NES MERS COTES VE
(1746) dans l’escadre de M. le due d’Anville pour venir à Québec après m'être conservé pendant 86 jours avec l’escadre, le 13 de septembre à 8 heures du matin, ayant reçu un si furieux coup de vent qui sépara toute l’escadre ayant perdu le 14 à midy je fus obligé de jeter six ca- . nons à la mer qui soulagea un peu mon navire. Le vent continuant toufours sa force, je fus obligé voyant que les coups de mer (dont je manquai d'être emporté sur la poupe) m'écrasaient d’arrimer vent arrière le cap à l'E. M. E. et N. E. $ E. pour passer entre l’île de Sable m'en faisant pour lors dans L. D. distance de 10 lieues au moins, mais cependant voyant que, les coups de mer que je recevais n'étaient que du sable, je ne doutais pas cependant que ce ne fut l'île. Une heure après avoir arrimé, je vis à tribord le Tigre qui était en travers à la cape à l’artimon le ris dedans et ses deux basses vergues amenées, je lui fis signal d’incommodité et poursuivis ma route. Sur les dix heures du soir, je suis venu à la côte'et essuyai pendant dix hcares de temps des coups de mer dont je manquai plusieurs fois d’être emporté. Pour lors je fis couper les grands mats pour allegir le navire. Enfin nous descendimes tous à terre heureusement à 3 heures après midi le 15. J'ai resté neuf mois entiers sur l’île de Sable et n’en
suis sorti que le 13 juin (1747) par des pêcheurs : qui ont passé pour venir ici. mais m'ont conduit à Boston. :
Nota que le 28 septembre il m'est mort de scorbut le nommé 3 nous donnârmes la sépulture. 4
Suivant mon procès-verbal le uomm Jean Foucault, tonnelier, aussi mort.
Mon charpentier Hollandais de nation aussi mort gelé dans sa cabane le 20 de janvier b 4 nuit.“ 1 Le document suivant nous donne des rensei-… gnements sur la mort du nommé Foucault dont parlait le capitaine Guillimin dans sa déclars ration aux officiers de l’amirauté : .
‘* L'an mil sept cent quarante-six le quatc septembre nous soussignés officiers majors mariniers et matelots du senault la Légère a; eu le malheur de faire naufrage sur l’île de ble les jours et an que susdit ne voyant a embarquement pour nous retirer de cette nous nous serions tous transportés au nom de dix-huit à l’habitation du sieur Sincht gla is pour y hiverner. Le nommé Jean F cauit tonnelier à bord du d. navire après a!
passé avec nous trois mois consécutifs du j de notre naufrage, ayant mené une vie e mement déréglée et qu'après toutes les vi
représentations que nous ayons pu lui faire, devant le sieur Sincht, il n’y a fait aucune attention et a voulu vivre suivant que sa passion pour le vin et l’eau-de-vie qui étaient venu à la côte l’ont guidé. Aujourd’hui quinse du mois de décembre voyañt qu'il manquait depuis vingt-quatre heures à la tente et avec ce que nous avions connu beaucoup de dérangement dans son esprit, qui n’était causé que par la quantité de vin et d’eau-de-vie qu’il buvait sans notre seu (?) nous nous serions partagé avec tout l'équipage en trois bandes pour le chercher appréhendant de plus qu’il ne se fut trouvé mal dans ce jour de froid qu'il faisait attendu que
nous étions témoins qu'il s'était trouvé plu-
sieurs fois mal. Le sieur Guillemin, capitaine, serait allé d’un côté pour le chercher. Le sieur Etienne Allard second capitaine d’un
autre ; et le sieur Adrien Guillaume DeSinge
aussi d’un autre accompagné chacun d’une par-
tie de l’équipage, et après avoir fait beaucoup de perquisitions dum côté et de l’autre, le sieur
DeSinge accompagné du nomme Massé, maître, .
et Charles Madore et le nommé Maheire, l’aurait trouvé mort sur le bord de la mer à une
lieue deux tiers d’où nous restions ; et qu'après
il serait venu nous le dire; en conséquence de quoi nous nous serions tous transportés
avec le sieur DeSinge chirurgien, le sieur Sincht à et le nommé Patris Oelike son garçon: pour en faire la levée’et visite en présence de tout l'équi- . page, s’il n'avait reçu aucun coup mortel :
après les recherches du sieur DeSinge qui ne lui a trouvé d'autre marque mortelle que d’être mort ivre et qu ensuite le froid l’ayant saisi aurait contribué entièrement à sa mort; nous lui avons donné la sépulture qu’on donne aur 4 chrétiers. En foi de quoi nous avons tous signé le présent procès-verbal pour nous servir et valoir ce que de raison et prétendons qu'il ait > À autant de valeur que s'il était fait pardevant notaire. Fait les jours et an que susdit quinze décembre 1746. C. Guillimin — A.-G. De: 3 Singes — E. Allard François Rochet — Charles Medar — Marque ordinaire de Nicolas Mas- 4 sé, maître — Marque du nommé Roussel — Haut Jery (7) — Josephes Nedouant (?) —2 Gottfried Meyen — Marque du nommé Barbier — Dink Van Lilt — Marque du nommé Barbier — Joseph Cha vanel — Jean Monseiger (7) — Marque du nommé Barthe.”
Après son retour à Québec de son séjour forcé de neuf mois sur l’île de Sable, nous perdond toute trace de M. Guillimir. Nous présumons qu'il continua son service “ans la marine et qu’à la chũte de Québec il alla s'établir en France.
autrefois
a plantation du mai
en RE
Au lieu d’imiter les villages de France et de grouper leurs. maisons au centre du territoire paroissial ou seigneurial, écrit M. Benjamin Sulte, les premiers Français établis comme cultivateurs au Canada se placèrent le long du fleuve, de manière à former une rue dont un côté était bordé par les maisons et l’autre par le cours d’eau. Cela s'appelait une côte parce que, en effet, les habitations se trouvaient rangées “ côte à côte ”, sur la côte, au sommet de la ne de la rivière. 25 .
4 Lorsque, vers 1675, le gouverneur Frontenac 8 4 organisa la milice canadienne, on nomma dans 2 chaque côte un capitaine qui fut bientôt connu
É sous le titre de capitaine de la côte. Plus tard, il y eut un capitaine de milice dans chaque paroisse. Le capitaine, dans la paroisse, était le principal citoyen après le curé et le seigneur. C'est lui qui recevait les ordres du gouverneur et les communiquait aux habitants. Quand il n'y avait pas d’huissier dans la paroisse, c'est encore le capitaine qui faisait ts ones
“Se N E E. 3 a 55 .
Le capitaine de la côte prit, avec le temps, asse d'importance pour avoir dans l’église son bane
sante: la fête du mai chez le sei ville. Cette coutume était vieille France. | | Les capitaines de la côte ou de milice reçurent aussi le même honneur dans la Nouvelle-France, Le mai devant sa maison devint même bientôt la marque distinctive du capitaine de milice, Ce mai se plantait le ler mai d’une manière : très solennelle. C'était l’occasion d’une fete où presque toute la paroisse se rencontrait et qui se terminait, malheureusement très souvent, par une orgie. . | Le notaire N icolas-Gaspard Boisseau qui vécut presque toute sa vie à la campagne, et qui : laissé sur nos habitants des Mémoires remplis de traits pris sur le vif, décrit ainsi la plantation du mai :
“Le dernier jour d’
(c'est un sapin de haut orné d’une girouette)
à sa porte; ce qu'il leur permet toujours, car c’est une marque d’honneur pour lui. En consequence de cette permission, le lendemain de grand matin, on voit arriver à sa maison les quatre mêmes pères de famille suivis d’une douzaine de jeunes gens armés de fusils, qui sc tent le mai tiré par deux chevaux attelés à deux paires de petites roues éloignées de vingt pieds l’une de l’autre sur lesquelles est couché le mai. Dès qu’ils sont rendus à la place désignée par le capitaine, ils y creusent un trou de quatre pieds perpendiculaires, l’élèvent de la manière suivante : un homme fort se met au pied et pose une planche dans le trou, sur laquelle vient s’accoter le pied du mai. Pendant que les uns le soulèvent avec des pièces de bois de doute pieds de long, les autres le soutiennent avec des gaffes, et ils s’approchent du pied à mesure que le mai s'élève. Dès qu’il est debout et qu'ils sont sûrs qu'il est bien droit, un jeune homme vif et vigoureux se saisit avec hâte d’une houe et remplit le trou de terre aux côtés du mai. Ils enfoncent ensuite à grands coups de masse des piquets tout autour, les autres continuant toujours à le soutenir avec leurs gaffes jusqu'à ce qu'un nombre suffisant de piquets pour le soutenir soient posés. Ils placent alors six guettes en cercle sur le mai. Ces guettes ont
cinq pieds de long. Le mai ainsi fixé, les jeune gens font une décharge de fusil pour saluer le.
capitaine à quoi il répond en tirant aussi un. coup. Le chef de la brigade tire aussitôt un bouteille d’eau-de-vie qu il a cachée sous 800 capot, et en présente un coup au capitaine ensuite à tous les assistants, et ce à Fentour mai.
Cette cérémonie faite, le capitaine les prit d'entrer chez lui, où ils trouvent une table d sée, avec une quantité de crêpes, arrosées melasse ou de sucre d'érable, et quelques vi des, mais principalement quantité d’eau-de- ke A chaque coup qu’ils boivent trois jeunes gens de lèvent de table, et vont tirer une décharge. de fusil sur le mai afin de le marquer, car c'e en quoi consiste le plus grand honneur, que noircir le mai à coups de fusil. Le reste de journée est employé à danser.” 2
Pierre Kalm au Canada 85
Pierre Kalm naquit en 1716 dans la province d'Angermanland, Suède, où ses parents, le pasteur finlandais Gabriel Kalm, de Nerpes, en Ostrobotnie, et sa femme, Catherine Ross, s'étaient réfu giés lors des dévastations des Russes.
En 1735, Kalm entra en qualité d'étudiant à l'université d’Abo: Le professeur, plus tard évêque J. Brovallins, remarquant son penchant et ses aptitudes pour l'étude des sciences na-
turelles, le recommanda au baron Sten-Charles Jelke, un mécène aussi instruit que riche.
A ses frais, Kalm entreprit un voyage scientifique en Finlande, et l’année suivante (1741), dans les provinces suédoises d’Upland et de Vastmanland. A ce dernier voyage il se fit immatriculer à l’université d’Upsal et fut reçu avec beaucoup de bienveillance par Linné, qui lui donna de bons conseils pour son voyage projeté dans les provinces de Vastergotland et Le Bohnslan (1742). 8
Après ce voyage et après avoir, l’année sui vante, aux frais du baron Jelke, sieste 1 85 petites îles des côtes de Sodermanlarid et de
Rostagen,il accompagna son protecteur, en 1744, à travers la Russie et une partie de PUkraine,
Encore étudiant, il avait déjà acquis assez de renommée pour être élu, en 1746, membre de l’Académie Royale de Stockholm. 5
En 1747, il était nommé professeur d’écono- 8 mie à l’université d' Abo. 2
C'est cette même année qu’il entreprit son fameux voyage dans l'Amérique du Nord.
En Suède, au dix-huitième siècle, l'argent était plus rare que les savants. Pour pour voir aux dépenses d'un aussi long voyage, l’Académie Royale des Sciences de Stockholm, qui s’était chargé de son organisation, s’adressa aux trois universités d’Abo, de Lund et d’Upsal, qui souscrivirent des sommes assez importantes. Kalm dépensa dans ce voyage, outre les $ sommes souscrites, près de 130 louis pris sur à es propres écônomies. :
Kalm partit d’Upsal le 16 octobre 1747. | jardinier Lers Yungstroeem l’accompagnait, Après avoir voyagé en Europe pendant plusieurs : ois, les deux voyageurs s’embarquèrent.
à Londres, le 5 août 1748, et arrivèrent à Phi ladelphie le 26 septembre suivant. Kalm passa tout près d’une année à visiter la flore des provinces de Ne- Jersey et de New-York. 3 C’est au mois de juillet 1749 que le naturaliste
— Mi —
suédois passa dans la Nouvelle-France. Il fut recu ici à bras ouverts. Notre pays était alors gouverné par M. de la Galissonnière, un savant en même temps qu’un marin très expérimenté.
Voici dans quels termes lintendant Bigot rendait compte au ministre, le 15 octobre 1749, du séjour de Kalm dans la Nouvelle-France :
„Jai l'honneur de vous informer qu'il est venu en ce pays un acädémicien suédois nommé Pierre Kalm, muni des passeports du Roy de France et de Monsieur le Marquis de Laumary, ambassadeur à la cour de Suède. Lorsqu'il, arriva au Fort St-Frédéric, venant de la Nouvelle-Angleterre, le commandant de ce fort en donna avis à Monsieur le comte de la Galissonnière qui luy ordonna de fournir au dit sieur Kalm un canot armé de tout ce qui lui séroit nécessaire pour se rendre à Québec, où il ne s’est occupé suivant le compte qui nous en a été rendu par le sieur Gautier, médecin qui l’a toujours accompagné, qu’à faire des observations sur les minéraux, sur les végétaux et sur les animaux; ce médecin nous a assuré que ces observations n’avoient d’autres objet que de les connaître et d'en faire la description.
“Il a séjourné à Québec environ 40 jours, et Monsieur de la Galissonnière m’ayant dit que de pareils botanistes qui avoient esté envoyé de
y feroit ; on m'écrit qu’il en est parti le 10 de ce mois pour se rendre à Orange par le fort St-Frédéric, il voulait s’en retourner par le fort Frontenac pour se rendre à Chouaguen, mais Monsieur le Marquis de la Joncquière n'a pas jugé à” Æropos de luy permettre de prendre cette route, dont il a paru mortifié. . .
Te botaniste emporte avec luy beaucoup de ” plantes et d’arbres. 4 :: “J'espère, Monseigneur, que vous approuve: rez que j ay fait payer les dépenses qu'il a occasionné et dont dy joint en sont les ét”:
L'état de compte dont parle Bigot dans le lettre que nous venons de citer a été conservé. On aimera peut-être à savoir ce qu’il en conta au gouvernement français pour faire les honneurs de sa colonie de la Nouvelle-France au avant suédois. Voici : eos 8 Etat ie la dépense que le sieur Pierre Kalm, + Archives du Canada, Correspondance ‘géniéralé, ot.
académicien suédois, muni des passeports du roy pour la recherche des diverses plantes, graines et herbes, a faites pendant son séjour à Québec, sçavoir 1 “ Payé à la demoiselle Lajus pour son
logement et nourriture pendant
trente-huit jours à raison de 4 l.
10 8. par jou . 171 lbs “ Payé à la dite demoiselle pour le
logement et nourriture de Lament
lingstrom (Lars Yungstroeem) son
domestique pendant le même espa-
ce de temps à 1. 10 .. 57 lbs.
„Payé à divers habitants qui Font
mené en canots avec Monsieur Gau- :
tier médecin du Roy en ce pays de”
Québec à la baye St-Paul pour aller
à la découverte des Mines qui sont
au dit endroit, tant pour le dit voya- ;
ge que pour leur subsistance . ...... 858 Ibs “ Payé à un homme de Lorette comme en
guide . nue cevuitinur JS D ‘“Payé à divers habitants qui Font 5
conduit en canot de Québec à Mont-
ral... cod ice LD D
, Après avoir visité la Nouvelle-France, Kalm retourna dans la Nouvelle-Angleterre. Ce n'est qu’en 1751 qu'il se rembarqua pour l’Angleterre. La traversée fut périlleuse.
Enfin, le 13 juillet, il revoyait Stockholm, après une absence de tout près de quatre années.
Il se fit alors consacrer pasteur, et, en 1757, il était nommé pasteur d’abord à Pikkis, puis à la prébende de Sainte-Marie.
Au jubilé de 1768, Kalm fut promu au grade de docteur en théologie ; et en 1772, à l’occssion du couronnement du Roi, il fut nommé chevalier de l’ordre de Wasa, conféré alors pour la première fois à un pasteur suédois. à
II mourut le 16 novembre 1779.
Le récit du voyage de Kalm en Amérique a duit en allemand, en anglais et en nière traduction, faite par feu M. L.
ubliée dans les
ontréal. On 3 i r M. J.
Les sorciers de l’île d'Orléans
Dès les commencements du dix-huitième siècle, on donnait le surnom de ce aux habitants de l'île d'Orléans. Pour quelle raison ? Voyons ce qu’en disent les historiens de l cienne ſle de Bacchus :
Le dimanche, vingt-deux. (septembre 1720), .
écrit le R. P. Charlevoix, nous étions mouillés par le travers de l’île d'Orléans, où nous allâmes nous promener en attendant le retour de la marée. Je trouvai ce pays beau, les terres bonnes et les habitants assez à leur aise. Ils ont la réputation d’être un peu sorciers, et on s'adresse, dit-on, à eux, pour savoir l’avenir, ou ce qui se passe dans les lieux éloignés. Par exemple, si les navires de France tardent un peu trop, on les consulte pour en avoir des nouvelles, et on assure qu'ils ont quelquefois répondu assez juste. C'est-à-dire qu ayant deviné une ou deux fois, et ayant fait aceroire, pour se divertir, qu’ils parlaient de science certaine, on s’est imaginé — avaient consulté le diable.” ‘
M. Hubert LaRue donne trois raisons pour i es rnal d ait ordre du Roi dans Anrique scyienirienels. AUS 2 5 68. :
expliquer ce surnom d'tle des Sorciers. II ne reste que l' embarras du choix.
Un nombre vraiment prodigieux de sources d'eau vive se rencontre dans l'ile, et l'eau qu’elles fournissent est incomparable, sous le double rapport de la pureté et de la fraîcheur. II sen-
suivrait donc que du mot source on aurait
fait le mot sourciers, d’où par corruption, sorciers.”
Avouons, avec M. LaRue d’ailleurs, que cette 1
explication est pas mal à l'eau claire. Voyons 4
sa deuxième raison :
‘‘ Environnés d’eau de toutes parts, ne pou- à
vant communiquer avec la ville ou avec les pa-
roisses voisines que par le moyen de çanots u
de chaloupes, les habitants de l’île ont toujours 1
été marins, comme ils le sont aujourd’hui; pour eux, c'est affaire de nécessité. Or, il fut un
gueillissait pas, comme aujourd’hui, de 2 ses navires par centaines et par milliers :
voile dans le cours de l'année, „ 4 1
c'était tout. I fut un temps encore où, de Tarrivée de ce seul navire, dépendait l'existence de la colonie entière, et on peut juger avec que |
impatience toute fébrile on en attendait le si-
gnalement. Dans cette cruelle perplexité, on 1
Es
s’adressait donc tout naturellement aux gens de
l'ile, les plus expérimentés en fait de navigation, pour apprendre d'eux le jour approximatif de l'arrivée du bâtiment tant désiré. Ces derniers, fiers de l'importance qu'on voulait bien attacher à leurs présuges, ne se faisaient pas prier longtemps pour donner une réponse quelconque; et comme parfois l'événement vint, fort à propos, confirmer leurs prédictions, il s’ensuivit tout
naturellement qu'on leur décerna le glorieux ‘,
surnom de orie ros.
La troisième maintenant :
‘* Autrefois la pêche à. .guille était des plus abondantes sur nos côtes. Or, à cause du fiux et du reflux de la marée, dont l'heure varie de
jour en jour, il arrivait bien souvent que nos gens allaient faire la visite de leurs pêches au beau
milieu de la nuit. Pour ce, on se rendait en grand nombre sur la grève, chacun portant à la main, pour s’éclairer dans sa marche et dans ses. opérations, un falot de sapin enflammé. Assurément, c'était un spectacle tout à fait curieux et féerique que de voir surgir à peu près au même
instant, et à une heure assez avancée de la nuit,
tous ces feux, allant, venant, se croisant les uns les autres, parfois se réunissant, pour s'éloigner et s’éparpiller encore. Les gens de la ‘côte du
Sud ne tardèrent pas à voir du merveilleux et du
surnaturel dans la présence de tous ces feux qui
es
venaient ainsi sur la grève, et à une heure aussi indue, danser une ronde infernale sans doute. ‘Bientôt ils s’en effrayèrent, bientôt même ils n'osèrent plus sortir. Bref, il n'y eut plus moyen d'entretenir aucun doute à cet égard, et nos insulaires furent déclarés à l’unanimité possédés du mauvais esprit, coureurs de loup-garoux, feux-folets, sorciers, etc. C'était un moyen de se rehausser dans l'esprit de ces braves gens; il va sans dire que les gens de l'ile ne furent pas assez sots que d'aller les désabuser.” : M. L.-P. Turcotte croit que ce sont ces deux dernières raisons qui ont surtout contribué à procurer le titre d'le des Sorciers à l’tle d'Orans. 4 M. l'abbé L.-E. Bois est, lui aussi, d' opinion a que les feux que l’on voyait courir sur les rivages de l’île d'Orléans, à certaines heures de la nuit,
etiqui n'étaient rien autre chose que les flambeaux dont les insulaires se servaient pour visiter leurs pêcheries, ont donné lieu à ces suppositions bizarres, que l’on aurait pu tout aussi bien appliquer aux cultivateurs de Saint-Vallier, de L’Ange-Gardien, du nord et du sud, puisqu’eux
1 Voyage autour de l’île d'Orléans, Soirées canadienne, 1861, p. 142. | :
Histoire de l’ Ile d'Orléans, p. 12.
aussi faisaient le tour de leurs pêches la nuit avec des lumières du même genre.
Peut-être aussi, ajoute le savant abbé, que rere de prospérité que l’on voyait régner dans les habitations dés cultivateurs de l’île d’Orléans, portait-il à attribuer aux procédés magiques plutôt qu’à un travail intelligent et assidu 4 les heureux résultats d’un mode de culture plus — suivi et mieux soigné. Quoi qu’il en soit, il ne se
À rencontre plus personne qui croie aux pratiques
de la magie chez ces insulaires, malgré qu’il y en ait plus d’un, peut-être, qui jalouse leur bonheur, le calme de leur existence et la paix de leurs foyers.” :
r NP: 4
4 Jumonville et ses compagnons
Dans le printemps de 1754, le capitaine P6caudy de Contrecœur, commsadant du fort Duquesne, apprenant que le colonel Washington était dans la vallée de l’Ohio à la tête d’un corps de troupes, charges l’enseigne Coulon de Vil-
: L'Ile d'Orléans, p. 7.
liers de Jumonville d’aller le sommer de se reti. rer du territoire français. Cet officier partit avec une escorte de trente-quatre hommes pour aller accomplir sa mission. M. de Contrecœur lui avait remis une sommation qu'il devait lire aux Anglais s’il les rencontrait.
Le 27 mai au soir, M. de Jumonville s'arrêta avec sa petite troupe dans un vallon profond et obscur pour y passer la nuit. Mais des Sauva-
ges ennemis avaient prévenu Washington de aa 4
présence en cet endroit ; et le lendemain, 28 mai, vers sept ou huit heures du matin, M. de Jumonville et ses trente- quatre compagnons se trouvèrent enveloppés par les Anglais et les Sauvages. Washington, voyant les Français se saisir de leurs armes, commanda à son monde de faire feu et lui-même déchargea son fusil. Une seconde décharge suivit presque aussitôt la première. M. de Jumonville, par son interprète, réussit alors à faire comprendre à Washington qu’il avait quelque chose à lui communiquer.
Le feu cessa et c’est pendant que l'interprète
lisait ou se préparait à lire la sommation préparée par M. de Contrecœur que M. de Jumonville reçut à la tête une balle qui le renversa mort. Neuf Canadiens furent tués dans cette même occasion. Les autres membres de l'escorte furent faits prisonniers. Un seul, un
, ee
Canadien du nom de Manceau ou Monceau, put s'échapper, et alla avertir M. de Contrecœur du guet-apens dans lequel venait de tomber M. de Jumonville.
Les noms des braves qui accompagnaient l’enseigne de Jumonville ont été conservés.
Furent tués : Deroussel, de Québec ; - Caron, de Québec; Charles Bois, de Pointe-Claire ; Gerosme, de Laprairie ; L'Enfant, de Montréal ; 1’aris, de Mille-Iles ; Languedoc, de Boucherville ; Martin, de Boucherville : LaBatterie, tambour.
Furent faits prisonniers-et envoyés à Londres : M. Drouillon, officier ; de Boucherville, cadet ; DuSablé, cadet ; Louis Paul, de Sorel ; Jean-Baptiste Berger, de Varennes ; Augustin Bonvouloir, de Longueuil ; Joachim Parent :, de Soulanges ; Nicolas Milles, de Lachine ; Ducharme, de Lachine ; Joseph Brown, de Montréal ; Albert Ouimet, de Mille-Iles ; Joseph Duchâtelet, de l’Assomption ; | Joseph Larabel, de la Longue Pointe.
M. E.-B. O’Callaghan, dans son Documents relative to the colonial irons New- Fork, (vol. X, p. 352), 2 une de Jean- Baptiste Berger et de Joachim Parent dans laquelle ils racontent tous les mauvais traitements qu’ on leur fit subir
pendant leur captivité. Ils * mis en liberté le 17 septembre 1755.
Furent faits prisonniers et envoyés à la Martinique : Girardin, de l'Ile Jésus : Lavigne, de Varennes ; Morisseau, de Repentigny ; Trouin, de Repentigny ; Collet, de Charlesbourg ; Homier, de Montréal.
Fait prisonnier et envoyé en prison à la Virginie : Laforce.
C'est à l’occasion de l'assassinat de M. de Jumonville que M: Thomas, plus tard membre de l’Académie française, écrivit son poème Jumonville. l
Nous venons d'éecrire le mot assassinat. M. de Jumonville fut-il assassiné? Garnear Ferland, M. de Gaspé et bon nombre de ceux qui ont écrit après eux chargent la mémoire de Washington, le fondateur de la république des États. Unis, de la mort trattresse de M. de Jumonville.
De nos jours, les historiens ne vont pas aussi 8 loin. Anglais et. Français semblent s’accorder pour déclarer qu’il y eut malentendu, précipitation, imprudence des deux côtés, mais que Wasbington ne fit pas assassiner M. de Jumonville.
L'ordre militaire royal de Saint- Louis
Sous le régime français au Canada, l’ambition de tous les officiers des troupes du détachement de la marine (les seules troupes où les Canadiens pouvaient servir) était d'obtenir la croix de Saint-Louis. La correspondance offcielle de nos gouverneurs est remplie -de demandes à ce sujet. Dans chacune de ses lettres au ministre, le gouverneur de la Nouvelle- France demandait pour des officiers qui s'étaient distingués ou avaient de grosses influences.
Un mot de cet ordre militaire et royal de Saint-Louis qui revient à chacune des pages de notre histoire.
C’est au mois d’avril 1693 que Louis XIV institua l'Ordre royal et militaire de Saint-Louis pour récompenser les services militaires.
Pour être admis dans l’Ordre de Saint-Louis, il fallait avoir au moins vingt-huit ans de ser-
vice militaire comme officier ou s’être distingué var quelque action d'éclat, faire le serment de vivre et de mourir dans la religion catholique, d'être fidèle au roi et de lui obéir.
L' Ordre fut mis en possession de re venus con-
sidérables, sur lesquels le roi assignait des pen-
ions à ceux des membres qu'il jugeait les plus dignes de cette faveur.
Par un décret du 15 octobre 1793, la Convention supprima l' Ordre de Saint-Louis.
Il fut rétabli par Louis XVIII le 26 septembre 1814.
La révolution de juillet 1830 supprima de nouveau l' Ordre de Saint-Louis, mais ceux qui en étaient membres furent autorisés à continuer d’en porter les insignes.
L'Ordre de Saint-Louis se composait de grands-croix, de commandeurs et de chevaliers.
Au Canada, c’est le gouverneur qui, le plus : souvent, donnait l'investiture aux chevaliers 5 de l' Ordre militaire et royal de Saint-Louis. On 3 procédait de la manière suivante :
Le futur chevalier se mettait à genoux, découvert et les mains jointes, devant le gouverneur qui restait debout et couvert et répétait la formule de serment lu par le gouverneur.
Le serment prêté, le gouverneur tirait son épée du fourreau et en donnait au -récipien-
- daire un coup de plat sur chaque épaule. II l’embrassait ensuite en lui disant: Au nom de Sa Majesté et suivant le pouvoir qu’elle m’en a donné, de par saint Louis, je vous fais cheva.
ier.“ Puis il lui remettait la croix de l'Ordre et le ruban couleur de feu.
La croix de l’Ordre était d’or, à huit pointes perlées, émaillée de blanc, bordée d’or, cantonnée de fleurs de lys d’or. On y voyait d’un côté, au centre, l’effigie de saint Louis cuirassé et revêtu du manteau royal, tenant de la main droite une couronne de laurier, de la gauche une couronne d’épines avec les clous de la passion. Sur le cercle d'azur qui entourait le médaillon, on lisait cette devise en lettres d’or: Ludovicus Magnus Instituit, 1693. Au revers, on voyait . sur émail rouge, une épée flamboyante passée dans une couronne de laurier, liée de l’écharpe blanche, avec cette légende en lettres d'or:
Bellicæ V irtutes Præmium. Le ruban était rouge couleur de feu. Les grands-croix, qu’on appe-
lait aussi cordons rouges, portaient la croix en écharpe, attachée à un ruban large de quatre doigts. Leur justaucorps et leur manteau étaient décorés d'une croix en broderie d’or. Les commandeurs portaient la croix en écharpe, attachée à un ruban moins large et n’avaient pas la croix brodée. - La croix des chevaliers élait attachée sur la poitrine par un petit ruban.
Parmi les Canadiens-français qui furent srands-croix de Saint-Louis nous voyons deux des fils du premier gouverneur de Vaudreuil.
Nôus avons eu, en outre, cinq ou six comman- | deurs de Saint-Louis, Quant aux chevaliers de | Saint-Louis canadiens-français ils se comptent par douzaine. Dans la liste des chevaliers de Saint-Louis on voit le nom de Nescambouet, le fameux chef abénaquis. C'est, croyons-nous, le seul sauvage qui reçut la croix de Saint- Louis. Louis XIV donna lui-même l’investiture à Nescambouet. Il lui ft cadeau d’une épée d’honneur et lui accorda une pension de huit francs par jour.
L'otage Stobo et le seigneur Duchesnay
Dans ses Maple Leaves: sir James-M.
LeMoine publie deux lettres de l’otage Stobo, prisonnier à Québec en 1755, à son ami George Washington qui devint, trente-quatre ans plus tard, le fondateur et le premier président des États-Unis.
On connait la de de ce major Robert Stobo qui fut un habile partisan. Deux fois
1 Édition de 1894, pp. 82 ét 129.
prisonnier de guerre des Français, à Québec, il réussit chaque fois.à s vader. En 1759, il prit part au siège de Québec par Wolfe. On prétend même que c’est lui qui fit connaître au général anglais le sentier du Foulon qui lui permit de faire monter ses troupes sur les Plaines d'Abraham et de battre les Français. Les Mémoires de Stobo, qui ont eu une grands» vogue en Angleterre et aux États-Unis, sont intéressants mais pas toujours véridiques.
Dans la première lettre de Stobo à Washington publiée par sir James-M. LeMoine, nous lisons :
“Since my close captivity, I have had many visitors in my prison, and the honorable :
family, whose head I saved, as you know, from impending death, has not deserted me in my hour of trouble, even though many of the fashionables have done so. Monsieur Duchesnax. Madam and her two. lovely daughters have done all which lies in their power to soften the horrors of my captivity; one of these daughters is a perfect angel of love and intellect “
La seconde lettre de Stobo à Washington est aussi écrite de sa prison de Québec, le jour de Noël 1755 :
” You, no doubt, will be surprised to hear that the athletie officer, Pean's friend, whom *
purchased for forty pistoles from the Mohawks, just as they were preparing to scalp him, has turned up in Quebec. Whilst 1 was here on Parole, I used to meet him in the best Salons, at Vaudreuil’s, and at the Petits-soupers of that charming little rascal. Bigot. His name is Duchesnay : He is laird of a Seigneurie facing Quebec. His manor, at Beauport, is within three miles of the city. It contains two buddind beauties of uncommon promise. Gratitude made him extend to me, in my wretchedness a helping hand ; his doors were ever open to me. I sometimes wish I had never erossed the threshold.“
Ces deux fragments de lettres ont servi de points de départ à sir Gilbert Parker pour, bâtir-son prétendu roman historique, The Seats of the Mighty. Seulement, le romancier anglais donne à Stobo le nom de Maray et sous sa plume Duchesnay devient Duvarbay.
Les lettres que nous venons de citer sont apocryphes. Et la preuve en est bien facile à établir. En 1755, le seigneur Duchesnay n’avait qu'une fille, et elle était religieuse à l'Hôpital-Général de Québec. Marie-Catherine Juchereau Duchesnay, née à Beauport le 14 mars 1738, avait été admise, à peine âgée de quinze ans, au noviciat de l’Hôpital-Général
de Québec. C'est cette sainte mère Saint- Ignace, annaliste de sa communauté, qui a éerit ces admirables relations des sièges de Québec, par les Anglais, en 1759, et parles Américains en 17465.
Dans ces mêr.es Maple Leaves: sir James M. LeMoine publie une lettre de Reine-Marie Duchesnay à son amie Hermine Taschereau dans laquelle elle lui raconte ses firts et ses rencontres au salon de son père avec le galant Stobo.
Reine-Marie Duchesnay n’a jamais existé.
Hermine Taschereau est aussi un mythe.
Les lettres de Stobo à Washington et de Reine-Marie Duchesnay à Hermine Taschereau ont été inventées de toutes pièces.
Nous ne voulons pas faire à la mémoire de sir James M. LeMoine l’injure de croire une minute qu'il fut l’auteur de cette supercherie. Seulement, il faut bien avouer qu’il fut la ‘time d’un malhabile prestidigitateur, Ce farceur aurait da, au moins, faire signer ses lettres par des personnages qui existaient.”
Le duel sous le régime français
Si les lois modernes étaient aussi dures et impitoyables pour les duellistes que l’ancienne loi française, cette monstruosité qu'on appelle le duel disparattrait bien vite des coutumes des peuples civilisés. Tous les rois de France, à partir de Henri II, édictèrent des peines sévères contre le duel. Lousi XIV fut le premier souverain, cependant, qui fit exécuter avec rigueur les édits royaux contre ce crime. En juin
1643, il publia un édit très sévère contre les 3
duellistes.
A tous ceux qui, à l’avenir, estimeraient leur honneur ou leur réputation offensés, il ordonnait de s'adresser à lui-même ou à ses maréchaux pour obtenir réparation.
Celui qui, désobéissant à l’édit royal, appellerait à l’avenir quelqu'un en combat singulier, devait être privé de toutes ses charges, honneurs, dignités, etc., banni du royaume pour trois ans et perdre la moitié de ses biens.
Si la personne appelée en combat singulier avait la faiblesse ou la lâcheté d’accepter, elle
était également privée de ses charges et honneurs, bannie du royaume pour trois ans et perdait le tiers de ses biens.
Si l'un des duellistes était tué, le tiers de ses biens était confisqué, un procès criminel et extraordinaire était fait à sa mémoire et son corps était traîné à la voirie. Défense était faite aux curés, vicaires, etc., de l'enterrer en terre sainte. S'il n'avait aucun bien, ses enfants, s'ils étaient nobles, étaient déclarés roturiers et taillables pour dix ans, et incapables d’être jamais nobles ni d'occuper aucune charge ou dignité royale. II va sans dire que e duelliste qui avait tué son adversaire était irrémédiablement puni de mort.
Les cas de récidive étaient aussi punis de mort.
Les témoins du duel, s'ils ÿ assistaient à la demande des duellistes, devaient être des armes et privés pour toujours de leurs charges, dignités et pensions. Ils étaient regardés comme complices du crime, puisqu'ils y donnajent leur consentement.
Louis XIV avait tellement à cœur de mettre fin à la barbare contume du duel que, dans ce méme édit de juin 1643, il prête le serment solennel de ne pas donner grâces des peines qu'il contient.“ Pour nous ôter le moyen de contre-
venir à un dessein si digne d’un roi très chré tien et du fils aîné de l’Église, ajoute-t-il, nous avons fait jurer en nos mains de signer aucunes lettres qui directement ou i 1 rectement soient contraires à notre présent Edit.“
À différentes reprises, Louis XIV publia des édits ou déclarations augmentant les peines . fixées par son édit de 1643 contre les duellistes.
Le premier duel dont notre histoire fasse mention eut lieu aux Trois-Rivières, dans l'hiver : de 1646. Le Père Jérôme Lalemant parle de cette rencontre dans le Journal des Jésuites:
Je trouvai, dit-il, que deux hommes des Ursulines s'étaient appelés et provoqués et 3 ‘ s'étaient allés battre avec leurs épées: ce qu’avaient fait aussi deux soldats aux Trois- Rivières, La Groye et Lafontaine pendant que nous y étions; LaGruye fut blessé en deux endroits pour s'être comporté sagement et chrétiennement cé qui ayant été ‘vérifié par l les Sauvages, Lafontaine fut mis en une fosse.”
On désignait alors sous le nom de fosse un cachot pratiqué sous terre et où il n’y avait aucune ouverture, si ce n’est celle par où n introduisait le condamné. Le bon Père Lale- 2 mant ne dit pas combien de temps le soldat Lafontaine resta dans ce séjour peu agréable.
Nos tribunaux furert e:suiie tout près d’un quart de siècle sans &“ re obligés de sévir contre les duellistes. II faut croire que l'{dit de Louis XIV avait eu une salut ate ia flueuce.
En 1669, François Blanche dit Langevin, soldat de la garnison des Trois-Rivières, tuait en duel un de ses compagnons d'armes, Daniel LeMaire dit Desroches. Langevin fut condannt par le Conseil Souverain, le 8 juillet 166%, à être pendu et étranglé “ jusqu’à ce que mort s’en suive.” ‘Le sentence fut exécutée le même jour, à trois heures de l’après-midi. Après son étranglement, le bourreau lui coupa le poing droit et l’attacha à un poteau sur le cap aux Diamants. Ses biens furent aussi confisqués et donnés à l’Hôtel-Dieu. Re
Vers la fin de juin 1684, François-Marie Perrot, gouverneur interdit de Montréal, et Jacques LeMoyne de Sainte-Hélène, celui-là même qui devait se conduire de si brillants façon six ans plus tard au siège de Québec, se battaient en duel sur une des places publiques de Montréal. Les adversaires y allèrent si vigoureusement qu'ils se blessèrent tous deux.
Le gouverneur de la Nouvelle-France était alors M. de la Barre. Les duellistes furent à peine inquiétés. M. de la Barre était la
faiblesse même,
L'intendant de Meulles écrivait au ministre au sujet de ce duel, le 8 juillet 1684:
„Monsieur Perrot, gouverneur de Montréal, interdit par Sa Majesté, et le nommé Ste- Hélaine fils du sieur LeMoyne, se sont battus il y a quinze jours, à Montréal dans la place À publique après s’être cherché sur que’ques rapports qui leur avoient este faits, et se sont tous deux blessés. :
„Monsieur le Général (gouverneur) a pris connoissance de cette affaire comme juge du point d’honneur. Je l’ay souffert volontiers et me suis contenté de luy dire que les injures, les soufflets et les coups de bastons entre gentilshommes regardoient les maréchaux de Fsance et les gouverneurs généraux parce qu'il . ny avoit pour peine que la prison et des réparstions d’honneur ; mais que Sa Majesté rex voyoit aux cours souveraines les duels et mesme tous les combats teste à teste soit per rencontre ou autrement. 4 Et crainte que l’on ne se mette sur le” pied dans ce pays icy de se battre ce qui est déjà arrivé, d’autre fois, vous aurez la bonté: s'yl vous platt, Monseigneur, de me mander vostre intention sur ce fait, et prendre ls peine de m'envoyer la dernière désclaration de Sa Majesté touchant les duels; et d’avoir
la bonté de me marquer si cela regarde le conseil souveraia ou l’intendant, je croy qu’en France ce sont les cours souveraines, mais si c'est la même chose en ce pays icy, il est assuré que l’on ne punira jamais personne estant certain que le conseil est allié ou proche parent de tous les gentilshommes et plus apparens du pays.“ 1 =
En 1689, François Lefebvre, sieur Duplessis, et Raymond-Blaise, sieur des Bergères, capitaine dans le détachement des troupes de la marine, se battirent à l’épée à la suite d’un démélé. Arrêtés, ils furent assez heureux de s'en tirer, Duplessis en payant six cents livres à des Bergères, parce qu’il était l’agresseur et l'avait blessé, et ce dernier en aumônant dix livres, payables moitié à l’Hôtel-Dieu et moitié au Bureau des Pauvres.
Dans l’hiver de 1690-91, Pierre de Noyan et Guillaume de Lorimier, capitaines dans. les troupes du détachement de la marine, ayant eu une difficulté à propos d’une perte de jeu, se battirent en dûel à Montréal. De Noyan fut blessé à la main et de Lorimier au dos. Le Conseil Souverain les condamna chacun à cinquante livres d'amende. M. de Frontenac ne les
| Archives du Canada, b vol. 6, . 5 :
trouvant pas assez punis, leur enle va leurs compagnies.
L'intendant de Champigny écrivait au minis tre, le 10 mai 1691: i
Les Srs de Lorimier et Noyan, capitaines des troupes, ayant eu différent pour une perte au jeu mirent l’épée à la main et se battirent, le premier a esté blessé et est presque guéri, le conseil souverain a connu de cette affaire et les a condamnez à une amende ; je vous envoye copie du procès pour vous donner connaissance de ce qui s’est passé. Mr de Frontenac n’a pas jugé à propos de leur laisser le commandement de leurs compagnies qu’il a donné à deux autres officiers. Je vous envoye aussy le jugement d’un autre procès pour un pareil combat entre les Srs Duplessis et des Bergères qui a esté jugé au dit conseil en 1689, dont je vous ay escrit dans ce temps là, Mr de Frontenac après le procès jugé les laissa à la teste de leurs compagnies sans aucune difficulté et ils y sont actuellement.“
Le 7 janvier 1698, Henry Beghrd dit Lafleur, sergent de la compagnie de des Meloises, était trouvé mort sur le chemin conduisant à l’Hôpital-Général de Québec. A la suite de
1 5 du Canada, Correspondance générale, vol II. c. 11.
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l'enquête instituée par le procureur du roi il fut découvert que Begard dit Lafleur avait été tué dans un duel à l’épée avec le nommé Dubé, sergent dans la compagnie de Louvigny.
Après sa malheureuse affaire, Dubé s'était empressé de prendre la fuite. |
Le corps de Begard dit Lafleur fut transporté à la prison — il n’y avait pas encore de morgue à Québec —- et le lendemain, 8 janvier, après l’apposition du sceau du Conseil Souverain sur le front du mort, Michel Lepailleur, huissier, fut nommé son curateur.
Le 13 janvier, le Conseil Souverain ordonnait que la mémoire de Henry Begard dit Lafleur demeurerait condamné, éteinte et supprimée à perpétuité, et son cadavre attaché par l’exécuteur de la haute justice au derrière d’une traîne et conduit sur une claie la tête en bas et la face contre terre per les rues de la ville et ensuite jeté à la voirie.
La sentence fut exécutée le même jour.
Dans la nuit du 23 au 24 octobre 1706, Charles Legris dit David, sergent, et Charles Emmanuel Fdurré dit Ladvocat, soldat, tous deux dans les troupes de la marine, se battaient en duel à Québec. Le sergent David fut si grièvement blessé qu'il mourut le lendemais.
L'assassin s’empressa de prendre la fuite. On
lui fit tout de même son procès ainsi qu'au cadavre de son malheureux adversaire, représenté par un curateur ad hoc.
Le 11 avril 1707, le Conseil Souverain rendait la sentence suivante:
“Le Conseil condamne le dit Fourré à être pendu et étranglé jusqu’à ce que mort s’en suive, à ue potence qui sera à cet effet dressée en la place publique de cette ville, ses biens déclarés acquis et confisqués au Roi. et sera le présent arrêt exécuté par effigie en un tableau qui sera attaché à la dite potence par l’exécuteur de la haute justice; et à l'égard du dit Legris dit David, sa mémoire demeurera condamnée, éteinte et supprimée à perpétuité, et, à cet effet, attendu que son corps est consommé, son effigie sera aussi mise dans le même tableau sur une claie .au derrière d’une traîne, la tête en bas, la face contre terre. Ses biens aussi acquis et confisqués au roi.”
La sentence fut exécutée le 14 avril, à trois heures de l’après-midi.
En 1715, Jean d’Ail.eboust d' Arg enteuil tuait en duel un officier du détachement des troupes de la marine, Jacques de Malleray, sieur de la Mollerie, aussi officier dans les troupes, Avant de mourir, le sieur de Mollerie eut le temps de se repentir et d’avouer que, dans son duel avec
d'Ailleboust d'Argenteuil, il était le provocateur et le coupable.
D' Ailleboust, qui avait pris la fuite, n’en fut pus moins condan. uë à avoir la tête tranchée.
MM. de Ramezay et Bégon écrivaient au ministre, le 15 novembre 1715 :
„Le Sr Ch'lier d'Argenteuil et le Sr de Lamollerie, enseignes en garnison à Montréal, ayant eu querelle le 15 du mois de décembre dernier, ce premier a donné un coup d'épée au Sr de la Mollerie qui en est mort le lendemain et le dit Sr d’Argenteuil s’est évadé sur. le champ, et a passé en la Nouvelle-Angleterre, comme il n’y a point eu de portée contre le dit Sr Dargenteuil, le major de la place a informé le mesme jour de ce crime en conséquence de l’ordonnance de 1689, livre 4, titre ler, art. 21, portant que les officiers de marine connoistront des crimes qui seront commis entre les officiers, matelots et soldats, les offciers du Siège royal de Montréal en ont cformé de leur costé à la requête du Procureur du Roy et ont instruit le procès par contumace jusques au jugement définitif à cause de la contention entre les officiers de guerre et eux, sur laquelle le Conseil Supérieur a rendu son arrest le 25 février dernier par lequel ayant égard au réquisitoire du major et à celuy du procureur géné-
ral, il a ordonné que les officiers de la juridiction de Montréal se désisteroient de la connaissance de cette affaire et que la procédure par eux faite seroit remyse au major, et en consé- Quence de cet arrest, ce procès a été instruit et jugé par le Conseil de guerre. Nous avons l'honneur de vous envoyer copie du jugement Aui a esté rendu par lequel le dit Sr Dargenteuil a été condamné à avoir la tête tranchée.”
Plus tard, en janvier 1719, d’Ailleboust d’Argenteuil obtint des lettres de pardon et put revenir dans la Nouvelle-France.
En 1736, le sieur DuBuisson tuait en duel le sieur Chambly de Cournoyer.
DuBuisson fut condamné à mort par la prévôté des Trois-Rivières.
Le 30 octobre 1739, M. de Beauharnois écrivait au ministre :
Nous avons eu l’honneur de vous écrire en commun Mr Hocquart et moy le 2 octobre de l’année dernière à l’occasion du Sr Du Buisson et celuy de vous envoyer la procédure qui a été faite contre luy au conseil supérieur de Québec, avec l’arrest du 29 mars de la même année, qui
; 5 du Canada, Correspondance générale, vol 35,
Ces lettres ont été = — le Bulletin des Recherches historiques, vol. VII. p