‹ Les petites choses de notre histoire (volume 3)Chapitre 2 sur 49 · LE SIEUR DE LA BARRE A MONTREAL EN · texte numérisé non relu

LE SIEUR DE LA BARRE A MONTREAL EN

L'histoire de Jean-François Lefebvre de la Barre, petit-fils de notre gouverneur de la Barre, qui fut supplicié à Abbeville le ler juillet 1766 pour avoir mutilé un crucifix et chanté des chansons obscènes, est bien connue grâce au tapage fait par Voltaire pour obtenir la révision de son procès. C'est la Convention qui réhabilita la mémoire de ce drôle " victime de la superstition et de l'ignorance. "

Le chevalier de la Barre n'était jamais venu dans la Nouvelle-France et il ne nous intéresse en aucune façon. Nous n'en parlons ici que pour rappeler qu'un autre de la Barre, celui-là bien ou plutôt mal connu dans la Nouvelle-France, avait été supplicié avant le chevalier de la Barre.

C'est dans VHistoire du Montréal de M.

Dollier de Casson que nous trouvons le fait rapporté :

'' Enfin l'été (de 1644) étant venu, le sieur de la Barre arriva de France ici avec beaucoup de gens, partie desquels étaient d'une compagnie que la Reine envoya cette année-là en Canada sous sa conduite, laquelle compagnie fut distribuée dans les différents quartiers de ce pays; et l'autre partie de ce monde venait aux frais de Messieurs de Montréal, lesquels firent encore cette année de très grandes dépenses

pour ce lieu : ce qui est remarquable ici-dedans c'est ripocrisie du sieur de la Barre qui trompa tant de gens en France et en Canada; à la Rochelle il portait à sa ceinture un grand chapelet avec un crucifix qu'il avait quasi incessamment devant les yeux, tellement qu'il venait en ce pays comme un homme apostolique auquel on avait confié ce commandement. Ainsi sous une vertu apparente, il cachait une très méchante vie qui l'a fait depuis finir ses jours sous une barre qui était plus pesante que celle de son nom; au reste quoiqu'il fit l'ipocrite aussi bien que homme de siècle, toujours est-il vrai qu'il a rendu un grand service au pays en y amenant ce secours (i) et c'est peut-être pour l'en récompenser que Dieu lui a fait faire cette rude pénitence pour la conclusion de sa vie, afin de lui donner le moyen de satisfaire à ses crimes, comme apparemment il a fait, mourant d'une façon qu'il a laissé sujet de croire à tous que ça été pour le plus grand bien de son âme. Ce personnage qui portait en lui l'image de la même vertu, demeura au Montréal toute Tannée suivante, mais enfin on le reconnut par nuelques promenades qu'il faisait fréquemment dans le bois avec une sauvagesse qu'il engrossa, ce nui découvrit Terreur de ses beaux prétextes. "

(1) M. de la Barre, grand hypocrite, amena 60 hommes (M. de Belmont, Histoire du Canada).

Le texte de M. Dollier de Casson ne laisse pas de doute possible sur la fin de M. de la Barre. Il finit ses jours sous une barre qui était plus pesante que celle de son nom. Pour nous, ceci veut dire qu'il subit le supplice de la roue. On sait que les assassins et les voleurs de grands chemins, avant de subir le supplice de la roue, avaient les bras, les jambes et les reins rompus à Taide d'une barre de fer.

Où et quand le sieur de la Barre terminat-il sa triste carrière? Quel crime avait-il commis? Voilà des questions auxquelles nous ne pouvons répondre.

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