CINQ GENERATIONS DE LAFORCE
Guillaume Pépin dit Tranchemontagne, né à Saint-Laurent de la Bavière, évêché de Xaintes, dans les premières années du dixseptième siècle, passe dans la Nouvelle-France de bonne heure. On le voit établi aux Trois- Rivières dès 1634. Il est considéré comme un des fondateurs de la cité trifluvienne. Syndic des Trois-Rivières, puis juge seig'neurial de Champlain, Guillaume Pépin dit Tranchemontagne s'occupe aussi de culture. En août 1665, le notaire Ameau, chargé d'affaires du seigneur Marsolet, lui concède dans les Prairies Marsolets (plus tard Champlain) deux terres, l'une de trois arpents de front sur soixante de profondeur, et l'autre de six arpents de front sur soixante de profondeur. Ces deux terres sont voisines et ont front sur le fleuve Saint-Laurent. Pépin dit Tranchemontagne décède aux Trois-Rivières le 12 août 1697.De son mariage avec Jeanne Méchin, il a douze enfants dont neuf se marient et font souche. Les descendants de cet homme entreprenant existent encore nombreux dans la région des Trois- Rivières. La petite rivière Pépin dans Champlain rappelle le souvenir de Guillaume Pépin dit Tranchemontagne.
Pierre Pépin dit LaForce, quatrième fils
de Guillaume Pépin dit Tranchemontagne, né aux Trois-Rivières le 29 décembre 1652, devient capitaine de milice. Lui aussi cultive la terre. Il doit jouir d'une certaine considération puisque l'intendant Duchesneau lui fait l'honneur de signer son contrat de mariage avec Louise Lemire, à Québec, le 20 octobre 168L Pierre Pépin dit LaForce décède aux Trois- Rivières le 2 avril 1722. Il a douze enfants dont plusieurs créent à leur tour de nouvelles familles.
Pierre Pépin dit LaForce, fils de Pierre Pépin dit LaForce et de Louise Lemire, voit le jour aux Trois-Rivières, le 6 novembre 1683.
Le 22 mars 1709, l'intendant Raudot lui donne une commission d'arpenteur et mesureur pour en cette qualité faire toutes sortes d'arpentages et mesurages, en dresser des procès-verbaux et rapports, etc., etc. (1)
Dans une de ses courses dans les bois, en 1713, Pierre Pépin dit LaForce baptise une sauvagesse en danger de mort, Marguerite Onodoca. II en fait entrer l'acte aux registres de Chambly, le 2 février 1713.
En 1735, Pierre Pépin dit LaForce laisse là l'arpentage pour entrer dans l'administration. On lui donne la charge de garde-magasin du roi à Niagara.
En 1739, Pierre Pépin dit LaForce est
(1) Ordonnances des Intendants, cahier trois, folio 28.
remplacé dans sa charge par le sieur Lepailleur Laferté. Le 20 mai 1739, l'intendant de la colonie enjoint à Pépin dit LaForce, aussitôt l'arrivée de son successeur au poste de Niagara, de faire un inventaire général des marchandises, effets et ustensiles appartenant à Sa Majesté. Il doit ensuite s'embarquer dans une barque avec sa famille et apporter ses états de recettes et envois de pelleteries, etc., etc., afin de le mettre en état de faire l'examen de ses comptes. Les comptes traînent en longueur et, le 12 mai 1741, le roi donne ordre d'arrêter le garde-magasin Pépin LaForce parce qu'il ne peut rendre un compte satisfaisant de son administration à Niagara.
En 1748, Pépin LaForce est garde-magasin du Roi au fort La Présentation (Détroit).
En 1756, Pépin LaForce est nommé garde-magasin du roi à Saint-Frédéric.
Montcalm parle à différentes reprises de Pierre Pépin LaForce dans ses lettres et son Joiirfml.
René-Hypolite Pépin dit LaForce, né à Laprairie le 5 décembre 1728, est le plus connu des fils du garde-magasin LaForce. Il embrasse la carrière de la marine.
En 1756, LaForce commande la corvette Marquis de Vaudreiiil sur le lac Ontario. Ce vaisseau porte 24 canons de différents calibres avec 80 hommes tant soldats que matelots.
En 1758, LaForce est envoyé à Niagara
avec le sieur de Cressé. Il y commande la corvette Vlroqiioise et rend de grands services à Poiichot.
Lorsque le Canada change d'allégeance, LaForce suit les conseils éclairés du clergé canadien et il jure fidélité aux nouveaux maîtres de nos destinées.
Il a vaillamment combattu pour conserver le Canada à la France, il n'est pas moins brave pour le défendre lorsque les Américains essaient de s'en emparer en 1775. Pendant le siège de Québec par Montgomery, il est un des plus zélés défenseurs de cette ville. Sa femme, Madeleine Corbin, n'a pas moins de patriotisme que lui. Si LaForce, raconte un contemporain, accablé de fatigue succombe au sommeil, et qu'elle entend sonner l'alarme, elle l'éveille aussitôt, lui apporte ses armes en lui criant : — "Depêche-toi, LaForce ! Quelle honte pour nous, si tu n'étais pas le premier rendu sur les remparts !"
En 1777, LaForce est nommé commodore et commandant de la flotte de tous les lacs et rivières de la province du Canada. Il prend sa • retraite le 30 juin 17^6, avec la demi-paie. ,'8
LaForce meurt à Québecle 3 février 1802. Il est à sa mort juge de paix et lieutenantcolonel du premier bataillon de la milice canadienne de la cité de Québec. Sa veuve, Madeleine Corbin, décède à Terrebonne le 29 janvier
Pierre LaForce, né à Québec le 4 mars 1776, est le fils de René-Hypolite Pépin dit LaForce et de Madeleine Corbin.
Encore étudiant, il se prend de querelle avec un confrère, Pierre Vézina, et commet à son égard un excès de langage. Il n'est pas lent cependant à se ressaisir et, le 13 juin 1797, il lui adresse la lettre suivante que Vézina s'empresse de publier dans la Galette de Québec :
" Je suis très fâché d'apprendre que dans le café de l'Union, le soir de la fête du Roi, le 4e de ce mois, j'ai insinué à entendre que vous manquiez de loyauté envers le gouvernement. Je vous avoue sincèrement que je l'ai fait involontairement et sans intention ; et que votre conduite m'a toujours convaincu de votre loyauté : comme la chose s'est dite en présence de plusieurs personnes, s'est répandue et pourrait jeter sur vous des soupçons faux et désavantageux, je vous en fais mes excuses, et vous prie de faire tel usage que vous jugerez à propos pour votre satisfaction."
Le 4 mars 17P6, Pierre LaForce est admis à la pratique du notariats
LaForce qui est un patriote a l'honneur de souffrir pour ses convictions politiques. I^e 24 mars 1810, il est arrêté à Terrebonne en même temps que François Corbeii pour " treasonable practises."
Son caractère ferme et indomptable lui
fait éprouver pendant sa détention beaucoup de mauvais traitements.
Malgré les persécutions de l'oligarchie.
LaForce est un des premiers à voler à la frontière au secours de la patrie en danger lorsqu'éclate la guerre de 1812. Il a alors le grade de major au premier bataillon de la milice active.
Plus tard, LaForce est promu au grade de lieutenant-colonel du deuxième bataillon de la milice de Québec. Mais son esprit caustique et sa passion de rire de tout et de tous, lui font perdre ce grade. Le 6 septembre 1828, le gouverneur Dalhousie, qui a été victime de ses coups d'épingle, annule sa commission de lieutenant-colonel, " parce qu'il s'est permis de déclarer des opinions, et de se servir d'expressions les plus inciviles à son égard personnellement, et cela ouvertement et en public."
Pierre LaForce meurt à Québec le 26 mars 1836, à l'âge de 60 ans.
M. Aubert de Gaspé trace un portrait vivant et charmant de celui que ses contemporains ont connu si longtemps sous le titre de major LaForce. Gai, spirituel, caustique, plein de verve, d'entrain, d'humour, il a fait les délices de toute une génération. Le chapitre onze de ses Mémoires où M. Aubert de Gaspé raconte les charges fameuses au moyen desquelles Pierre LaForce mystifia ses contemporains est à lire et à relire.