LE CCEUR DU COMTE DE FRONTENAC
Le comte de Frontenac, comme tous les hommes supérieurs, eut des ennemis. Ceux-cî ne désarm.èrent même pas après sa mort.
Ce sont eux qui ont donné naissance à la légende qui veut qu'après la mort du gouverneur de Frontenac, son cœur fut porté à sa femme, qui vivait à la cour du grand roi, et qu'elle ne voulut pas l'accepter, disant " qu'elle ne voulait point d'un cœur mort qui, de son vivant, ne lui avait point appartenu."
(1) L'abbé Auguste Gosselin, Henri de Bernières, premier caré de Qaébee, p. 349.
Madame de Frontenac avait trop d'esprit pour commettre une telle bêtise. D'ailleurs, aurait-elle voulu faire cette malice, qu'elle n'en aurait pas eu l'occasion puisque le cœur de son mari ne lui fut pas porté.
C'est le testament même de Frontenac qui détruit cette légende injurieuse et pour le grand gouverneur et pour sa femme.
Frontenac décéda à Québec,le 28 novembre 1698. Six jours avant sa mort, le 22 novembre 1698, il avait fait venir les notaires Genaple et Rageot dans sa chambre, au château Saint- Louis de Québec, et leur avait dicté ses dernières volontés.
Avant de mourir il voulut faire sa paix avec ceux ^ue ses violences avaient pu irriter ou froisser.
A l'intendant Bochart Champigny, qui avait été si souvent la victime de sa mauvaise humeur et de ses emportements, il donna en souvenir un crucifix de bois de calambourg que sa sœur, madame de Montmort, lui avait laissé en mourant et qu'il avait toujours gardé depuis comme une véritable relique.
M. de Frontenac pria également madame Bochart Champigny d'accepter le reliquaire qu'il avait coutume de porter et qui était rempli des " plus rares et plus précieuses reliques qui se peuvent rencontrer."
Puis le gouverneur de Frontenac déclarait :
" Comme madame Anne de la Grange, son
épouse, peut souhaiter comme luy que le cœur de luy seigneur testateur soit transporté en la chapelle de messieurs de Montmort, dans l'église St-Nicolas des Champs à Paris, en laquelle sont inhumés mademoiselle de Montmort, sa sœur, et monsieur l'abbé d'Obasine, son oncle ; il veut qu'à cet effet son cœur soit séparé de son corps et mis en garde dans une boîte de plomb ou d'argent."
Les exécuteurs testamentaires de M. de Frontenac étaient MM. François Hazeur, marchand bourgeois, de Québec, et Charles de Monseignat, premier secrétaire du gouverneur. Ils chargèrent le Père Joseph-Denis de la Ronde, supérieur des Récollets de Québec, d'exécuter le dernier désir de l'illustre vieillard. Le Père Denis de la Ronde passa en France à l'été de 1699 et déposa son funèbre colis dans la chapelle que la famille de Montmort possédait dans l'église de Notre-Dame des Champs à Paris.
En se chargeant de cette mission honorable, le Père Denis de la Ronde rendait à Frontenac l'hommage que son ordre lui devait. En effet, M. de Frontenac était le syndic apostolique, " père et protecteur spirituel," ainsi qu'il était fier de le proclamer dans son testament, des Pères Récollets. Il les avait toujours protégés.