‹ Les petites choses de notre histoire [microforme]Chapitre 26 sur 32 · ES · texte numérisé non relu

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ordonnoit un plus amplement informé pendant un an, nous vous avons fait remarquer, Monscigneur, que le Conseil avoit regardé le combat qui s’est passé entre les Srs Du Buisson et Chambly, comme un eas fortuit et non prémédité, et qu'il n’avoit parû aucüne matière à conviction de crime de duel dans l'information, sur quoy nous vous avons suplié, Monseigneur, de vous intéresser auprès de Sa Majesté afin de luy obtenir sa grâce pour l’homicide qu'il a commis.

„Vous nous avez fait l’honneur de nous répondre que vous ne pouviez, Monseigneur, la luy procurer que le conseil supérieur n'eut rendu un arrest deffinitif qui le déchargeat de l'accusation de ce crime, nous luy avons fait part de vos intentions Mr. le Procureur Général et tous les conseillers ont paru être dans le dessein de ne point juger définitivement, que le Sr Du Buisson ne se fut représenté, je leur ay fait’ sentir à tous, qu'il ne paroissoit pas naturel qu'il vint se constituer prisonnier à Québec pendant qu’il étoit condamné à mort aux Trois-Rivières, et que si le Conseil Supérieur le déchargeoit de l’accusation du crime de duel, celuy de guerre seroit en droit de le revendiquer et de luy faire subir son jugement, ils m'ont proposé un expédient que je n’ai pas

jugé à propos de suivre, qui étoit de me servir de mon autorité pour ordonner au Conseil de Guerre de suspendre l'accusation de son jugement, jusqu’à ce qu'il ent plû à Sa Majesté d'accorder des lettres de grâce, et même Mr Hocquart étoit de cet avis j'ay répondu que je sçavois trop bien les ordonnances pour y contrevenir et que je n’étois point en droit dans aucun cas de les enfreindre, que vous aviez, Monseigneur, par votre dépêche commune fixé au conseil Supérieur ce qu'il avoit à faire qui étoit de procurer définitivement et qu'il n'étoit point dit que le Sr Du Buisson se représenteroit, que d’ailleurs n’étant survenu aucunes charges sur le plus amplement informé malgré les monitoires, agravés et réagravés qu'ils avoient fait publier, ils ne pouvoient se dispenser de juger, malgré toutes mes représentations, j'e n’ay pu, Monseigneur, rien obtenir jay remarqué beaucoup de passion et prévention par raport au conflit de jurisdiction, je vois avec peine que le Sr Du Buisson sera toujours errant, à moins que Sa Majesté n’ordonne au conseil de prononcer, ou qu'elle ne se determine à luy accorder sa grâce.

Je suis, Monseigneur, informé qu'il n'y a eû aucune aparence de duel, et j’ose vous assurer 2 que le Sr Chambly qu'il a tiré, -n’étoit point

celuy avec lequel il avoit eû querelle, c'étoit avec le Sr de la Fresnière, son frère.” Le 8 octobre 1740, M. de Beauharnois écrivait de nouveau au ministre : | »Le Sr Dubuisson a fait enthériner sa grâce aux Trois-Rivières, le 3 septembre dernier, il est descend icy, s’est constitué prisonnier, et a été déchargé d’une commune voix au Conseil Supérieur le 19 du même mois, de l’accusation du crime de duel contre luy intentée, je me suis trouvé à ce jugement, et j'ose vous assurer, Monseigneur, qu'il n’y avait aucune matière à conviction, il est bien malheureux qu'on l'ait fait errer si longtems, son Père en est mort de douleur, et luy sans vos bontés seroit encore fugitif, il a l'honneur de vous suplier, Monseigneur, d’agréer ses très respectueux remerciemens des attentions infinies que vous avez bien voulu avoir pour luy, recevés s’il vous plaît les miens, et trouvés bon que j’aye l’horneur de vous le proposer pour remplir une des enseignes en second vacantes, et de vous demander son anciennété, vous pouvez vous ressou- ‘ venir, Monseigneur, que le 20 mars 1736, vous n’avés envoyé pour luy une expectative dont il n’a pu profiter, les raisons que je vous ay : Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 71,

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mandées par raport aux évènemens qui pourroient arriver ne subsistent plus, le R. Dubuisson depuis son retour, s’est trouvé très souvent

avec ses frères et parens du feu s. Chambly, et qui l’ont été voir, ils ne paroissent pas luy en vouloir plus de mal, sachant qu'il ne l’a tué que dans le càs d’une légitime deffense je ne trouve plus d’inconvénients a luy procurer son avancement en ce pays. Il me reste, Monseigneur, à vous observer que depuis son absence il a été rayé de dessus les rôles, qu'il se trouve aujourd’hui sans auvuns secours, son évasion a coûté considérablement à son père, et à lui beaucoup: de peine, puisqu'il a été prisonnier onze mois à Orange le prenant pour un espion par l’inventaire qui a été fait de la succession, il ne paroit aucuns biens, en sorte qu’il est réduit dans un état pitoyable, et j'ose le dire à la charité des humains, vous lui rendriez, Monseigneur, un grand service si vous vouliés avoir la bonté … d'ordonner que sa solde de Cadet à l’Eguillette à luy fut payé sur les retenues des compagnies je vous en seray très obligé.”

. asie du Canada, Correspondance générale, vol. 74,

Les gouverneurs de Montréal

Loyseau, dans son Traité des Offices, nous donne quelques renseignements sur les fonctions des gouverneurs particulierg. Ils n'avaient d’autres pouvoirs, dit-il, que ceux conférés aux capitaines de places et châteaux, et seulement en ce qui concernait les armes.

Ils consistaient à recevoir et loger garnison, fournir de vivres, munitions, pionniers et autres choses nécrssaires pour la guerre.

avoir et tenir l’œil ouvert à la garde, sûreté et conservation des dites places, châteaux et forteresses, et. pourvoir aux choses pour ce requises et nécessaires.”

Les gouverneurs particuliers n’observaient aucune formalité de justice, comme de verbaliser et rédiger par écrit leurs provédures et ordonnances.

Ils n’avaient pas droit de vieet de mort. Une ordonnance du 7 mai 1679 leur défendit même e faire arrêter et mettre en prison aucun des Français habitués au pays, sans l’ordre exprès du gouverneur et lieutenant-général, ou arrêt

du Conseil Souverain.” Cette ordonnance leur enleva aussi le droit de condamner leurs administrés à l'amende.

Subordonnés aux gouverneurs et lieutenantsgénéraux, ils étaient tenus de faire exécuter leurs ordonnances.:

L'ile de Montréal fut concédée par la Compagnie de la Nouvelle-France, le 15 janvier 1636, à Jacques Girard, chevalier, seigneur de la Chaussée, qui n’agissait, comme il le déclare . dans un acte de transport du 30 avril 1638, que comme le prête-nom de messire Jean de Lauzon, conseiller du roi en ses conseils d’État et directeur de ses finances.

Le 7 août 1640, à la demande du P. Lalemant, M. de Lauzon abandonnait l’tle de Montréal à Pierre Chevrier, baron de Fancamp, et Jérôme le Royer de la Dauversière, représentants la future Société de Notre-Dame de Montréal, aux conditions auxquelles il l’avait. reçue. Mais comme M. de Lauzon n'avait rempli aucune des conditions de sa concession dans le temps prescrit, la Compagnie de la Nouvelle-France s’opposa à cet abandon, et réclama son droit de propriété. Elle céda enfin aux sollicitations des membres de la Société

1 Mémoires et Documents publiés par la Société historique . de Montréal, troisième livraison, p. 105.

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de Notre-Dame de Montréal, tout en s’en réservant la partie supérieure. Le roi confirma cette cession et donna à la Société de Notre- Dame de Montréal le pouvoir d’y nommer les gouverneurs, d'y avoir de l'artillerie et des munitions de guerre pour la défendre.

Désireux de commencer leur fondation, les pieux Associés hommèrent aussitôt Paul de Chomedey, sieur de Maisonneuve, premier gouverneur de Montréal: Retardé par de furieuses tempêtes, M. de Maisonneuve n’arriva à Québec que le 20 août 1641. Comme la saison était avancée, il se contenta d' aller prendre possession de l’tle de Montréal, et revint passer l’hiver de 1641-42 à Sillery. Le 8 mai 1642, le gouverneur et sa colonie partirent dans deux barques pour Montréal. Ils y arrivèrent le 17. Le lendemain, ils débarquèrent, et la messe fut célébrée par le P. Vimont. C’est de ce jour que date Montréal.

En 1655, elle remit l’île entière en la possession de la Société de Notre-Dame de Montréal.

2 Les 2 de M. de Maisonneuve se bornaient à l'fle de Montréal. Ses successeurs, nommés le roi,

virent leurs pouvoirs étendus depuis jusqu'au dessus de l'ile de Montréal. Voir Copie des provisions pour l’augmentation du gouvernement de l'ile de Montréal données M. de Denonville, 6 octobre 1685. Archives du Cana da, Correspondance générale, Canada,

vol. 7, e. 11

M. de Maisonneuve resta tout près de vingt-

cinq ans à Montréal. Dans ce quart de siècle, il fit quatre voyages en France. Pendant son premier et son deuxième voyage, il se fit remplacer au gouvernement de Montréal par M.

Louis d’Ailleboust. M. Charles-Joseph d’Ailleboust des Musseaux le suppléa pendant son troisième voyage (1651-53). A son quatrième voyage, il nomma comme commandant de Montréal le major Lambert Closse (1655-57).

Dans l’automne de 1662, M. de Maisonneuve se décida de passer en France pour obtenir du

secours pour sa colonie. Le 10 octobre, il

nomma, pour le remplacer, pendant son ab-

sence, le major Zacharie Dupuy.! M. de Maisonneuve descendit ensuite à Québec, pour s’embarquer pour son long voyage. Mais M.

d’Avaugour, gouverneur-général, lui refuse 5 . la permission de s’absenter. Il revint dans 4

son gouvernement dès le lendemain.

Le 9 mars 1663, la Compagnie da Notre

Dame de Montréal remettait l’île et seigneurie

de Montréal au séminaire de Saint-Sulpice de

Paris. Le supérieur du Séminaire, M. de 8

Bretonvilliers, s' empressa de confirmer M. de

1 Quatrième Rapport du secrétaire de la province de.

Québec pour l'exercice 1888-90, p. 80.

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Maisonneuve dans sa charge de gouverneur de Montréal.

La même année, la Compagnie des Cent- Associés remettait au roi la propriété et seigneurie de la Nouvelle-France. M. de Meay, jugeant que les pouvoirs dont il était revêtu comme gouverneur général avaient anéanti tous les privilèges donnés jusqu’alors par le roi, s’arrogea le droit de nommer le gouverneur de l'tle de Montréal. Le 23 octobre 1663, il faisait parvenir à M. de Maisonneuve une nouvelle commission conçue dans les termes suivants :

Le pays de la Nouvelle-France étant maintenant dans les mains et sous la protection du roi, par la démiss: on des sieurs de la Compagnie qui en étaient cidevant seigneurs, et Sa Majesté nous ayant établi gouverneur et ucutenantgénéral dans toute l’étendue de ce pays, nous. avons cru qu'il était du bien de son service de pourvoir des personnes capables pour commander dans les lieux éloignés, et notamment dans l'île de Montréal, poste plus exposé aux incursions des Iroquois nos ennemis, à cause de la proximité de leur demeure ; et que, pour cet effet, nous ne pouvions faire un, meilleur choix que celui de votre personne, étant bien informé des services que vous avez rendus depuis plus

de vingt ans, que vous commandez dans ce lieu. Pour ces causes, et plein de confiance en votre fidélité au service du Roi, en votre valeur, en, votre expérience et votre sage conduite au fait des armes, nous vous sommettons et députons pour exercer la charge de gouverneur de l’île de Montréal, tant et si longtemps que nous le jugerons utile pour le service du roi.

M. de Maisonneuve accepta la commission qu'on lui donnait sans préjudice du droit des seigneurs de l’tle de Montréal.

L'utilité de M. Maisonneuve ne fut pas de longue durée. Le 20 juin 1664, M. de Mézy nommait à sa place, comme gouverneur de Montréal et commandant de la garnison, le sieur Étienne Pezard de la Touche, capitaine de la garnison des Trois-Rivières.

M. Pezard de la Touche ne semble pas s’être prévalu de sa nomination. A tout événement, on voit le nom de M. de Maisonneuve avec le titre de gouverneur de Montréal dans les actes de l’état civil de cette ville aux dates du 6, du 13 et du 20 avril 1665.

A peine arrivé dans la W au printemps de 1665, M. de Tracy prévenu d'avance, destitua M. de Maisonneuve comme

1 Insinuations du Conseil supérieur, cahier No 1.

gouverneur de Montréal et le remplaça comme commandant par le major Zacharie Dupuy.

Mais comme M. de Tracy savait que les seigneurs de Montréal avaient des lettres patentes du roi qui leur donnaient le droit de nommer le gouverneur de leur île, il eut la

précaution de supposer dans le commission

de M. Dupuy que M. de Maisonneuve allait faire un voyage en Europe. 3

“ Ayant permis à M. de Maisonneuve, gouverneu: de Montréal, dit-il, de faire un voyage en France pour ses affaires particulières, nous avons jugé de ne pouvoir faire un plus digne choix, pour commander en son absence, que la personne du sieur Dupuy, et ce autant de temps que nous l’estimerons à propos.”

L'année suivante, 1666, Dupuy dût s’absenter puisqu'on voit M. de la Fredière, capitaine au régiment de Carignan, agir comme commandant de Montréal, Cet officier, disgracié au physique par le perte d’un œil, cachait sous

cet extérieur repoussant une âme asservie ux :

passions les plus avilissantes. Sa conduite fut tellement indigne que MM. de Tracy, Coureclles et Talon, sur les plaintes des habitants, lui intimèrent, le 27 août 1667, l’ordre de repasser en France.

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On voit figurer Zacharie Dupuy comme commandant à Montréal pour la dernière fois le 22 octobre 1668. Il dat abandonner cette charge peu après, car, dans un acte du 14 janvier 1669, il n’est plus qualifié que du titre de major.

C’est Pierre de Saint-Paul, sieur de la Mothe, capitaine au régiment de Carignan, qui remplaça Dupuy comme commandant à Montréal.

Nicolas Perrot, qui était de passage en cette ville en juillet 1669, dit que M. de la Mothe y commandait. ‘“ C' était, ajoute-il, un homme de cœur et d’honneur ; sa compagnie est la seule du régiment de Carignan restée dans le pays. Le 10 mars 1670, au contrat de mariage de Abraham Bouat, de la Mothe est encore qualifié de ‘commandant de cette isle. =

En 1670, Michel Sidrac Dugué de Boisbriand est aussi appelé ‘“ commandant de ce lieu (Montréal).”

M. de Bretonvilliers, supérieur du séminaire de Saint-Sulpice de Paris, avait nommé, le 13 juin 1669, François-Marie Perrot, capitaine au régiment d'Auvergne, gouverneur de Montréal.

1 Contrat de mariage devant Duquet.

2 Mémoires.

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