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REGIME FRANÇAIS

De nos jours, les calomniateurs ont beau jeu. Il est vrai que les tribunaux, lorsqu'ils ont l'occasion de se prononcer sur leurs méfaits, ne les ménagent pas. Mais les frais de justice sont si élevés et les chances de gagner un procès si aléatoires, que les victimes des calomniateurs

(1) Bulletin des Recherches Historiques, vol. XXVII, p. 352, note de M. Aegdius Fauteux.

préfèrent subir en silence leurs canailleries que de les citer devant les tribunaux.

Sous l'ancien régime, les tribunaux punissaient très sévèrement les calomniateurs. La justice se distribuait à si bon marché et si rapidement qu'on y avait recours chaque fois que l'occasion se présentait.

Les intendants de la Nouvelle-France qui exerçaient la basse justice presque sans frais pour les parties eurent souvent à sévir contre les calomniateurs et, chaque fois, les condamnations furent assez épicées pour créer des exemples salutaires.

Nous avons justement sous les yeux deux procès contre des calomniateurs, l'un jugé par l'intendant Raudot et l'autre par l'intendant Dupuy.

Les condamnations, dans les deux cas, furent exemplaires au vrai sens du mot.

François Frichette ou Fréchette, habitant de Saint-Nicolas, fréquentait Marie-Anne Bergeron, petite-fille de Jean Demers, habitant de Saint-Antoine de Tilly. Aubin Champagne, Michel LeMarié et sa femme, qui voulaient par jalousie empêcher le mariage des deux amoureux, répandirent sur le compte de Jean Demers, des calomnies tellement odieuses que François Frichette fut sur le point de renoncer à son mariage avec Marie- Anne Bergeron, afin de ne pas entrer dans une famille aussi déconsidérée.

Jean Demers porta plainte contre les trois calomniateurs devant l'intendant Raudot.

Celui-ci fit comparaître devant lui Aubin Champagne, Michel LeMarié et sa femme.

L'interrogatoire qu'il leur fit subir lui permit de se rendre compte qu'ils avaient parlé sans raison aucune, et dans le seul dessein de nuire à Demers et à sa petite fille.

Séance tenante,le 28 avril 1707, M. Raudot condamna les trois calomniateurs à se rendre au presbytère de Saint-Nicolas, et là en présence de M. LePicard, curé de la paroisse, de huit habitants et des membres de la famille Demers, déclarer que c'était mal à propos qu'ils avaient tenu leurs discours. Il obligeait en outre les inculpés à demander pardon à Demers et à toute sa famille. De plus, sa sentence devait être lue et affichée aux portes des églises de Saint-Nicolas et de Saint-Antoine de Tilly, le tout aux frais des calomniateurs. (1)

Dans l'été de 1727, Marie-Thérèse Ouïmet, femme de Simon Chamberland, habitant de Sainte-Foy, s'étant fait voler une somme de cinq livres, soupçonna une de ses voisines, Marie-Madeleine Roullois, d'être l'auteur du vol. Inconsidérément et sans preuves aucunes, le Chamberland qui avait la langue bien pendue accusa la pauvre fille de

(1) Ordonnances des Intendants, cahier 1er.

l'avoir volé et fit le tour de la paroisse pour faire connaître le vol et tenir des discours infamants contre Marie-Madeleine Roullois et sa famille.

Marie-Madeleine Roullois se plaignit à l'intendant Dupuy. Celui-ci, fit venir le Chamberland au palais de l'Intendance.

Les témoignages démontrèrent amplement que la mégère n'avait aucun semblant de preuves contre sa voisine et qu'elle parlait ainsi parce qu'elle ne l'aimait pas. Il condamna aussitôt la femme Chamberland à vingt livres d'amende applicable à la fabrique de Sainte- Foy. Et comme il fallait rétablir dans la paroisse la bonne famé et renommée de l'accusée, il ordonna que Marie-Thérèse Ouimet, femme de Simon Chamberland, donnerait à Marie-Madeleine Roullois un acte notarié dans lequel elle la reconnaîtrait comme fille de bien et d'honneur, non tachée des injures et reproches qu'elle avait répandus contre son honneur et celui de sa famille. De plus, il ordonna que son jugement et l'acte de rétractation de la femme Chamberland seraient publiés et affichés à la porte de l'église paroissiale de Sainte-Foy, à l'issue de la grand'messe du dimanche.

Si la justice agissait de même façon de nos jours, ces fléaux publics que sont les calomniateurs disparaîtraient bien vite de nos paroisses.

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