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LE PREMIER BARON DE PORTNEUF

Parmi les Cent Associés en la Compagnie de la Nouvelle-France se trouvait maître Pierre Robineau, conseiller du roi et trésorier général de la cavalerie légère de France. M. Robineau était un personnage assez important puisque, le 2 janvier 1651, la Compagnie de la Nouvelle- France suggérait son nom au roi avec ceux de MM. Jean de Lauzon et Duplessis-Kerbodot pour remplacer M. d'Ailleboust dont le terme d'office comme gouverneur de la Nouvelle- France était expiré. C'est ^ M. de Lauzon qui fut choisi. (2)

(1) Mgr Tanguay, A travers les registres.

(2) Dollier du Casson, Histoire du Montréal, p. 265 ; Mémoires et comptes-rendas de la Société Royale du Canada,

Pierre Robineau avait deux fils. L'aîné, François Robineau de Fortelle, fut aussi un des Cent Associés. Il devint conseiller du Roi et son maître d'hôtel ordinaire. Le roi le récompensa de ses services en le créant chevalier de l'ordre de Saint-Michel.

René Robineau, né en 1626, fils cadet de Pierre Robineau, entra tout jeune dans l'armée. Enseigne dans le régiment de Turenne, il avait déjà deux campagnes à son actif avant d'avoir terminé sa dix-septième année.

En 1645, le jeune Robineau abandonnait la carrière militaire et s'embarquait pour la Nouvelle-France. Il semble qu'à son arrivée ici il eut un emploi auprès de M. de Montmagny, gouverneur de la Nouvelle-France.

Nous lisons dans le Journal des Jésuites, à la date du 31 janvier 1646 :

" Sur la fin de ce mois les petits habitants semblaient se vouloir mutiner contre ceux qui avaient des charges et offices ; on tenait M. Marsolet et surtout sa femme ( 1 ) et M. Maheu autheurs de cela ; le tout fut apaisé par M. le gouverneur ; ces menus habitants avaient tort, n'y ayant aucun fondement raisonnable en leur plainte : ils disaient que M. des Chastelets, commis gnal, faisait trop bonne chère, etc. Un jeune homme de chez M. le gouverneur nommé M. Robineau, se porta pour les mescontens ;

(1) Marie La Barbide.

de là vinrent bien des peines et des paroles et des mescontemens on fit des pasquains : Monsr, le gouverneur ayant fait punition des coupables, tout fut apaisé." (1)

Ignotus explique ainsi cette entrée du Journal des Jésuites :

" A ce moment (1645), il y avait ici bien des intérêts en conflit. La Compagnie des Cent- Associés avait été forcée, cette année-là même, de céder l'exploitation de la traite des pelleteries aux habitants, par suite des plaintes de ceux-ci qui reprochaient justement à la grande compagnie de ne pas remplir ses obligations envers la colonie, tout en conservant le monopole du commerce des fourrures.

'' Les Habitants avaient formé une association pour exploiter la traite. Il y avait assez naturellement peu de cordialité entre les deux compagnies. D'un autre côté, la dissension s'était glissée dans le camp des Habitants, à propos des gages payés aux officiers de leur compagnie, et d'une augmentation d'émoluments demandée par quelques-uns de ces officiers." (2)

M. Robineau prit donc parti pour les Habitants contre les officiers de la compagnie qu'ils avaient formée. Il commençait à s'occuper

(1) The Jesait Relations and Allied Docaments. vol. XXVIII, p. 156.

(2) La Presse. 1904.

de la chose publique bien jeune puisqu'il avait juste vingt ans.

Le 13 octobre 1651, M. de Lauzon, le nouveau gouverneur de la Nouvelle-France, débarquait à Québec. Cinq jours plus tard, le Père Jésuite Chaumonot prononçait ses derniers vœux dans l'église paroissiale. Après la cérémonie, M. de Lauzon dînait chez les Pères Jésuites en compagnie de ses fils, MM. Jean de Lauzon et Louis de Lauzon de la Cétière, MM. Duplessis, de Hauteville, LeGardeur de Tilly, LeGardeur de Repentignv, Robineau, M.

d'Auteuil. (1)

Le jeune Robineau savait-il à ce moment que M. de Lauzon avait été choisi par le roi de préférence à son père comme gouverneur de la Nouvelle-France ?

En cette même année 1651, s'il faut en croire la commission qui lui fut accordée en 1667, M. Robineau fut nommé, par la Compagnie de la Nouvelle-France, grand-voyer du Canada. Cette charge était alors plutôt une sinécure. A cette époque primitive le chemin préféré de nos ancêtres était le Saint-Laurent,

Par un règlement rendu en 1648, on avait décidé la création d'un camp volant composé de quarante soldats. Le principal objet de ce détachement d'hommes d'élites était de faire la chasse aux Iroquois qui ravageaient alors les

(1) The Jesuit Relations and Allied Documents, vol. XXXVI, p. 144.

établissements agricoles aux alentours de Montréal et des Trois-Rivières. Le camp volant devait se transporter d'un endroit à l'autre aussitôt que la présence des Iroquois serait signalée.

M. Robineau fut un des principaux officiers du camp volant.

Le 26 février 1652, M. de Lauzon, grandsénéchal de la Nouvelle-France, et M. Robineau partaient pour les Trois-Rivières avec quinze soldats. Le 2 mars, la petite troupe était rendue aux Trois-Rivières. Le 7 mars, MM. de Lauzon et Robineau repartaient pour Québec où ils arrivaient le 9. (1) Les chemins de fer ni les automobiles n'existaient encore mais on voyageait assez rapidement.

Le 16 avril de la même année 1652, M. Robineau, qui était remonté aux Trois-Rivières, en repartait pour Montréal avec des Algonquins qui allaient en traite à la Petite-Nation. Le 26 avril, il était de retour aux Trois-Rivières. (2)

" Quand on songe, dit Ignotus, aux difficultés et aux dangers de ces voyages, on se dit que les hommes de ce temps étaient rudement trempés." (3)

Encore le 2 juillet 1652, la présence de M. Robineau est signalée aux Trois-Rivières. Ce

( 1 1 The Jesuit Relations and Allied Docaments, voL XXXVII, p. 92.

(2) The Jesuit Relations and Âllied Documents, vol. XXXVII, p. 96.

(3) La Presse, 1904.

jour-là il y eut un combat très vif en face du fort des Trois-Rivières, entre une bande d'Iroquois et un certain nombre de Hurons et de Français. M. Robineau, qui était là, recueillit un jeune Huron captif, que trois canots iroquois vinrent débarquer à terre sous prétexte de parlementer. (1)

A l'automne de 1656, M. Robineau passait en France. Rien ne nous le dit explicitement, mais nous croyons qu'il traversa la mer pour les affaires des Habitants.

C'est pendant qu'il était en France, le 26 février 1657, que M. Robineau se fit accorder par la Compagnie de la Nouvelle-France dix arpents de terre de profondeur sur un de large, sur le chemin du Cap Rouge, à Québec. Cette concession était donnée en fief mouvant de Québec, avec moyenne et basse justice, suivant la Coutume de la ville, prévôté et vicomte de Paris. L'acte de concession déclarait que cette concession devait s'appeler le fief de Bécancour. (2)

C'est au cours de ce même voyage en France que M. Robineau fut créé chevalier de l'Ordre de Saint-Michel communément appelé l'Ordre du Roi. Cette décoration était très recherchée. Le roi l'accorda à M. Robineau pro-

(1) The Jesuit Relations and Allied Documents, vol. XXXVII, p. 106.

(2) Pièces et documents relatifs à la tennre leigneuriale, p. 145.

bablement pour le récompenser des services qu'il lui avait rendus pendant qu'il servait dans le régiment de Turenne. Peut-être le roi voulaitil récompenser en même temps le zèle dont il faisait preuve pour l'avancement de la colonie de la Nouvelle-France.

M. Robineau revint au pays dans l'été de

Le Journal des Jésuites nous apprend son retour dans les termes suivants, à la date du 20 août 1657 :

" Arjiva à 4 heures du matin, M. LeGardeur qui porta nouvelle que son vaisseau estait à l'isle aux Coudres, qu'il avait relâché deux fois en Irlande, que M.d'Argenson, gouverneur, le P. Lionne, Mrs Bécancour, des Musseaux et le petit de la Poterie estaient retournés de France." (1)

A partir de cette époque, M. Robineau fut plutôt désigné sous le nom de M. de Bécancour, qui était celui de la terre seigneuriale qui lui avait été concédée le 26 février 1657. (2)

A l'automne de 1659, M. Robineau de Bécancour passait encore en France. Le 18 octobre 1659, en qualité de fondé de procuration du Conseil de la Nouvelle-France, il signait un

(1) The Jesuit Relations and Âllied Docaments, vol. XLIII, p. 54.

(2) M. Robineau garda son petit fief de Bécancour dixhuit ans. Le 16 novembre 1675, il le vendait à Louis Rouer de Villeray, premier conseiller au Conseil Souverain, moyennant la somme de six cents livres.

traité avec Toussaint Guenet, marchand, de Rouen, agissant au nom de plusieurs négociants de la même ville. Guenet s'engageait à former une compagnie de marchands qui, " seule, à l'exclusion de toute autre, aurait le pouvoir d'envoyer au Canada toutes marchandises, provisions et autres choses nécessaires."

Ce traité fut ratifié par le roi le 20 février

C'est pendant ce même séjour en France que M. Robineau de Bécancour devint membre de la Compagnie des Cent Associés.

M. Robineau de Bécancour revint au pays au printemps ou à l'été de 1661.

En 1663, M. Robineau faisait un nouveau voyage en France. " Il se trouvait à Paris, dit Ignotus, dans l'hiver de 1663, lorsque se produisit ce mémorable événement pour la Nouvelle-France : la suppression des privilèges de la Compagnie des Cent-Associés et l'inauguration du gouvernement royal. C'est le 24 février 1663 que s'accomplit ce grand acte. La célèbre société faisait la déclaration suivante : " La compagnie de la Nouvelle-France étant bien avertie que le roi avait volonté de se mettre en possession du pays et de la seigneurie de la Nouvelle-France, délibérant sur ce qu'il y avait à faire en une occasion si importante, après une convocation, la plus nombreuse qu'il a été possible, a arrêté que, pour une preuve assurée de son profond respect et de l'entière déférence

que la dite compagnie a aux volontés de Sa Majesté, par les directeurs et le secrétaire d'icelle, serait fait, et tant qu'à eux est, et que faire le peuvent, tant pour les associés présents que pour ceux qui sont absents, une démission entre les mains de Sa Majesté, de la propriété et de la seigneurie du dit pays appartenant à la dite compagnie, pour en disposer par Sa Majesté comme il lui plaira, se rapportant à son équité et bonne justice, d'accorder un dédommagement proportionné aux dépenses que la dite compagnie a faites pour le bien et l'avantage du dit pays.

" Fait au bureau, le samedi, vingtquatrième jour de février 1663.

" Signé : Perigny, Robineau, Roy, de Champflour, de Beauchamp, Frotté, Bordier, Duverdier, Fleuriau, de Fortelle, Coberet, Cazet, de Jouy, de Bécancour, Hobier."

" C'est dans le cours du mois de mars suivant que Louis XIV acceptait la démission des Cent- Associés et proclamait l'établissement du gouvernement royal pour la Nouvelle- France." (1)

Le 29 mars 1667, la Compagnie des Indes Occidentales donnait à M. Robineau de Bécancour des lettres de provisions pour exercer la charge de grand-voyer dans tout le

(1) La Presse, 1904.

pays de la Nouvelle-France. Ces lettres de provisions disaient :

" Le Roy ayant par son Edict d'establissement de la dicte Compagnie du mois de may mil six cent soixante quatre donné et octro>é en toute Seigneurie, propriété et justice à la dicte Compagnie tous les pays de la terre ferme de l'Amérique depuis la Rivière des Amazones jusqu'à celle d'Orénoc, le Canada, TAcadye, et autres pays y mentionnez, avec pouvoir à la dicte Compagnie comme Seigneurs de tous les dicts pays d'y establir des Officiers partout où besoin serait ainsy qu'elle le trouvera à propos, et estant important d'establir un Grand-Voyer au dict pays de Canada ou Nouvelle-France, et de pourvoir du dict office une personne qui ait les quaîitéz requises pour l'exercer dignement, à ces causes. Nous Directeurs Généraux de la dicte Compagnie sçavoir faisons que pour le bon rapport qui nous a esté f aict de la personne du sieur Robineau de Bécancour et de ses bonne vye, mœurs, religion catholique, apostolique et romaine, capacité et expérience, mesme que dès l'année mil six cent cinquante sept, il auroit esté desjà pourvu du dict Office par l'ancienne Compagnie de la Nouvelle-France, et en considération des Services qu'il a rendus et pourra rendre cy après dans le dict pays, avons en vertu du dict pouvoir à nous donné par le dict Edict, confirmé et confirmons et en tant que besoin seroit donné et octroyé, donnons

et octroyons de nouveau par ces présentes au dict sieur Robineau de Bécancourt, le dict office de Grand-Voyer du dict pays de Canada ou Nouvelle-France, pour le dict Office avoir, tenir et doresnavant exercer conformément à la Coustume de la Prévosté et Vicomte de Paris, en jouir et uzer aux honneurs, autoritéz et prérogatives du dict office appartenant, et ce tant qu'il plaira à la dicte Compagnie ; si mandons et requérons les Officiers du Conseil Souverain du dict pays de Canada qu'après avoir pris et reçeu le serment du dict sieur Robineau de Bécancourt en tel cas requis, ils le mettent et instituent de par la dicte Compagnie en possession et jouissance du dict Office et le fassent recognoistre, obéir et entendre de tous ceux et ainsy qu'il appartiendra." (1)

Jacques LeNeuf de la Poterie, beau-père de M. Robineau de Bécancour, avait obtenu le 16 avril 1647 une concession de " une lieue et demie le long du fleuve St-Laurent, sur trois lieues de profondeur dans les terres, à prendre depuis le ruisseau de la Roche jusque au Cap du Sault," en toute propriété, justice et seigneurie. (2)

Quoique l'acte de concession laisse entendre que M. LeNeuf de la Poterie avait pris posses-

(1) Insinuations du Conseil Souverain de la NouveUe- France, cahier 1er.

(2) Pièces et docnments relatifs i la tenore seigneuriale,

sion et exploitait ses terres dès 1636, nous croyons qu'il ne s'en était jamais beaucoup occupé.

Le 7 juillet 1671, M. LeNeuf de la Poterie cédait cette seigneurie à son gendre. Celui-ci, en son nom et au nom de sa femme, en considération de ce beau don, renonçait à tous autres droits dans la succession de M. LeNeuf de la Poterie. (1)

M. Robineau de Bécancour n'habita pas sa seigneurie tout de suite. Nous le voyons faire baptiser un enfant aux Trois-Rivières en 1672. L'année suivante, il porte un autre enfant au baptême aux Trois-Rivières. Encore en août 1674, il fait baptiser aux Trois-Rivières, mais cette fois l'acte de baptême dit que l'enfant est né 4 Portneuf en mars 1674. On peut donc infirmer de là que M. Robineau de Bécancour s'établit définitivement à Portneuf à l'automne de 1673.

M. Robineau de Fortelle, frère de M.

Robineau de Bécancour, qui n'avait jamais mis les pieds dans la Nouvelle-France et qui n'avait jamais eu l'intention de s'y établir, s'était fait concéder, le 29 octobre 1672, quelques îles en face de Verchères et de Contrecœur. (2) Ce sont parties des îles connues aujourd'hui sous

(1) Acte devant Basset, notaire à Montréal, le 7 juillet

(2) Pièces et documents relatifs à la tenue seigrnenriale, p. 92.

le nom de îles Bouchard. Le 23 mars 1677, M. Robineau de Bécancour se faisait concéder par M. de Frontenac les deux petites îles appelées îles Bouchard et situées proche et attenante la grande île qui portait le même nom et appartenait à M. Robineau de Fortelle. (I)

Evidemment, la concession du 29 octobre 1672 à M. Robineau de Fortelle n'avait été faite que pour le profit et avantage de M. Robineau de Bécancour. Il y établit quelques habitants et fit défricher lui-même un certain espace de terre.

L'intendant Duchesneau, qui n'aimait pas M. Robineau de Bécancour, probablement parce qu'il était un des amis du gouverneur de Frontenac, semble l'accuser, en 1679, de faire la traite. Il écrivait au ministre que " Frontenac est d'accord avec les coureurs de bois, dont les chefs et protecteurs sont avec lui : Perrot, gouverneur de Montréal, LaSalle, Dulhut, Bécancourt, grand-vover, et Boulduc. procureur de la Prévôté." (2)'

Le 13 novembre 1680, M. Duchesneau accusait de nouveau M. Robineau de Bécancour auprès du ministre.

"Il y a, écrivait-il, encore un officier duquel je me plains qui est le sieur de Bécancourt, grand-voyer, qui depuis que je suis ici a

(1) Pièces et docaments relatifs i la tenue seigneoriale, p. 93.

(2) Henri Lorin, Le comte de Frontenac, p. 182.

toujours négligé de faire sa charge, quelques avertissements que je lui en ai donnés. Enfin dans mon dernier voyage de Montréal sur la clameur des peuples, j'ai été obligé de rendre mon ordonnance portant qu'il ferait ses visites avec défense de lui payer aucun gage qu'il ne m'ait apporté les procès-verbaux, mais bien loin d'y satisfaire il est venu m'insulter avec un de ses enfants nommé Villebon. J'envoie à M. Bellinzani mon ordonnance avec le procèsverbal de l'insulte qui m'a été faite attesté de deux ecclésiastiques qui étaient pour lors avec moi, l'un de cette ville, et l'autre de Montréal." (1)

Les plaintes et les récriminations de M. Duchesneau contre M. Robineau de Bécancour ne firent pas une grande impression sur l'esprit du roi. Deux ans plus tard, le roi lui accordait le plus grand honneur qui avait encore été donné à un habitant du Canada. En mars 1681, il érigeait sa seigneurie de Portneuf en baronnie.

L'acte d'érection de la baronnie de Portneuf fait une description pompeuse du fief, terre et seigneurie de Portneuf, '' consistant en manoir seigneurial, décoré de toutes les marques de noblesse et seigneurie, accompagné d'une belle chapelle où se célèbre le service divin, tant pour le dit sieur de Bécancourt et sa famille, domestiques, qu'habitants de la dite seigneurie,

(1) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 5.

de plusieurs autres bâtiments pour le logement de ses domestiques, chevaux et équipages, et autres choses nécessaires pour les commodités de la vie, à côté desquels est une basse-cour, et les bâtiments qui sont nécessaires, comme étables, granges, parc, jardins, bois, moulins et une quantité de terres bien cultivées, qui produisent un revenu considérable." (1)

Le recensement de 1681 nous montre M.

Robineau de Bécancour dans son manoir de Portneuf entouré de ses neuf enfants et de plusieurs domestiques.

C'étaient : René Robineau de Bécancour, 55 ans ; Marie- Anne LeNeuf de la Poterie, son épouse, 49 ans ; enfants : Pierre, 27 ans ; Joseph, 26 ans ; René, 25 ans ; François- Alexandre, 18 ans ; Jacques, 11 ans ; Daniel, 9 ans ; Michel, 7 ans ; Marie-(Anne), 10 ans ; Louise (Catherine), 5 ans. Ses domestiques étaient : Jeanne Lenoir, 22 ans ; Geneviève Duclos, 12 ans ; Thomas Godefroy, 20 ans ; Jean Bridault, 19 ans ; Innocent Laroche, 19 ans ; Jean Demers, 30 ans ; Pierre Auger, 26 ans ; Pierre Perrot, 26 ans ; François Turbot, 50 ans ; Daniel Lemerle, 23 ans ; Jean Leguyer, 24 ans ; Mathieu Allero, 16 ans. Il y avait dans la maison six fusils et six pistolets. Dans les écuries il y avait une cavale et vingt-

(1) L'acte d'érection de la baronnie de Portneuf signé par le roi en mars 1681 ne fut enregistré par le Conseil Souverain qu'au mois d'avril 1683.

deux bêtes à cornes. Ce qui prouve que l'exploitation agricole de Al. Robineau de Bécancour était depuis peu en marche c'est que soixante arpents seulement étaient en valeur. Deux colons étaient établis dans la seigneurie, Jean Catalan et Mathurin Cormiau. (1)

Le baron de Portneuf, qui avait l'ambition bien légitime de se faire remplacer dans sa charge de grand-voyer par son fils aîné, avait plusieurs fois demandé la survivance de cet office en faveur de son héritier. En 1689, le roi se rendit enfin à sa demande et des lettres de provisions en survivance de la charge de grand-voyer de la Nouvelle-France furent signées en faveur de Pierre Robineau de Bécancour et de Portneuf. Le baron de Portneuf, qui sentait les atteintes de l'âge, laissa dès lors toute la besogne sur les épaules de son fils.

Le baron de Portneuf décéda à Québec le 12 décembre 1699.

Le baron de Portneuf avait toujours eu beaucoup d'estime pour les Pères Récollets. Le 4 avril 1699, malade au lit dans sa maison de la rue Sainte-Anne, à la suite d'une attaque de paralysie et " n'ayant plus d'espoir de guérir ", il avait fait venir le notaire Genaple pour lui dicter que sa dernière volonté était d'être inhumé dans l'église des Récollets. On respecta

(1) Benjamin Suite, Histoire des Canadiens-Français, tome V, p. 60.

son désir et il fut inhumé dans l'église des Récollets. (1)

René Robineau de Bécancour, baron de Portneuf, avait épousé aux Trois-Rivières, le 16 octobre 1652, Marie-Anne LeNeuf de la Poterie, fille de Jacques LeNeuf de la Poterie et de Marguerite LeGardeur. (2)

La baronne de Portneuf décéda à Québec le 5 décembre 1702, et fut inhumée aux côtés des restes de son époux, dans l'église des Récollets.

Du mariage de René Robineau de Bécancour, baron de Portneuf, étaient nés dix enfants : lo Pierre Robineau, deuxième baron de Portneuf ; 2o Joseph Robineau de Villebon. qui devint gouverneur de l'Acadie ; 3o René, troisième baron de Portneuf ; 4o Marguerite Robineau, morte jeune ; 5o François- Alexandre Robineau de Bécancour, mort enseigne de marine ; 6o Jacques Robineau de Bécancour ; 7o Marie-Anne Robineau, religieuse ursuline à Québec ; 8o Daniel Robineau de Neuvillette : 9o Michel Robineau des Iles ; lOo Louise- Catherine Robineau, mariée à François Desjordy de Cabanac. (3)

(1) Testament devant le notaire Genaple, 4 avril 1699.

(2) Contrat de mariage devant le notaire Séverin Ameau, aux Trois-Rivières, le 21 octobre 1652.

(3) Nous avons emprunté plusieurs des renseignements donnés ici à la belle étude de Ignotus sur Pierre Robineau, premier baron de Portneuf, et ses fils, publiée dans la Presse de 1904.

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