OFFICIERS BLEUS ET OFFICIERS ROUGES
Sous le régime français, on appelait familièrement officiers bleus les officiers des bâtiments de corsaires ou de la marine marchande, et officiers rouges les officiers du corps royal de la marine.
Les officiers rouges méprisaient souverainement les officiers bleus qui, très souvent, leur
étaient de beaucoup supérieurs sous le rapport de la science et de la bravoure.
Lorsque le marquis de Moras reçut le département de la marine en 1757, une de ses premières mesures fut d'appeler au service du roi les officiers bleus qui se recommandaient par leurs états de service.
La France était alors en guerre avec l'Angleterre. Pour stimuler ces braves marins, il voulut les faire entrer, à titre auxiliaire et provisoire, jusqu'à la fin de la guerre, dans les rangs de la marine royale, en leur délivrant des brevets de capitaines de frégate, de lieutenants de frégate, de capitaines de brûlot ou d'autres analogues.
Les officiers de la marine royale ou officiers rouges, jaloux de leurs privilèges et se croyant lésés dans leurs droits, protestèrent hautement. Le chef d'escadre DuGuay, commandant de la marine à Brest, se fit l'écho de leurs réclamations égoïstes.
Le marquis de Moras, heureusement, ne s'en laissa pas imposer et il passa outre. M. Lacour-Gayet, dans son ouvrage La marine militaire de la France sous le règne de Louis XV a publié la lettre du ministre de la marine à M. DuGuay, en date du 24 juin 1757 :
" Le désir que vous avez de voir constamment les officiers de vaisseau pris dans la noblesse du royaume ne doit-il pas céder aux besoins du service ? Cette vue générale, adoptée
trop strictement, priverait souvent le roi de la faculté de se procurer des sujets de distinction très utiles. Les grades intermédiaires ont toujours été regardés comme le moyen de se les procurer, et c'est à cet établissement que la marine a dû les Duguay-Trouin, les Bart et plusieurs autres officiers, dont la réputation peut faire pour tout ce qui sert le roi un juste motif d'émulation. Je ne vous dissimulerai pas qu'en maintenant avec la plus grande attention la règle établie, qui n'admet à la place des gardes de la marine que des sujets tirés de la noblesse, je profiterai de toutes les occasions d'attacher à ce service des sujets d'un autre état, qui l'auraient mérité par des actions de valeur ou par des talents connus. Mais était-il nécessaire. Monsieur, que vous me fissiez une réflexion vague et générale, qui m'a conduit à cette discussion, dans une circonstance oti, forcés par le manque d'officiers, je vous marquais qu'il était indispensable d'employer sur les frégates ou corvettes des navigateurs estimés, avec des grades convenables à leur état et dont la durée est bornée au seul temps de la campagne."