LE PREMIER PRETRE ORDONNE AU CANADA
Le 29 juillet 1657, MM. Gabriel de Queylus, Dominique Galinier, Gabriel Souart, prêtres de Saint-Sulpice, et François D'Allet, diacre, arrivaient à Québec.
Un peu moins de deux années plus tard,
(1) The Jesuit Relations and Allied Docnments, vol. XXV. p. 28.
îe 16 juin 1659, Mgr de Laval mettait à son tour pied à terre dans la capitale de la Nouvelle- France.
Les biographies de M. D'AIlet nous apprennent qu'il reçut l'onction sacerdotale, le 15 août 1659, c'est-à-dire deux mois après l'arrivée de Mgr de Laval dans la Nouvelle- France.
M. D'AIlet fut-il ordonné à Québec ?
Le Journal des Jésuites, tenu par le supérieur de la mission lui-même, enregistrait les moindres événements religieux qui se passaient à Québec. Il est peu probable que L^ supérieur des Jésuites aurait oublié de noter un fait aussi important que la première ordination faite par Mgr de Laval au Canada. M. D'AIlet, nous voulons bien le croire, a été ordonné le 1 5 août 1659, mais il dut être élevé à la prêtrise au cours d'un voyage en France.
M. Henri de Bernières est, croyons-nous, le premier prêtre ordonné dans la Nouvelle- France.
La vénérable mère Marie de l'Incarnation écrit dans une de ses lettres :
" Un neveu de M. Bernières l'a voulu suivre (Mgr de Laval). C'est un jeune gentilhomme qui ravit tout le monde par sa modestie. II se veut donner tout à Dieu à l'invitation de son oncle et se consacrer au service de cette nouvelle église, et afin d'y réussir il se disposa à recevoir l'ordre de prêtrise. Ses vœux furent
bientôt exaucés, car il fut le premier ordonné à Québec dans l'église paroissiale (13 mars 1660)/'
La mère de l'Incarnation était à Québec depuis 1639. Elle vivait dans le cloître mais elle se tenait au courant de ce qui se passait à Québec et dans tout le pays. Des centaines de petits faits des premières années de notre histoire seraient restés dans l'ombre si elle ne les avait notés dans ses lettres à son fils ou à ses autres correspondants. Jusqu'ici on n'a pas relevé d'erreurs dans ses lettres. Avant de faire savoir un événement quelconque à son fils, elle s'assurait scrupuleusement de la véracité de son information. Il n'est pas probable qu'elle aurait écrit que M. de Bernières était le premier prêtre ordonné à Québec si elle n'en avait été absolument certaine.
M. de Bernières fut successivement desservant de Québec, supérieur du séminaire, curé de Québec, vicaire-général, supérieur des communautés religieuses et doyen du chapitre de Québec.
Il décéda à Québec le 4 décembre 1700, à l'âge de soixante-cinq ans.
M. l'abbé de Bernières était estimé de toute la population de Québec. Ses contemporains font le plus bel éloge de ses vertus et de son zèle pour le bien des âmes.
La mère Juchereau, qui a toujours la note juste, écrit :
'' Il y eut pendant cet hiver 1700, de dangereux rhumes, qui firent mourir quantité
de vieillards De ce nombre fut M. Henri
de Bernières, qui était venu de France, tout jeune ecclésiastique, avec M. de I^aval, qui l'ordonna prêtre en Canada, où il est toujours demeuré pour servir cette nouvelle Eglise, avec un grand zèle, et d'une manière très édifiante, faisant voir par ses vertus le fruit qu'avait produit en lui l'éducation qu'il avait reçue de son saint oncle, M. de Bernières, trésorier de France, retiré à Caën. Il avait longtemps été curé de Québec, supérieur du séminaire et le nôtre, et nous avait toujours donné des marques de son amitié. C'était un homme pacifique, désintéressé, et qui ne cherchait que la gloire de Dieu."
M. l'abbé Glandelet, qui remplaça M. de Bernières comme doyen du chapitre, écrivait à M. Bourdon :
" Il nous est arrivé du changement depuis l'année passée. Nous avons perdu M. de Bernières, doyen de notre cathédrale, neveu du Chrétien intérieur. Le chapitre m'a élu à sa place, et je voudrais bien qu'en me faisant succéder à sa dignité, il m'eut fait succéder à ses vertus, qui étaient remarquables, surtout son humilité, sa charité et sa grande et longue patience dans les incommodités continuelles
qu'il avait, dont il ne parlait jamais, et qui ne Tont point empêché d'être assidu à tous les exercices de la cathédrale et du séminaire."
Et M. Tremblay, un autre prêtre du séminaire de Québec, qui se trouvait alors à Paris, écrivait à Mgr de Laval :
** Nous apprîmes l'an passé, par la voie • d'Angleterre, la mortalité qui s'était répandue dans le Canada, à la fin de 1700, dans laquelle nous avons perdu M. de Bernières. C'est assurément une grande perte et je l'ai ressentie vivement." (1)