‹ Les perversions l'instinct génitalChapitre 16 sur 21 · I. INVERSION SEXUELLE · texte numérisé non relu

I. INVERSION SEXUELLE

éprouvent pour d'autres, cette passion u'étant pas sans analogie avec l'amour. D'après lui, c'est le réveil de l'instinct génital qui se fourvoie et ne trouve pas son chemin.

Quand l'instinct génital est inverti, cette inversion peut se manifester avec une intensité plus ou moins grande. Parmi les hétérosexuels, tel ou tel individu éprouvera un penchant sexuel plus ou moins violent : il en est de même chez les homosexuels, mais chez ces derniers, les h)'péresthésies ou les exagérations de ce penchant paraissent plus fréquentes.

L’aversion pour tel ou tel sexe peut aussi varier beaucoup comme intensité, et, depuis la simple antipathie sexuelle, jusqu'à l’horreur la plus intense, on peut trouver de nombreux intermédiaires (V. KraITt-Ebing).

Si l'on se rapporte à un cas publié par Westphal, il existerait une forme incomplète d’inversion sexuelle, en ce sens que l'homme très efféminé et a}'ant du goût pour les costumes do femme, est sexuellement attiré vers la femme. Cet état peut survenir périodiquement. Un malade de Westphal qui présentait cette forme, disait que lorsqu'il arrive à triompher de son penchant, il est pris d'accès d’angoisse qui ne disparaissent que quand sa passion est satisfaite. Ce malade qui niait avoir des rapports avec des hommes, présentait, dans sa vie ordinaire, une effémination complète. II jouait les rôles de femmes dans une troupe de comédiens et adorait s’occuper d’ouvrages do dames.

Westphal insiste avec raison sur les difficultés qu’on éprouve à comprendre ces malades. 11 arrive souvent que les

lans fausse pt^danterie. La vérité ne lui parait être ni dans l'ignorance dans la« quelle oa tient les enfants pour font ne n rapporte à l'instinct sesnel, ni dans renseignement trop complet, surtout quand il s’agit de faire disparaître chez les enfants les mauvaises habitudes. Av/tmeysr cite QuintiUen et iîousteau pour prévenir les mattres du mauvais effet quepenrent avoir les punitions eorporelles. Citons encore, k propos de Rousseau, Tétude de Mo0^us tor U maladie de /. J. Fousseav.

l'inversion SEXl'ELLK

hommes s'habillent en femme pour pouvoir plus commodément commettre des vols et mettre la police sur une fausse piste. Ce point était à envisager dans le cas cité par Westphal, car son malade avait en effet commis antérieurement une série de vols. Westphal arriva pourtant à se convaincre que son malade avait un désir morbide de s'habiller en femme.

ETIOLOGIE

Les causes de l’inversion sexuelle sont nombreuses et différent avec chaque auteur. Casper divisait les malades en deux groupes, l’un dans lequel le penchant pour le même sexe était congénital, et l’autre dans lequel il était acquis, par suite d’abus de coït avec la femme, abus provoquant une sorte de dégoût Nous verrons plus loin que ces idées de Casper sont encore partagées aujourd'hui entièrement ou en partie par un grané nombre d’auteurs. C'est ainsi qu’à côté des deux groupes de Casper, Gley ' admet l'existence d’un troisième dans lequel l’inversion sexuelle est dû à ce que l’acte accompli d’abord par curiosité malsaine devient plus tard une habitude. Tarnowsky accepte d’une façon générale la division de Casper, mais fait en même temps rentrer dans le second groupe les cas d’inversion sexuelle due à la mauvaise éducation, au mauvais exemple, à certaines maladies mentales. Mantegaz/.a ne s’étend pas beaucoup sur l’étiologie de l’inversion sexuelle dans son étude anthropologique et historique des rapports sexuels chez l’homine. Pour lui l’origine de toutes les per-

Revue philosophique, 1834. Vol. XVII, p. 66. OUy. L«l ftberratioDt do l'instinct sexuel, d'apri^s le« travaux récents.

l’inversion sexuelle lin

versions sexuelles peut être riunenée à deux causes : la difficulté de pratiquer le coït à l’état normal et le désir de se procurer un nouveau plaisir. V. Krafft-Ebing distingue aussi l'inversion sexuelle acquise de la congénitale. 11 croit que certaines causes (que nous énumérons plus loin), et principalement l’abus sexuel et l’onanisme, peuvent, plus tard, provo* quer l’inversion sexuelle chez un individu normal. Ces causes interviendraient surtout avec efficacité à l’époque du développement des organes génitaux, opinion partagée également par Tarnowsky. Contrairement à l’inversion sexuelle acquise, l’inversion congénitale est entachée de perversion dès le début, sans qu’il ait existé auparavant un penchant pour la femme.

Pourtant la plupart des cas d’inversion sexuelle considérés comme acquis ne me paraissent pas bien probants. Il n’est guère possible d’entrer dans des considérations générales pour soutenir que, dans la plupart de ces cas, l’inversion sexuelle existait déjà à l’état -latent, pendant l’enfance. La classification consciencieuse de V. Krallt-Ebing ne renferme que très peu de cas do perversion acquise, et je suis convaincu que même ceux-là ne sont pas à l’abri de toute objection, en ce sens que la perversion sexuelle y précède plutôt le penchant hétérosexuel.

Ainsi, l’observation 72 de cet auteur ne prouve nullement l’existence de l’inversion sexuelle acquise ni sa différenciation de l’hermaphrodisme psychique. Le malade en question, que V. Krafft-Ebing considère comme un cas d’inversion sexuelle acquise, pratiquait à l’àge de 12 ans, par conséquent avant d’aller avec des femmes, la masturbation mutuelle avec son frère. Pendant la masturbation, à laquelle il s’adonna pendant longtemps, il se figurait être une danseuse et avoir des rapports avec un officier. Quand le malade restait longtemps sans se masturber, il désirait avoir des rapports avec des femmes ; mais ce fait est plutôt en faveur de l’hermaphrodisme psycho-

198 L I>r£KSICM SCXr£LLE

sexuel, bien que les rêves érotiques du malade aient toujours porté sur des femmes.

Les idées singulières de ce malade pendant qu'il se masturbait ont précédé chez Ini les désirs hétérosexuels, et ces idées portaient très nettement un caractère d'homosexualité.

L'autre observation de Y. Krafft-Ebing, l’observ. 73, n'est pas non plus à l'abri de toute objection, car on trouve dans l'histoire de ce malade, pendant l'époque de son développement, des phénomènes très nets d'hermaphrodisme psychosexuel. Il existe notamment dans sa vie une période pendant laquelle il se sentait également attiré vers la femme et vers l'homme, avec cette particularité que ses désirs sexuels avaient pour objet les individus non pubères. Plus tard cet homme présenta exclusivement de l’inversion sexuelle qui, peut-être, n'était pas encore très nette, en ce sens qu’il n'éprouvait pas de l'horreur pour la femme et que son aversion pour le sexe féminin n'était pas absolue. Ce malade pouvait n'étre en somme qu'un hermaphrodite ' psychique.

Une autre observation de V. Krafft-Ebing (observ. 74) donne un exemple plus net d'inversion sexuelle acquise. Le malade en question, dont les désirs sexuels étaient très vifs, cherchait d'abord à les satisfaire dans des maisons publiques; plus tard il remarqua que, bien que la vue d'une femme nue l'excitât beaucoup, il n'avait pas d'orgasme ni d'érection, même lorsque la femme cherchait à la provoquer par la masturbation. fa)mme le malade, en quittant la maison publique, éprouvait toujours de l'excitation sexuelle, le fait ne peut s'expliquer qu'en admettant qu’il s'agissait là d'un cas d'instinct

i Toute U didérence s’explique par ce fait que v. Kra/ft‘ELing comprend moins largement que moi rUermaphrodisme p8Tcho*sexiiei (v. p, 151). et •’est pour cela que ces difft^reots cas sont pour lui des cas d'inversion sexuelle

i équité.

l'inversion sexuelle 19D

sexuel normal avec impaissance neurasthénique consécutive k la masturbation.

Il me parait pourtant, — et c’est là une remarque tout à fait générale * — , qu’une sensation voluptueuse insufCsanle pendant l'acte sexuel doit être dans un grand nombre de cas attribuée directement à l'inversion sexuelle. Je connais notamment des hommes qui, avec un penchant peu net pour la femme, n’avaient pas de sensations voluptueuses pendant le coït, malgré l’érection et l’éjaculation ; par contre cette sensation était des plus intenses quand ils pratiquaient un acte sexuel avec un homme pour lequel ils avaient un penchant d’hermaphrodite psycho-sexuel.

Je crois donc, après toutes ces considérations, qu’un grand nombre de cas d’inversion sexuelle acquise doivent être considérés comme résultant de l’hermaphrodisme psycho-sexuel. Je ne nie pas qu’on ne puisse rencontrer de temps en temps des cas d’inversion sexuelle où, après l’existence d’un penchant exclusif pour la femme, il survienne des tendances et des désirs homosexuels. Mais je crois en même temps qu’il s’agit ici essentiellement d'une division clinique, et que les cas purs d’inversion sexuelle acquise sont excessivement rares. Presque tous les chercheurs sont d’accord sur ce point. Je trouve qu’en somme il existe peu d’auteurs * qui considèrent l’inversion sexuelle acquise comme un phénomène habilnel.

Pour éviter toute confusion, disons encore une fois qu'il faut considérer comme acquis les cas dans lesquels le penchant pour l’homme fut précédé de celui pour la femme. A proprement

> Cette remarque ne se rapporte pus au cas que je viens de citer.

* Je ne pois citer ici les auteurs qui. sans avoir la moindre notion de rinvar- •ion sexuelle, en parlent pourtant. C’est chez eux qu'on trouve des exprès* tions dans le genre de celles-ci : « aberration, constf'quenco d’une vie débauchée, Vices sans nom, ordures, etc. » La plupart de ces travaux sont écrits, non pas au point de vue clinique, mais dans un but de moralisatioa. Ils ne peuvent par conséquent trouver place ici.

Page 1