LES COMMANDANTS ET LES MAJORS DES TROUPES
Les différentes compagnies des troupes qui servaient dans la Nouvelle-France étaient à l'origine indépendantes les unes des autres. Les officiers avaient bien leur ancienneté respective d'après la date de la commission de leur grade, mais les capitaines ne reconnaissaient et n'avaient d'autre chef que le gouverneur de la Nouvelle-France.
On comprend qu'un pareil système, surtout en temps de guerre, avait de nombreux inconvénients.
Dans l'hiver de 1686- 1687, le gouvernement du roi se décida à réorganiser le squelet-
te d'armée qu'il entretenait dans la Nouvelle- France. Il forma *un corps d'armée à qui il donna le nom de " troupes du détachement de la marine " parce que la plupart des officiers et soldats furent tirés des régiments attachés au département de la marine. Les officiers du nouveau corps furent pris dans les troupes de terre et le corps de la marine. Bon nombre des anciens officiers du régiment de Carignan, qui étaient établis dans la colonie, reçurent aussi des commissions dans les troupes du détachement de la marine.
Un ordre du Roi régla le rang de tous ces officiers. Cet ordre portait que les capitaines qui auraient servi dans les troupes de terre prendraient leur rang du jour de leur première commission de capitaine dans les dites troupes. Quant aux capitaines de Carignan leur rang devait compter du jour de leur commission de capitaine dans leur ancien régiment. Il devait également en être ainsi pour les autres officiers qui entreraient dans les troupes du détachement de la marine. Pour les enseignes de vaisseau, le même ordre du Roi fixait qu'ils prendraient leur rang du jour de leur brevet d'enseigne.
A l'origine, le seul officier d'état-major des troupes du détachement de la marine fut le commandant même de ce corps.
Le 17 mars 1687, le roi nommait Philippe de Rigaud, chevalier de Vaudreuil, comman-
dant des troupes du détachement de la marine servant en la Nouvelle-France. Il exerça ce commandement pendant douze ans. Le 28 mai 1699, M. de Vaudreuil remplaçait M. de Callières, promu gouverneur de toute la Nouvelle-France, comme gouverneur de Montréal.
Le même jour (28 mai 1699), Claude de Ramezay succédait à M. de Vaudreuil comme commandant des troupes. Il garda ce poste jusqu'au 16 mai 1704, date de sa nomination au gouvernement de Montréal.
C'est Charles-Henri d'Aloigny, marquis de la Grois, qui succéda à M. de Ramezay. Sa nomination fut signée en mai 1704. Le mar- (juis de la Grois périt dans le naufrage du Saint-Jérôme, à l'automne de 1714.
Le gouvernement du roi décida alors de supprimer l'emploi de commandant des troupes.
Une note de 17 17 soumise au Conseil de Marine dit:
" M. le marquis de Vaudreuil demande pour son fils aîné l'emploi de commandant des troupes en Canada qui avait été supprimé depuis la mort de M. le marquis d'Aloigny. Il marque qu'il est nécessaire de rétablir cet emploi pour contenir les troupes dans une plus grande subordination par de fréquentes revues et empêcher la mutinerie des peuples pareille à celle des habitants de Longueuil.
"Si cet emploi -n'est pas rétabli, il serait nécessaire de commettre un ou deux capitaines pour aller faire ces revues auxquels il faudrait donner, outre leurs appointements de looo 1. chacun, des g-ratitications considérables qui ne se monteraient à ^uère moins que les appointements d'un commandant.
" D'ailleurs les deux capitaines des troul)es qui seraient chargés de ces revues n'imposeraient point comme un commandant, d'autant que les sieurs de Saint-Martin et de Blainville ne sont pas fort considérés dans le pays et qu'on ne pourrait compter sur eux pour ces revoies.
" Il en coûterait moins au Roi en accordant à son fils cet emploi puisqu'il ne toucherait plus sa paie de lieutenant de vaisseau. Il supplie le Conseil au cas que cet emploi ne pourrait être supprimé sans que le service du Roi en soulïre.
" M. de Galliffet, j^^ouverneur des Trois- Rivières en Canada, demande le commandement des troupes vacant par la mort de M. le marquis d'Aloigny avec les mêmes appointements ou sans appointements, en conservant son gouvernement et lui accorder non seulement les mêmes honneurs, prérogatives et une compagnie pour soutenir la dépense qu'il serait r.bligé de faire dans les courses où cet emploi l'engagerait. Il demande aussi un ordre nouveau ou une confirmation de celui qu'il a eu
pour commander en chef dans tout le gouvernement de la Nouvelle-France au défaut et en l'absence de M. le marquis de Vaudreuil.
'' Le sr. baron de Longueuil, lieutenant de roi de Montréal, demande l'emploi de commandant des troupes en Canada.
'' Le sr de Saint-Martin, le plus ancien capitaine des troupes du Canada, en demande le commandement ou une pension" (i).
La demande du gouverneur de Vaudreuil n'eut aucun effet sur le Conseil de Marine. L'emploi de commandant des troupes servant dans la Nouvelle-France ne fut pas rétabli.
La charge de major des troupes servant en la Nouvelle-France fut créée en 1691 et supprimée en mai 1743.
En résumé, les commandants des troupes furent :
1° Philippe de Rigaud, chevalier de Vaudreuil, nommé le 17 mars 1687.
2° Claude de Ramezay, nommé le 28 avril
3° Charles-Henri d'Aloigny, marquis de la Grois, nommé en juin 1704 (2).
Les titulaires de la majorité des troupes furent :
1° Joseph de Monic, nommé en 1691.
(1) Archives de la province de Québec.
(2) En 1759, Jean-Daniel Dumas fut nommé majorgénéral des troupes de la colonie. Ce grade correspondait, croyons-nous, au grade de commandant des troupes établi en 1687.
2° Daniel Auger de Subercase, nommé en
3° Charles-Henri d'Aloigny, marquis de la Crois, nommé le ler avril 1702.
4° Nicolas Daneau de Muy, nommé le 14 juin 1704.
5° Jacques Le Picard, sieur Dumesny Norey, nommé en juin 1706.
6° François Leverrier de Rousson, nommé le 17 mai 1714.
7° Jean-Louis de Lacorne, nommé le 2^ avril 1716.
8° Pierre de Cava^al de Vaudreuil, nommé en mai 1726.
9° Louis Liénard de Beaujeu, nommé le 7 avril 1733.