‹ Les perversions l'instinct génitalChapitre 3 sur 21 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

Lnrsqu’en 18o2 Casper fit celte remarque très judicieuse que la pcdéraslie, considérée jusque-là comme un vice, n’élait due en somme qu’à une anomalie congénitale morbide, à une sorte d’hermaphrodisme psychique, personne n’aurait prévu que 40 ans plus tard on trouverait dans les grands ouvrages scientifiques une véritable pathologie psychique de la vie génitale. Et quand enfin la science se fut dé])artie de la pruderie ridicule avec laquelle elle ahordail les questions psychosexuelles, elle se trouva, dans le domaine clinique, social et médico-légal, en présence d'une riche profusion de faits, qui ont conduit à redresser des erreurs vieilles de plusieurs siècles, à reconnaître et même à expliquer, en partie, certains phénomènes d’une grande valeur scientilhiue tant an point do vue actuel qu’au point de vue hislorique.

Toutelois, quiconque est au courant de ce non-

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\eau (lomniiu* des anomalies jisyclio-sexuelles, est obligé de reconnaître que la plii])art des [diéuoinènes sont encore à l'étude et demandent à être élucidés et qu’un petit nomlire seulement de principes fondamentauxsemblont jusqu’à présent bien acquis.

Une des parties les plus importantes, les plus intéressantes et les mieux connues de la psychopathie sexuelle fait le sujet de la présente monographie. .l’accède avec d’aulant plus de plaisir au désir de l’auteur en écrivant cette préface, que je considère son travail comme très méritant et très instructif puisque, moi (jui passe pour un connaisseur et chercheur dans ce domaine de pathologie, j’ai pu trouver, à la lecture rapide de son livre, maint sujet nouveau et suggestif, (^e n’esi pas ici le lieu de faire de la crilique. L’auteur ne rencontrera de divergences d’opinion avec les sjiécialilstes qui ontscientiliquement exjiloré avant lui ce domaine délicat, que dans les questions de détail ; mais en revanche il peut être certain que l’on i-endra entière justice à l’étendue de ses connaissances littéraires, à son expérience personnelle et à In sagacité dont il fait preuve à chaque jiage de son livre. Mais cet ouvrage ne sera pas intéressant seulement pour le spécialiste qui j’ trouvera une foule de points de vue d’nne grande importance, une critique approfomlic des faits acquis, et une forte impulsion à de nouvelles recherches : il est aussi destiné à éclairer et à faire rénéchir le médecin, le jiolicier, le juge d’instruction, l’avocat, riiistorien, le psychologue, ranthropologiste, le sociologiste, le pédagogue et le législateur.

Ce qui ressort avec le jilus de clarté de ce livre, c’est la justesse lie la thèse soutenue jiar Casjier, à savoir la valeur jiathologique d’une manifestation jisycho-

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sexuelle qui, Lieu que connue depuis des siècles, est restée étrangère à la pathologie de l’esprit, et n’eut le don d’occuper que le moraliste et l’homme de loi. C’est à l’investigation médicale que revient le mérite d'avoir porté la lumière dans ce domaine comme dans tant d’autres, et d’avoir ainsi contribué au trionqihc de la vérité, du droit et de l’humanité.

Avec une logique et une clarté remarquables l’auteur, |)osant comme prémisses scientifiijues que les anomalies de l’amour sont des phénomènes morbides, arrive à cette conclusion médico-légale que l’article 17o du Code pénal est un anachronisme en présence des progrès do la médecine et qu’il ne l»eut subsister plus longtemps dans les termes où il est conçu. Celui qui a pu entrevoir la vie et les souiïranccs des pervertis sexuels, véritables déshérités de la nature et parias de la société, saura apprécier les raisons que donne l’auteur pour obtenir que dans certaines conditions ces malheureux ne soient pas poursuivis par la loi. En tous cas, la législation future qui semble disposée, comme en Autriche par exemple, ;ï perpétuer dans ses codes, en les renouvelant, d’anciennes erreurs, ne pourra négliger de prendre en considération les observations de l’auteur lorsqu’il s’agira de faire la loi.

Non seulement la législation prise dans le sens étroit du mot, mais aussi l’opinion publique auront à compter avec ce fait que l’anomalie sexuelle n’est pas de la perversité mais de la perversion, c’est-à-dire que, pour se développer, elle exige une prédisposition morbide et constitue dans tous les cas un phénomène pathologique. Ce fait scientifique doit faire justice du préjugé traditionnel en vertu duquel ces malheureux

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dotés, par un sort cruel, de sensations et d’instincts homosexuels et privés des joies de la vie de famille, étaient considérés comme des êtres immoraux simplement dignes de mépris. Tout ami de la vérité et de l’humanité apprendra avec satisfaction que le perverti sexuel est un malheureux, et non un criminel; qu’il n’est pas un profanateur de la dignité humaine, mais un véritable déshérité de la Nature marâtre, et qu’il ne mérite pas plus le mépris qu’un individu venu au monde avec une malformation physique.

Les faits historiques et mon expérience personnelle m ont suflîsamment montré que ce sont souvent des individus très respectables et très utiles à la société qui ont le malheur d’être atteint d’anomalie psychosexuelle.

11 serait à désirer, dans l’intérêt de ces malheureux malades et pourrédiricalion des esprits éclairés, que ce livre fût aussi répandu que possible. Ce travail n’est pas un ouvrage populaire, et l’auteur s’est elforcé do le rendre tel en emidoyont des artifices de style cl des termes techniques ; mais tout homme cultivé le lira facilement et je n’hésite pas à le recommander à. quiconque a souci do la vérité, du droit et de l’humanilé. Ce livre est écrit dans un esprit de justice, de vérité et de science, qui ne peut manquer d’exercer une action bienfaisante et persuasive.

11 devra également recevoir un accueil favorable des médecins praticiens pour qui le domaine des anomalies psycho-sexuelles est resté jusqu’à présent une région inexplorée et (piisunt ex|)osés àdes erreurs quotidiennes dans le traitement de cette aiïecliou. Partant do l’opinion traditionnelle qu’il ne s’agit ici que d’une

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abeiTûliou ou d’une mauvaise éducation sexuelle, ils abandonnent ces malades à leur sort, ou bien leiirconseillerit le mariage qui ne peut leur être que très préjudiciable.

La question de savoir si, d’une façon générale, il existe un traitement des perversions sexuelles, ne pourra être résolue que dans l’avenir; toujours est-il que les cas se multiplient où l’intervention médicale sous forme de suggestion (hypnotisme) a réussi à retirer ces malbeureu.K d’un enfer sans nom et môme à corriger la nature. Néanmoins il convient de ne pas se laiio trop d’illusions. Mais ce qui me paraît plus important encore à connaître pour le médecin et le pédagogue, c’est la voie qui conduit au développement de la perversion sexuelle sur un terrain prédisposé et les notions do prophylaxie qui en découlent. Moi aussi j’ai acquis la conviction que dans la société moderne la perversion sexuelle est très répandue et gagne du terrain de jour en jour. Pour moi ce fait trouve son explication d’une part dans la multiplicité des causes prédisposantes qui existent dans la société moderne, dont la tare névropathique est si lourde, et de l’autre dans l’éveil précoce de la sensualité et dans les écarts de la fonction sexuelle. C’est de ce côté que devraient porter les efforts du médecin et du pédagogue, aussi bien que ceux des gardiens des bonnes mœurs et de la moralité publique. Il est très regrettable de voir la littérature pornographique s’étaler dans les vitrines des libraires et l’obscénité régner en maîtresse sur la scène moderne. A l’école, la préoccupation du développement intellectiiel fait négliger la culture du caractère et du sons de l’idéal, du bien et du beau. La jeunesse devrait être mieux protégée contre l’esprit de frivolité

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cl (riminoralilc qui so manifeste dans les lieux publies, les théâtres et la littérature.

Habcnt sua fata libelli f i’osi: prédire un bun accueil au livre de l’auteur. Il le mérité et ne tnanquera pas de le trouver.

Vienne, ‘il juin 189i.

ü' V. Kn\) i ï-Edino.

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