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tant le dit sr André de Leigne que nos autres subdélégués. Donné en notre hôtel à Québec le deux décembre mil sept cent vingt-six, Durux.” Ajoutons, à l’honneur de Dupuy, qu'il fit très strictement exécuter son ordonnance, En 1727, nous voyons plusieurs cabaretiers perdre leur permis pour avoir transgressé l’ordonnance du 22 novembre 1726. Il est vrai qu'il n'y avait
pas alors de députés pour intercéder en faveur de ces bons licenciés !
Un collège de Jésuites à Montréal
sous le régime français
Sous le régime français il y avait à Québec un séminaire dirigé par les prêtres des Missions
étrangères et un collège confié aux Pères Jésuites. a
Les jeunes gens de Montréal qui voulaient faire leurs études classiques devaient donc se rendre à Québec. Les chemins de fer n’existant pas encore, ils faisaient le voyageen.canots ou en voiture. Le prix de la pension au collège
* à — ORNE VARIE et A
al
des Jésuites et au séminaire de Québec n’était pus très élevé, mais bien peu de familles de Montréal étaient assez aisées pour se permettre ces dépenses. -
Ce sont ces raisons qui engagèrent les citoyens de Montréal à demander aux Pères Jésuites d'ouvrir un collège dans leur ville.
Le 9 mars 1727, ils présentaient la requête suivante au marquis de Beauharnois, gouverneur de la Nouvelle-France :
Mr, tout ce qu'il y a dans l'étendue du gouvernement de la ville de Montréal d’officicrs de Guerre et de Justice, de Bourgeois, et d'habitants, touchez très sensiblement de l’ignorance et de l’oisiveté de leurs enfants, qui donnent occasion aux désordres qui les font gémir, ont recours à vous pour vous supplier très humblement et très instamment de seconder leurs bonnes intentions, en leur procurant ce qu’il y a de plus capable de maintenir la jeunesse dans l'erdre et de lui inspirer les sentiments de sue mission nécessaires, pour rendre leurs enie nt de bons serviteurs du Roy, en même temps qu'ils les rendront bons serviteurs de Dieu.
“ L'expérience convainc tous les jours que le moyen le plus efficace pour cela, c’est la fondation d’un collège où la jeunesse soit élevée depuis la plus tendre enfance jusqu’à un âge plus
môûr, qui les mette en état de prendre le parti fe plus convenable à leurs dispositions naturelles, à leur condition, et encore plus à leur salut éternel. ;
Il west pas nécessaire, Mgr, de vous exposer plus au long les raisons qui peuvent, et nous osons même dire, qui doivent vous engager 4 entrer dans nos vues, et à employer tout le poids de votre authorité pour les faire réussir. Vous en scavez plus par vous même là dessus. que nous en pourrions vous en représenter ; et nous recevons tous les jours tant de marques de votre 3 bonté que nous ne pouvons pas douter que vous n'approuviez nos sentiments, et que vous ne soyez très porté à nous satisfaire en ce point.
Nous sommes même très persuadés que vous trouverez bon que nous voustémoignions | l'inclination très juste que nous avons de confler l’éducation de nos enfants aux RR. PP. de la Compagnie de Jésus qui ont déjà un petit 4 établissement en cette ville, parce que vous - Connaissez encore mieux que nous les talents 5 particuliers que Dieu leur a donnés, et qui sont connus partout, et singulièrement en France, à ce qui attire dans leurs collèges toute la jeu- 1 nesse la plus florissante et la plus distinguée du : oyau me. 2 0
Vous applaudirez donc sans doute à notre dessein, Mgr, et bien loin de nous donner occa- : sion de ralentir notre zèle, nous sommes convaincus que vous l’exciterez encore davantage. Mais que pouvops-nous faire de nous-mémes, Mgr, si votre crédit auprès de Sa Majesté ne vient à notre secours? Les fonds que les RR. PP. Jésuites nous demandent pour un, établissement si utile nous paraissent à la vérité très modiques. Mais quelque modiques qu'ils soient, vous sçavez assez combien peu nous sommes en état de la fournir par nous-mêmes.
Nous n'ignorons pes, Mgr, les dépenses considérables que Sa Majesté fait pour un pays qui ne luy rend presque rien. Mais nous osons dire qu'Elle n’en a guères fait de plus utiles pour l'État que celles qu’Elle pourra faire pour l’établissement que nous demandons, comme l’expérience en convainc tous.les jours, D'ailleurs il paraît aisé de quoy fonder le collège, sans augmenter les fonds destinés pour le Canada. - II n’est pas nécessaire, Mgr, de vous en suggérer les moyens. Vos lumières vous en découvrent beaucoup plus que nous ne pourrions vous en exposer. Nous abandonnons donc, Mgr tous nos intérêts entre vos mains, bien persuadés de la disposition favorable dans laquelle vous êtes à notre égard, et que nous réussirons
— tt —
dans notre entreprise, si vous en voulez bien à faire la vôtre. s
“ C'est ce qui nous engagera à redoubler nos vœux pour votre conservation, et ce qui perpé- : tuera notre reconnaissance jusque aux généra. tions les plus éloignées.” :
En même temps, les Pères Jésuites remet- .
taient à l’intendant Dupuy un mémoire dans 4 lequel ils faisaient voir l’utilité et la nécessité : de cet établissement et les moyens qu’ils propo- : saient pour l’établir. À
Le gouverneur de Beauharnois se hâta de transmettre au ministre la requête qu'il avait reçue des citoyens de Montréal. L'intendant 1 Dupuy, qui avait pourtant un fils de Jésuite, était défavorable au projet. II garda le mé- : moire des Pères Jésuites dans ses tiroirs et le 5 remplaça par une lettre où il se prononçait carrément contre la fondation projetée. 5
M. de Maurepas, gagné par les arguments de M. Dupuy, écrivait à M. de Beauharnois le à 14 mai 1728, qu'il ne fallait pas penser à établir 4 un collège à Montréal, parce que cela serait : trop onéreux au roi. 3
Quatre jours plus tard, le 18 mai 1728, i!
écrivait à M. Dupuy : +1
+. Archives du Canada, Correspondance générale, vol.
ET
e projet concernant l'établissement d'un collège à Montréal, m'a été envoyé. Je pense comme vous qu'il n’y a pas nécessité de le faire. D'ailleurs, les conditions ne conviennent point, et il ne faut pas y penser pour le présent.” :
En 1731, le projet revint sur le tapis.
Le 6 octobre 1731, MM. de Beauharnois et Hocquart écrivaient à M. de Maurepas :
Les PP. Jésuites doivent vous faire une proposition pour l’emploi des 1,500 liv. restant des 3,000 liv. que vous avez retranchez aux Frères Charons, pour un collège à ” fontréal, et pour l’augmentation d’un régent à Québec.
Nous avons lieu de croire que Mgr le coadjuteur a dessein de vous proposer d' employer ces 1,500 liv, pour lo séminaire de Montréal, à condition qu'ils entretiendront deux ecclésiastiques pour l'instruction de la jeunesse. Si vous vous déterminez, Mgr, à destiner cette somme pour un collège, elle conviendrait mieux aux Jésuites qui sont dans l’usage d’élever les jeunes gens. Ces régents sont fort souhaités par tous les pères de familles de Montréal, dont les facultés sont trop modiques pour leur permettre d’envoyer leurs enfants étudier à Québec.” : :
Rapport sur les archives canadiennes pour 1904, p. 99. té Archives du Canada, Correspondance générale, vol.
Nous n'avons pas la réponse du ministre mais il est certain que l'affaire en resta là.
Ce ne fut que cent-dix-sept ans plus tard,
en 1848, que les Jésuites purent ouvrir un collé. ge à Montréal.
Les bœufs illi nois
Une trentaine d’années avant la fin du régime français au Canada, des efforts furent faits pour amener les bœufs illinois dans la colonie. On | ne put exécuter le projet, mais il convient tout de même de le noter. —
Nous trouvons dans les Reldtions des Jésuites d'amples détails sur ces bœufs illinois qui, dans le premier quart du dix-huitième siècle, étaient | si nombreux dans le pays des Illinois que deux chasseurs canadiens de là Nouvelles-Orléans en tuèrent plus de 480 dans une seule saison de chasse.
La Relation des Jésuites de 1670-1671, par-
lant du pays des Illinois, dit :
C'est aussi parmi ces gras paturages que se retrouvent des buffles qu’on appelle pifikiou qui ont beaucoup de rapport à nos taureaux,
pour la grandeur et la force, mais qui les sur-
passent, premièrement en leurs portées, car les
femelles se déchargent chaque fois de trois et 4 quatre petits tout ensemble. Secondement pour 3 leurs cornes qui de vrai sont toutes semblables | à celles de nos bœufs en figure et en couleur,
mais qui sont une fois grandes étant longues près de deux pieds, quand les bêtes sont un peu âgées ; et troisièmement pour le poil, qu’ils ont gros, velu, noirâtre et tirant un peu sur celui des moutons, mais beaucoup plus fort et plus épais ; aussi en fait-on des robes et des fourrures qui défendent contre le froid plus que toutes les autres de ce pays ; la chair en est excellente et la graisse mêlée avec la folle avoine fait le mets le plus délicat de ce pays.“
Le Père Marquette; dans le récit de son premier voyage vers le Nouveau Mexiqe en 1673, parle ainsi des bœufs illinois :
Nous les appelons bœufs sauvages parce ‘ qu'ils sont bien semblables à no. œufs domestiques, ils ne sont pas plus longs, mais ils sont près d’une fois plus gros et plus corpulents : nos gens en ayant tué un trois personnes avaient
N bien de la peine à le remuer, ils ont la tête fort
1 4 grosse, le front plat et large d’un pied et demi
u 5 The Jesuit relations and allied documents, vol. LX; p.
Fé À
entre les cornes qui sont entièrement semblables : à celles de nos bœufs, mais elles sont noires et beaucoup plus grandes. Ils ont sous le col comme une grande falle, qui pend en bas et sur le dos une bosse assez élevée. : Toute la tête, le col, et une partie des épaules sont couvertes d’un grand crin comme celui des chevaux.
C’est une hôûre longue d’un pied, qui les rend hideux et leur tombant sous les yeux les empeche de voir devant eux : le reste du corps est revêtu d’un gros poil irisé à peu près comme celui de nos moutons, mais bien plus fort et plus épais, il tombe en été et la peau devient douce comme du velours. C’est pour lors que les Sauvages les emploient Pour s’en faire de belles robes qu’ils peignent de diverses couleurs; la chair et la graisse des pifikious est excellente et fait le meilleur mets des festins. Au reste ils sont très méchants et il ne se passe point d’année qu’ils ne tuent quelques Sauvages. Quand on vient les attaquer, ils prennent s'ils peuvent un homme avee leurs cornes, l’enlèvent en Pair, puis ils le jettent contre terre, le foulent ‘des pieds et le tuent. Si on tire de loin sur eux ou de l’arc ou du fusil, il faut sitôt ‘après le coup se jeter à terre et se cacher dans l'herbe, car s'ils aperçoivent celui qui a tiré, ils courent après et le vont attaquer. Comme ils ont les pieds :
gros et asses Çourts il ne vont pas bien vite, pour l'ordinaire, si ce n’est lorsqu'ils sont irrites. Ils sont épars dans les prairies comme des troupeaux.. Jen ai vu une bande de 400.” :
Dans une lettre datée le 9 novembre .1712, aux Caskaskias, village illinois, autrement dit de l'Immaculée Conception de la Sainte - Vierge,” le Père Jésuite Gabriel Marest écrivait à son confrère le Père Germon :
La rivièré des Illinois se décharge dans le : Mississipi, vers le 39e degré de latitude : elle a environ 150 lieues de longueur, et ce n'est guère que vers le printemps qu’elle est bien navigable. Elle court au sud-ouest, et vient du nord-est ou est-nord-est. Les campagnes et les prairies sont toutes couvertes de bœufs, de chevreuils, de cerfs et d’autres bêtes fauves.” 1
Le Père Jésuite Rasle, racontant à un de ses frères le voyage qu’il venait de faire au pays des Illinois, lui écrivait le 12 octobre 1723 :
Les ours et les cerfs y sont en très grande quantité. On y voit aussi une infinité de bœufs et de cheyreuils; il n’y a point d'année qu’on ne tue plus de mille chevreuils, et plus de deux mille bœufs : on voit dans des prairies à perte de vue des quatre à cinq:mille bœufs qui y pais-
110 The Jesuit relations and allied documents, vol. LIX, p. 10. „ . À 8 2 5
2 Te Jesuit relations and allied documents, vol, LXVI: p. 224.
sent. Ils ont une bosse sur le dos, et la tête extrêmement grosse. Leur poil, excepté celui
de la tête, est frisé et doux comme de la laine ;
la chair en est naturellement salée, et elle est si
légère, que bien qu'on la mange toute crue, elle
ne cause aucune indigestion. Lorsqu'ils (les
Illinois) ont tué un bœuf qui leur paraît trop maigre, ils se contentent d’en prendre la langue,
et en vont chercher un plus gras.
Pendant un bon nombre d’années les bœufs illinois aidèrent à faire subsister une partie de la population de la Louisiane. Les chasseurs, sur la fin de l’été, remontaient le Mississipi jusqu’à deux ou trois cents lieues pour faire la tuerie des bœufs illinois. Ils passaient tout l'hiver dans cette région et revenaient le printemps suivant avec quantité de viandes salées.
On fit une telle destruction de ces bœufs que dès 1749 on constatait déjà leur rareté dans le pays des Illinois. A
Dans la relation de son voyage à la Belle- …
Rivière avec M. de Céloron, en 1749, le Père de
Bonnécamps écrivait : 1
Je vous dirai seulement qu’on a enterré :
trois lames de plomb à l'embouchure de trois différentes rivières dont la lère se nomme Ka- {1 he Jeruit relations and alliod documents, vol. LXVIL | p. |
monouaora, la deuxième Jenanguékona et la troisième Chinidaichta. C'est aux environs de cette dernière rivière que nous avons commencé à voir des bœufs illinois ; mais là et ailleurs ils étaient en si petite quantité qu’à peine a-t-on pu tuer une vingtaine : encore fallait-il aller les chercher bien avant dans les bois. On nous avait cependant assuré en partant qu’
chaque pointe nous les trouverions par centaines, et que les langues seules de ceux que nous devions tuer suffiraient Pour nourrir le détache-
ment. Ce n’est pas la première fois que j'ai
éprouvé que l’hyperbole et l’exagération étaient des figures familières aux Canadiens.“
C'est en 1727 que MM. Cugnet et Gatineau proposèrent à l’intendant Dupuy d’acclimater les bœufs illinois dans la colonie. Le mémoire qu'ils soumirent à M. Dupuy n’a pas été conservé. Celui-ci, alors occupé par ses démelés avec les chanoines de Qué ec, ne prêta pas une grande attention au projet. Il le soumit toutefois au ministre nmis il ne prit pas même la peine de lui envoyer le mémoire de MM. Cugnet et Gatineau, ee.
Le 15 octobre 1730, MM. de Beauharnois et Hocquart écrivaient au ministre :
: 288 Jesuit relations and allied documents, vol. LXIX, p. 178. à
Nous avons reçû la lettre que vous nous avez fait l’honneur de nous écrire le 5 may dernier par laquelle vous nous demandés compte du projet dont M. Dupuy vous a écrit él y a trois ans sur les bœufs illinois.
Le mémoire qui avait esté remis à M. Dupuy a esté communiqué l’hyver dernier à M.
Hocquart par led. Sr Cugnet et le S. Gatineau voyageur qui se charge d'aller chercher ces animaux et d’en amener ; c’est l’homme du pays le plus capable d’y réussir, nous croyons que ce projet mérite effectivement d’estre suivy, et que la réussite en seroit avantageuse à la colonie par les laines qu’on en retireroit, supposé qu'elles puissent estre employées dans les manufactures du Royaume.
Dans cet esprit nous offrimes au Sr Gatineau dans la conférence que nous eûmes avec | luy sur cela, mil livres pour contribuer à cette dépense, à condition qu'il s’obligerait d'amener à Québec ou à Montréal, quatre de ces animaux mâles et femelles, il ne voulũt pas accepter cette proposition et nous représenta qu'il ne pouvoit pas risquer un voyage aussi difficile au hazard d'y perdre sa dépense et ses peines, dont il ne seroit point dédommagé en aucune façon si!
ne réussissoit point, mais qu’il était prest de s’y engager si nous voulions luy procurer le privi-
lège et les conditions portées au mémoire qui nous a été remis par le Sr Cugnet et que nous avons l'honneur de vous envoyer cy-joint. Vous jugerez, Monseigneur, par la lecture de ce mémoire que la certitude des avantages qui y sont détaillés dépend de sçavoir | ” Premièrement si les bœufs illinois pourront vivre et s'élever en Canada. En second lieu si les laines de ces bœufs seront propres aux manufactures. Pour le premier objet, il y a lieu · de croire que.ces animaux vivront en Canada parce qu’il y en a eu dans le nord des pays d'en haut; quelques voyageurs nous ont seulment dit que ces animaux s’apprivoisent à la vérité aisément, lorsqu'ils sont jeunes, mais qu’en veieillissant ils devenoient tristes si on les enfermait jusqu’à en mourir, le Sr Gatineau et plusieurs autres voyageurs soutiennent le contraire; on ne peut avoir sur cela aucune certitude jusqu’à ce qu'on en ait élevé. = ” Nous ne croyons point que le changement
de climat fit changer la laine de ces animaux, au contraire il paroist certain qu'ils auront la laine plus fine et plus abondante dans un pays chaud; on a amené en Canada des chevres des Isles qui ont naturellement le poil plus ras que cel e
€ France. Iey, elles se sont couvertes l’hyver
d'une soye longue et accompagnée d’une espèce de duvet. |
Pour le second objet la certitude depend egallement de l'essay qui en seroit fait. Le Sr Cugnet propose de faire l’un et l’autre essay à ses frais. Il demande seulement pour ayder :
aux dépenses qu'il sera obligé de faire à cet effet deux mil livres de poudre et quatre mil livres de plomb par chaque année pendant dix ans à la charge que lad. gratiffication de poudre
.et de plomb cessera dès qu'il aura esté reconnu que les laines ne pourront servir aux manufactures, ou que ces animaux ne pourront s'élever en Canada, et le privilège pendant cinquante années consécutives de faire seul exclusivement le commerce desd. laines aux conditions énoncées aud. mémoire, lequel contient un détail assés expliqué des avantages résultans de 1 la reussite de ce projet, et des motifs d'accorder ce qui y est demandé. : 4
Nous croyons, Monseigneur, que la propo- 3 sition du S. Cugnet est le moyen le plus seur de parvenir a cet établissement avec plus de soli- À dité, par ce qu’une entreprise de cette nature doit estre commencée et suivie par gens enten :
dus et residens dans la colonie ; une compagnie éloignée seroit mal servie par des commis et leur 1 seule négligence pourrait faire échouer une entreprise d’ailleurs bien concertée. D'un autre 4 côté, ce projet doit estre suivy par une compa-
guie, par ce que si on laissoit la liberté d'un pareil établissement au public, il n'y auroit plus à compter sur la même solidité, chaque. particulier se lassera dès qu'il ne trouvera pas sur champ un profit considérable, au lieu que le 8 Cugnet offrant de faire venir ces animaux en Canada, d'y en élever, et laissant la liberté aux
” habitants d'en prendre ou de n’en point pren-
dre, on doit croire qu’ils se détermineront d'euxmè mes à en élever dès qu’ils connottront le pouvoir faire avec ‘avantage et quand même ils ne s'y détermineroient pas, la compagnie qui aura le privilège ne cesseroit point d'en élever? II paroist aussy que cette proposition coûtera moins à Sa Majesté qu'aucune autre voye dont on puisse se servir, la gratification de poudre et de plomb ne devant subsister qu'autant que la réussite du projet deviendra certaine, le succès de cet établissement dédommageroit Sa Majesté de la poudre et du plomb qu'elle auroit . avancé par les droits de sortie sur les laines qui luy sont offerts après les premièrés dix années du privilège. |
© Enfin, nous ne voyons, Monseigneur, aucun risque de l’accorder par ce qu'il tombera de luymême si le projet ne réussit pas. Si au contraire il réussit il paroist juste d'accorder le privilege à ceux qui en ont ouvert la proposition
d’autant plus qu’il procurera la solidité de cet établissement plus qu'aucun autre moyen.
Vous avec agréable de nous marquer, Monseigneur, que s’il est possible sans une dépense exhorbitante de faire venir deux ou trois animaux de cette espèce, nous pouvions prendre les mesures pour en faire venir six ou plus sil est possible ; comme celle des deux milliers de poudre et quatre mil livres de plomb que le 8. Cugnet demande ne nous paroist pas un objet assés considérable pour arrester son entreprise, nous nous sommes déterminés à luy accorder cette gratification, et dès le printemps prochain le S. Gatineau son associé partira pour se rendre : sur les lieus ou il compte hyverner pour prendre ces animaux et les amener dans le cours de l'été à Montréal.”
Le Sr Cugnet nous assure qu'il trouvera facilement des associés pour l’ayder dans son entreprise, et nous croyons, Monseigneur, qu'on peut compter sur luy pour la suivre avec l’exactitude et Fordre nécessaire pour un établissement solide.“
Trois jours plus tard, le 18 octobre 1730, M. Cugnet écrivait au ministre :
Jai eu l’honneur de remettre à Messieurs
Beauharnois et Hocquart, le mémoire que j’avais présenté il y a trois ans à M. Dupuy, sur le commerce de laines de bœufs illinois ; le Sr Gutineau et moi avons donné au bas de ce mémoire, notre soumission de l’exécuter aux conditions y portées, auxquelles nous n'avons fait aucun changement que de nous engager à payer le prix des congés que nous avions d’abord demandés gratuitement, moyennant qu'il nous.
soit accordé deux mille livres de poudre et quatre mille livres de plom v, au lieu que nous nem avions . mand que la moitié, MM. de Beauharnois et Hocquart nous ont dit qu’ils avaient l'honneur d’envoyer le mémoire à Votre Grandeur, et ont déterminé que le Sr Gatineau partira au mois d’août prochain au plus tard, pour aller chercher ces animaux : il compte en amener l'année suivante. Nous devons former notre équipement cet hiver. Jai demandé pour cela en France les marchandises nécessaires, II nous en coûtera environ quinze mille livres d'avance. . N ” J'enverrai l’année prochaine des laines à un fabricant en draps, pour en faire faire l'essai et Connaître à quelles manufactures elles pourront être employées. Cet essai se fers, Monseigneur ign sous les ordres de Votre Grandeur, si elle le souhaite ; j’adresserai les laines au fabricant
qu’elle voudra, pour en faire faire l'essai et je le . Chargerai de représenter à Votre Grandeur les essais qu'il aura faits ; au moyen de quoi elle pourra dans deux ans avoir une certitude pré- :
cise de l’évènement d’un projet dont la réussite
apparente peut devenir très utile au Royaume et à la colonie. L’un et l’autre seront redeva-
coûtera des avances considérables que nous ri
quons dans la vue d’y réussir et de suivre c établissement comme il doit l’être pour devenir solide si nous obtenons le privilège que j'ai p la liberté de demander.
C'est dans cette confiance, Monseigneur, :
que j'ose encore demander à Votre Grandeur, titre de fief et seigneurie, avec haute moyer et basse justice, la concession de l'étendue du pays qui se trouve sur la rivière du Saut de ls Chaudiere en suivant la dite rivière, sur lieue de front de chaque côté nord et sud, depu la ligne où finit la profondeur de la seigne de Lauzon jusqu’à l'endroit nommé le Rapide du Diable. Cette terre est propre à faire d prairies et sera d’autant plus commode pot
élever des bœufs Illinois qu'elle est à sept lieues de Québec, dans la profondeur des terres, ni trop éloignée ni trop près de cette ville. Supposé que le projet des bœufs Illinois ne réussit pas, j'y ferais élever des bœufs domestiques, pour en faire des salaisons. Le défrichement de ces terres qui ne sont occupées par personne ne peut que contribuer à l'établissement de la colonie.” !
À son tour, le 10 avril 1731, le ministre Maurepas écrivait à MM. de Beauhernois et Hocquart : .
A Tégard des éclaircissements que vous envoyez sur le projet de faire venir en Canada des Bœufs Illinois Sa Majesté en a été satisfaite, et elle a bien voulu approuver que vous ayez ac-
cordé
gratification de 2,000 lbs.
de poudre et de 400 de plomb, mais comme Sa Majesté a acepté la retrocession que la Compagnie des Indes luy a fait de la Colonie de la Louisiane qui sera à présent administrée par ses ordres et qu’il sera plus aisé dans cette Province de remplir les veues de Sa Majesté à ce
sujet, il est inutile de continuer cette gratifica-
tion au Sr Cugnetz vous aurez cepeadant soin de * 5 du Canada, Correspondance générale, vol.
rendre compte du succez de son entreprise...
Le 18 octobre 1731, MM. de Beauharnois et Hocquart écrivaient au ministre :
Nous n’avons point fait délivrer au 8.
Cugnet la gratification de deux mille livres de poudre et de quatre mille livres de plomb que nous estions conyenus de luy accorder et à s associez pour fairevenir en Canada des bœufs … Illinois: cette dépense auroit pu devenir absolument inutile pour le Roy, si par négligence ou autrement ceux qui estoient charges de cette entreprise n’eussent pas réussi Nous avons fait avec eux de nouvelles conditions en apparence : plus onéreuses, mais qui sont en effet plus avantageuses, parce qu'elles asseurent le succès de cette entreprise. Du moins si elle échoue, 88 Majesté n’aura-fait aucune dépense. Cy-joi la soumission du Sr Cugnet et autres au bas laquelle nous nous sommes engagés de fa payer au Sr Gatineau la somme de mil livres pour chaque pièce de bœuf qu’il amènera vis vant à Montréal. Le Sr Gatineauest parti sur la fin de l’esté pour se rendre au détroit et dé là aux endroits où l’on trouve ces animaux il espère en amener quelques uns à Montréal l’année prochaine. Trouvez bon, Monseigneur,
* Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 54 +
EX ve
que nous ayons l’honneur de vous représenter que la rétrocession que la Compagnie des Indes a faite au Roy de la Province de la Louisiane ne paroist pas devoir empescher l'exécution des veues que vous avez de faire élever des bœufs Illinois en Canada ; il est comme certain que leur toison deviendra plus abondante et plus belle dans un climat froid que dans un pays chaud ou tempéré, C'est une des principales raisons que nous avons expliquées dans notre mémoire de l’année dernière, d’ailleurs la Province de la Louisiane a d’autres ressources et celle: ey mérite qu'on augmente ses establisse ments.“ 1
La soumission de M. Cugnet mentionnée dans la lettre de MM. de Beauharnois et Hocquart se lisait comme suit : 25 i
Sur le traité de société contractée entre nous soussignés, le quinze novembre dernier, pour l’exécution de là soumission donnée par les Srs Cugnet et Gatineau à Messieurs de Beauharnois et Hocquart, gouverneur général et intendant de cette colonie le octobre dernier, au bas du métnoire par eux envoyé à Monseigneur le comte de Maurepas, ministre et secrétaire d’état de la marine, pour l'établissement.
! Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 54.
des bœufs Illinois suivant les offres et aux conditions énoncées au dit mémoire. Le Sr Gati neau a demandé que la grâtification de deux mille livres de poudre et de quatre mille li
de plomb accrodée par mes dits sieurs les Gouverneur Général et Intendant, en considération des dépenses que nous serions obligés de faire.
Pour parvenir à amener des bœufs jus-
qu’à Québec lui fut cédée et abandonnée à lui seul, pour le dédommager et indemniser « peines et dangers auxquels il serait exposé d les voyages quil était obligé de faire en exé tion du dit traité de société pour amener d bœufs Illinois. Le Cette demande quoique juste, par rapp
au voyage auquel le Sr Gatineau a été ot dérangerait cependant le dit traité de société ce que toute la dépense qu'il est indispensa d'avancer pour cette entreprise retomberait les Srs Cugnet, Nouchet et Perthuis, n’y ay que cette gratification qui puisse en dédomma Nous sommes convenu de resilier et ann le dit traité de société du 15 novembre derni lequel, au moyen du présent, a été demeuré 1 et non avenu ; et, en conséquence, nous nc sommes réciproquement quittés et libérés uns envers les autres, des engagements, clau
et conditions contractés entre nous par le dit traité de société.
Et néanmoins pour satisfaire aux offres faites par les dits ars Cugnet et Gatineau portées au dit mémoire du 10 octobre dernier, et suivre l’exécution du projet de l'établissement des bœufs Illinois et commerce des laines des dits bœufs Le Sr Gatineau promet à Messieurs les Gouverneur et Intendant et s’oblige d'aller à ses frais et dépens dans les pays d'en haut, pour en amener des bœufs Illinois, jusqu’au nombre de six assortis miles et femelles autant qu'il lui sera possible. — 8
A condition qu’il lui sera accordé, par e que année qu'il fera le dit voyage, quatre canots dont il paiera le prix avec faculté de faire la traite, ainsi qu’il est porté au premier article des conditions du dit mémoire et qu’au lieu de la 2 gratification de deux mille livres de poudre et de quatre mille livres de plomb, portée aux second articles des dites conditions. M. Intendant fera payer pendant trois années consécutives au dit sr Gatineau, la somme de 1,000, par chaque pièce de bœuf et vache qu'il amepera à Montréal, jusqu’à la dite quantité de six bœufs et vaches sans pouvoir rien exiger au cas qu il ne puisse en amener à Montréal; lesquels bœufs et vaches seront remis à leur arrivée 4
Montréal au Sr Cugnet qui se charge promet et s’oblige d' ext cuter le surplus du dit mémoire aur conditions des neuf derniers articles.” 1 Le 12 octobre 1732, MM. de Beauharnois et Hocquart écrivaient au ministre : 3 Nous avons reçu le lettre que vous nous avez fait l’honneur de nous escrire le 8 avril
1,000 luy ayt pari trop modique pour une “ntreprise de cette nature.
Le Sr de Vincennes qui est aux Ouiatanons esté informé des dernières conditions faites pou le transport de ces animaux et a écrit à Mr d Beauharnois que si Sa Majesté luy accord la mesme gratification, yl parviendroit à en
envoyer de vivants en Canada; comme elle ne sont que conditionnelles, nous luy avons repondu qu’il seroit traitté comme Fauroit esté-
le sr Gatineau. Le Sr Cugnet qui avait envoyé à Paris l’année dernière des laines de ces animaux nous a informés que les essays qui en avoient esté faits en étoffe n’avoient pas réussi, et que le lainage estoit extrêmement court et difficile a employer; quoiqu'il en soit sa Majesté ne court pas beaucoup de risque, si on peut faire venir quelques uns de ces animaux en Canada, dont on pouroit tirer d' autre avantages.” ‘
Encore le 30 octobre 1733, MM. de Beauharnois et Hocquart faisaient part au ministre de l'insuccès des tentatives faites pour amener des bœufs illinois au Canada.
Les tentatives que l’on a faites jusqu’à présent pour faire venir en Canada des bœufs III nois n'ayant pas réussi, disaient-ils, et l'espérance que l'on avoit de tirer de la laine de ces anmaux des avantages considérables ne pourront avoir lieu, nous n’y penserons plus et nous avons c écrit au Sr Vincennes qu'il estoit inutile qu · il fist aucune démarche pour en envoyer.” :
En effet, il ne fut plus question des bœufs illinois. On avait jugé que le projet n’avait aucune chance de success. ee
8 1 du Canada, Coorespondance générale, vol.
57, a n < 2 du Canada, Correspondance générale, vol.
Les questions de préséance sous l’ancien régime 5
Sous l'ancien régime, les questions de pré A séance jouaient un grand rôle. On n'a qu'à :
parcourir les Jugements et délibérations du Conseil Souverain pour avoir une idée de l'impor. tance exagérée que les personnages civils atta chaient aux honneurs qui leur étaient dûs dans les églises, dans les cérémonies civiles ou ail. : leurs. Les ministres du roi devinrent si ennuyés : des prétentions de chacun qu'ils se décidèrent soumettre à Sa Majesté un règlement qui devait faire disparaître, ou tout au moins diminuer considérablement, Jes contestations qui se prosentaient journellement à propos de ces vétilles,
Ce règlement fut signé par Louis XV le 2 avril 1716, et enregistré au Conseil Supéri de Québec le ler décembre de la même ann
Voyons quels étaient les principaux dis tifs de ce règlement.
A l'avenir le gouverneur-général et l’intendant de la Nouvelle-France devaient avoir chaeun un prie-Dieu dans la cathédrale de Quét et dans l’église paroissiale de Montréal. Ce
du gouverneur devait être à la droite du chœur, et celui de l’intendant à la gauche, sur la même ligne.
Le lieutenant de roi de la ville de Québec avait également droit à un banc dans la cathé-: drale de Québec, après le prie-Dieu du gouver: neur. 5 7 1
Quand le gouverneur et l’intendant enten .
daient la messe ou assistaient à un office quelconque dans toute autre église, ils avaient le droit d'y faire porter leurs sièges-et carreaux. On devait les placer dans le lieu le plus éminent, celui du gouverneur à la droite, celui de l'in: tendant à la gauche.
Dans la cathédrale de Québec, le gouverneur devait être encensé immédiatement ‘après l’évèque, même avant le chapitre.
Dans un gouvernement particulier (Québec, Montréal et Trois-Rivières), en l’absence d Souverneur-général, le gouverneur articulier et en son absence le lieutenant de roi devait avoir la première place dans les cérémonies publiques. L'intendant, s’il s’y trouvait, avait la deuxième place. Si, cependant, le gouverneur-général se trouvait dans l'étendue du gou- Yernement particulier mais n’assistait pas aux cérémonies publiques, l'intendant prenait alors la première place. =
la gauche. Venaient par deux, le procureur la juridiction, 1 ral marchaient in.
chaient sur la même ligne 3
En l'absence du Souverneur-général, l’inten- 4 dant marchait seul à la tête du Conseil. A defaut de oe dernier, le premier conseiller ou le plus
ancien avait la . 1 En l’absence du gouverneur-général du gouversement de Québec, si le lieutenant de roi voulait se t,. ver aux Processions, il devait marcher seul avant le Conseil Supérieur, à certaine distance i avec lui.
droit à un banc, hors du chœur,
le premier à droite, le lieutenant diatement après. Le banc des officiers de la . juridiction devait être À gauche, vis-à-vis celui du lieutenant de roi.
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