SAINT FRANÇOIS REGIS ET LE CANADA
François-Xavier Duplessis, né à Québec le 13 janvier 1694, fit ses études au collège de cette ville et, en 1716, passa en France pour entrer au noviciat des Jésuites à Paris.
Le Père Duplessis qui ne revint pas dans la Nouvelle-France fut un des missionnaires les plus en vogue du dix-huitième siècle. Il combattit les hérétiques jansénistes avec un grand succès.
Comme il était né au Canada, ses compagnons et ses adeptes étaient appelés Canadiens. C'est ce que le Père Duplessis écrivait lui-même, de Tours, le 6 avril 1725, à s^s sœurs les mères Sainte-Hélène et de l'Enfant Jésus, religieuses à l'Hôtel-Dieu de Québec : ** Ceux qui se déclaraient ouvertement pour l'église, on les appelait Canadiens." (1)
(1) J.-Edmond Roy, Lettres dn Père F. X. Duplessis,
Le Père Duplessis, à cause de son talent de prédication et de son zèle à travailler à la conversion des âmes, fut surnommé le François Régis du nord de la France.
A propos de saint François Régis, on a prétendu, il y a quelques années, que ce saint avait travaillé dans sa jeunesse aux missions de la Nouvelle-France.
Non.
Saint François Régis ne fut pour le Canada qu'un missionnaire de désir. Il avait voulu se consacrer aux missions de la Nouvelle- France mais son désir ne se réalisa jamais.
Le 15 décembre 1^34, François Régis écrivait, du Puy, au général de la Compagnie de Jésus, lui demandant d'aller rejoindre ses confrères Jésuites dans les missions du Canada,
" Je me sens, mon Très Révèrent Père, écrivait-il, un si véhément désir de passer au Canada pour m'y consacrer au salut des peuples sauvages qui l'habitent, que je croirais manquer à la vocation divine si je ne vous manifestais les sentiments que Dieu m'inspire à cet égard. Je vous les expose aujourd'hui et je vous supplie très instamment d'exaucer mes vœux, malgré mon indignité. Ma confiance en la bonté de Dieu est si grande qu'elle ne me permet pas de douter que vous ne m'accordiez la grâce que je vous demande avec larmes et que je souhaite si ardemment. V^ous savez, mon Très Révérend Père, que je suis d'un tempérament à l'épreuve
des plus grandes fatigues. Plût à Dieu que ma vertu fut aussi forte que ma santé est vigoureuse. Mais j'espère qu'elle se fortifiera dans l'infirmité même et qu'en travaillant par l'ordre de Dieu,sa divine grâce soutiendra ma faiblesse. Je sais que mes fautes ne peuvent être que très fréquentes au milieu d'une nation si perverse ; et, par cette raison, je prends la liberté de me recommander à vos saints sacrifices."
Le Père Vitelleschi, général de la Compagnie de Jésus, qui connaissait tout le succès des travaux apostoliques du Père François Régis dans le Vivarais, ne voulut pas l'enlever à un pays qui en avait besoin.
L'année suivante, François Régis revint à la charge auprès de son supérieur. Du collège des Jésuites d'Aubenas, il écrivait au Père Général, le 21 novembre 1635 :
" Vous avez eu la bonté de m'écrire que vous auriez égard au dessein que Dieu m'a inspiré d'aller annoncer l'Evangile aux peuples du Canada, lorsque le temps aurait mûri ma vocation. Je vous supplie de faire attention que ce dessein, que Dieu a fait naître dans mon cœur, il y a une année entière, et qui s'y est toujours fortifié, depuis le premier moment, est un fruit du ciel, parvenu à parfaite maturité, ayant été si souvent arrosé de mes larmes, et si longtemps échauffé par le feu de l'Esprit- Saint ! Ayez donc la bonté d'exaucer des vœux si ardents !
'' Plusieurs s'eflforcent de me détourner de ct-iie pensée. Une telle mission leur paraît difficile et périlleuse, sans doute parce qu'ils m'en jugent indigne ; mais, malgré mon indignité, j'ose attendre cette grâce, que vous m'avez fait espérer par votre lettre. Daignez, mon Très Révérend Père, me l'accorder, je vous en conjure, par votre zèle pour la gloire de la divine Majesté ! Cependant, quoi qu'il vous plaise m'ordonner, j'exécuterai vos ordres avec la plus respectueuse soumission." (1)
Encore cette fois, le général de la Compagnie de Jésus répondit au Père Jean- François Régis qu'il ne pouvait le laisser passer au Canada.
" Le Vivarais et le Velay, dit Mgr David Gosselin, continuèilent donc à bénéficier des labeurs de celui qui semait les miracles sur son passage, métamorphosait toutes les populations qu'il visitait, et qui devait, dans dix ans à peine, se tresser la couronne que les anges devaient un jour déposer sur son humble front." (2)
(1) Daurignac, Vie de saint Jean-François Régis, pp. 119, 134, 272.
(2) Scaiaioe Religicase, de Québec.