MOURANT
Knox, dans son Historical Journal of the campai g ns in North America for the years 1757, 1758, 1759, and 1760, dit que Montcalm décéda à l'Hôpital-Général ; VHistoire des Ursulines et Garneau, dans son Histoire du Canada, font expirer le héros au château Saint- Louis ; le chevalier Johnstone et M. l'abbé Ferland disent que Montcalm, mortellement blessé, fut transporté dans la maison du chirurgien Arnoux, rue Saint-Louis, et que c'est là qu'il mourut.
Pour le moment, nous ne voulons pas discuter sur l'endroit où est mort Montcalm quoiqu'il nous paraisse qu'il décéda plutôt dans la maison de Arnoux. Nous voulons tout simplement nous assurer si Mgr de Pontbriand reçut la dernière confession de Montcalm et le prépara au redoutable passage.
Dans son ouvrage Montcalm et Lévis, M.
l'abbé Casgrain écrit au sujet des derniers instants de Montcalm :
" Un instant après entra le vénérable évêque de Québec, dont la figxire de mourant portait l'empreinte d'une douleur inexprimable.
Il le prépara à la mort et lui administra les derniers sacrements que le général reçut avec l'ardeur de sa foi méridionale. Mgr de Pontbriand ne voulut pas le quitter avant d'avoir reçu son dernier soupir. " — Je meurs content, répéta de nouveau le général, car je laisse les affaires du roi, mon maître, entre de bonnes mains ; j'ai toujours eu une haute opinion des talents de M. de Lévis." Il rendit le dernier soupir le 14 septembre, à l'aube du jour. Il n'était âgé que de quarante-sept ans et six mois."
M. l'abbé Casgrain ajoute, au sujet des funérailles de Montcalm :
" ....Le cortège funèbre se mit en marche vers l'église des Ursulines, traversant des rues jonchées de débris et de pans de murs renversés. Derrière le cercueil, marchaient, mornes et silencieux, le commandant de la garnison avec ses officiers, suivis de plusieurs citoyens, auxquels se joignirent, à mesure qu'ils avançaient, des gens du peuple, des
femmes et des enfants Le curé de
Québec, l'abbé Resche, assisté de deux chanoines, de la cathédrale, entonna le chant du Libéra auquel répondirent les assistants " (1)
M. l'abbé Casgrain fait ici une erreur.
A la date du 14 septembre 1759, le curé
(1) Montcalm et Lévis, vol. 2, p. 374.
de Québec était M. Jean-Félix Récher. L'abbé Resche était chanoine de la cathédrale de Québec et confesseur des Ursulines.
M. l'abbé Casgrain s'appuie probablement sur l'Histoire des Ursulines pour écrire que Mgr de Pontbriand assista Montcalm à ses derniers instants. Il est important de faire une distinction ici. La plupart des faits mentionnés dans y Histoire des Ursulines ont été tirés des Annales de cette communauté, mais pas tous. Ainsi, pour ce qui regarde la sépulture de Montcalm, Mgr Têtu assure que les Annales n'en font aucune mention.
Le jour de la bataille des Plaines d'Abraham, Mgr de Pontbriand n'était pas à Québec. Epuisé de fatigues et d'inquiétudes, malade, il s'était retiré à Charlesbourg le 1er juillet précédent, et il y resta jusqu'à son départ pour Montréal à la fin de septembre. Les communications entre Charlesbourg et la ville de Québec furent interrompues immédiatement après la bataille des Plaines. Il est plus qu'improbable que Mgr de Pontbriand, dans le grand état de faiblesse oti il se trouvait, se soit aventuré à faire le voyage de Charlesbourg à Québec quand la route était encombrée par les troupes et les convois.
Mais il y a plus.
Si Mgr de Pontbriand était rentré à Québec pour se rendre auprès de Montcalm mourant, il nous semble qu'il n'aurait pas manqué
de présider lui-même à son inhumation qui eut lieu le jour même de sa mort.
L'acte de sépulture de Montcalm conservé aux archives de Notre-Dame de Québec ne fait nulle mention de Mgr de Pontbriand. Lisons plutôt :
*' L'an mil sept cens cinquante-neuf, le quatorzième du mois de septembre a été inhumé dans l'église des Religieuses Ursulines de Québec haut et puissant seigneur Louis- Joseph marquis de Montcalm, lieutenant-général des armées du Roy, commandeur de l'Ordre Royal et militaire de St-Louis, commandant en chef des troupes de terre en l'Amérique septentrionnalle, décédé le même jour de ses blessures au combat de la veille, muni des sacrements qu'il a reçus avec beaucoup de piété et de religion. Etaient présents à son inhumation Mrs Resche, Cugnet et Collet, chanoines, de la cathédrale, Mr de Ramezay, commandant de la place, et tout le corps des officiers.
Resche, ptre, chan.
Collet, chne.
Le même argument s'applique au curé Récher, S'il avait donné les secours de la religion à Montcalm sur son lit de mort, il se serait fait un devoir d'assister à son inhumation. Le 14 septembre 1759, le curé Récher habitait chez le nommé Primaut,tanneur, près de l*Hôpital-Général, et il dut, toute cette journée, donner ses secours aux nombreux
blessés qui ne cessaient d'arriver à cet hôpital.
Pour nous, c'est le chanoine Resche, confesseur des Ursulines, qui assista Montcalm à ses derniers moments. Transporté à la maison du chirurgien Arnoux, Montcalm, informé que sa mort était prochaine, a dû demander un prêtre immédiatement. La maison de Arnoux était à quelques minutes de marche du monastère des Ursulines. Le 13 septembre 1759, M. Resche s'était tenu au monastère avec les dix religieuses qui gardaient la maison. C'est lui qu'on a dû venir chercher pour assister Montcalm.
Notre opinion n'est qu'une théorie, mais n'est-elle pas rationnelle ?