LES COMMISSAIRES ORDINAIRES DE LA MARINE
Sous le ré^'me français, dans la hiérarchie administrative, le commissaire de la marine avait ranf^ immédiatement après l'intendant. Celui-ci avait son bureau et sa résidence à Québec. Le commissaire de la marine résidait à Montréal et y agfissait en même temps comme subdélégué de Tintendant.
A l'origine, les attributions du commissaire de la marine étaient assez restreintes.
L'augmentation graduelle du nombre des compagnies du détachement de la marine et le développement des affaires d'administration firent en peu de temps du commissaire de la marine un personnage très important. Ainsi dans le règlement fait au sujet des honneurs dans les églises signé par le roi le 2y avril 1716, il n'est pas du tout question du commissaire de la marine. Seize ans plus tard, le 22 avril 1732, le Roi prend la peine de promulguer un règlement pour donner rang au commissaire de la marine dans les conseils de guerre, les églises, les processions, etc.
Les principaux articles de ce règlement valent la peine d'être connus. On y notera comme nos ancêtres attachaient d'importance à ces questions de préséance.
Le commissaire de la marine résidant à Montréal devait avoir, en l'absence de l'intendant, entrée, rang, séance et voix délibérative dans les conseils de guerre qui se tiendraient à Montréal. Il devait y prendre séance immédiatement après les officiers majors; s'il n'y avait que des capitaines, il prenait séance immédiatement après le capitaine commandant. Si cependant l'intendant était à Montréal, le commissaire de la marine n'avait pas entrée au conseil de guerre.
Dans l'église paroissiale, le commissaire prenait place dans le même banc et après le lieutenant de roi.
Dans les processions, le commissaire de la marine devait marcher immédiatement après le lieutenant de roi ; en cas d'absence du gouverneur particulier et du lieutenant de roi, il devait marcher immédiatement après l'officier commandant.
Aux feux de joie qui se feraient à Montréal à l'avenir, si l'intendant n'était pas présent, on devait présenter au commissaire de la marine la torche à laquelle l'intendant avait droit (i).
Nous donnons ici la liste des commissaires de la marine en la Nouvelle-France:
Le premier commissaire de la marine en la Nouvelle-France fut François LeMaire. Il fut nommé le 25 avril 1685, et s'embarqua à LaRochelle dans le vaisseau la Diligente qui amenait à Québec le marquis de Denonville. La Diligente arriva à Québec le ler août 1685. M. LeMaire n'exerça guère sa charge puisqu'il décéda le 2 décembre 1685, quatre mois après son arrivée.
L'intendant de Meulles, en attendant la nomination du successeur de M. LeMaire, donna une commission de commissaire à Philippe Gaultier de Comporté, prévôt de la Maréchaussée. Celui-ci s'acquitta si bien de sa tâche que le gouverneur de Denonville proposa au ministre de le nommer en titre, mais le ministre ne se rendit pas à sa proposition.
(1) Edit» et Ordonnancett vol. I, p. 532.
C'est Mathieu Gaillard qui fut nommé pour remplacer François LeMaire. Il arriva à Québec le 9 octobre 1686, dans le même vaisseau qui amenait l'intendant Bochart Champigny. M. Gaillard fut rappelé en France en
1690, mais il ne partit d'ici qu'au printemps de
1691. Nous voyons par les lettres de MM. de Frontenac et de Champigny qu'ils estimaient beaucoup M. Gaillard.
M. Gaillard fut remplacé par Louis Tantouin de la Touche qui, depuis 1686, était garde-magasin à Montréal. En 1701, M. Tantouin de La Touche était transféré à Rochefort. On a confondu Louis Tantouin de La Touche avec Etienne Pezard de La Touche, premier seigneur de Champlain. Il n'y avait aucune relation dé parenté entre ces deux personnages.
Le 1er juin 1701, M. François Clairambault, sieur Daigremont, était nommé commissaire ordinaire de la Marine pour succéder à M. de La Touche. M. Daigremont décéda à Québec le ler décembre 1728. Il avait rempli sa charge à la satisfaction de tous pendant plus de vingt-sept ans.
Dans l'intervalle compris entre la date de la mort de M. Daigremont (ler décembre 1728) et la date de l'arrivée de son successeur (1730), les fonctions de commissaire ordinaire de la marine en la Nouvelle-France furent remplies par Jean-Baptiste de Silly, commis-
saire de la marine à' Québec. M. de Silly n'eut cef)endant pas de lettres de nomination du R .1.
Honoré Michel de la Rouvillière fut le successeur de M. Daigremont. Il fut nommé en 1730. Il exerça sa charge ici pendant seize ans. Le 18 février 1746, le président du Conseil de Marine écrivait à M. Michel de la Rouvillière qu'il avait l'intention de lui donner une nouvelle situation en France et de revenir à la première occasion. Il ne retourna en France qu'à l'automne de 1747, ayant été retenu ici par l'intendant Hocquart. L'année suivante, il était nommé commissaire-général en Louisiane. Il joua un rôle important dans cette colonie.
Au mois de mars 1747, le trop célèbre Jean-Victor Varin de la Marre succédait à M. Michel de la Rouvillière comme -commissaire c^rdinaire de la marine en la Nouvelle-France. Le 1er avril 1757, à cause de sa mauvaise san té, M. Varin de la Marre obtenait un congé l)our passer en France. Une fois rendu là-bas il demanda sa retraite (avril 1758). Il en avait probablement assez amassé pour vivre de ses rentes en France et se moquer de la petite colonie du Canada.
Au départ de M. Varin de la Marre pour la France, l'intendant Bigot, le 10 aotit 1757, donnait une commission à Pierre-Michel Martel, écrivain principal de la marine, pour faire les fonctions de commissaire de la marine à
Montréal, " à la place de M. Varin qui a eu la permission de passer en France. " M. Martel faisait à Québec, depuis le 23 octobre 1755, les fonctions de contrôleur de la marine à la place du sieur Bréard passé en France. Martel qui avait des amis puissants essaya de se faire nommer commissaire de la marine avec des lettres du roi comme ses prédécesseurs. Le chevalier de Lévis, le gouverneur de Vaudreuil, l'intendant Bigot, le Père Jésuite Martel, son frère, écrivirent tour à tour au ministre en sa faveur, mais le ministre avait à cette époque difficile bien d'autres nominations plus importantes à faire. Martel fit donc les fonctions de commissaire ordinaire de la marine en la Nouvelle-France jusqu'à la Conquête sur une simple commission de l'intendant Bigot, Martel' fut au nombre des pillards du trésor public jetés à la Bastille après la Conquête. En 1765, il subit son procès devant le Châtelet et fut déchargé de l'accusation. En 1777, Pierre-Michel Martel vivait encore. Il avait alors son domicile à Tours.
En résumé il y eut sous le régime français neuf commissaires ordinaires de la marine: 1° François LeMaire, 1685; 2° Philippe Gaultier de Comporté (intérimaire), 1685- 1686; 3° Mathieu Gaillard, 1 686-1 69 1 ; 4° Louis Tantouin de La Touche, 1691-1701 ; 5° François Clairambault Daigremont, 1701- 1728; 6° Jean-Baptiste de Silly (intérimaire),
ioi
1728-1730; 7° Honoré Michel de la Rouvillière, 1730- 1747: 8°- Jean-Victor Varin de la Marre, 1747- 1758; 9° Pierre-Michel Martel (intérimaire), 1758-1759.