bien que tout k fait normaux au point de vue sexuel, prennent quelquefois l'aspect et les allures d’une femme. Déjà, pour se reconnailre, ils se fardent, se mettent de la poudre, portent des coslumes voyants, etc. D'après Krauss*, dans l’ancienne Grèce, les Gynèdes, pour attirer les hommes, s’habillaient en femmes, portaient les cheveux en tresses, etc. A la vérité, je ne comprends pas bien pourquoi les prostitués hétérosexuels imitent les allures efféminées de l’uraniste : la raison doit en être, en partie, dans le désir d’attirer l’attention des uranistes ; cependant la plupart des uranistes préfèrent les hommes présentant tous les caractères masculins. Peut-être y en a-t-il quelques-uns qui recherclient les hommes habillés en femmes. Dans ce monde l'ambition principale est de rester longtemps jeune. Probablement c’est encore une raison pour laquelle le prostitué a recours, tout comme la fdle, à des artifices de toilette.
L’àge de ces individus varie ordinairement entre 17 et 30 ans, mais on en trouve de plus vieux, et aussi do plus jeunes. C’est un vrai scandale que de rencontrer parmi ce monde do jeunes garçons, presque des enfants.
En dehors du côté immoral que présente la prostitution masculine, au mémo litre et peut-être à un degré plus élevé que la prostitution féminine, nous tenons à signaler dans la première l’existence d’un type particulier, celui de l’homme entretenu par un autre qui, do son côté, trouve l’argent nécessaire à ses amours en se prostituant lui-même à d’autres hommes. J’ai trouvé quelques renseignements sur ce point dans un grand procès de pédérastes qui eut lieu il y a quel-
I A. Krauss, Die psychologie der Vorbrechens. Tubingen, Î8?4;
I W L ITVI'B'li.:» *f.\- RLL*
* Berlin, Rt Re* r»ns'îi^n(‘ni''nt4 na*? forçât plus lard rr.nUrnTKÎs ' par pIusiRurs arauHifts.
Il «xniR aiH«i d.ina Ift d^mi-monda mvculin de» céldhrités inlernaii<'.nale«i qui voyaient de capitale en capiUle, d'on pap k nr» autre, tz/iijonra fÆ'.<îe» et partout reçue» avec ëcUt. On trouve ainsi quelquefois de certains individu» qui sont pour ainsi dire le srde.il d'une soriétë qni gravite autonr d’eux, l'arfois l'un d'eu* est entretenu par un uraniste riche qui lui donne liolel, rhevaiix, et subvient largement à son existence à la condilion de garder ses faveurs pour lui seul.
I,e ilenii rrionde masculin ressemble beaucoup au demi* riiomle fi'iuinin ; tout ce qui caractérise l'un se retrouve dans rmiire. Triis sniiveiil, un membre du demi-monde masculin biiisse scs prix alin d'éclipser scs camarades par une clientèle plus iiiiiubreusi!. D'autres tirent vanité de leurs rapports avec de» liiiinmes haut placés, et c’est avec orgueil qu’ils avouent, toul ciitiiiiio min femine, (|u’ils entretiennent des relations avee un princo ou un comte.
(iiiiiiinn les feminns, ces hommes sont très pressants, très lianlis, llsclinrclieiil par tous les moyens à attirer l’attention des iiraiii'Ies ; avant ilo so donner ils essayent de tirer de leur client le |iliis d’argi'iil i|u’ils peuvent, et arrivent quelquefois à leur hul en le faisant boire. Il arrive fréquemment que certains uraiiisles, pour rabaisser leurs collègues, font courir sur eux le liiuil qu’ils vemlenl leurs faveurs; de même un grand luimbie de ces iudivitlus. qui n'onl des rapports avec d’autres que pour lie l’argeul, nient qu’ils en reçoivent, afin de se faire cslimer davantage aux yeux do leurs compagnons.
D’une façon générale, il paraîtrait que la prostitution masculine a notablement augmenté depuis une dizaine d'années. V'u uraniste qui couuail ce monde depuis très longtemps sa
♦ l'x'ttiUnl i* n# «vi» r** bMiuvup à ct%
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pluij;iiait de ce que, aiijuiirJ'liui, tout n’est plus que coinnicive. et que le vérilaMe amour a disparu.
Il pai'.iil aussi qu'il existe des uranistes qui, ne pouvant satisfaire à leur passion dans leur petite ville, vicuneul expressément à llerlin de temps en temps.
La prostitution u'asculine est un des côtés les plus tristes de nos mœurs, et il est à regretter que la police ne s’en occupe pus au même titre que la prostitution féminine Je reviendrai, en traitant la question au point de vue juridique, sur ce fait que la police, armée contre la prostitution féminine, est impuissante envers la prostitution masculine.
Pour terminer il nous reste à parler de certains cas, à la vérité peu fréquents, où des hommes habillés en femme poussent l'impudence au point de se donner à des hommes, sans que ceux-ci se doutent qu’ils ont des rapports avec un individu du sexe masculin. Le cas cité par Frœnkel, que nous avons rapporté plus haut, et celui de Westphal en sont des exemples bien frappants. Un malade a avoué à V. Kraift-Ebing connaître un jeune homme qui, habillé en femme, se donne aux hommes en leur laissant croire qu'ils ont affaire à une femme. Il leur dit ordinairement qu’il a ses règles et que pour cette raison il ne peut avoir de rapports avec eux que per os.
La prostitution masculine ressemble à la féminine encore à un autre point de vue. Comme les fdles, ces individus, une fois payés, ne manquent pas de voler leur client quand l’occasion se présente, et le vol est encore plus fréquent dans le
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doiiii-nionde masculin que dans !a proslitution féminine. Et ceci n’u liun d'étonnant quand on pense que la personne volée hésilera davantage à porter plainte contre un homme que contre une feiuiue. Aussi les prostitués masculins mettent-ils leur niéiier à profit pour voler leurs clients; et ceux-ci ne peuvent rien contre eux, de crainte de faire intervenir la justice dans leurs alTaircs et de mettre le public au courant de leur passion contre nature. Ce serait pour eux la mort morale. dette crainte est tellement vive chez les uranistes que les individus du demi-monde masculin n'hésitent pas à pratiquer le chantage méthodique. Le raaitre-chanteur contraint par ses menaces l’uraniste à lui paj'er son silence au prix de l’or. Cette manière de procéder a été suflisamnient mise en lumière par les procès qui de temps en temps ont lieu à Berlin et dans les autres grandes villes. Un agent de police m'a dit d’un do ces jeunes maitres-chanleurs : « Je ne crois pas qu'il soit sujet h lliiversion sexuelle ; je pense jdutùt qu’il pratique 1a pédérastie dans le but de gagnerde l’argent. Quand il tombe sur un uraniste timoré, le chantage commence. 11 menace de le dénoncer pour attentat aux mmiirs, n’attachant pas ui-mème une grande importance à un emprisonnement de trois ou quatre mois; mais la chose est toute dilTérente pour ruraniste qui occupe une certaine position sociale. L’uraniste cherche alors à acheter le silence du maitre-chanteur, ce qui n’est |)as toujours chose facile, car lorsqu’il a versé une première somme, l’autre revient à la charge au bout de quelque temps, et cela n’en finit plus ». Le chantage conduit quelquefois l’uraniste au suicide ; dans d’autres cas il est quitte pour une somme quelquefois considérable GO. 000 marks
par exemple dans un cas que je connais.
* D'après ÜirioHst qui renvoie k des ménioir»*s da polie», certains inaUretchanteurs parisiens ont pu se faire bÂtir les environs de Paris de fort jolies villas avec l'argent ainsi gagné. En admettant même qu'Ulrichs exa-
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loi
Pour les uranisles, le chantage est une véritable épée de Damoclès. Aujourd’hui les tribunaux ont souvent à juger des affaires de mœurs dans lesquelles le chantage joue un grand rôle. Dans les cas où les uranistes ont affaire avec la justice, ils ne se reprochent naturellement pas des actes réprimés par le Code pénal ; ils n'avouent ordinairen\ent que l’onanisnio mutuel, qui ne tombe pas sous ru|>plication de la lui par le fait de l’absence do témoins. Mais il en est tout autrement quand l'uraniste se trouve aux prises avec son maître-chanteur. Ce qu'il a de mieux à faire dans ce cas, c’est do mettre dès le début la police au courant de toute l'affaire. Car autrement il risque d’ètre complètement dépouillé de ce qu’il a et, malgré cela, de voir linalement l’airairo venir devant les tribunaux ; la seule issue qui lui reste alors est le suicide.
Il ne faut pas croire que le chantage ne soit pratiijué que par les membres du demi-monde masculin. Il y a des hommes qui, en apparence, se donnent aux uranistes par pur amour; mais, plus tard, ils apparaissent et pratiquent le chantage en règle.
Alors même que l’uraniste a donné tout ce qu’il a, le inaitrc-chantuur ne le lâche pas encore. Il le guette toujours, et quand le malheureux est arrivé à gagner quelque argent, il revient à sa proie ; l’iiianiste passe ainsi sa vie dans des craintes perpétuelles et Unit par perdre sa position sociale.
Les moyens employés par le maître-chanteur .sont très variables. Sup[iosons, pourjEremIre un exem|>le, qu’un uraniste A accomplisse avec un homme lî un acte sexuel tombant
libère les faitri* il n’en est pns moins vmi qne le cbanUpe est tr^ répandu k Berlin. Cert.iin vin des Canaries qu'on voit boiro dans les restaurants est payé avec l*ar^ nt noutirv' des uraiiij»t.*« au moyen du cliaiita;;e. La plupart des multrcs-chaiiteurs échappent à toute punit on. car la victime prétère os rien dire, quand même les autorités auruieut vent de l'adaire.
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SOUS le coup de la loi. A croit être seul avec B, mais tout à coup, au moment même de l’acte, apparaît un troisième personnage Ci, jusqu’alors caché, qui joue le rôle de la personne lésée et menace de dénoncer toute l’afTaire à la police. 11 est évident que G et B sont des compères, mais G fait semblant de vouloir dénoncer aussi bien B que A. B cherche alors à apaiser la colère de G en lui offrant des billets, de l’argent, etc., ce qui conduit A à faire les mêmes propositions. Les deux compères connaissent fort bien l’identité de A, et s'ils ne la connaissent pas, ils n’ont, pour l’apprendre, qu’à suivre leur victime jusqu’à sa maison. Parmi les mailres.< chanteurs se trouvent aussi des agents provocateurs qui cherchent à attirer sur eux l’attention des uranistes et les mettre en situation d’accomplir un acte sexuel ; aussitôt le chantage commence.
Si l’on songe que le chantage, qui constitue une véritable plaie, s'appuie sur la loi ‘ contre les attentats contre nature, oa est en droit de se demander si cette loi n’est pas plutôt nuisible qu'utile ; je reviendrai encore plus tard sur cette question. Dans tous les cas, on ne saurait trop louer la sévérité des tribunaux envers les mailres-cbanleurs.
Du reste, les maîtres chanteurs ne menacent pas toujours leurs victimes de les dénoncer à la justice, ce qui leur donnerait peu de résultats. Dans certains cas ils menacent leur victime de révéler publi({uement sa passion, soit en provoquant un scandale dans la rue, soit en propageant ce bruit dans le cercle de ses amis et do ses connaissances. Le maître-chanteur
I II est évident que la loi i'avorise le chantage. Mais c'est une erreur que de croire^ comme le font les uranistes, que c'est celte loi seule qui est U cause du chantage et que celui<ci dispurallra t si Ton abrogeait la loi en question. Celte erreur est demontrre par ce seul lait que le chantage existe dans d'autres pays, comme la Franc** uù il n'y a pas de loi contre lea rapports homosexuels entre homiuos. V. Cuffiguou^ La Corrupliou & Paria.
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sait fort bien qu'à cause du mépris que l'uraniste rencontra partout, sa révélation aura pourelTct de mettre sa victime au ban de toute société. Du reste, les uranistes ne se gênent pas pour faire tomber leurs menaces de chantage sur des individus qui n'ont jamais eu de rappoits avec des hommes et qui, au point do vue sexuel, sont parfaitement normaux.
LES PEIlVEnSIONS SEXCELLB8 COMME COMH.lCATiON DE L’iNVEnSK.S 8EXUIXLB
On ne peut bien comprcmlre l’uranisme qu’en corniiarant les perversions sexuelles qui se développent sur ce terrain avec celles qu'on rencontre dans l'amour hétérosexuel. Il est très curieux de voir que, dans l'inversion sexuelle qui pousse riiomme vers riionnne, on trouve les mêmes perversions que dans certains rapports sexuels entre homme et femme. C’est principalement aux nombreux travaux de V. Kralftl'ihing* que nous devons la connaissance de ces faits fort intéressants.
A l'état normal ce sont les organes génitaux de la femme qui provoquent la plus grande excitation cbez l'homnie, et c'est le coït ([ui est le moyen princi[ial de satisfaction de l'instinct sexuel ; mais il n'en est pas toujours de même, et il existe des cas où les choses se passent d'autre fa<;on. On trouve notam ment des hommes qui sont excités par une partie du corps de
I V. surtout la nouvelle édition de Psychopaliiia sexualis : « Noue ForsebaQ'gen auf dem Gebiet der Psychopathia .sexualis. * StutU^art,
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la femme aulne que les organes génitaux, ou même par une pièce de son coslume. Avec Lombroso, liinet et .M. Ucssoir, V. Kralft-Ebing a désigné ccl état particulier sous le nom de fétichisme. Nous pouvons par conséquent distinguer le fétichisme portant sur un objet ou sur une partie de la toilette et le fétichisme portant sur une partie du corps. Celte distinction est d'autant plus justiliée que, pour certains de ces individus, le fétichisme porte, par exemple, sur le pied chaussé, le pied nu de la femme ne présentant pour eux aucun intérêt ; d'autres, au contraire, sont fétichistes de la main nue, la main gantée les laissant complùtcmenls froids.
Les cas de fétichisme des objets sont très nombreux. On sait que souvent, quand on aime une femme, on couvre de baisers les objets qui lui appartiennent, ses gants, ses lettres, etc. On dit des Polonais qu’il existe chez eux la coutume de boire du vin dans dos bottines de femmes. Tous ces cas présentent évidemment une grande analogie avec le fétichisme'.
Il ne faudrait pourtant pas considérer comme morbide l'habitude d’embrasser les objets appartenant à la personne aimée, sous peine d’attribuer à presque tous les hommes une perversion sexuelle passagère ou chronique.
Ce qui distingue les cas normaux des cas morbides, c’est que dans les premiers il existe un amour pour une personne.
1 ManUgasta rapporte mn grand nombre de ces faits dans le chapitre ; « Les bêtises sublimes de Tamour » de son livre : c La physiologie de Tamour. » Voici quelques pa8sa:»os qui montrent bien les tondancfs fétichistes de rbomme en dehors même de Tamour. « L’amour est puéril parce qu’il est religieui jusqu'à la superstition ; aucune religion ne peut so vanter i’une idolâtrie insensée pareille à celle qu'on trouve dans l’amour. L'amour seul aurait conduit à l’idolâtrie si celle-ci ne devait son origine encore â d'autres causes. Pour l’amour, tout ce qui a un rapport quelconque avec la main, l’œil, la pensée de la personne aimée, est sacré. Qui ne se rappelle le bonheur infini de posséder la tige dont ef/e avait arraché la l!<urî Qui pourrait jamais énumérer les bêtises innombrables do l'amour idolâtre I »
L'iXVtnSION SKXfEI.IÆ
et que si l’on emiirasse le« objets de la fomnipaitiK^e. c'est justement jtarce qu’ils appat ticiiuent à l’iHre aimé, l’ar nmlre, dans le fétichisme patholo.uiquc, c’est ramoiir pour l’ob et qui prime tout; les qualités physiques et morales de la personne en question peuvent être plus ou moins appréciées par ces malades, mais toujours elles sont reléguées au second plan. Le fétichisme de la bottine, décrit par Zola dans Thérèse Ilaquin, où l'homme embrasse à plusieurs reprises la bottine élégante de la femme aimée, est un exemple de fétichisme normal, puisque l'homme cherche en même temps avec passion à avoir des rapports sexuels avec la femme aimée. Par contre, sont déjà morbides les cas de féticbisme où l’on ne recherche pas le coït, mais où tous les désirs tendent vers l'idolâtrie sensuelle de telle ou telle partie de la toilette, de tel ou tel objet. Le fait reste le même, que l'objet appartienne à une personne connue ou que le fétichiste parle de l'objet pour reconstruire une personne imaginaire. De même, au point de vue pathologique, il est indilTérent que le fétichiste se contente d'admirer, de palper, de couvrir de baisers la bottine, ou qu'il s’en serve pour se masturber.
Dans le fétichisme des objets le rôle principal est joué par les bottines et le linge de la femme, le mouchoir, par exemple. On connaît aujourd'hui une série de cas auxquels on a môme donné une signification criminelle, et dans lesquels les hommes s’approprient les mouchoirs et le linge de femmes, comme dans le cas publié par W. Passow *. La passion pour les mouchoirs peut être si violente que l’homme se trouve littéralement subjugué par ce petit objet. Voici ce qui me fut raconté par une dame : c Je connais un monsieur, me dit-elle ; il me suffit, quand je le vois de loin, de tirer de ma poche le coin de mon mouchoir pour qu'il me suive comme un
• Eulenbei'ÿ, VierkljahrBschrifl f. gerichl. Medic. 1878.
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chien. Je puis aller n'importe où, il ne me quitte plus. Que ce monsieur se trouve en voiture ou soit occupé par une afTaire très sérieuse, très importante, aussitôt qu'il voit mon mouchoir, il abandonne tout pour me suivre, ou plutôt pour suivre mon mouchoir. » Ce fétichisme du mouchoir est utilisé de plusieurs façons pour la satisfaction de l'instinct sexuel. Quelques-uns se contentent de voler les mouchoirs de femme, do les rapporter chez eux et de jouir du bonheur d’en posséder une collection. Les tribunaux, qui ont eu souvent à s'occuper de ces vols do mouchoirs, procèdent aujourd’hui avec une grande prudence. Dernièrement encore il y a eu, à Berlin, un procès do ce genre. Chez d’autres fétichistes la possession seule du mouchoir ne suffit pas pour provoquer l’excitation génitale : il leur tant souvent quelque chose de plus. C’est ainsi que je connais un fétichiste qui, rien qu’en déchirant avec les dents des mouchoirs de femme, arrive à la jouissance sexuelle Le fétichisme du mouchoir existe aussi chez les uranistes, de sorte que nous nous trouvons, dans ce cas, en présence d’une double pciversion : 1“ le penchant sexuel pour l’homme ; 2® le fétichisme du mouchoir. De même que le fétichiste du mouchoir de femme ne trouve pas de satisfaction dans le colt, de même le fétichiste uraniste ne peut avoir de jouissance que par le mouchoir d'homme. Ainsi les fétichistes de cette espèce ne sont excités ni par la pédérastie, ni par la masturbation mutuelle ; les organes génitaux de l’homme n’ont pour eux aucun attrait, tout comme pour les fétichistes du mouchoir de femme sur lesquels les organes génitaux de la femme n’exercent aucune action excitante. Voici un exemple qui montre de quelle façon se prennent les létichistes-uranistes pour satisfaire leur passion.
t C« C08 ressemble à celui publié par Dietz, où le malade n’avûit d'éjacu* lâtion que lorsqu'il déchirait avec les dents les linges de leinme.
158 l'iX VERSION SEXUELLE
11 s’agit d’un ouvrier vigoureux X, âgé d’une quarantaine d’années. 11 a une belle stature. 11 vient me trouver pour des troubles d'origine neurasthénique et hypochondriaque : maux de tête, lassitude dans les jambes, absence de goût pour le travail, douleurs le long du dos, etc. Un jour, après avoir déjà été quelque temps en traitement, il me raconta sa vie sexuelle.
Il n’a jamais eu de penchant pour la femme; par contre les beaux hommes l'excitaient d'une façon toute particulière. Jamais il n’avait pratiqué la pédérastie ni la masturbation mutuelle, par contre il s'adonnait souvent à l’onanisme solitaire. Mais sa plus grande jouissance était de voler le linge, le mouchoir d’un bel homme, d’y envelopper son pénis et de so masturber .sinsi. A cet ellct, il se servait souvent des mouchoirs d’un de ses amis, et pour éviter tout soupçon de vol, il laissait à la place du mouchoir volé un des siens, do sorte qu'il faisait toujours croire à une confusion accidentelle. Lorsqu’il n’avait pas de mouchoir à sa disposition, il se masturbait en évoquant l'idée d'un mouchoir ou d'un autre linge d’homme. Il a souvent pratiqué le coït avec des filles publiques, mais presque toujours sans éprouver de grande satisfaction ni de jouissance. 11 ne pouvait dans ces conditions avoir une érection ou une éjaculation qu’en pensant au mouchoir d'un homme ; le coït était plus facile à pratiquer lorsqu'il emportait le mouchoir d'un ami et le tenait à la main tout le temps de l’acte sexuel.
Les rêves érotiques du malade ne portent ni sur le coït ni sur les organes génitaux de la femme, mais sur les linges d'hoiiime, et provoquent alors l’éjaculation.
.\ côté du linge, il y a encore la chaussure' do la femme
• Dans la 11 exislc un pivjngé d’jpn's lequel, pour sc faire aimer, il
faut voler la bottine ou la botte do la perumne aini^o; il faut la porter pen*
l'in\'ersion sexuelle ISi*
qui peut devenir l’objet de fétichisme pour l’iioinme ; le même fait existe également chez les uranistes. V. Kralfl-Kbing a fait à ce sujet une observation très caractéristique. Un malade, dès l'âge de i ans, adorait les bottes bien cirées des écuyers et en rêvait même pendant son sommeil. Ce malade éprouvait de l’aversion pour l’amour tel que le pratiquent les uranistes, mais il présentait en môme temps d’une façon très nette les phénomènes de fétichisme et do masochisme * envers les hommes. Ainsi il aimait embrasser les bottes de ses domestiques, les cirer, les ôter de leurs pieds, etc.
Je connais un autre cas de fétichisme de la bottine chez un uraniste, cas qui me fut obligeamment communiqué par un agent do l’autorité. Il s’agit d'un homme instruit et dans une belle position, qui persécutait un oflicier par dos lettres dans lesquelles il demandait principalement la permission do lui cirer ses bottes. L’homme qui, d’après un observateur compétent, était un uraniste déclaré, rédigeait ces lettres sur un ton tout à fait passionné, et força l’officier à s’adresser aux autorités pour se débarrasser de son correspondant.
Il est très curieux de voir le scepticisme et le mépris avec lesquels les uranistes considèrent le fétichisme et tonte perversion sexuelle autre que l’inversion sexuelle pure. L’un m’a dit, par exemple, qu’il trouvait absolument méprisable la passion pour les bottines, mais qu’il comprenait fort bien et considérait comme tout à fait moral l’amour hornose.xucl.
(laDl huit joai*s ot la rendre ensuite k son propriétaire. (4. Wuticke.Xit^ dduUclie Volksaberglaubo der Oogonwnrt. llerlin, 1^09). On trouve dans ce livre encore d'autres données se rapportant h la pathologie de ramour. C'est ainsi qu'en Bohême le drap blanc joue aussi un riMe dans la conquéU do Tainour.
I V. plus loin.
IGO l'lnversion sexuelle
En opposition avec les cas de fétichisme des objets que nous avons rapportés plus haut et dans lesquels, malgré le penchant hélérosexuel, le coït n’est pas cherché, on trouve des cas où le coït est le but ; il y a seulement cette dilTérence que le désir et la possibilité d’accomplir le coït dépendent expressément de telle ou telle pièce du costume, de telle ou telle toilette. 11 faudrait encore distinguer ici si la présence de telle ou telle partie de la toilette est indispensable pour l’excitation génitale, avant ou pendant le coït. Mais les faits qu’on possède à ce sujet ne sont pas encore assez nombreux pour permettre d'établir une séparation nette entre ces deux catégories de faits. Les quelques exemples que je connais serx'iront à éclaircir ce point.
Un individu âgé de 26 ans, m’a déclaré qu’il lui était impossible de pratiquer le coït avec une femme entièrement nue : il faut qu’elle garde au moins sa chemise.
Un autre individu n’éprouve d'excitation génitale que si la femme porte des pantalons blancs.
Un autre encore m’a dit que de certains costumes, chez la femme, pouvaient le mettre dans une grande excitation ; et il décrit ainsi ce costume : « 11 faut que la femme porte soit une courte jaquette en drap, soit un long manteau très foncé ; le corsage doit être très serré et de couleur très foncée ; la jupe, également foncée, ne doit pas faire beaucoup de plis ; toutefois la jupe peut être de couleur claire, b Ensuite, cet homme exige encore de la femme des bottines élégantes, de-; bas longs, un pantalon blanc et une chemise de môme couleur. Pour le coït, cet homme choisit toujours des femmes habillées de cette façon.
Un quatrième individu, G, est surtout amateur de velours. Il éprouve un penchant normal pour la femme, mais il est tout particulièrement excité lorsque la femme avec laquelle il a des rapports porte un costume de velours et, fait curieux.
L'iNVEnSlON SEXUELLE
l’excitation survient non pas à la vue, mais au toucher du velours. C me disait que rien ne l'excitait tant que de passer la main sur la jaquette de velours d'une femme.
Un autre encore, médecin celui-ci, m'a dit qu'il s’eullamme à la vue de bottines vernies ; ce qui l'excite encore, c’est une taille bien serrée et un manteau bien ample au niveau des hanches.
Les cas de ce genre, où le penchant sexuel porte sur le coït, me paraissent très fréquents. Et pourtant un grand nombre d’entre eux rentrent déjà dans la catégorie des cas pathologiques. Pour pouvoir les distinguer, il faut toujours se poser la question suivante ; telle ou telle pièce de toilette ou sa simple représentation mentale est-elle, ou non, la condition sine qua non de l'excitation génitale? S'il en est ainsi, le cas est pathologique, comme celui de l’individu qui ne peut pratiquer le coït que si la femme garde sa chemise. Si, au contraire, telle ou telle toilette augmente seulement l'excitation génitale, le cas doit être considéré comme normal. C’est de celte façon qu’on évitera les diflicultés de classement au point de vue du rôla que peut jouer la toilette de la femme.
Le même phénomène existe aussi dans l’amour homosexuel. Ici également le costume exerce une influence considérable sur le réveil et l’excitation du penchant sexuel. Je connais un uraniste qui ne peut avoir de rapports avec un autre homme que lorsque ce dernier porte des bottines vernies et des bas noirs. L’acte sexuel lui-méme reste cependant la masturbation naturelle. C'est de la même façon que s’explique encore, en partie, a préférence des uranistes pour les militaires. On sait que le même fait existe aussi chez la femme, et jusqu’à présent on n'a pas su encore expliquer d’une façon satisfaisante l’attraction qu’exerce sur la femme runiforme militaire. Peut-être est-ce l’idée de courage et de décision intimement liée à celle de runiforme, qui séduit la femme ; en ellel,d’après le méca-
l'inversion sexuelle
nisme psychologique cette idée peut exister d’une façon In* consciente, tout en exerçant l’action en question. Peut-être les mêmes causes interviennent-elles dans l'amour de l'uraniste pour le militaire, voire même pour runiforme. Toujours est-il qu’il existe des uranistes qui n’ont de rapports qu’avec les militaires. Il faut enfin encore citer dans celte catégorie spéciale les uranistes qui ont des rapports avec des hommes habillés en femme. Ceci n’est pas général, comme nous l’avons déjà dit plus haut, mais il existe des uranistes qui restent froids vis-à-vis des hommes portant le costume masculin, et qui sont excités par un homme habillé en femme.
Je citerai encore ici les uranistes qui ne sont pas excités par des hommes nus. Ces cas sont rares, mais ils existent. Voici ce que m’écrit un uraniste sur cesujel ;... « D’une façon fort curieuse, je ne suis excité que par des hommes habillés ; les hommes entièrement nus, comme on en voit dans les bains romains ou russes, me sont entièrement inditférents, et c’est tout au plus s’ils réveillent en moi un sentiment purement esthétique. > Dans l’amour hétérosexuel, le penchant pour les femmes entièrement ou à demi habillées et l’aversion pour les femmes nues ne sont pas si rares. Des cas de ce genre ont été publiés par Hammond, V. KralTt-Kbing et autres. Je connais un mari qui ne peut avoir de rapports avec sa femme que lorsqu’elle porte une certaine toilette, et il faut qu’elle la garde pendant le coït.
Dans ce groupe du fétichisme des objets rentrent encore les cas où, pour exciter l’homme, la femme doit-être habillée d’une certaine étoffe, soie, velours, fourrures, etc. Je ne con« nais pas de cas de ce genre chez les uranistes.
l’invehsion sexuelle
J’ai dit plus haut qu’à côté du fétichisme des objets, on ob* serx'e un fétichisme des parties du corps. Dans ce cas l’uraniste n’est plus excité par le mouchoir ou la bottine de l’homme aimé, mais par une partie du corps qui devient l’objet de l’amour de l’uraniste* ; les organes génitaux jouent alors un rôle subordonné, dans tous les cas moins important que chez l’uraniste ordinaire. C'est principalement le pied de l’homme qui est l’objet du fétichisme de l’uraniste, et ce fait existe également dans l’amour hétérosexuel.
La forme pathologique du fétichisme des parties du corps présente, dans l’amour hétérosexuel, des transitions nombreuses conduisant à la simple préférence pour telle ou telle partie du corps particulièrement belle ou bien faite. L’un préfère les cheveux blonds, un autre une petite main, un troisième une jolie bouche. Les romanciers ont utilisé dans leurs romans un grand nombre d’obsers-ations de ce genre. C’est ainsi que Belot décrit la bouche de M*" X comme exerçant un charme particulier sur les hommes, Il est certain quo l’amour pour les nattes peut pousser l’individu jusqu’au vol, comme le montre du reste une obserx’ation publiée par -Motet.
Je considère aussi* comme pathologiques les cas où les désirs sont satisfaits non pas par le co’it per vaginam, mais par un autre acte, la masturbation avec la main ou le pied, le co'it inter mamma.i, etc. Par contre, je ne considère pas comme pathologiques les cas dans lesquels on éprouve un plaisir particulier à regarder, à toucher, à couvrir do baisers telle ou telle partie du corps. Ces cas sont peut-être déjà
^ Le fétichisme des parties du corps est également représenté dans les pré* jugés populaires. A. TTuttcAedit qu'un des préjugés les plus répandus, pour se faire aimer, consiste à mélanger aux mets ou ti la boisson de la personne aimée des ongles, des cheveux, etc., de la personoe qui aime.
Comme dans le fétichisme des objets.
l'intersion sexuelle
IGi
anormaux, mais sans ^Irc morbides à proprement parler. Si l'on considérait ces cas comme palliologiques, on risquerai! fort de confondre l’état normal et l’état morbide, les goûts des hommes étant très variables sous ce rapport. L’un aime une jolie bouche, un autre une chevelure blonde ou brune, un troisième de grands yeux, un quatrième un petit pied. Les exemples suivants montrent de quelle façon certaines parties du corps peuvent exercer une excitation sur tel ou tel individu.
Un médecin, qui n'a jamais présenté la moindre perversion sexuelle, m’a dit qu’il était particulièrement excité par le bras de la femme ; mais en même temps le désir final est le coït per vaginam. Toutefois pendant le co'ït il serre vigoureusement et couvre de baisers le bras de la femme.
Un autre individu, un artiste, est excité par la nuque et principalement par l’endroit de la nuque où commencent à pousser les cheveux. Guy de Maupassant, le célèbre écrivain naturaliste français, considère cet endroit comme appelant tout particulièrement les baisers.
Un troisième individu éprouve une excitation génitale violente aussitôt qu’il aperçoit une femme avec une natte ; les cheveux non tressés en nattes, si beaux qu’ils soient, n’exercent sur lui aucun attrait. Le même individu a une préférence très marquée pour l’oreille. Mais pour l’exciter, l’oreille doit être petite et bien appliquée contre la tète, le lobe non percé et sans boucle.
Tant qu’une certaine limite, dans le fétichisme des parties du corps', ne se trouve pas dépassée, les cas du genre do ceux
^ Une personne m’a écrit que le mot fôlicliisme ne doit s'appliquer ni aux parties du corps ni aux étr^'s vivants, cette extension étant contraire au sens lut'me du mot fétichisme, (^e n'est pourtant pas exact. Le mot fut inti-o*
diiit par de Brosse (Du cuite des dieux fétiches. Paris, 17d0) et ser/it h dési» gner non-seulement les ohiets, mais aussi les êtres vivants, comme les tigres» es serpents, etc., qui avaient un rapport avec la religion (Moyers Conversations I^xicon).
l’invehsion sexuelle
lÜj
que je viens de citer n'ont rien à voir avec la jiervprsion sexuelle morbide. Slais celte limite précise est diflicile à déterminer, car nous possédons encore fort pou de matériaux relatifs au fétichisme dans l'amour, .le crois que l'on peut considérer comme pathologiques les cas dans le.squels la perception sexuelle d'une certaine partie du corps ou sa représentation mentale est la condition «me qtin non de l'excitation voluptueuse. Dans CCS cas la femme en tant qu'être féminin ne suffit pas pour provoquer l'e-xcilalion, contrairement à ce qui s'observe dans les conditions physiologiques. On pourrait dire que, dans les cas pathologiques, la femme est une sorte d'accessoire à une partie déterminée do son corps qui joue le rôle principal dans l'excitation de l'homme.
Le fétichisme des parties du corps existe aussi bien chez les homosexuels que chez les hétérosexuels.
Dans l'amour homosexuel c'est aussi sur le pied do l'homme aimé que porte le fétichisme. Un individu, par exemple, éprouvera une sensation de volupté toute particulière à embrasser les orteils d'un jeune homme, et cette sensation provoquera l'éjaculation. Embrasser les pieds do l'homme aimé est un acte fréquent parmi les uranistes. Quelques-uns préfèrent encore des pieds qui transpirent, contrairement aux autres qui ont en horreur les pieds couverts de sueur. Un uraniste m'a dit qu'il éprouve une c.xcitalion sexuelle violente à aller en canot et à regarder les pieds du batelier.
Quelques-uns m'ont dit être violemment excités par des cuisses d'homme serrées dans un pantalon bien collant. Tarnowsky admet que ce sont les fosses et l'anus do l’homme qui provoquent nne excitation violente chez des in lividus snjels à de l’inversion sexuelle. xVlbert a déjà publié dans le journal de Eriedreich (I8jü) plusieurs observations sur des maîtres d’écoles qui donnaient la fessée à leurs
l' INVERSION SEXL’EIXE
élèves, la contemplation de la partie du corps découverte provoquant chez eux une excitation violente. Peut-être, dans ces phénomènes, faut-il envisaj^er non seulement la contemplation simple d'une partie du corps, mais aussi la conscience de provoquer la douleur par la fessée — fait sur lequel nous reviendrons encore en parlant du sadisme L'opinion de Tar^ nowsky d’après laquelle sont pédérastes actifs ceux qui se sentent attirés vers les fesses d’homme, ne me parait pas fondée. Je connais des hommes sur lesquels les fesses d'homme exerçaient un attrait particulier : ils aimaient à les presser, à les toucher et entraient alors daus une grande excitation sexuelle ; mais il leur eût été impossible, par dégoût, membrum immiltere in atmrn. Il est également erronné, comme le soutient Tarnowsky, que les hommes de cette catégorie n’aient pas de tendances féminines, et cette erreur est due à la division générale, mais inexacte, dos uranistes en passifs et actifs.
Outre le fétichisme, on rencontre aussi dans l’amour ^Dmosexucl le phénomème appelé masochisme, dont nous «vons la connaissance et même l’explication à V. Kratlt- Ebing. Le mot vient du célèbre romancier L. von Sacher- Masoch qui, dans ses Nouvelles s’attache surtout à dépeindre des hommes dont la plus grande jouissance est de se sentir subjugués et même maltraités par la femme.
Ce phénomène se manifeste chez eux sous la forme d'un désir d'être battus par la personne aimée. Du reste Krafft-
* V. Krafft-Kbiny admet aussi que cea cas rentrent dana la eategorîa 4a ■âdisme.
l’ikversion sexuelle
Ebing considère la tendance nTasochiste, chex l’homme, comme une perversion ayant beaucoup d’analogie avec l’inversion sexuelle. 11 admet notamment que le phénomène de soumission est un état normal du côté psychologique de l'amour chez la femme, tandis que chez l'homme c’est le désir de domination qui existe normalement. Dans le cas contraire, quand c'est l'homme qui recherche la soumission, on a déjà, d'après KraiTt-Ebing, affaire à une forme particulière d'inversion se.xuelle, en ce sens qu'il faut considérer comme morbide l'existence chez l'homme d’un phénomène qui normalement doit exister chez la femme. Je tiens à insister avec détail sur cette idée fort ingénieuse, qui pourtant n'est pas à l'abri de certaines objections.
Cette conception de V. Krafft-Ebing a été, du reste, déjà formulée par Ramdohr vers la Un du siècle dernier. On sait que J.-J. Rousseau n'éprouvait d'excitation génitale que lorsqu'il était battu par la femme aimée, et Ramdohr, en analysant les amours de Jean-Jacques, arrive à cette conclusion que ce philosophe aimait et sentait à la façon d'une femme. Il préférait toujours jouer le rôle passif.
Le masochisme a existé de tout temps, et à certaines époques il a régné d'une façon épidémique. Un malade de V. Krafft-Ebing compte parmi ces époques le Moyen âge avec ses chevaliers et ses courtisans, soumis à leurs dames comme de véritables esclaves. Bien qu'à un plus faible degré, le même phénomène existait déjà dans la Rome des Césars, ainsi qu’il résulte des écrits des poètes et des écrivains de cette époque. Ramdohr insiste sur ce point que, dans les élégies des poètes de cette époque, la femme aimée est pré" sentée comme la maitresse et l'homme amoureux comme un esclave chargé de fers.
La soumission d'une personne à une autre peut être psychique ou symbolique, ou bien revêtir un caractère physique.
L*1.NV£RS1UN SEXUELLE
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V. KrafTl-Ebing insiste avec raison sur ce fait que le désir qu’ont certaines personnes d’arriver à l’excitation sexuelle au moyen d’une douleur très réelle, se rapproche beaucoup du masochisme on en constitue même une forme bien déterminée. Chez les hétérosexuels, le fait s’observe souvent sous forme de flagellation*, c’est-à-dire le désir d’ètre frappé de verges par la femme aimée ; dans tous ces cas, c’est la flagellation sur les fesses qui joue le rôle principal.
Le même phénomène se rencontre aussi chez les homosexuels. Un uraniste que je connais désire souvent être battu par son compagnon et, pour arriver à ce but, il ne trouve rien de mieux que d’exciter sa jalousie, t Une petite scène de jalousie, me disait-il, met mon amoureux dans une excitation particulière, et il flnit par me battre. Mais les coups, quand ils viennent de lui, sont pour moi la source des plus grandes jouissances. Je me pâme quelquefois pendant qu’il me bat ».
Un autre uraniste m’a communiqué son autobiographie que Je cite ici au point de vue du masochisme. « Les représentations mentales que j’ai au moment où je m’adonne à la masturbation sont de nature sexuelle. A l’àge de 10 à 12 ans je me représentais être soumis à un homme qui m’excitait de diverses façons ; plus lard, quand je devins plus grand, le rôle que je m’imaginais jouer dans l’acte sexuel était toujours analogue a celui de la femme. Les baisers sur l’anus et tout le corps agissaient d'une façon excitante ; mais avant tout j’éprou-
* Depuis longtemps certains auteurs considèrent la flagellation des fesses comme excitante. V. sous ce rapport B. J. Meibomius, Von der Nütxlich» keit dor Geisselhiebe« dont la première édition remonte à 1639 ; puis. De usu 1070, par Th. Bai'thjUn ; viennent ensuite: Le flagellation et son action sur les penchants sexuels, par D..., 17S8 (en français) ; l'tagellum talutit, 1696. par K. F. Pantlini. Clonsuit. aussi sous ce rapport les écrits de ÏJeine chez lequel on trouve dos données nombreuses sur celle ques* lion.
L'i.NVERSIUN SEXl'KLLB
vais le désir d’èlre battu, principalement sur les fesses, par rhomiue u ,é. Je crois que c’est avec volupté que je me serais soumis à tous les mauvais traitements. J’aurais été heureux de recevoir des coups et certain d’éjaculer. C’est une soumission servile à l'homme aimé, allant jusqu'au sacrifice complet de la dignité et marchant de pair avec une fantaisie sans bornes ».
Je connais un autre uraniste qui n'arrive à la satisfaction complète, à l’éjaculation, que si l’homme avec lequel il entretient des rapports lui frotte avec une brosse le dos jusqu’au sang ; cet acte lui est indispensable pour arriver à la jouissance.
V. Krafft-Ebing fait encore entrer dans la catégorie du masochisme un certain nombre d’autres phénomènes. C’est ainsi que certains actes répugnants, ayant leur source dans le désir d’humiliation et d'abaissement de la personne, se rattachent au masochisme. Parmi les faits de ce genre, le plus répugnant qui m’ait été communiqué, se rapporte à un uraniste étranger dont la plus grande passion consistait à oscula applicare ad anutn allerius. Par l'accomplissement de cet acte, l'uraniste en question, un homme de 50 ans, entre en érection et éjacule. Je connais un autre cas tout à fait analogue.
11 existe des hommes qui, tout en recherchant avec la femme des rapports sexuels, n’éprouvent une entière satisfaction que lorsque urinam mulieris bibunt. Le même fait se rencontre quelquefois chez les homosexuels, et on trouve des uranistes qui n’ont de satisfaction sexuelle complète que si aller immittit urinam in os proprium. C’est à cette condition seulement que l’uraniste passif est capable d’éjaculer.
V. Krafft attribue au masochisme un grand nombre de cas de fétichisme. Ainsi, pour lui, le fétichisme de la bottine et du pied a pour origine une idée purement symbolique. En effet, recevoir un coup de pied veut dire être humilié et, comme
L INVERSION SEXUELLB
nous l'avons déjà vu, c’est ce désir d'humiliation de sa propre personnalité qui domine l'uraniste. V. Krallt-Ebing admet donc que, sans que le fétichiste de la bottine s'en rende compte lui-mème, celte relation entre l'amour pour la bottine et le tiésir d'humiliation personnelle existe très réellement et constitue la source du fétichisme, c'est-à-dire du désir inconscient de s’abaisser devant la femme. Un grand nombre de faits plaident en faveur de cette hypothèse. Je connais, par exemple, un homme qui est en môme temps masochiste et fétichiste de la bottine : cet homme est excité se.xuellement avec la même facilité par une bottine que par le sentiment d'ètre humilié par une femme. C'est ainsi que certains cas de fétichisme peuvent être rapportés au masochisme.
Je crois pourtant que l’opinion de V. Krafft-Ebing n'est pas à l’abri de toute objection. Il reste toujours difticile d’expliquer, par exemple, pour quelle raison le fétichiste reporte sa passion soit sur des bottines à talons hauts, soit sur des bottines à boutons ou encore des bottines vernies. Si l’on considère la relation étroite qui, dans certaines conditions pathologiques, unit l'instinct sexuel et l'odorat, on pourrait croire que le fétichisme de la bottine doit s’expliquer peut-être par la forte odeur qui adhère aux pieds ou aux bottines '.
Disons, pour terminer, qu'en 18o8 Tardieu avait déjà publié l’observation d'un homme qui entrait en jouissance lorsqu'un autre homme lui marchait sur l’orteil. D'après le même auteur, certains pédérastes se mettent à genoux devant les enfants malpropres et leur embrassent les pieds avec passion. EnQn, dans un intérêt tout historique, citons encore les tendances masochistes de Néron, qui a inventé le jeu suivant. 11 se faisait
* Bien que !a théorie de V. Kra/^( E6in^ n'explique pas tout, il faut pourtant considérer ce rapprochement entre le mû.sochisuie et le fétichisme comme le pltui grand progri'S accompli dans l'étude théorique de la perrer* •ion sexuelle.
l’inversion SKXrEl.l.E
coudre dans la peau d'une bêle féroce et se précipitait ensuite aous cet accoutrement sur les parties génitales d’hommes et de femmes attachés à un poteau. Et quand celte passion sauvage était satisfaite, il se laissait, d’après Suétone *, posséder par Doryphore son affranchi. C'est Doryphore qui jouait le rôle de l’époux, comme auparavant Sporus jouait le rôle de la femme, et pendant l’accouplement Néron imitait les cris des vierges qu’on viole !
Il existe encore une forme particulière de la perversion sexuelle qu’on trouve aussi bien chez les hétéro-sexuels que chez les homo-scxuels, et qui n'a pas encore été décrite. Je crois qu’on pourrait la désigner sous le nom de mixoscopic (de (i!5i<-union sexuelle, et iraiittiv- regarder). Pour commencer par les hétéro-sexuels, disons qu’il existe des hommes qui trouvent leur satisfaction, non pas dans le coït avec la femme, mais dans le spectacle d’un autre homme pratiquant le coït. Il existe probablement une certaine parenté entre ce phénomène et le masochisme * si bien étudié par V. Krafft-Ebing. Il est possible que l’excitation soit provoquée par la douleur de voir la femme être possédée par un tiers, et je connais plusieurs cas d’individus n’arrivant à l’excitation génitale que de celte façon. Le même phénomène s’observe chez les homo-sexucls, et Tarnowsky a publié un cas analogue du plus haut intérêt. 11 s’agit de deux garçons auxquels un homme avait appris à se masturber. Lui-même se contentait de les regarder et intervenait quelquefois, mais seulement en pédéraste. Cet état ne
> Suéione, Biographie des Cisars, traduite en allemaud par A. Stahr.
s Daus Sa « Vénus en fourrures * Saoker Masoch décrit un cas analogue* Voici un passage de celte nouvelle : « Je trouve dans la souffrance une excitation particulière ; la (vrannie, la cruauté et avant tout l’inüdélité d'une jolie femme augmentent ma passion... Four s’attacher un homme pour toujours, il no faut pas être fidèle. Quelle e.%1 la femme honnête qui fut jamais •dorée aulaul qu’une h> laire ? Dans l’infidélité de la femme aimée se trouve nn charme douloureux qui est la jouissance suprême. »
L INVEIISIO.V SEXLELLK
6'eiii|inrait «la rindividu en question que par périodes. Toujours est-d que le lait de trouver sa satisfaction dans la pédérastie des auires, doit être considéré comme pathologique.
A file de Caprée, l’empereur Tibère se contentait aussi d’assister eu spectateur aux actes sexuels entre jeunes gens, et c’est de cette façon qu’il pouvait encore éprouver nue excitation sexuelle.
A côté du masochisme, il faut encore étudier le sadisme, qui est l’état opposé du masochisme, et se caractérise par ce fait que le penchant sexuel se manifeste par le désir de battre, de maltraiter et d’humilier la personne aimée. Le mot sadisme vient du fameux romancier français le marquis de Sade (1710-1814), qui fut condamné à la peine de mort pour sodomie, empoisonnement et autres crimes, et écrivit en prison des romans dans lesquels il établissait une parenté étroite entre la volupté et la cruauté. Un grand nombre d’auteurs ont déjà insisté sur les rapports qui existent entre la volupté et la douleur, et ont soutenu que ce qui pour l’un est une douleur peut, dans des conditions pathologiques, constituer pour un autre une source de jouissances. Parmi ces auteurs nous pouvons citer itlumrôdcr, V. Krafft-Khing, Lombroso et d’autres. Il existe de nombreux exemples qui montrent que la douleur de la victime provoque des sensations voluptueuses chez celui qui martyrise. .Mais ce qui caractérise vraiment le sadisme, c’est un rapport étroit entre ce besoin de martyriser et les fonctions génitales. Par conséquent, il ne faisdrait rapporter
L INVERSION SEXUELLE
au sadisme une action cruelle ou brutale * que dans le cas où cette action constituerait une excitation indispensable à l’accomplissement du coït*, ou le supplément nécessaire de celuici. Dans l'amour normal on peut déjà trouver certains faits constituant un sadisme très atténué, comme le plaisir que la personne qui aime peut trouver à chagriner la personne aimée par des moqueries et des taquineries.
Les actes de cruauté auquels le sadiste se livre, dans des conditions pathologiques, sur la femme, et qui lui procurent la satisfaction sexuelle, peuvent consister à la battre, à la blesser, à lasouillerde mille manières, à l’attacher, à la tuer même, ce qui, dans ce dernier cas, constitue ce qu’on appelle un meurtro passionnel. Il est probahle, du reste, que le viol est souvent provoqué par destendances sadistes. Ainsi, V. KralTt-Ebing rapporte le cas très intéressant d’un homme auquel le coït no donna qu’une seule fois une sensation de volupté ; c’est lorsqu’il viola une jeune fille. Lorsque plus tard la môme jeune tille consentit au coït, l’homme n’éprouva plus aucune jouissance.
Il est difficile de dire avec certitude si certains faits historiques doivent être attribués à la perversion sexuelle en général et au sadisme en particulier. Il est pourtant certain qu’un
< Par const'quent. quand on dit (Physiologie de l'amoui' moderne, Fra7> menU d'un ouvrage de Claude Larcher, recueillis et publii^s par Paul iiourpet, Paris, 1891) ; c II y a comme un sadit^me personnel dans notre complaisance dnns cerluine!« sortes de douleurs, » la proposition n’est juste que sous certaines restrictions résultant de ce que nous Venons de dire.
2 11 peut se faire que le sadiste arrive h éjaculer pendant un acte de cruauté, par exemple en battant une femme, en Télranglant, en faisant couler son sang, ou bien en voyant tuer un animal. Mais l'acte de cruauté peut aussi nVtre qu’une invitation au coU, c'eRl-à*dlre un moyen d’excitation g<*nilale. C'e^t dans C'^lte cat goi-ie de faits que rentre le cas cité par Hoffman et V. Krajp-Efnnff, h savoir Thorame qui ne pouvait avoir de rapport avec des prostitu es que si l'on tuait et martyrisait devant lui des poules. Pour plus de d iuils sur le sadisme, v. la Psychopatia sexuolis et les Nouvelles recherches de V. KrulU-Fbing.
l’invebsion sexuelle
grand nombre de cruautés historiques n’ont pas d'autre origine. lx)rsqu’on lit la vie d'Ivan le Terrible, il vient involontairement à l'idée que la cruauté de ce tyran terrible et inhumain tenait peut-être à uneperversion sexuelle. Cette supposition est d’autant plus légitime que le fils d’Ivan, Dimitri, éprouvait une jouissance particulière dans le spectacle des convulsions et du sang des moutons, des poules et des oies qu’on tuait devant lui. On sait que le même phénomène se rencontre aujourd’hui encore chez des pen'ertis sexuels qui entrent en érection, et arrivent même à l'éjaculation, quand ils voient tuer devant eux des poules et des oies.
A l’état physiologique, il existe dans le coït des phénomènes qui rappellent le sadisme, bien que le désir conscient de provoquer la douleur fasse défaut. .Vinsi, dans cette catégorie de faits on peut citer l’action de se serrer, de s’embrasser violemment pendant le coït. 11 peut même arriver qu’on se morde jusqu’au sang, lorsque, comme le relève Rouhaud dans son travail remarquable, l’une des parties oublie complètement, dans son extase voluptueuse, l’existence de l’autre partie. Le même phénomène existe aussi chez les uranistes, et j’en connais un qui portait sur son corps des traces de sévices de ce genre. Je ne connais cependant pas de cas de sadisme bien prononcés parmi les homosexuels. On m’a bien dit d’un uraniste qu’il trouvait sa jouissance en maltraitant l’homme qu'il aimait: mais la personne en question a nié le fait et ne voulait même pas avouer ses tendances uranistes qui étaient pourtant bien connues.
D’un autre cêté, on a publié ' des actes de sadisme basés sur l’homosexualité. Un cas qui rentre bien dans cette caté-
i On eroTftit aatrefois, lorsqu'un homosexuel avait maltraité ou même tué un individu, que le fait était très fréquent parmi les homosexuels. Pourtant, lorsque Pacte de cruauté a une origine sexuelle, il est très rare et en tous les cas p(u plus fréquent que dans les cas d'amour hétérosexuêt»
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l'lwersion sesuellb
gorie a été publié parGyurkoveehky. Il s’agissait d'un garçon de 15 ans, P, qui avait un ami, un noniinùB, âgé do Mans. La mère de ce dernier avait remarqué que son lils portait des meurtrissures sur les bras, les reins et les cuisses. On apprit que B était payé par P pour se laisser fortement pincer par lui. Quand B criait et pleurait de douleur, P continuait à le pincer d'une main et se masturbait de l'autre. Interrogé, P. a avoué que la masturbation, au moment où B criait, lui procurait la plus grande jouissance. P était épileptique et possédait une hérédité nerveuse très chargée.
On connaît, du reste, par dilférentes publications d’autres cas de sadisme chez des homosexuels ; ils se rapportent à des garçons soumis à toutes sortes de mauvais traitements, de mutilations, etc. Plus récemment, on a beaucoup parlé du cas de von Zastrow, rapporté par Ulrichs, en 1869, dans son « Incube ». V. Zastrow recherchait les jeunes garçons impubères, et fut poursuivi devant les tribunaux pour toutes sortes de mauvais traitements qu’il leur avait infligés ; morsures à la face, plaies, arrachement des testicules, etc. '.
A côté de ce cas, Ulrichs a réuni dans son livre un certain nombre d’autres cas de sadisme relevés parmi les homosexuels, licite notamment le maître d'école J. Pcllanda, de Landsberg, qui, en 1713, avait une telle passion pour les garçons, qu’il leur mordait les joues jusqu’au sang. Il rapporte aussi l’Iiistoire d'un uraniste qui délirait pendant l’acte sexuel, lorsque l'homme avec lequel il avait des rapports et qu'il maltraitait pendant le co'ît, se tordait de douleur. Il rappelle encore le mot de J. V. Gürres qui disait que le désir sexuel est frère de l'assassinat, et il fait, à cette occasion, intervenir le mar-
> Peut-être faut-il compter parmi cea faits le cas publié par Keupertiman dans son traité de médecine légale, où un homme qui pratiquait la masturbation mutuelle avec un garçon avait telleuieatmutilé le pénis de ceJui-c:, qu'il en resta entièrement déformé.
L INVERSION SEXUELLE
quis de Sade, célèbre par ses cruautés envers les garçons el les jeunes lillcs.
Qu’il nous soit permis de rappeler ici deux faits liistoriques pouvant être rapportés au sadisme chez des homosexuels.
Tibère, après avoir fait boire à des hommes du vin en quantité, leur faisait lier le pénis de façon à provoquer chez eux de violentes soullrances dues à la rétention d'urine aussi bien qu’au resserrement du lien. L’autre fait se passe au .Moyen âge. Il a trait à un procès retentissant qui eut lieu en lUO, sous le règne de Charles VII, roi de France. Un maréchal français, Cilles de Laval, sire de Rayes, avait violé el tué un nombre considérable d’enfants, parmi lesquels beaucoup de garçons. Il fut condamné et mourut sur le bûcher en lilO. Ilest particulièrement intéressant de constater que Gilles de Laval soutenait qu’il avait été amené à ces atrocités par la lecture de Suétone qui, comme on sait, a décrit la perversion sexuelle des empereurs romains.
Je veux encore citer ici un cas relatif à un homme atteint de perversion sexuelle. Ce cas est très curieux dans son genre, il a occupé beaucoup de personnages ofliciels, et c’est grâce à leur obligeance que j’en ai eu connaissance. D’après les débats du procès qui eut lieu, on ne peut dire s’il s’agit seulement d’une mauvaise plaisanterie, ou si l’on est vraiment en présence d'une perversion morbide. Quoi qu’il en soit, le cas est très intéressant.
11 s’agit d'un monsieur .\, atteint de perversion sexuelle, qui, vivant à l’étranger, avait engagé un domestique B sans le connaitre. A tit louer une villa en province et y envoya son domestique, tandis que lui-mème restait à l’étranger et lui donnait par lettres ses instructions sur la façon dont il devait recevoir un certain C et le forcer à se prêter à la pédérastie. C devait, d’après une lettre de A à B. se rendre à la villa, porteur d'une lettre de A, el 1> devait faire avec C ce que lui
L INVERSION SEXUELLE
dirait A. Les instructions envoyées par A à B sont empreintes d’un tel cynisme, que si l'on ne connaissait pas la fin de l'histoire, on pourrait prendre A pour un malfaiteur des plus dangereux. Je donne plus bas les instructions en question, dans lesquelles j'ai traduit en latin les expressions particulièrement obscènes et impossibles à transcrire telles quelles dans un livre. Ces instructions sont adressées par A, uraniste, à B, également uraniste, qui devait forcer C à se prêter à la pédérastie.
Le premier soir où tu auras le bonheur de le surprendre volant les cuillers d'argent', lu fermeras les portes, et lui diras que tu le feras mettre en prison comme un vulgaire voleur. Tu lui diras alors que lu as re<;u de moi les lettres qu’il m’avait écrites (et que tu auras déjà brûlées auparavant) et que lu les remettras à la police.
Il sera pris d'une peur atroce et se jettera à tes pieds pour implorer grâce.
Aloi's tu lui diras que tu ne le dénonceras pas, mais à la condition qu’il devienne ton esclave, sans être payé, et la rneretrix, pour le temps que tu voudras.
S’il consent, lu le dompteras le soir méme de cet entretien. Tu lui retireras sa veste et lui attacheras les mains derriète le dos comme à un forçat. Tu ôteras ensuite ses chaussures et ses bas, et ne lui laisseras pour tout costume que son pantalon et sa chemise.
* G. devait donc en njtparence être forcé, de cette façon, l sc prêter à loua les mauvais traileinenls ; v. le passage ultérieur où il est dit que C. aura seulement le choix entre l’esclavage et la dénonciation ù la police.
L'LNVEftSlUN SEMELLE
Tu appelleras tous tes collègues qui habitent la maison. Vous vous mettrez confortablement à table et boirez un petit tonneau de bière que je vous enverrai pour ce même soir, et vous fumerez des cigares que je vous ferai parvenir en même temps.
Lorsque vous serez bien à votre aise, ei vestem detrahitis et facitis quæ vultis. 11 sera forcé de vous laver les pieds et vous pouvez semen ejaadare in os suum, vel débet oscula dure natibus vestris, si cela vous amuse. Vous pouvez vous livrer sur ce garçon aux choses les plus énormes ; il se prêtera à toutes vos fantaisies.
Pour la nuit, on lui mettra des fers au cou et aux pieds, car s’il arrive à s’échapper, c’en est fait de ton pouvoir.
Comme couche, il aura une botte de paille et une vieille couverture : pas de lit.
Tous les soirs il vous lavera a tous les pieds, ce qui est très agréable pendant les chaleurs de l’été.
S’il pleuvait, on lui donnerait des sabots afin qu’il ne prenne pas froid.
Tous les matins tu le feras raser et lui donneras pour cela 0 pfennings.
Il ne devra prendre la parole que lorsqu’on l’interrogera.
l'invebsiün sëxlellb
Lorsque tu auras à sortir, ou qu’il n’y aura personne à la maison, tu lui remettras les fers pour être sùr qu’il ne se sauvera pas ni ne fera de sottises.
Quand tu le battras, tu le feras à la façon russe. Tu prendras une échelle que tu mettras contre un mur, puis tu l’attacheras, les pieds en bas, les mains par dessus la tête, aux barreaux de l’échelle. Ensuite detrahis ei veslem {Dénudas eiiin si vis).
Le corps sera attaché par une corde. Tu prendras ensuite un knout et tu lui en donneras quelques coups sur )wles deniidalas. Ne le bals jamais do toutes tes forces, car c’est un garçon faible et il soulTrira atrocement là où un homme vigoureux ne sentirait rien.
Chaque fois qu'il ne l’écoutera pas, tu le battras de verges.
11 doit faire tous les ouvrages de la maison.
Maintenant je te décrirai certains plaisirs qu'on ne connaît qu’en Russie et en Turquie.
Les plaisirs en question sont un peu communs, mais quand, comme toi, on possède un garçon auquel on peut faire faire tout, il ne faut pas s’en priver.
Ici, en Russie, il faut payer pour cela un argent fou ; loi, homme heureux, tu l'auras pour rien.
iSO
Li.Nvi.nsioN suuuirU
Demitlax te ipsum eumque. DeiudecoUocas te in tentrem allerque pcdes tiios liugua himbere dehel, pr<rcipue inter digitos et plantain, longum tempus ; si erectionem habes, decumhis eo modo ut alter ima manu rnembrum tuuin altéra^ que testiculos tuos fringat ; eodem tempore nates tuas lanibere dchet lingunmque immittere in anum tam profunde quant potest, quoad ejaculalionem seminis habes. Id est pulcherrimum quod habere possis.
Dénudas eum ejusque rnanus illigas post iergum ligasque quoque pcdes ; collocas eum in dorsum, facicm superiorem, rnembrum in ejus os immittis ; si senien tuum ejaculatur, ei non licet exspuere semai ; potius rnembrum tuum in altérais ore manet quoad devoravit ultimam gultam. Simplici modo ad hune finem pervenire potes, bcne tenendo alterius caput, si semen ejaculatur ; ita debel dcvorare ulrum velit annon. C'usl le procédé turc.
Quand il aura tout appris, tu m’écriras ; je viendrai alors en personne, et si tout va bien, je te ferai cadeau de 500 marks.
Ce à quoi je tiens le plus, c’est que lingua lambere possit atque in ejus os semen ejaculetur, dum semen non exspuit,- Il faudra lire tous les jours mes instructions afin de ne rien oublier.
Dans ces instructions tu trouveras tout ce que tu auras à faire avec ton esclave, et je te demande, dans ton propre iutéiél, d exé.'uter à la lettre tous mes ordres.
l'iNVEBSlON SEXUELLE
§ Iti
Comme nourriture tu lui donneras beaucoup do lait, du pain noir, de l'eau, des œufs, des légumes, des choux, des navets, des pois, des pommes de terre. Il n’aura de la viande que le dimanche.
Tous les dimanches il sera libre do 10 heures du matin à midi, et il pourra sortir. Il pourra alors remettre scs bas et ses bottes. Jamais dans la semaine. Mais s'il ne rentre pas à midi sonnant, il sera battu do verges.
Tu lui apprendras donc les choses suivantes:
1“ Cultiver le jardin et les champs.
2° Brosser les habits et cirer les chaussures.
3“ Nettoyer l’escalier.
4“ Dormir la nuit avec les fers (des fers au cou et des fers aux pieds).
5“ Laver les pieds à son maître.
6* Ut in os semen iiijicialiir alqiie semen devoret.
7“ Pedes natesque lambere.
Tu sais que je tiendrai parole ; tiens par conséquent la tienne et fais tout ce que je te dis.
Tous les deux jours tu m'écriras une lettre détaillée, de plusieurs pages, pour me dire ce que tu fais avec ton esclave, et où tu en es de son instruction. C’est ton esclave qui portera la lettre à la poste et la fera recommander ; il t’en remettra le reçu. Je désire surtout qu'il sache que lu m’écris afin yu’il voie bien que tout se fait d'après mes ordres.
L'lNVKHSION S£XUELUi
Lorsqu'il vous servira le soir à la maison, vestuin deirahere debel. A la maison, en véritable esclave, il doit marcher tout nu et j;urder tout au plus sa chemise.
Pour ne rien oublier, tu reliras tous les soirs mes instructions.
Réponds-moi de suite pour me dire si tu te sens capable d'exécuter consciencieusement et à la lettre toutes mes instructions.
Je te livre donc mon ancien domestique, en punition de tous les tours qu’il m'a joués. Tous ses elîcts, à l'exception du pantalon, de la chemise et des pantoufles, t’appartiennent ; de même l'argent comptant que tu trouveras sur lui.
Je te permets de faire avec lui tout ce que tu voudras, tout ce qui te passera par la tète.
Il a le choix, ou bien de faire tout ce que tu lui ordonneras, et sans être payé ; ou bien être dénoncé à la police.
Pour le moment, tu es son seul maître.
Je viendrai moi-même le 21 Août. J’attends tes lettres tous les mercredis et samedis.
Telles sont les instructions données par A à B afin de contraindre C à la pédérastie.
Comme le lui avait dit A, B loua une villa où il attendit l'arrivée de C. C devait apporter une lettre de A et B devait aussitôt retenir le porteur de la lettre. En effet, B reçut un
l'isvehsion sexuelle
jour, à la villa, la visite de C, porteur d’une lettre de A. G parvint toutefois à s'échapper aussitôt et B ne put exécuter les ordres de A.
Mais le fait le plus curieux de l’affaire, c’est que, peu do tennps après, les autorités mises au courant purent établir que A et C n’étaient qu’une seule et môme personne. A voulait donc que B le maltraitât lui-même, c’est-à-dire le forçât luimême à s’adonner à la pédérastie.
Doit-on admettre qu’il s’agissait là d’une simple plaisanterie, comme A le soutint pendant l'instruction, ou de tendances masochistes greffées sur une perversion sexuelle 7 La fuite de A au moment où B, commençait à appliquer sérieusement les instructions reçues, ne constitue pas une preuve contre la prévention de masochisme, car A a pu ne pas trouver à son goût la personnalité de B qu’il ne connaissait pas auparavant. 11 est aussi possible que, malgré scs tendances masochistes, A ait eu peur, au dernier moment, devant les mauvais traitements qui l’attendaient. Il me parait impossible de voir dans des préparatifs aussi bien combinés une simple plaisanterie. Et si l’on n'accepte l’idée de masochisme, toute cette histoire doit être attribuée à une sorte d’irresponsabilité complète de A, âgé à ce moment de 30 ans.
Nous venons d’étudier, parmi les perversions sexuelles se rattachant à l’inversion du sens génital, le fétichisme, le masochisme et le sadisme. Il nous reste maintenant à dire quelques mots de certaines perversions qu’on rencontre du reste aussi bien chez les hétéro que chez les homo-sexuels.
l'invebsion sexuelle
De même qu’il se trouve des hommes hétéro-sexuels qui se sentent attirés, non pas vers la femme faite, mais vers la petite fille impubère, de même on rencontre des uranistes qui recherchent non pas l’homme, mais le petit gar(;on. Nous avons déjà dit que ce phénomène était particulièrement fréquent dans l’ancienne Grèce, comme le montre, du reste, un certain passage du banquet de Platon où Pausanias demande une loi contre- l’amour pour les garçons. Dans une affaire qui passa devant les tribunaux d’.Vmiens en 1830, il était question d’un homme qui attirait de jeunes garçons et se livrait sur eux à des actions obscènes. Cette affaire a été publiée en détail par Tardieu *.
Il ne faudrait pas croire que, dans tous les cas d’inversion sexuelle, il existe une sorte de répugnance à entretenir les rapports avec do jeunes garçons. Il existe des uranistes adultes qui se sentent attirés vers des individus du sexe masculin n’a)-ant pas leur puberté, et dépour\'us de barbe. On constate très souvent que,dès leur enfance, les uranistes se sentent attirés vers leurs camarades, c’est-à-dire vers des enfants, des garçons. Chez les homosexuels ce phénomène existe aussi, seulement il est beaucoup plus rare.
Un fait analogue à cet amour des uranistes pour les garçons se rencontre quelquefois chez des femmes qui entretiennent des rapports avec des garçons encore très jeunes. Anjel ' a publié un cas do ce genre ’.
Tarnowsky cite le cas d’un homme de 2G ans, psychopathe
I D*autres cas analogues sont rapportés dans le traité de mt-declne légale de Caspar-Liman. Quelques uns do cet cas sont entachée de sadisme, qu’on rencontre plus souvent dans les rapporta enU'ê homme aduUo et enlanta qu'entre uranistes aduUetr
• Arch. f. Psychiatrie, 18S4, xt.
* Les cas do femmes adultes entretenant dos rapports avec des garçons très jeunes sont encore assez rivquenls. Tardieu a pu réunir 10 de ces observations, dont quelques-unes de Deceryie et de Ccn^jier. 11 a’agil pres-
l’lnversion sexuelle 18ü
au plus haut degré, qui pratiquait la pédérastie avec un garçon de 2 ans. L’observation est de S. W. Mierzejewski.
A ce penchant pour les jeunes garçons il faut opposer les cas de passiou pour les vieillards à barbe blanche. Je connais un cas de ce genre qui se rapporte à un jeune avocat. Au point de vue de la dégénérescence psychique, Tarnowsky considère cette passion pour le vieillard comme de très mauvais augure. Je ne crois pourtant pas que cette sorte d’inversion sexuelle puisse servir a mesurer le degré de la dégénérescence psychique.
Parmi les autres perversions qu’on rencontre chez les uranistes, je puis encore citer l’excitation provoquée par les statues. Certains uranistes vont jusqu’à embrasser les statues d’hommes qui leur plaisent. Un malade exprimait à V. Krafft- Ebing son mécontentement au sujet des feuilles de vignes qui, chez les statues d’hommes, remplacent les organes génitaux Athénée raconte l’histoire d'un grec qui, s’étant amouraché de la statue de Gupidon, accomplit sur elle l’acte sexuel.
Le viol des cadavres (la nécrophilie) n’est pas limité exclusivement aux cadavres d’un autre sexe. Du reste, pour V. Krafft-Ebing ce phénomène est de nature sadique. On connaît d’ailleurs le cas publié par S. Michéa, en 1810, d’un sergent, du nom de Bertrand, qui couvrait les cadavres de baisers, les caressait, les embrassait et les violait finalement ; d’autres fois, il coupait le cadavre en morceaux et se masturbait en les regardant. Bertrand accomplissait aussi bien ces actes avec des cadavres des deux sexes.
Il existe encore d’autres perversions qui sont du domaine do l’inversion sexuelle. Je connais un uraniste qui n’exige pas
que toujours 4e garçons de 5 à 13 ans et de femmes de 18 à 30 ans, le plus souvent des domestiques. Mais, dans un cas do Caspet% il s’agit d’une more qui •butait de son ÜU, âgé de V ans.
^ Une remarque absolument identique me fut faite par un autre uranûte.
l’inversion SEXLEI.LB
que son compagnon lui toiKhe les organes géuilaux : il se contente d'une excitation générale du sens du tact. 11 se fait frotter par son compagnon le corps, la peau du front et de lu nuque : cela lui sufiit pour enirer en érection et avoir une éjaculation. Cette excitation sexuelle par irritation tactile s'observe aussi dans les rapports liétéro-sexuels.
L’inverse a souvent lieu, c'est-à-dire que l'excitation d’une partie du corps d’uu uraniste provoque chez l'autre l'éjaculation. On m’a raconté le cas d'un hoiiiiue qui entrait en érection, et arrivait à éjaculer, lorsqu'il léchait l'intérieur de l'oreille d'un autre homme.
Je terminerai ici le chapitre des phénomènes de perversion observés dans les cas d’inversion sexuelle. Le sujet est loin d’être épuisé ; pour en faire une étude complète, il faudrait écrire tout un livre et tenir compte de l'individualité de chaque malade et des particularités do sa perversion.
11 aurait été intéressant d'en faire une élude comparative suivant les époques. Les livres relatifs à l’histoire de l’amour sont muets sur ce sujet. Je crois pourtant que, dans des époques différentes, la perversion sexuelle a varié dans certaines limites, et cette supposition me parait pouvoir se baser sur les changements fréquents de la mode. J'ai déjà étudié plus haut l'influence du costume sur l'instinct sexuel. Les changements de mode doivent donc exercer une influence sur ce. phénomène ; ainsi, si nous prenons pour exemple un fétichiste de la bottine, il faut bien admettre que le fétichiste moderne n'est pas excité par la même bottine que celui du siècle der-
t’l>VEnS10N SEXUELLE
nier. L'influence de la mode sur l’instinct sexuel et, plus encore, riulluence do l’instinct sur la modo, me parait hors de doute *. 11 est domontro aujourd’hui que les nouvelles modes sont imposées souvent par le demi-monde, et nos dames ne font aucune opposition pour les adopter. R. Schultzcdit (Les Polies de la Mode) dit ceci ; « C’est un fait démontré qu’un grand nombre do modes nouvelles, les jupes, les garnitures, les chapeaux fantastiques, etc., nous viennent des célébrités du demimonde parisien, et n’en acquièrent pas moins la vigueur d’une loi draconienne. 11 est notoire que le beau-monde parisien connaît cette source, mais cela ne l’etnpéche pus de prendre pour modèle les femmes du demi-monde, qui font la loi ».
I On trouvera des matériaux précieux relalife au fétichisme du costume dans la nouvelle (2*«) édition des « Neue Forschungen auf dem Gebiet der Psychopathia sexualis » par v. Kvafft^Ebingt 1891. Cette édition n paru quand mon livre était déjà soua pressé.
l'hebmapiirodisme PSYCHO-SESCEL
Nous avons d(?Jà vu qu'il existe des hommes qui sont attirés tantôt vers riiomme tantôt vers la femme. Casper avait déjà parlé de ces individus qui ont des rapports tantôt avec des hommes tantôt avec des femmes, et il attribuait ce phénomène à une sorte de dégoût pour les femmes survenant chez des hommes qui en ont abusé. Il ne connaissait évidemment pas les cas dans lesquels la prédisposition morbide à l’hermaphrodisme psychique existe dès le début et se manifeste, suivant les circon.stances, sous forme de désir sexuel tantôt pour l’homme, tantôt pour la femme. 11 parait du reste que, dans l'antiquité, et principalement dans l'ancienne Grèce, l’hermaphrodisme psychique existait déjà.
V. Krallt-Kbing, qui a cherché à classer les divers degrés dj^inversion sexuelle congénitale, a établi les formes suivantes : 1 * L’hermaphrodisme psyehosexuel dans lequel, avec une prédominance marquée des tendances homosexuelles, on trouve des traces de tendances hétérosexuelles. 2“ L’homosexualité ; toute tendance vers l’autre sexe est absente, et le penchant sexuel ne porte que sur les individus du même sexe. 3“ L'elTémination, dans laquelle tout le côté
l'inversion sexuelle
psychique de l’individu subil une déviation en rapport avec son inversion sexuelle. 4® L’androgj'nie, dans laquelle il existe même une tranformation physique en rapport avec l’inversion sexuelle. — Cette division de V. Krafft-Ebing est très pratique, et il est certain qu’un très grand nombre de cas d’inversion sexuelle peuvent être rangés dans l'une ou l’autre de ces catégories. Toutefois, on peut quelquefois rencontrer des difficultés de classement, ce qui n’a rien de surprenant. C’est ainsi que, dans certains cas d’effémination très accusée, j’ai vu des hommes, dont toute la façon d’ètre et d’agir rappelait celle do la femme, avoir par moment des rapports avec des femmes et y trouver une satisfaction complète. Les cas de ce genre rentrent donc en même temps dans les groupes 1 et 3.
Je voudrais toutefoisélargirdavantagocctte notion de l'hermaphrodisme psycliosexuel. Je connais notammcr.t une série de cas ou le penchant hétérosexuel prédomine d’une façon très nette et où, pourtant, les individus sont pris de temps en tonq s de désirs homosexuels. Ces individus devraient compter parmi les hermaphrodites psychosexucls, bien que V. Krafft-Ebing admette que, dans ces cas, le penchant hétérosexuel ne se trouve qu’à l’état rudimentaire. Dans tous les cas, je crois qu’en raison de la quantité dos cas de transition, il ne faudrait pas exclure de l’hermaphrodisme p.sychosexuel les cas dans .esquels le penchant alternatif pour l’homme et la femme no dure que peu de temps ou s'étend sur toute une période de la vie.
l'inversion skxuellb
ün comprend facilement que l'inversion sexuelle ne se sépare pas de la vie sexuelle normale d'une façon bien nette, comme par un fossé infranchissable, (ioiiime partout, on trouve ici des cas intermédiaires allant d'une simple trace d'amour homosexuel jusqu’à l'urauisme le plus accusé.
Chez un individu, par exemple, on trouvera le désir passager de toucher simplement l'homme qui lui est sympathique. Ce désir, une fois satisfait, disparait immédiatement, pour ne plus jamais reparaître.
Uu autre individu éprouvera un penchant très vif pour un homme et sera saisi d'inversion sexuelle chaque fois qu'il le verra, tandis que, à part cela, il sera tout à fait normal au point de vue sexuel.
Un troisième ressent déjà une excitation sexuelle non seulement à la vue de tel ou tel individu, mais aussi à la vue d'hommes rentrant dans une catégorie déterminée, hommes vigoureux à cheveux blonds, par exemple ; et quand il ne se trouve pas en présence d’un homme de cette catégorie, scs sensations sexuelles restent normales. Un homme, qui a été en proie à celle forme d’inversion sexuelle, m’a décrit son étal de la façon suivante :
« Mon mal consistait en ce que j’étais continuellement
lancé des sensations féminines aux sensations masculines, et inversement. Le corps d’un homme exerçait sur moi une inlluence irrésistible et surexcitait mon imagiualion,mais en niénio temps j'éjtrouvais le désir passionné d'embrasser une femme. Pendant mon enfance, j’étais déjà excité par la beauté de l’homme et de la femme. Depuis l'âge de 7 ans, je me suis adonné à une masturbation elfrénéc en jiensant, pendant l’acte, à des hommes. Par deux fois je suis parvenu à m’échapper de cet enfer; maintenant cela ne m’est plus possible. .Mon imagination maladive me fait considérer comme particulièrement désirables les hommes blonds, vigoureux, en pleine santé. Cet
l’inversion sexuelle
état m’est très pénible, mais je ne puis pas y résister. Ce qui me fait surtout perdre la tète, ce sont les cuisses et les hanches des hommes ; de même un pénis très volumineux »
L’homme en question est aujourd'hui entièrement guéri de son penchant homosexuel. Il est en tout cas curieux de voir que les hommes bruns lui étaient indifférents et qu’il n’était excité que par une tête blonde « vraiment germanique ».
Un autre encore pourra présenter un égal penchant tantôt pour le sexe masculin, tantôt pour le sexe féminin, qu’il s’agisse des blonds ou des bruns, des blondes ou des brunes.
11 existe encore d’autres variétés où l’inversion sexuelle prédomine, le penchant hétérosexuel n’apparaissant qu’accidentellement. Quelquefois, comme le fait observer V. KralTt- Lbing, ce penchant ne se manifeste que dans les rêves e* joue un rôle tout à fait secondaire dans la vie ordinaire.
On peut trouver, dans la vie decertains uranistes à inversion sexuelle typique, de courts épisodes où ils se sont sentis attirés vers une femme. .le connais le c.as d’un uraniste endurci qui, dans un bal masqué, avait rencontré une jeune fille vers laquelle il se sentit attiré : il eut avec elle des rapports sexuels. Mais,après l’acte, il fut pris d’un tel dégoût, qu’il s’enfuit pour ne plus jamais la rencontrer. Dans un autre cas, un uraniste fut pris d’une passion violente pour une jeune tille et crut jiouvoir la satisfaire par un rapprochement sexuel ; seulement, par suite de la dilférence des conditions sociales, il ne parvint jamais au but. Les faits de ce genre ne sont pas très rares dans la vie des uranistes.
•Quelques-uns sont convaincus de l’inutilité des rapports avec la femme. Quand ils ont un penchant passager pour les femmes, ils préfèrent attendre patiemment le retour de leurs goûts homosexuels. Tel est le cas d’un nommé X. X a pratiqué souvent le coït avec des femmes et il y trouvait pleine et entière satisfaction ; pourtant, il ne croit nas pouvoir se débar-
l'i.vvehsion sexuelle
rasser à jamais de l'amour pour les hommes car, à la simple vue d’un liomme qui lui est sympathique, il se manifeste chez lui une excitation génitale. X affirme qu’il ne tentera plus d’avoir des rapporta hétérosexuels, quand même il se sentirait attiré vers la femme.
D’autres, au contraire, cherchent à utiliser ces périodes pour avoir des rapports avec des femmes.
Dans certains cas on est obligé d’admettre que le penchant homosexuel survient d’une façon périodique, fait sur lequel Tarnowsky insiste d’une façon toute particulière. Tarnowsky compare cet état à la dipsomanie, pour cette raison que, dans les deux cas, il existe une conscience de l’impossibilité do toute résistance. Tarnowsky cite également des cas très intéressants d’individus à inversion sexuelle périodique, qui savent d’avance à quel moment ils seront pris de leurs accès ; les malades en question prennent alors des arrangements pour que tout se passe en secret et échappe à leur entourage.
V. KralTt-Ehing croit que les hermaphrodites psjxhosexuels ne sont pas très rares. Comme ces hommes sont souvent mariés et ne manifestent que parmoment de la froideur à leurs femmes, leur conduite ne parait pas suspecte. Je connais personnellement plusieurs de cos hermapliroditcs, qui ont dos rapports tantôt avec leur femme, tantôt avec des hommes.
Chez un grand nombre d’hermaphrodites, le sexe de l’individu vers lequel ils se senlentsexuellement attirés ne joue en général aucun rôle. Ils ont un penchant pour un certain type, et le sexe du type n’est, pour eux, d’aucune importance. Ce qui joue le rôle principal dans leur passion, c’est la tête de l’individu, les uns aimant une tète blonde avec des cheveux coupés court, d’autres des traits fins, etc., abstraction faite de ce que la tète appartient à un homme ou à une femme. Cei tains uranistes ne sont excités que par des femmes à l'aspect
l’inversios sexuelle
masculin, par des femmes, par exemple, qui portent les cheveux courts.
J’ai remarqué qu’un certain degré d'hermaphrodisme se rencontre assez souvent avant le développement complet des organes génitaux. On sait du reste que le penchant de certains garçons pour d’autres a décidément un caractère sexuel et qu’après la puberté ce penchant disparait de plus en plus. Ce qui prouve l’existence d'un penchant sexuel avant la puberté, c’est que ces garçons ont souvent des érections quand ils jouent avec leurs camarades et les embrassent. Cet hermaphrodisme psychosexuel avant la puberté me parait particulièrement fréquent dans les cas d'inversion sexuelle. Un de mes malades, fétichiste de la bottine, dont l’hisloire se trouve publiée en détail dans la dernière édition de la Psychopalhia sexualis de V. Kratit-Ebing, fut pris de ce fétichisme pendant son enfance. Enfant, il voulait toujours embrasser les bottines de son professeur, couvrait de baisers les bottines de ses camarades ; vers la même époque il éprouva une passion pour les bottines d’une petite fille. Après la puberté, ce penchant devint hétérosexuel en ce sens que son fétichisme ne portait que sur des bottines de femmes, de femmes du monde en particulier.
Niemeyer ‘ insiste aussi sur 1a passion que certains garçons
• A. H. Niemeyer^ OrundsætzR der Enieliung und des Unterrichts. 3 Bde. IX Aufl. Halle, 1834-1835. Ce livre, qui envisage les phénomènes sexuels au point de vue pédagogique, mérite d'étre cité. L’auteur étudie celte que-*tion