L EXAMEN DE PANTOMIME
Mai 1880
La salle éclairée, presque vide. Au centre des fauteuils d'orchestre, le jury composé du directeur et des chefs de service de la scène et de la danse. A l'orchestre, dans un coin de droite, un petit tas de mères agitées, fiévreuses, haletantes, empourprées.
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Cest là que je vais m'installer. Je dois en faire l'aveu, j'adore les mères de danseuses. Ily a toujours avec elles quelque chose à apprendre. Leur conversation est variée, abondante, imprévue, imagée Elles tiennent à tous les mondes. Fruitières, couturières ou blanchisseuses dans la journée, elles causent familièrement, le soir, à l'Opéra, avec ce que nous avons de mieux en hommes distingués.
Madame N***, par exemple, commence sa journée à six heures du matin, en fruitière courageuse. Elle grimpe dans une petite charrette attelée d'un petit cheval et s'en va sur le carreau des halles renouveler sa provision de choux, de navets et de carottes. Puis, le soir, à huit heures, un valet de pied entre dans la boutique : c C'est mademoiselle, dit-il, qui attend madame... » Et madame N*'*, en tous ses atours, se hisse dans la Victoria de monsieur de P***, et s'en va faire, au frais, le tour du lac avec sa fille. Comment voulez-vous qu'on s'ennuie jamais avec une pareille lemme? C'est une encyclopédie vivante, une gazette de la halle et de la cour. Elle sait pourquoi les pommes de terre cont hors de prix et pourquoi le petit chose n'a pas été nommé second secrétaire à Madrid.
Donc, je m'installe à l'orcnestre, au milieu des mères; j'en ai à ma droite, j'en ai à ma gauche, j'en ai devint, j'en ai derrière. Ce sont des parfums combinés de saucisson, d'eau de javelle et aussi d'eau de Cologne, car on fait un brin de toilette pour la circ^onstance. C'est délicieux. Je suis aux anges.
Sur la scène pas de décor; seulement une vieille toile de fond; de chaque côté de Tavant-scène, un pompier, casque en tére. Au milieu du théâtre, un groupe composé du professeur de pantomime et de sept danseuses en costume de répétition, décolletées, bras nus, jupes bouffantes de tarlatane, maillots de soie, larges rubans de couleur autour delà taille. Les sept danseuses écoutent respectueusement le professeur, lequel, armé de son violon et de son archet, donne ses dernières instructions. Chaque danseuse doit mimer deux petites scènes : une scène de coquetterieetune scène de folie... la comédie et le drame... Maison doiidébuterparune espèce de morceau d'ensemble, quelque chose comme une reprise de haute école au manège.
« Commençons, » dit le directeur. Et l'on commence. Le professeur vient se placer à Tavant-scène, près du pompier de gauche; les sept danseuses se
rangent en ligne, à un mètre de distance, au second plan. Il a fait un petit bout de toilette, le professeur de pantomime. Il a mis un gilet blanc et une cravate du bleu le plus tendre. Il est là, souriant, son violon à l'épaule, le bras droit arrondi, prêt à attaquer la corde, la jambe droite en avant. Pas jeune... Au moins soixante ans... Pas beau, grand, maigre, dé* gingandéj ballottant dans une vaste houppelande marron, tout à fait de'pourvu de grâce et d'élégance. C'est lui qui est chargé d'enseigner à ces jolies filles la grâce et l'élégance... Il ne prêche pas d^exemple, mais il n'en donne pas moins de très précieuses leçons ; c'est un homme éminent, nourri des vieilles traditions ; il a reçu les leçons du grand Perrot et les transmet pieusement aux jeunes générations.
La corde grince sous l'archet et quelque chose d'étonnant sort du violon. Des souvenirs d'enfance se réveillent en moi. Je crois entendre un pauvre aveu i;le qui, dans les environs de 1848, était installé sur le pont des Arts avec le caniche traditionnel. . . Quelque chose de non moins étonnant sort des lèvres du professeur... Il accompagne son air de violon d'une sorte de récit qui s'applique aux mouvements de la âcéne. Ce oetit discours n'est pas seulement parlé.
il est mimé. Le professeur se tortille, frétille, sautille, indiquant à ses élèves les attitudes qu'il faut prendre, les œillades qu'il faut lancer, les grâces qu'il faut étaler.
Les sept danseuses gardent correctement leur distance d'un mètre, répètent avec docilité les gestes et les sourires du maître. Les mères sont émues. Deux ou trois des habitués de l'Opéra sont pâles. Les deux pompiers regardent. Les membres du jury ont une attitude digne, grave, impassible. Ils ont le sentiment de leur importance.
« Le voilà, c'est lui, dit le professeur. C'est lui. C'est mon berger I... » Et s'interrompant : a Nous le prenarons à droite, le berger. »
Alors les sept danseuses, les bras écartés, la jambe gauche en avant, le corps un peu renversé, le visage épanoui et l'air bête comme des oies, se mettent à regarder d'un air fixe et passionné l'un des deux pompiers de service... Un petit pompier, tout jeune, tout rose, tout blond... Il paraît fort troublé, le pauvre garçon, de ces sept paires de grands yeux tendrement braaués sur lui. 11 rougit et se détourne un peu.
« C'est lui, continue le professeur... Ah ! qu'il est beau! »
Et toutes les bcpc, les Dras en l'air, en extase, la bouche absolument béante, se pâment en regardant le jeune pompier. Il devient cramoisi, et. perdant tout à fait contenance, prend le parti de s'en aller faire une petite ronde dans la coulisse.
« Ah ! que je l'aime ! » s'écrie le professeur.
Le violon s'efforce de jouer une phrase d'amour Le regard du maître de pantomime se noie dans Tinfini. Les sept petites mains gauches des sept petites danseuses viennent se plaquer, toutes en même temps, sur leurs sept petits cœurs, et les sept petites mains droites viennent ensuite se plaquer sur les sept petites mains gauches... Puis toutes les petites mains se mettent à frotter en mesure les sept petits coeurs... Cela indique l'agitation de l'âme.
a Mais hélas ! il ne me voit pas ! »
Le violon fait ce qu'il peut pour jouer quelque chose de triste. C'est maintenant au tour des sept petites têtes, qui se mettent à branler régulièrement de gauche à droite et de droite à gauche.
a Non, non, il ne me voit pas... il s'éloigne... il
s'en va... Ne m'aimerait-il plus? Ah ! quelle aou-
leurl— L'air désespéré... prenez l'air désespéré... des larmes... des sanglots... »
Toutes alors, d*un seul coup, prennent l'air désespéré, pendant que le violon, désespéré lui-même, renc* des sons rauques et confus. Les sept petites têtes s^abîment, comme par un mouvement mécanique, dans les quatorze petites mains... Et les pauvres petites têtes, secouées par les larmes et les sanglots, se mettent à branler de plus belle, mais dans un autre sens, cette fois, de haut en bas et de bas en haut... De droite à gauche, c'est l'inquiétude. De haut en bas, c'est le désespoir.
€ Mais il s'arrête... il revient... »
Et le professeur s'interrompant :
« A gauche... maintenant nous le prendrons à gauche, dans l'autre coin, le berger. »
Les petites têtes sont encore enfouies dans les petites mains; mais, à travers les doigts écartés, les regards cherchent à découvrir le berger qui se rapproche; et comme on l'a changé de côté, ce berger volage, tous ces regards vont tomber d'aplomb sur le second pompier. C'est un malin celui-là, chevronné, blasé V>ronzé, rompu au service des théâtres. Il ne se trouble pas. Il prend même, dans une certaine mesure, part à la pantomime... Il redresse son casque, remonte un peu sa ceinture de gymnastique et risque
un sourire. Au même moment, rentre en scène l'autre pompier, le pompier timide. Il voit que le danger n'est plus de son côté et se décide à reparaître.
Le voici donc revenu, ce berger. Son départ n'était qu'une ruse. Mais il va trouver maintenant à qui parler et les bergères se préparent à lui rendre la monnaie de sa pièce.
« Fuyez... fuyez, » s'écrie violemment le professeur.
Et les sept danseuses, après deux petites tapes sur leurs jupes de tarlatane, tout demi-tour à droiie, prennent leur élan et, en quatre bonds, arrivent au fond de la scène.
« Il vous tend les bras... Il vous supplie de revenir... Non, non... Nous ne reviendrons pas. »
Ici, nouvelle attitude, nouveau geste... Elles sont toutes les sept en ligne, au fond de la scène, le corps penché, le bras droit en avant, l'index levé... et tous ces bras droits se mettent à battre l'air avec de petits mouvements réguliers. Les bergères, pour dire la chose familièrement, les bergères font la nique au berger.
« II demande grâce... Il tombe à genoux... Dans ses bras... dans ses bras... »
Et toujours toutes les sept, bien en li^çne, avec un air de ravissement, reviennent en quatre bonds, tomber essoufflées et souriantes dans les bras de ce berger imaginaire.
C'est la fin de l'exercice d'ensemble et le commencement de l'interminable défilé des scènes de coquetterie et de folie. Un danseur, cette fois, se met de la partie et vient donner, pour la scène de coquetterie, la réplique à ses petites camarades.
Nous sommes en plein dans le rococo... Un chevalier pimpant et fringant... Une marquise jouant de l'éventail. Ils se brouillent et se raccommodent trois fois dans l'espace de six minutes, et chaque raccommodement est le signal d'un petit pas de deux. Nous avons sept fois cette scène délicieuse; vingt et une brouilles et par conséquent vingt et un raccommodements ; c'est très gentil, mais, à la longue, un peu monotone,
La scène de folie est un monologue. La danseuse arrive, les cheveux épars; et c'est l'occasion d'un grand concours de cheveux, vrais ou faux... Une pauvre paysanne a été séduite et abandonnée par u;. grand seigneur; elle entre en scène désespérée, mais couronnée de fleurs. La tolie à l'Opéra ne va jamais
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sans une couronne de fleurs... Cela se passe au fond d'un bois, près d'un petit étang et, là, dans le pur cristal des eaux, la pauvre paysanne le voit distinctement, lui, le grand seigneur, son séducteur... Il Tattendl ii 1 appelle!... Je viens, mon bien-aimé, je viens!.,. Elle fait pouf l dans le cetit étang et c'est fini.
Je n^ai pas l'intention d'étudier par le menu celte suite de scènes de folie. Je les ai, d'ailleurs, mai regardées. J'étais distrait par la conversation de deux de mes voisines, deux mères, madame Paroisse et madame Plongeon, qui bavardaient à mes côtés. Elles gémissaient, à qui mieux mieux, les pauvres dames, sur la dure condition de leurs fillettes.
— Non, disait madame Paroisse, non, ça n'est pas une existence... Se lever en hiver avant le jour, venir à la leçon dès huit heures du matin, se décarcasser, se ruiner le tempérament, se refuser tout plaisir.. • tout ça pour accrocher, de loin en loin, des augmentations de deux cents francs et pour arriver, quand on a de la chance et des protections politiques, à devenir petit sujet avec dix-huit cents francs. Et première danseuse, jamais !... Les premières danseuses, ce sont des étrangères... jamais nos filles! Sous
l'Empire, c'étaient des Russes. On pouvait croire que ça allait changer sous la République, que ça allait enfin être le règne de la justice. Monsieur Paroisse me le disait, et moi, bêtement, je le croyais... Ah! bien ouiche, c'est changé, c'est vrai. Ça n'est plus des Russes, c^est des Italiennes... Il n'y en a, plus que pour les Itahennes... C'est-à-dire que le gouvernement devrait prendre des mesures contre routes ces sauteuses étrangères.
Ce discours m'étonna. L'agitation protectionniste s'étendant jusqu^aux mères de danseuses. Je ne m'attendais pas à cela..;
Je livre les doléances de madame Paroisse aux méditations des membres de la commission du tarif des douanes. Ils auront à examiner s'il ne conviendrait pas d'établir une surtaxe à l'importation des danseuses étrangères. Ce sera pour ces messieurs l'occasion d'un petit débat intéressant et gai qui rompra la monotonie de leurs séances.
La Chambre des députés nommerait une commission d'enquête, et cette commission pourrait entendre les principales mères de i Opéra... Ces pauvres dames se plaignent beaucoup et elles ont, à ce qu'il me semble, de très justes sujets de doléances.
Je causais tout à l'heure avec madame Paroisse, et
j'étais très frappé de la force de ses raisonnements, de la solidité de son argumentation.
— Ah ! mon cher monsieur, me disait-elle, les coryphées d'autrefois ! Vous souvenez-vous des coryphées d'il y a quinze ans ? Quelle décadence dans celles de maintenant 1 ma fille exceptée, bien entendu. En 1866, quel peloton! Baratte, Sanlaville, Montaubry, Brach, Éiine Volter, Villeroy, Ribet, Georgeault, Rust, Pilatte ! C'étaient des danseuses, et c'étaient des femmes. On travaillait dur dans ce temps-là, et pourquoi ? Parce qu'il y avait encore une autorité maternelle; mais il n'y a plus rien du tout aujourd'hui... Et tout ça, voyez-vous, c'est un peu la faute de monsieur Perrin... Oh ! il avait du mérite, je sais bien, il a requinqué l'Opéra, il s'occupait beaucoup de son théâtre, il était équitable aux examens, il recevait des tas de recommandations de ministres, de députés, de sénateurs... Oui, mon cher monsieur, il y avait sous l'Empire des gamines de quinze ans qui étaient déjà poussées par des sénaeurs... et encore aujourd'hui, d'ailleurs... Eh bien, monsieur Perrin ne tenait aucun compte de toutes ces intrigues-là ; mais ça ne fait rien, il ne s'occupait
pas assez de la danse, ou plutôt il ne s'en occupait cas comme il aurait fallu.
— Ah 1 et comment aurait-il fallu?...
— Comment ? D'abord monsieur Perrin aurait dû nous réunir toutes dans son cabinet et nous consulter, nous, les mères! Nous connaissons l'Opéra, nous autres, et moi surtout, moi qui, depuis vingt-cinq ans, ai mis deux filles et trois nièces dans la danse... Eh bien, nous aurions été toutes d'accord pour dire à monsieur Peiiin : « Monsieur, l'autorité maternelle s'en va et la danse avec elle. Il faut rétablir l'autorité maternelle, et ça dépend de vous. »
— De monsieur Perrin ?
— Oui, et je vais vous dire pourquoi. Monsieu^ Roqueplan avait du bon, mais il a fait une faute... que Dieu la lui pardonne !... Il a interdit aux mères le foyer de la danse, et nous ne pouvons plus surveiller nos enfants. Du temps de monsieur Roqueplan, ça n'était qu'une inconvenance d'exclure les mères, maintenant c'est une calamité.
— Quelle différence ?
— La différence, c'est que monsieur Roqueplan ne laissait pas entrer dans les coulisses un tas de peiii>
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farceursqui, à présent, s'installent ici comme chez eux, et qui viennent nous débaucher nos filles sans notre consentement. Monsieur Roqueplan n'aimait pas les eunes gens. Il fallait avoir des poils gris sous le menton pour mettre le nez sur le théâtre, et alors il ne venait ici, ou que des artistes, gens sans importance, ou que des hommes sérieux, qui donnaient de bons conseils à nos enfants. Ils leur disaient: a Travaille, ma petite, ne manque pas tes leçons, et je te ferai cadeau d'une petite paire de boucles d'oreilles pour ta fête... » C'étaient monsieur P***, et monsieur G***, et monsieur B***, de vrais amateurs, qui savaient que la danse est un rude métier et qu'on ne travaille pas si, dans les commencements, on n'est pas un peu misérable. Pauvre M. G*** ! il est mort Tannée dernière. Un véritable père pour les danseuses ! Il avait chez lui, dans son salon, une grande glace, un plan incliné et des barres d'appui, il avait appris à jouer un peu de violon, et quand nos fillettes arrivaient chez lui : « Allons, quelques pirouettes et quelques pointes, mes petits chats, et puis après, un bon dîner. >
Il les accompagnait sur son violon, il les tenait là au travail pendant une heure et il savait les faire transpirer. Allez donc me trouver un autre monsieur
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G*** dans le foyer de la danse. Oh ! tant que vous voudrez, des gâte-métier qui disent à nos petites : « Viens souper ce soir, viens à Mabille, viens au bal de l'Opéra, balance donc ta respectable mère... Et un beau soir elles se laissent pincer, elles nous filent entre les doigts après le spectacle, et elles nous reviennent au petit jour... quand elles nous reviennent. Comment voulez-vous après ça qu'elles se èvent à des sept heures du matin, pour aller à huit se décarcasser à la leçon de madame Zina ? C'est par là que la danse périra ~
— Je ne vous dis pas le contraire, mais qu'est-ce que monsieur Vaucorbeil pourrait faire aujourd'hui ?...
— Ce qu'il pourrait faire I Une chose bien simple pour commencer.,. Flanquer à la porte des coulisses de l'Opéra, par mesure générale, tout ce qui n'a pas quarante-cmq ans. Ainsi, Tautre jour, monsieur Vaucorbeil a fait coller une petite affiche : que les hommes ne devaient se présenter sur le théâtre qu'en habit de vUle. Eh bien, il n'y aurait qu'à a/outer : et au-dessus de quarante-cinq ans. Quand un homme a passé la quarantaine, c'est déjà une garantie pour une mère. Puis ensuite, que diable I il connaît du monde, il a des relations, monsieur Vaucorbeil. Eh
bien, il devrait se mettre en campagne et refaire un petit noyau de vieux habitués qui s'entendraient avec nous et sauveraient nos filles de la perdition. Il est le maître chez lui maintenant^ monsieur Vaucorbeil. Autrefois, je ne dis pas, du temps de la maison de l'Empereur, un tas de gens pouvaient forcer la porte, et il y avait beaucoup de ces messieurs qui s'autorisaient de leur position près de l'Empereur pour faire faire des bêtises à nos filles... A ce point que ça m'inquiétait pour l'empire... Je voyais venir des catastrophes... J'ai dit plus d'une fois à monsieur Paroisse: « Mon ami, l'Empereur est mal entouré... « tous ces messieurs qui font faire des bêtises à « nos filles, tu verras qu'ils feront faire des bêtises à « l'Empereur. » Cela n'a pas manqué. Vous savez que ça n'a pas bien fini, l'empire.
— Non, pas très bien...
— Enfin, il y aurait une autre réforme capitale... Une réforme dans les jurys d'examen... Ils ne sont pas mal composés, ces jurys... Ils offrent des garanties, mais il y manque quelque chose.
— Q^uoi donc?
— Il y manque des mères.
— Oh.' ohl
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— Certainement... mais de vraies mères, des mères comme moi... et alors on ne tiendrait pas seulement compte aux enfants de leurs dispositions pour la danse, on s'occuperait aussi de leur conduite morale. Ou ne ferait pas avancer de petites débraillées qui ont dans les coulisses des tenues et des conver» salions à embarrasser les pompiers, qui pourtant ne sont pas bégueules, car ils sont habitués au service des théâtres. Ce n'est pas mes filles qui permettraient à personne la moindre familiarité en public. Je leur dis toujours: a De la tenue, mes enfants, de la tenue » à l'Opéra, devant le monde... Il n'y a pas de con- « sidération sans ça. » Une fois chez soi, par exemple, les portes fermées, n'est-ce pas? Quand on est né dans la pauvreté, on est obligé à bien des choses qui seraient peut-être coupables de la part de femmes ayant deux cent mille livres de rente. La société est mal faite, voyez-vous, mais enfin il faut s'en arranger M la prendre comme elle est.