‹ Les petites choses de notre histoire (volume 2)Chapitre 3 sur 43 · THOMAS GODEFROY DE NORMANVILLE · texte numérisé non relu

THOMAS GODEFROY DE NORMANVILLE

Les deux frères Jean-Baptiste Godefroy de Linctot et Thomas Godefroy de Normanville, originaires de Linctot, pays de Caux, en Normandie, passèrent dans la Nouvelle-France vers 1626.

" On retrouve constamment Thomas Godefroy de Normanville en voyage, écrit M. Benjamin Suite, soit avec les missionnaires, soit avec les fondateurs de la colonie. Pris et repris par les Iroquois, il a soutenu combat sur combat et bravé tous les genres de périls de l'époque nommée, à juste titre, les temps héroïques du Canada. En plus d'une circonstance, il hiverna parmi les Sauvages, à quelques lieues des bords du lieuve,et y exerça les fonctions d'un maître d'école et d'un missionnaire. Les registres de l'église montrent qu'il baptisait les enfants et allait au besoin vers le poste français le plus rapproché avertir les prêtres de la maladie de certains Sauvages disposés à embrasser la foi et qu'il était urgent de ne point laisser mourir sans les rendre chrétiens. Pour exercer plus d'influence sur la jeunesse des bois, il luttait contre elle à la course, à la rame, et à tous les exercices du corps ; ses victoires impressionnaient vivement des peuplades qui

lie respectaient que la force physique et radre35e du chasseur ou du canotier." (1)

Les Relations des Jésuites nous ont conservé le peu que nous savons de la vie de ce brave.

En 1629, les deux frères Godefroy restaient ici pendant que Champlain et la très grande partie des habitants français de la colonie retournaient en France.

En 1634, Thomas Godefroy de Normanville est déjà établi aux Trois-Rivières.

Le 18 août 1636, Godefroy de Normanville devança à la course un Huron, devant un grand nombre de Sauvages de quatre ou cinq nations réunis aux Trois-Rivières. Cette course était la suite d'une gageure faite par un Montagnais en faveur de Godefroy de Normanville.

" De quoi, dit le R. P. Le Jeune, les Hurons demeurèrent bien étonnés car ils nous tiennent pour des tortues, au respect de tous les Sauvages." (2)

Vers le 20 février 1641, Thomas Godefroy de Normanville et François Marguerie étant à la chasse dans les bois aux environs des Trois- Rivières furent pris par les Iroquois qui avaient suivi la trace de leurs raquettes imprimées sur

(1) Mémoires et comptes rendus de la Société Royal» du Canada, tome premier, p. .55.

(2) Relation de 1636.— The Jesuit Relations and AUied Documents, vol. IX. p. 278.

la neige. Ils les lièrent, et les emmenèrent dans leur pays. Comme ces barbares voulaient traiter de la paix avec les Français, ils ne firent aucun mal à leurs prisonniers afin de pouvoir les ramener aux Trois-Rivières au printemps.

En attendant, ils furent donnés en garde à deux chefs de familles, qui les traitèrent comme leurs enfants. L'un d'eux voyant que son prisonnier priait Dieu soir et matin, et qu'il faisait le signe de croix avant et après les repas, lui demanda ce que signifiait ce signe. Le Français lui répondit que le Dieu qui avait fait le ciel et la terre, les animaux et tous les blés, conservait ceux qui l'honoraient et qui avaient recours à lui. '* Je veux faire de même, reprit le barbare, afin qu'il me conserve et qu'il me nourrisse."

Une autre fois, plusieurs Iroquois invitèrent un des leurs prisonniers à chanter à la française. " Tenez-vous dans le respect, fit celui-ci, car le Dieu du ciel et de la terre, que nous honorons par nos voix et nos cantiques, vous pourrait châtier rudement si vous entriez dans quelque mépris." Ils promirent tous de se comporter sagement. Le Français entonna" alors l'Ave maris .î/^//a,qu'ils écoutèrent la tête baissée avec beaucoup de modestie et de respect. Ils témoignèrent ensuite que ce chant leur avait plu.

Sur la fin d'avril, cinq cents Iroquois partirent de leur pays pour ramener les deux Français. Ils parurent dans les environs des Trois-Rivières, le 5 juin. Ils envoyèrent Mar-

guérie parlementer avec M. de Champflour, commandant du lieu, et gardèrent en attendant de Normanville comme otage. Mais M. de Champflour ne voulut rien couclure. Il envoya avertir le gouverneur, M. de Montmagny, à Québec. Celui-ci monta aux Trois-Rivières immédiatement.

Après bien des pourparlers, les deux Français furent remis en liberté, mais M. de Montmagny ne put conclure le traité de paix avec les Iroquois, ceux-ci ne voulant pas inclure dans ce traité les Plurons et les Algonquins, alliés des Français. (1)

En 1641, le R. P. Le Jeune passait en France, pour " le bien public et commun de la colonie ", à la demande de M. le chevalier de Montmagny, gouverneur de la Nouvelle- France, et des principaux habitants. Le R. P. Le Jeune se fit accompagner pendant ce voyage du jeune Godefroy de Normanville. (2)

Thomas Godefroy de Normanville passa l'hiver de 1642-43 au fort Richelieu avec les RR. PP. de Noue et Le Jeune. Ils étaient chargés d'enseigner aux Algonquins les mystères de la vraie foi. Ces Sauvages étaient aussi " superbes et difficiles à gouverner" que

(1) Sur la captivité de Marguerie et de Normanville au pays des Iroquois et leur retour aux Trois-Rivières, on peut consulter la Relation de 1641-42. — The Jesuit Relations and AlHed Documents, vol. XXI, p. 20.

(2) Relation de 1642-43.— The Jesuit Relations and Âllied Documents, vol. XXIV, p. 106.

les Hurons et les Montagnais étaient humbles et dociles.

Le R. P. Vimont nous apprend quel règlement de vie les missionnaires avaient adopté au milieu de leurs néophytes.

" Au point du jour le P. de Noue disait la messe, à laquelle assistaient les Français et les Sauvages chrétiens. Le sieur de Normanville leur faisait faire les prières tout haut au commencement de la messe (il entend fort bien la langue). Pendant ce temps-là, le P. Le Jeune en enseignait quelques-uns en particulier ou les écoutait en confession, puis les menait à la chapelle où il leur disait la messe, et faisait communier ceux qui en étaient capables, et ainsi il les prenait tous les uns après les autres. La messe étant finie, il assemblait quelques jeunes gens, pour leur faire le catéchisme. La plus grande partie du jour leur petite chambre était pleine, et ce n'était quasi qu'une instruction continuelle. Sur le soir le P. Le Jeune prenait une partie des cabanes, et le sieur de Normanville l'autre, et ainsi on faisait prier tout le monde. La prière était ordinairement sui\ne d'une exhortation et d'un cantique en leur langue. Voilà l'ordre qu'ils ont gardé pendant l'hiver, jusqu'à ce que les sauvages quittèrent ce lieu, pour aller à Mont-Royal (Montréal) et aux Trois-Rivières." (1)

(1) Relation de 1642-43.— The Jcsuit Relations and Allied Documents, vol. XXIV, p. 196.

Au printemps de 1648, plusieurs Iroquois se présentèrent à la vue du fort de Montréal sous les apparences d'un pourparler. Charles LeMoyne et Godefroy de Normanville s'avancèrent un peu vers eux, et aussitôt trois Iroquois se détachèrent afin de leur venir parler. Normanville voyant ces hommes s'approcher sans armes, pour leur donner une marque de confiance, s'en alla vers le gros des Iroquois, avec une seule demi-pique à la main, malgré LeMoyne qui lui criait : " Ne vous avancez pas ainsi vers ces traîtres."

Mais Normanville qui était d'une bravoure à toute épreuve continua à aller vers les Iroquois. Ceux-ci Tenvelcppèrent si insensiblement et si bien que quand il s'en aperçut il ne lui était plus possible de fuir.

LeMoyne voyant la perfidie de ces barbares coucha en joue les trois Iroquois qui étaient auprès de lui et leur dit qu'il tuerait le premier qui bougerait à moins que Normanville ne fiît remis en liberté. Un des trois Iroquois demanda à aller le chercher, ce que LeMoyne lui permit. Cet homme ne revenant pas, LeMoyne contraignit les deux autres à marcher devant lui au fort.

Le lendemain, les Iroquois remirent Normanville en liberté. LeMoyne fit la même chose pour ses deux prisonniers. (1)

(1) Dollier de Casson, Histoire de Montréal, p. 66.

En 1651, le Père Buteux obtint de ses supérieurs d'aller évangéiiser les Attikamèg^es chez eux. Il partit des Trois-Rivières, le 27 mars, avec M. Godefroy de Norman ville, deux Français, un certain nombre de Sauvages et quelques soldats. Ce n'est que le jour de l'Ascension que les courageux voyageurs arrivèrent à la première bourgade des AttikamègTies. Ils furent bien récompensés de toutes leurs fatigues, car ils furent reçus comme des sauveurs par ces pauvres Sauvages. " Quelle confusion pour moi, s'écrie le Père Buteux, de voir comme ces pauvres barbares, sans prêtre, sans messe, ni autres secours se maintiennent dans une telle pureté et ferveur !" Ils furent de retour le 18 juin de la même année. (1)

Le 18 août 1652, quatre habitants des Trois-Rivières se rendant par le fleuve au Cap de la Madeleine furent attaqués,à l'entrée du Saint- Maurice, par un parti d'Iroquois. Deux furent tués, et les deux autres furent amenés captifs.

Cet outrage décida le gouverneur des Trois- Rivières, M. Duplessis de Kerbodot, à infliger un châtiment exemplaire à ceux qui s'en étaient rendus coupables.

Il partit des Trois-Rivières, le lendemain même de ce lâche attentat, avec une cinquan-

(1) Relation de 1650-51. — The Jesait Relations and Allied Documents, vol. XXXVII, p. 18.

taine de Français et dix ou douze Sauvages, montés sur deux chaloupes.

Arrivé à une lieue en haut des Trois- Rivières, l'ennemi se montra dans les broussailles, sur la rive nord du fleuve.

M. Duplessis fit débarquer sa petite troupe immédiatement, et se jeta tête baissée sur les Iroquois. Ceux-ci se retirant de quelques pas se trouvèrent derrière les arbres, et tirent un feu nourri sur les Français. Une dizaine de ces derniers furent tués. M. Duplessis tomba un des premiers, M. Godefroy de Normanville et plusieurs autres furent faits prisonniers.

Le 23 août, l'on alla visiter le lieu du combat, et l'on trouva un bouclier iroquois sur lequel Godefroy de Normanville avait écrit à l'aide d'un charbon : Nomianville, Francheville, Poisson, La Palme, Turcot, Chaillon, S. Germain, Onnepochronnons et Agnechroiuions ; Je n'ai encore perdu qu'un ongle.

Cela voulait dire que les sept personnes nommées étaient entre les mains des Iroquois.

On apprit bientôt que le pauvre Godefroy de Normanville avait péri sur le bûcher.

Le Père Ragueneau, qui raconte le combat et la prise des Français par les Iroquois, ajoute : " Une dame honorée pour sa vertu, a écrit à quelque personne en France, qui avait connaissance du sieur de Normanville, qu'il semblait avoir eu quelque pressentiment de sa prise. Il est probable, disait-il à cette dame un

peu avant que de tomber entre les mains de ces barbares, qu'étant tous les jours dans les occasions je pourrai être pris des Iroquois : mais j'espère que Dieu me fera grâce de souffrir constamment leurs feux, et que j'aurai le bonheur de baptiser quelques enfants moribonds, et même quelques malades adultes que j'instruirai dans leur pays devant ma mort." (1)

Thomas Godef roy de Normandie ne s'était pas marié.

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