LE CAMAIL DE NOS ANCIENS CURES
Les ukases de la mode sont acceptés dans le monde entier bien plus facilement que les lois les plus bénévoles. Telle belle dame discutera des heures entières la plus petite réglementation et acceptera docilement une mode
(1) Archives du Canada, Correspondance générale.
nouvelle parfois absolument ridicule. Et avouons que, sous le rapport de la mode ou de l'usage, bien des hommes sont femmes.
"Je ne sais pas, écrivait M. l'abbé Charles Trudelle, il y a déjà une trentaine d'années, si on pourrait s'empêcher de rire aujourd'hui en voyant tout-à-coup entrer au chœur de la basilique de Québec, un prêtre ou un clerc quelconque, affublé d'un camail, tel qu'on l'a porté jusque vers 1850 ?"
Qu'était le camail ?
Le camail était un manteau de drap noir descendant, sur le devant, jusqu'à la ceinture, et, en arrière, aboutissant en pointe jusqu'au talon. Le camail était, en outre, muni d'un capuchon assez grand pour envelopper la tête. Et pour empêcher le susdit capuchon de toucher à la chevelure de celui qui le portait un demi-cercle de bois flexible ou de baleine allant du front jusqu'au cou en arrière le tenait bandé en forme de crête de coq sur la tête.
Autrefois nos églises n'étaient pas chauffées, et les prêtres, les chantres et les enfants de chœur portaient le camail par dessus le surplis pendant toute la saison rigoureuse.
On commençait à porter le camail généralement le jour des morts à l'office du matin,
et on le quittait après le premier office du samedi saint.
Le camail disparut de nos églises un peu après 1850. Il se portait, toutefois, en 1863, à la cathédrale de Québec.
On sait qu'autrefois le clergé et les enfants de chœur se rendaient à la lez^ce du corps même en hiver quelquefois à des distances assez considérables de l'église. Le camail les protégeait alors contre le vent et le froid.
La mosette que portent les évêques et les chanoines n'est pas autre chose que l'ancien camail. Seulement, la mosette est beaucoup plus courte que le camail et elle n'a pas de capuchon ou en a un très petit. La mosette des chanoines est généralement noire, lisérée de violette ou de rouge. La mosette des évêques est violette. Pour le deuil, les évêques ont une mosette noire. Les évêques et les chanoines portent la mosette toute l'année.
Il n'y a guère plus de soixante ans que le camail est disparu et cependant combien peuvent se flatter de l'avoir vu ? Les curieux des vieilles choses n'ont qu'à jeter un coup d'œil dans les intéressants Travels through Canada and thc United States of North America in the years 1806, 1807, and 1808 de John Lambert et ils y trouveront une gravure très bien réussie représentant une procession de prêtres et d'enfants de chœur sortant de l'église
paroissiale de Montréal. Tous portent le camail. (1)