‹ Les petites choses de notre histoire (volume 2)Chapitre 38 sur 43 · LE CHEVALIER LE MERCIER MAITRE D'ECOLE · texte numérisé non relu

LE CHEVALIER LE MERCIER MAITRE D'ECOLE

Le chevalier Le Mercier, commandant de l'artillerie en Canada, fut, dans les dernières années du régime français, un des personnages les plus en vue de la colonie. C'est lui qui, après la bataille des Plaines d'Abraham et la mort de Montcalm, fut envoyé en France par le marquis de Vaudreuil et le chevalier de Lévis, afin d'instruire le roi de la triste situation du Canada et lui demander des secours.

Dans sa lettre confidentielle et chiflfrée du 12 avril 1759, au maréchal de Belle-Isle, ministre de la guerre, le marquis de Montcalm dit du chevalier Le Mercier :

" Les transports sont donnés à des protégés. Le marché du munitionnaire m'est inconnu comme au public ; on dit que ceux qui ont envahi le commerce sont de part. Le Roi a-t-il besoin d'achats, de marchandises pour les Sauvages ? au lieu d'acheter de la première main, on avertit un protégé qui achète à quelque prix que ce soit ; de suite M. Bigot les fait

porter aux magasins du Roi ; en donnant 100 et même 150 pour 100 de bénéfice à des personnes qu'on a voulu favoriser. Faut-il faire marcher l'artillerie, faire des affûts, des charrettes, faire des outils ? M. Mercier, qui commande rartillerie,est entrepreneur sous d'autres noms ; tout se fait mal et cher. Cet officier, venu simple soldat il y a vingt ans, sera bientôt riche d'environ 6 ou 700,000 livres, peut-être un million, si cela dure " (1)

M. Garneau, dans son Histoire du Canada, faisant la nomenclature des membres de la société secrète formée par le néfaste Bigot pour voler le roi, écrit :

*' Le chevalier Le Mercier, arrivé soldat de recrue à Québec, en 1740, devenu plus tard maître d'école à Beauport, ensuite cadet, officier et enfin commandant de l'artillerie en Canada ; on disait qu'il avait une grande influence sur le gouverneur " (1)

Le chevalier Le Mercier a-t-il réellement été maître d'école à Beauport ?

Notre historien national s'est trompé ici. Le chevalier Le Mercier n'a pu être maître d'école à Beauport pour la bonne raison qu'il appartenait à la religion prétendue réformée, comme on disait alors, et que, sous l'ancienne monarchie française, le catholicisme, étant la

(1) L. Dussieux, Le Canada sous la domination française, p. 372.

(1) Histoire du Canada, vol. II, p. 363.

religion d'état, les catholiques seuls pouvaient être maîtres d'école dans les villes et les campagTies.

Les autorités de la colonie toléraient jusqu'à un certain point la présence de protestants dans la Nouvelle-France mais elles ne leur permettaient pas d'occuper des charges publiques et encore moins de tenir des écoles.

Une ordonnance de l'intendant Dupuy du 4 juin 1727 dit :

"Deflfendons à toutes personnes de quelque état et condition qu'elles soient, autres que ceux déjà établis à cet effet, de s'ingérer de montrer à lire et à écrire aux jeunes gens des villes et de la campagne et de tenir école de garçons ou de filles, sans notre participation, et sans avoir la permission et approbation par écrit de Monsieur l'évêque de Québec, ou du sieur de Lotbinière, conseiller au Conseil Supérieur de Québec, archidiacre de ce diocèse, à l'examen desquels ils seront soumis, tant pour recevoir d'eux leur mission, que depuis l'avoir reçue dans le cours de leurs visites, et tenus de rendre compte de leur conduite aux curés des paroisses oii ils enseigneront, sans qu'aucun homme puisse tenir école de filles, ni aucune femme tenir école pour les garçons, à moins que ce ne soient gens mariés, ou qui en ayent la permission par écrit de monsieur l'évêque de Québec

ou du sieur de Lotbinière, son archidiacre." (1) Cette ordonnance de l'intendant Dupuy fut strictement observée jusqu'à la fin du régime français.

Le chevalier Le Mercier ne fut donc pas maître d'école à Beauport ni dans aucune autre paroisse de la colonie.

Ajoutons que le chevalier Le Mercier arrivé dans la colonie protestant en repartit catholique. En effet, le 12 novembre 1757, trois jours avant son mariage avec une excellente Canadienne, Françoise Boucher de LaBruère, il abjurait son hérésie entre les mains de Mgr de Pontbriand, évêque de Québec.

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